Le royaume de Naples (1806-1815) fut le premier État européen à avoir connu comme souverain un membre de la famille de . Les troupes napoléoniennes, sous le commandement en chef du frère de Napoléon Joseph Bonaparte, chassèrent les Bourbons du continent en 1806. Devenu roi de Naples par décret impérial le sous le nom de Thierry Lentz, Joseph Bonaparte, éd. Place des éditeurs, 2019.Revue artistique et littéraire, Volumes 5 à 6, 1863, p. 154.À sa majesté Joseph-Napoléon , roi de Naples.Le nom du royaume est royaume de Naples et de Sicile mais les rois Joseph Bonaparte et Joachim Murat ne purent conquérir cette île., celui-ci tenta de se faire aimer de son peuple, réforma l'administration et les finances, abolit la féodalité, mais se heurta à une partie de la noblesse.
Sur ordre de Napoléon, il remit son royaume à son beau-frère Joachim Murat le . Sous le nom de Causes politiques célèbres du dix-neuvième siècle: Procès de Murat (Joachim-Napoléon), roi de Naples. Procès du général Raphaël Riégo. Procès de Charles-Louis Sand (meurtre de Kotzebuë). Procès du comte de Lavalette. Procès d'Arthur Thistlewood et autres. Tome 3, .Nouveau recueil de traités ; tiré des copies publiées par autorité, des meilleures collections particulière de traités et des auteurs les plus estimés, Volume 5, .Léon Thiessé, Manuel des braves ou victoires des armées françaises en Allemagne, en Espagne, en Russie, en France, en Hollande, en Belgique, en Italie, en Égypte, etc., 1818.Patrice Raynaud, Murat, Les uniformes de légende, éditions de la Revue Napoléon, 2005., ce dernier régna jusqu'en 1815. Il s’avéra être un roi consciencieux qui introduisit des réformes économiques, réorganisa une armée, mais dont les relations difficiles avec Napoléon l’amenèrent à jouer un double jeu avec l'Autriche. Cette combinaison se solda par la perte de son royaume et son exécution le . Le royaume napoléonien de Naples disparaissait et l'ex-roi , restauré sur le continent, régna à nouveau à Naples sous le nom de .
Histoire La conquête du royaume par les Français Contexte Le roi et la reine Marie-Caroline sont de fervents opposants de la France révolutionnaire et de Napoléon Bonaparte, que la reine qualifie même de dans sa correspondance avec le marquis de Gallo, ambassadeur de Naples à Paris.. En 1805, alors que se préparent les guerres de la Troisième Coalition, la reine assure à l'ambassadeur français à Naples, Charles-Jean-Marie Alquier, que son pays restera neutre pendant le conflit. À Paris, un traité prévoyant la neutralité napolitaine en échange de l'évacuation des ports occupés par l'armée française est même signé le par le marquis de Gallo et Talleyrand. Pour autant, les souverains napolitains jouent un double jeu : un traité secret avait été signé le précédent à Naples avec l'émissaire russe Alexandre Tatichtchev. Il stipule que le roi Ferdinand accepte d'accueillir les troupes de la coalition sur son territoire et place son armée sous le commandement russe.
Le , conformément aux dispositions du traité franco-napolitain, les troupes françaises commandées par le général Gouvion-Saint-Cyr commencent leur retrait, mais dans les semaines qui suivent un corps expéditionnaire russe et britannique débarque à Naples. À la fin du mois de novembre, l'armée russo-napolitaine marche sur le royaume d'Italie. Alors que l'empereur n'envisageait pas, dans un premier temps, l'invasion du sud de l'Italie, ce qu'il considère comme une trahison de la part des Napolitains le décide. La création d'un royaume de Naples sous domination française résulte donc des circonstances du conflit alors que l'empereur envisageait dans un premier temps une simple alliance, comme le présente l'historien Jacques Rambaud : .
Opérations militaires Le , au lendemain de la signature du traité de Presbourg entre la France et l'Autriche, Napoléon déclare au palais de Schönbrunn : . Dans le même temps, Gouvion-Saint-Cyr marche sur Naples à la tête d'une armée de , formée le précédent. Ce dernier est d'abord remplacé par André Masséna puis, par un décret impérial du , par Joseph Bonaparte, le frère de Napoléon, promu général de division avec le titre de lieutenant de l'empereur à cette occasion. Napoléon entend prolonger l'effet de la bataille d'Austerlitz pour chasser les troupes autrichiennes et russes d'Italie tout en s'emparant du royaume de Naples, dernière possession des Bourbons dans la péninsule. La campagne est d'autant plus favorable aux Français que le corps expéditionnaire anglo-russe se replie vers la Calabre, livrant les Napolitains à eux-mêmes.
Capoue est prise le par les Français, tandis que le lendemain, la reine Marie-Caroline implore le pardon de Napoléon, en vain.. Le , Joseph Bonaparte entre solennellement à Naples. Ferdinand IV et son épouse sont contraints de se retirer en Sicile et font de Palerme la nouvelle capitale de leur royaume réduit à la Sicile. La guerre se poursuit pendant plusieurs mois sur le continent. Des contingents anglais défendent la Calabre et obtiennent même un succès à Maida le face aux troupes du général Reynier. La région n'est pacifiée qu'à la fin de l'été, après l'intervention des troupes de Masséna, tandis que Gaète, défendue par le prince Louis de Hesse-Philippsthal qui refuse d'obéir à l'ordre de se rendre, tombe après un siège de près de cinq mois.
