L'exode des pieds-noirs, ou rapatriement des Français d'Algérie suivant l'appellation officielle, désigne la vague de migrations subies autour de 1962 par la communauté pied-noir des départements français d'Algérie vers, essentiellement, la France métropolitaine. Les départements français d'Algérie constituaient alors le produit de la conquête de l'Algérie par la France à partir de 1830.
Ce déplacement de population se traduit pour les métropolitains par une « vague » massive d'arrivées en France d'avril à d'Algérois, Constantinois et Oranais d'origine européenne connaissant souvent peu, voire pas du tout, la métropole. Il marque également la fin de la guerre d'Algérie et l'accession de l'Algérie à l'indépendance.
Cet exode se développe en particulier dans les mois qui suivent le cessez-le-feu du et le référendum sur les accords d'Évian du , massivement approuvé par la population française métropolitaine, mais qui donne aux Français d'Algérie, d'abord affectés par les opérations de police extra-légales issues du mouvement « barbouze », puis exclus du référendum du par voie réglementaire, le sentiment d'être abandonnés par la métropole.
Convaincus que le référendum sur l'indépendance de l'Algérie, prévu le , et qui s'adresse à tous les habitants de l'Algérie, conduira à l'indépendance d'une Algérie arabe et socialiste, dotée d'un parti unique, les pieds-noirs n'ont plus la garantie d'être protégés par l'armée française, surtout après la fusillade de la rue d'Isly du . La crainte de représailles exercées par l'ALN contre leur communauté est largement partagée. Durant les deux mois de mai et juin, près de quittent l'Algérie. Le suivant, jour de la proclamation de l'indépendance de l'Algérie, le massacre d'Oran renforce les craintes et l’émigration.
Cet exode crée parmi les pieds-noirs un fort ressentiment à l'encontre du président français Charles de Gaulle, auquel ils imputent de n'avoir pas honoré sa promesse de maintenir l'Algérie française et de protéger les Français d'Algérie et les harkis.
Rapatriés d'Algérie
Les rapatriésLe statut de rapatriés est créé par la loi Boulin du 26 décembre 1961. Il concerne également venues d'autres anciens territoires français (Shepard , chap. 5). sont des Français d'Algérie dont les ancêtres étaient des Européens originaires de France (certains issus d'Alsace-Moselle et installés en Algérie après l'annexion de 1871 à l'Allemagne), d'Espagne (dont les primo-arrivants venaient de Minorque), d'Italie, de Malte, de Suisse, etc. Ils englobent de même des Algériens d'origine non-européenne (les autochtones, musulmans ou non, naturalisés Français par décret, ainsi que des juifs séfarades et berbères, naturalisés soit par le décret Crémieux de 1870, soit, s'agissant des rares juifs du Mzab, en 1961Shepard , chap. 9.).
Les rapatriés d'Algérie bénéficient d'un statut spécifique institué par la loi dite « Boulin » du : ce statut diffère de celui des musulmans français d'Algérie « réfugiés » tels que les harkisShepard , chap. 8..
Départ des pieds-noirs : forcés ? Ou libres ? Selon une thèse répandue dans une partie de l'opinion française, les pieds-noirs auraient été conduits à quitter l'Algérie car menacés d'épuration ethnique. Des représentants du FLN auraient annoncé dès 1960 qu'« ils excluaient tout avenir pour les non musulmans». Ben Bella avouera trente ans après l'indépendance qu’il ne « pouvai[t] concevoir une Algérie avec ».
En sens contraire, des appels de la direction du FLN, lancés en aux Européens d'Algérie, auraient indiqué : . Le massacre des européens à Oran, en juillet 1962 contredit cette déclaration d'intention.
Une enquête menée en Algérie révèle que plus de -noirs sont restés en Algérie indépendante.
En 1959, les pieds-noirs étaient , soit 10,4 % de la population vivant en Algérie. Leur poids relatif était en baisse après un maximum de 15,2 % atteint en 1926. À partir de , entre et Européens partent chaque jour pour la France. Ils sont à quitter l'Algérie en , en , en . On assiste à un véritable exode qui s'amplifie à l'approche du référendum du . À cette date, près de -noirs sont déjà partis.
À Oran, le , jour de l'indépendance, une foule en liesse venue en masse des quartiers périphériques musulmans investit le centre-ville (quartier européen) pour y célébrer l'événement. Des coups de feu, vite attribués, à l'Organisation de l'armée secrète sèment la panique. De festive, l’ambiance devient électrique. Ce jour-là, selon des sources invérifiables, près de -noirs sont assassinés en quelques heures.
Alors que l'OAS multiplie les attentats à l'encontre de musulmans et que ses commandos Delta pratiquent une politique de la « terre brûlée », les Européens d'Algérie font l'objet d'enlèvements. Au moins enlevées et disparues sont recensées. Le , le secrétaire d´État français aux affaires algériennes déclare devant l'Assemblée nationale « qu'il y avait signalées comme enlevées ou disparues, dont 18 ont été retrouvées, 868 libérées et 257 tuées (pour l'ensemble de l'Algérie mais surtout en Oranie) ».
