L'histoire du département du Loiret, en tant qu'entité administrative, commence le par un décret de l'Assemblée constituante, qui n’entre cependant en vigueur que quelques mois plus tard, le . Il est constitué à partir d'une partie des anciennes provinces de l'Orléanais et du Berry. Mais l'histoire du territoire du département du Loiret est bien plus ancienne.

La fin du règle de Louis XIV est marquée dans le département par de grandes catastrophes qui éprouvent la population et affaiblissent l'économie : les disettes de 1693-1694 et 1709, les épidémies de 1710, les crues de la Loire de 1707, 1709, 1710 et 1711.

À partir du milieu du siècle, le département connaît un nouvel essor, tant dans le domaine économique que celui des arts et lettres. Mais cet essor ne touche pas toute la population. Les cahiers de doléances de 1789 suivis de la création du département font naître de grandes espérances.

Société et économie sous la fin de l'Ancien régime Démographie Aucun dénombrement de la population individu par individu n'a été conservé avant la période révolutionnaire pour l'Orléanais. Le plus ancien date de 1762, mais il n'en subsiste plus que quelques fragments, et certains résultats sont difficilement admissibles. En fait l'administration royale ne s'intéressait aux « peuples » que pour des motifs fiscaux. Le nombre de «feux», c'est-à-dire de foyers ou familles dont se compose la cellule administrative de base, la paroisse qui deviendra la commune sous la Révolution, peut ainsi être évalué. De la fin du à la veille de la Révolution, il semble que la population des campagnes orléanaises ait oscillé de 80 à environ, en dehors des périodes de grandes épidémies qui ont provoqué des effondrements temporaires..

Disettes et épidémies du début du siècle L'hiver de 1709, baptisé par les contemporains le « Grand Hyver », bat tous les records de froid depuis au moins un siècle et remplace dans les souvenirs celui de 1684. En janvier et , on aurait enregistré le plus grand froid éprouvé depuis , avec une température inférieure de aux moyennes normales en Europe et dans la Russie de l'Ouest. Tous les pays du Nord sont concernés, ainsi que l'Italie, l'Espagne et la France. À Orléans, la température tombe à et atteint en Beauce le . La Loire est prise par les glaces jusqu'à de profondeur. La vigne et les arbres fruitiers gèlent..

Dans ces conditions, après la récolte médiocre de 1708, après les enlèvements de blé effectués en janvier au profit de Paris, l'annonce de nouveaux enlèvements en direction cette fois des armées du Dauphiné suffit à enflammer une population déjà nerveuse. Un début d'émeute éclate le . Des arrestations ne calment pas une population sensible à la disette, et ce n'est que sous la protection d'une force militaire considérable que peut enfin s'effectuer, le , le chargement du blé destiné aux armées du Dauphiné. Des mesures sont prises pour désamorcer la crise, comme des achats de riz par l'évêque. L'intendant recourt lui aussi aux méthodes les plus classiques pour tenter d'atténuer la misère populaire en ouvrant des ateliers publics , écrit-il le . Mais tous les problèmes ne sont pas résolus pour autant. Des épidémies affectent les campagnes de la généralité en 1710-1711 et déciment la population, comme quinze ans plus tôt en 1693-1694..