Joseph-Napoléon, roi de Naples (1806-1808) thumb|Joseph Napoléon, roi de Naples.
Une fois rendu maître du pays par le succès militaire de son armée, Joseph Bonaparte en organise le fonctionnement. Le , Napoléon donne un acte aux Tuileries dans lequel il nomme son frère Joseph , inaugurant ainsi la construction du système familial que l'empereur entend placer à la tête de l'Europe. La possession de Naples est d'une importance capitale pour l'Empire français car elle lui permet de compléter sa domination sur la péninsule italienne, excepté sur les États pontificaux, tout en assurant le contrôle des routes maritimes de la Méditerranée et de l'Adriatique. À peine nommé roi, Joseph Bonaparte est ainsi chargé de prendre toute sa place dans la lutte contre l'Angleterre. C'est ce que lui annonce la députation du Sénat, envoyée à Naples par Napoléon et composée de Pierre-Louis Roederer, Catherine-Dominique de Pérignon et Pierre Ferino, reçus le par Joseph. Dans sa correspondance avec son frère, Napoléon lui indique que sa souveraineté ne prendra corps qu'après l'arrivée des sénateurs, ce qui est une manière de montrer que son royaume intègre directement le système français.
Dès son avènement au trône, Joseph veut apparaître comme un , face à un . Il s'investit personnellement, non seulement pour complaire à son frère, mais parce qu'il le pensait nécessaireMathieu Dumas écrit dans ses souvenir : « Le roi Joseph, que des observateurs inattentifs et des écrivains malveillants se sont plu à représenter comme un prince uniquement occupé de ses plaisirs, était l'âme de nos travaux ; il s'occupait avec diligence de tous les détails, discutait dans son Conseil d’État sur les diverses matières avec beaucoup de lumières et de précision, et mettait dans l'exécution des mesures arrêtées beaucoup de suite et de fermeté. » : il présida donc tous les conseils, convoqua ou écrivit à ses généraux et administrateurs d'une façon similaire à celle de l'empereur, annota dossiers et rapports. Mais il dut maintenir une pression répressive face aux complots et révoltes, et agir dans un contexte contraint du fait de la conjoncture internationale.
La visite du royaume Le roi Joseph se montra à son peuple, visita son royaume et découvrit la pauvreté de nombreuses provinces. Pourtant, un élément réconfortant pour le roi, le périple se passa dans d'excellentes conditions et l'accueil fut chaleureux. La construction de routes fut envisagée, ces réalisations symbolisant la volonté d'un pouvoir qui voulait donner à son peuple des outils de prospérité. La justice s'appliqua dans le pays, les mauvais administrateurs furent traduits en justice. Joseph connaissait les réalités sociales du pays, les notables étaient faibles, la classe moyenne inexistante, le peuple déshérité. Ce peuple, la masse des lazzaroni, représentait toujours une menace, mais avec Joseph la paix sociale fut rétablie sans solutions brutales comme le recommandait Napoléon : .
La politique de réforme La noblesse dans sa grande majorité accueillit avec bienveillance le changement de régime, mais elle attendait des garanties et la consolidation du nouveau pouvoir car les élites locales étaient lassées de l'autoritarisme de l'ancienne reine Marie-Caroline. Avec Joseph, le cadre monarchique et autoritaire fut conservé, mais dans le contexte d'une politique active de rationalisation et de réforme aux niveaux administratif, judiciaire, sécuritaire, financier, social, éducatif, culturel. Le nouveau souverain créa une cour et s'entoura d'une équipe de talent : Roederer comme ministre des Finances, Saliceti responsable de la Police et Mathieu Dumas au ministère de la Guerre.
Réforme administrative Dès son arrivée sur le trône de Naples, Joseph Bonaparte lança une série de réformes destinées à assurer le basculement des structures étatiques vers la rationalité, l'ordre et l'efficacité, avec notamment la création : d'un ministère de la Police et d'une préfecture de police pour Naples () ; d'un ministère de l'Intérieur couvrant une grande partie de l'activité civile de l’État () ; d'un conseil d’État devant éclairer le souverain et participer à la mise en forme juridique des réformes () ; d'une secrétairerie d’État pour l'organisation et le suivi de l'action gouvernementale () ; de la fonction d'auditeurs du Conseil d’État pour former une jeune classe d'administrateurs () ; d'une Cour des comptes () ; d'une nouvelle organisation territoriale (loi du ). L'organisation territoriale était proche de celle de la France : création de treize provinces, avec à leur tête un intendant, de quarante-deux districts, avec à leur tête un sous-intendant ; le roi Joseph alla cependant plus loin en promulguant la loi du imposant que les communes, dirigées par des syndics - maires - et des élus - adjoints -, seraient regroupés en 495 « gouvernements », plus structurants que les cantons français.
Réformes judiciaires Cette dernière création des gouvernements ne fut pas menée à bien mais elle permit la mise en place d'une nouvelle organisation territoriale judiciaire : celle-ci reposait sur une Cour de cassation, quatre cours d'appel, des tribunaux de première instance et des juges de paix ; la création de tribunaux de commerce, d'un conseil des prises et d'une nouvelle justice pénale rapprochèrent également la justice du royaume de celle de l'Empire français. Pour introduire le code civil, Joseph créa des commissions, consulta l'Église - notamment sur la question du divorce -, confia à son Conseil d'État l'adaptation de certaines parties du code aux spécificités locales<.
Réformes militaires