Constatant l'échec de la politique de la terre brûlée, les derniers commandos de l'OAS prennent le chemin de l'exil vers l´Espagne en s'embarquant sur des chalutiers chargés d´armes et d'argent. Pendant ce temps, des milliers d'Européens, désemparés, attendent, dans le dénuement, un improbable bateau qui les mènerait vers un futur incertain. Selon Jean-Pierre Elkabbach, pied-noir, natif d´Oran, « Les pieds-noirs ont déserté leurs maisons par peur de la vengeance des Algériens après le départ de l’armée d’occupation française d’Algérie. En raison de l’implication de nombre d’entre eux dans les crimes à l’époque coloniale »
À l'échéance du fixée par les accords d'Évian, 500 Français, dont à peine 200 nés en Algérie, auront obtenu la nationalité algérienneJean-Louis Planche, Français d'Algérie, Français en Algérie (1962-1965), in colloque Les Accords d'Évian : en conjoncture et en longue durée, éditions René Gallissot, 1997, p. 104-105 lire en ligne [archive].
Nombre de rapatriés Au total, entre 1962 et 1965, environ un million de Français d'Algérie arrivent en France. Seuls étaient initialement attendus, sur quatre années.. Parmi ces rapatriés figurent sur une population totale de .
Au , avaient déjà quitté l'Algérie. Entre janvier et , émigrent. Le mouvement s'accélère les deux mois suivants : en mai, plus de en juin. Il se poursuit après l'indépendance : en juillet, en août, de septembre à .
Fin 1962, il reste environ en Algérie, qui gardent l'espoir de continuer à y vivre. Les accords d'Évian prévoyaient en effet que pendant une période transitoire de trois ans, ils bénéficieraient de plein droit des droits civiques algériens, à l'issue de laquelle ils auraient eu la possibilité d'opter pour la nationalité algérienne, Chapitre II (De l'indépendance et de la coopération), A- (De l'indépendance de l'Algérie), II- (Des droits et libertés des personnes et de leurs garanties), 2- (Dispositions concernant les citoyens français de statut civil de droit commun), b. Toutefois, l'absence de reconnaissance de leur communauté et les mesures de nationalisations des exploitations agricoles sans indemnité prises en 1963 par le gouvernement algérien conduisent encore d'entre eux à quitter l'Algérie en 1963 et 1964. Par ailleurs, la confiscation des biens qualifiés de « vacants » par le gouvernement algérien, et Cour de cassation Civ. du 23 avril 1969) empêche de fait tout retour possible des rapatriés en Algérie.
Ces confiscations s'exercent en violation des accords d'ÉvianCeux-ci prévoient que « Les droits de propriété (des nationaux français) seront respectés. Aucune mesure de dépossession ne sera prise à leur encontre sans l'octroi d'une indemnité équitable préalablement fixée ». cf. , Chapitre II (De l'indépendance et de la coopération), A- (De l'indépendance de l'Algérie), II- (Des droits et libertés des personnes et de leurs garanties), 2- (Dispositions concernant les citoyens français de statut civil de droit commun), b), sans que le gouvernement français intervienne. L'historien Guy Pervillé écrit : .
Accueil et conséquences Les principaux points de débarquement des rapatriés ont été Marseille et Nice, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, et Port-Vendres, en Languedoc-Roussillon.
Leur arrivée est généralement perçue négativement et leur accueil médiocre. Ainsi, le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, déclare en : . L'organisation de leur rapatriement est plus ou moins chaotique. Un quart des biens débarqués est volé ou endommagé, notamment à l'initiative des dockers affiliés à la Confédération générale du travail (CGT).
Une partie des rapatriés s'installe dans les régions du sud de la France, , intensifiant la croissance démographique de celles-ciP. Baillet, L'Intégration des rapatriés en France, page 312, 1975 | http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1975_num_30_2_15787. Le professeur Pierre Baillet indique : Cf. P. Baillet L'Intégration des rapatriés en France, page 312, 1975 |http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1975_num_30_2_15787.
Les besoins en emplois étaient toutefois plus présents dans les deux tiers du nord de la France métropolitaine, avant la généralisation de la crise économique résultant du choc pétrolier de 1973.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Michèle Baussant, Pieds-noirs, Mémoires d’exil, Paris, éditions Stock, 2002 Philippe Bouba, L'arrivée des pieds-noirs en Roussillon, en 1962, éditions Trabucaire, 2009 Marie Cardinal, Les Pieds-noirs, Place Furstenberg éditeurs, Paris, 1994 Raphaël Delpard, L'Histoire des pieds-noirs d'Algérie (1830-1962), éditions Michel Lafon, Neuilly-sur-Seine, 2002 Marcel Gori, L'Algérie illustrée, Éditions Campanile, Sophia-Antipolis, 2005 Jean-Jacques Jordi, 1962 : L'Arrivée des pieds-noirs, éditions Autrement, Paris, 2002 Jean-Jacques Jordi, De l'exode à l'exil : Rapatriés et pieds-noirs en France : l'exemple marseillais 1954-1992 L'Harmattan, Paris, 2000 Daniel Leconte, Les Pieds-noirs, histoire et portrait d'une communauté, Éditions du Seuil, Paris, 1980 Cécile Mercier, Les Pieds-noirs et l'exode de 1962, à travers la presse française, L'Harmattan, Paris, 2003 Todd Shepard, 1962. Comment l’indépendance algérienne a transformé la France, Paris, Payot, 2008, 416 p. Jeannine Verdès-Leroux, Les Français d'Algérie, de 1830 à aujourd'hui, éditions Fayard 2001 Jeannine Verdès-Leroux, «Exode de 1962 et ses suites» in , Jean-Jacques Viala, Pieds-noirs en Algérie après l'indépendance 2001
Articles connexes Pieds-noirs Pieds-rouges Algérie française Accords d'Évian Crise de l’été 1962 en Algérie - Révolution algérienne Constitution algérienne de 1963 - Coup d'État de juin 1965 en Algérie
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