Essor économique à partir du milieu du siècle vignette|gauche|alt= Photo de bouteilles de vinaigre Martin Pouret et distributeur de moutarde Dessaux Fils. Au , on compte entre 200 et 300 vinaigriers dans Orléans.|Bouteilles de vinaigre Martin Pouret et distributeur de moutarde Dessaux Fils. Au , on compte entre 200 et dans la ville d'Orléans. L'économie dans le Loiret au reste essentiellement agricole, principalement avec la production céréalière toujours très importante en Beauce et la production de vin dans les vignobles du Val de Loire, tandis que sur les terres pauvres de Sologne ne sont cultivées que du seigle et du blé noir. Peu à peu, l'élevage ovin gagne la Beauce et la Sologne, fournissant une laine fine assez recherchée. Une vie industrielle intense et variée se développe toutefois à Orléans. Le secteur textile est le plus développé avec qui travaillent dans les filatures de la laine de Beauce et de Sologne. Celle-ci est exportée vers Genève, la Savoie, le Piémont et même l'Orient musulman. Vers le milieu du , la bonneterie fait son apparition et l'on recense à Orléans alors à bas, bonnetiers, fabricants qui occupent en ville et dans les environs.. L'industrie cotonnière voit le jour à la fin du siècle à Orléans et à Montargis. Des filatures de coton, encouragées par le duc d'Orléans, sont créées dans sa résidence de la Motte-Sanguin par l'Anglais Foxlow. Plusieurs manufactures d'indiennes et de toiles peintes s'installent en Orléanais, notamment celle tenue par les sieurs Mainville père et fils.. De l'élevage ovin favorisé dès le , naît à Orléans une véritable industrie du cuir : à la fin de ce siècle, de peaux de moutons sont traitées en ville47.

Mais c'est l'industrie alimentaire qui apporte la fortune à de nombreuses familles bourgeoises orléanaises. L'implantation de la première raffinerie de sucre dans la ville en 1653 par la famille Vandebergue est suivie de la création d'une vingtaine d'autres, qui, en 1777, fabriquent par an de sucre, le meilleur du royaume. La fabrication de sucre accroît aussi l'activité d'autres corps de métiers comme les ateliers de poterie et les papeteries qui fabriquent les pots nécessaires à la conservation et le papier d'emballage des pains de sucre.. Orléans est aussi réputée pour ses vinaigreries. La fabrication du vinaigre à Orléans remonte au Moyen Âge où on transformait en vinaigre les vins locaux peu réputés et produits en abondance, ainsi que des vins provenant des régions bordant la vallée de la Loire. Le vinaigre sert alors de condiment, mais également de boisson rafraîchissante quand il est additionné d'eau et même de produit entrant dans la fabrication de la poudre à canon. Au , on compte entre 200 et dans la ville. Dès le début du , Orléans est toutefois concurrencée par d'autres villes qui désirent profiter de cette source de richesse55.

À la tête de ces raffineries et vinaigreries, les industriels se livrent au grand négoce, s'appuyant sur les relations fluviales avec Nantes et au-delà avec l'Atlantique. La fin du et le , marquent l'apogée du trafic fluvial sur la Loire et donc du port d'Orléans56. Complétant ces axes, le réseau routier devient plus dense. Au , de grandes artères se dessinent entre Orléans et Paris, Orléans et Chartres et le long de la Loire. La situation d'Orléans au point de rencontre entre le fleuve et la route de Paris lui confère d'importantes fonctions d'entrepôt et son activité économique très prospère lui vaut, en 1789, d'être plus peuplée que Tours.

L'essor économique induit une urbanisation des grandes villes et en particulier d'Orléans. Pour le remplacer le vieux pont des Tourelles, pont médiéval assurant l'unique franchissement de la Loire, le roi désigne Jean Hupeau.. Le nouvel ouvrage, dénommé alors pont Royal, est situé à en aval du vieux pont. C'est l’ingénieur Robert Soyer qui est chargé de diriger les travaux sous la haute autorité de Hupeau. Les travaux durent de 1751 à 1763.. Cet immense chantier entraîne un profond remodelage de la cité avec le percement de la rue Royale de 1753 à 1760. Il s'agit de la première opération urbaine d'importance qu'ait connu Orléans57. De l'autre côté du fleuve, on rase les îles dont la terre permet la construction de la rue Dauphine. Des mails plantés d'arbres se substituent à l'ancienne enceinte, donnant d'Orléans l'image d'une ville ouverte. Des projets ne voient pas le jour, comme celui de la construction d'une voie rectiligne en face de la cathédrale pour la mettre en valeur ou l'aménagement de la place du Martroi, projets qui ne seront mis en œuvre qu'au siècle suivant58.

Crues exceptionnelles et grands ouvrages de protection Crues catastrophiques de 1707, 1709, 1710 et 1711 Au , Colbert, fidèle à la croyance que les digues peuvent et doivent être insubmersibles et qu'elles ne cèdent que par défaut d'entretien, les surélève avec comme objectif d'atteindre la hauteur de trois toises (environ ) et recentralise l'entretien en le confiant aux ingénieurs en fortifications de l'ÉtatDirection régionale de l'Equipement du Centre, La Loire - Histoire des protections contre les crues, 1er septembre 1996, page 10. Les digues réalisées dans le Loiret entre 1682 et 1705 répondent partiellement à cet objectif. Pour des raisons d'économie, les digues ne sont élevées qu'à la cote de . En survient une crue extraordinaire qui atteint la cote de 5,85 à Orléans, provoquant en de multiples endroits des brèches et ravageant toutes les plaines endiguées exposées à ces brèches..

Le gouvernement royal prend alors, avec précipitation, la décision de surélever les levées de sorte qu’elles puissent résister à des crues plus puissantes encore que celle de 1707. Il ordonne ainsi qu'elles soient portées à « de hauteur () au-dessus des basses eaux de l'esté », la largeur de leur couronne restant fixée à quatre toises, et celle de leur empattement devant être de deux fois la hauteur. Mais ces travaux de réfection ne sont pas encore achevés que trois nouvelles inondations, celles de , et , viennent rouvrir les brèches de 1707.

Métropole des marchands naviguant sur la Loire, la ville d'Orléans entreprend l'étude des problèmes posés par ces catastrophes et de leurs causes. Dès l'automne de 1710, son maire Fontaine signale au Contrôleur général Desmarests que le régime des crues pouvait avoir été modifié par certains aménagements exécutés récemment sur le cours supérieur du fleuve pour faciliter l'exportation de la houille du haut pays. L'intendant des turcies et des levées Robert de la Chartre, envoyé sur les lieux par Desmarets, reconnaît en effet que, dans le but de reporter l'origine de la navigation fluviale jusqu'au voisinage des mines de Saint-Étienne, on avait fait sauter plusieurs rochers pour élargir les passages les plus étroits des gorges creusées par la Loire à travers le dur massif de Neulize, entre la plaine du Forez et celle de Roanne, et que les facilités ainsi données à l'écoulement des eaux augmentaient considérablement le volume et la rapidité des crues..

Le gouvernement royal décide alors un plan comprenant, outre l’aménagement amont de la Loire dès 1707, l'exhaussement des levées jusqu'à , leur élargissement à proportion, et la construction de déchargeoirs dans les lieux qui en étaient dépourvus, offrant un débouché supplémentaire aux eaux du lit mineur. Dans la réalité, la hauteur des nouvelles levées est plus souvent voisine de () que de 22, et les déchargeoirs ne sont exécutés qu'entre Gien (déversoir de Saint-Martin-sur-Ocre dans le Loiret) et Tours, dans la partie du cours de la Loire qui était le plus étroitement endiguée..

Échec des déchargeoirs et retour aux levées ininterrompues La « crue de la Pentecôte » 1733, s'élève encore plus haut que celle de 1707, dépassant au-dessus de l'étiage à Orléans le , et décrédibilise le nouveau système de défense et en particulier les déchargeoirs. Les levées de 21 ou sont rompues dans le Val d'Orléans et ailleurs aussi facilement que les anciennes levées de ..

De l'Orléanais, du Blésois et de la Touraine parviennent au gouvernement royal, à partir de 1733, de multiples suppliques tendant à la suppression des déchargeoirs. La plupart reçoivent satisfaction, sous l'administration de Trudaine. Seuls sont épargnés, grâce à l'intervention de Louis de Régemorte, les déchargeoirs antérieurs à 1711, celui de Saint-Martin-sur-Ocre, jugé, depuis longtemps « nécessaire à la protection des levées au-dessus du pont de Gien », et celui de Blois, correctif indispensable de l'étroitesse excessive du lit endigué dans la traversée de cette ville.