Auguste-Louis-Emmanuel Leclainche, né le à Piney (Aube) et mort le à Paris, est un vétérinaire et microbiologiste français, internationalement connu pour ses réalisations scientifiques en médecine vétérinaire, ainsi que pour son rôle majeur dans l'organisation de l'enseignement vétérinaire et des services vétérinaires français. Il est aussi l'initiateur de l'OIE (Office international des épizooties) maintenant connu sous le nom d’Organisation mondiale de la santé animale, pour la lutte contre les maladies animales au niveau mondial Laure Alnot et Guilhem Pistre : La vie et l’œuvre d’Emmanuel Leclainche (1861-1953), Bull.soc.fr.hist.méd.sci.vét., 2005, 4 (1) 94-103.
Biographie thumb|300px|Carrière et activités d'Emmanuel Leclainche Personnalité dominante dans l’histoire de l’enseignement, de la recherche et de la profession vétérinaires, Emmanuel Leclainche a excellé dans tous les domaines. Ce fut un grand microbiologiste pastorien et un brillant enseignant à l’École nationale vétérinaire d’Alfort en tant que collaborateur d’Edmond Nocard, puis à l’École nationale vétérinaire de Toulouse où il fit l’essentiel de sa carrière d’enseignant et de chercheur de 1891 à 1911. Il fonda, en 1903, une publication scientifique et professionnelle, la Revue générale de médecine vétérinaire, éditée à Toulouse et, en 1905, l’Institut de Sérothérapie de Toulouse (I.S.T.), devenant par là aussi un chef d’entreprise. À partir de janvier 1912, il occupa à Paris le poste créé pour lui d’Inspecteur général chef des services vétérinaires au Ministère de l’Agriculture auquel s’ajouta en 1923 celui d’Inspecteur général des Écoles vétérinaires, ce qui fit de lui le «maître incontesté de la profession vétérinaire»J. Verge : Emmanuel Leclainche (1861-1953), notice nécrologie du Syndicat national des vétérinaires et de l'Ordre national des vétérinaires, in Guilhem Pistre : La Vie et l’œuvre d'Emmanuel Leclainche revue à travers ses archives personnelles. Thèse d'exercice de médecine vétérinaire. Université Paul Sabatier-Toulouse III, 2007, 299 p, 2007-TOU3-4076. En 1913, il prit la direction, à Alfort, du Laboratoire de recherches des services sanitaires créé par Nocard et Roux. Membre de l’Académie des Sciences depuis 1917, il en devint président comme le furent les vétérinaires Henri Bouley et Auguste Chauveau avant lui. En 1924, il fonda l’Office international des épizooties, aujourd’hui l’Organisation mondiale de la santé animale, dont il fut le premier directeur. Polyglotte, il rayonna jusqu’à un âge avancé dans les congrès internationaux où son prestige était immense. Emmanuel Leclainche a été l’acteur majeur de la loi de 1923 sur le doctorat vétérinaire et de la loi de 1938 sur le monopole d’exercice professionnel vétérinaire.
L’œuvre scientifique thumb|Pavillon de microbiologie et de maladies contagieuses de l'ancienne école vétérinaire de Toulouse Arrivé à Toulouse en 1891, Leclainche se consacre à son enseignement. Il écrit dans ses mémoires n'avoir jamais manqué un seul cours pendant toute sa carrière. Mais à l’époque, il vient de quitter Nocard qui l’a initié aux techniques pastoriennes, et il rêve de poursuivre ses travaux. Avec l’aide de Conte, son chef de travaux, et de Maurette, son préparateur, il crée un laboratoire de fortune dès son arrivée à Toulouse. L’époque est favorable, Pasteur a ouvert une voie dans laquelle de nombreux scientifiques s’engagent pour faire avancer la science. Dans ses mémoires, Leclainche accordera peu de mérite à ses propres découvertes puisqu’il écrit n’avoir fait que « ramasser les miettes du festin pastorien ». Son activité scientifique de laboratoire et d’expérimentation est pourtant très importante tout au long de sa période toulousaine. Elle aboutit en particulier à la mise au point de la sérovaccination contre le rouget du porc entre 1897 et 1901, à la vaccination contre le charbon symptomatique à Clostridium chauvoei de 1900 à 1928, au sérum antigangréneux à Clostridium perfringens à partir de 1898 ; ses sérums polyvalents seront très utilisés pour soigner les plaies de guerre entre 1914 et 1918. Dès 1900, Leclainche est internationalement reconnu comme un des plus grands microbiologistes françaisSir Christopher J. Nixon : Presidential adress on the relation of veterinary science to human medicine, The british medical journal, 1900 dec 1, 1554-1556. La sérovaccination contre le rouget du porc
la vaccination contre le charbon symptomatique
Les sérums antigangréneux
La création de l'Institut de sérothérapie de Toulouse (I.S.T.) Entrepreneur par obligation, pour concrétiser et développer son action scientifique, Emmanuel Leclainche est le créateur, avec Dominique Bimes, de l’Institut de Sérothérapie de Toulouse en 1905 qui permit la production des sérums et des vaccins qu’il avait mis au pointGuilhem Pistre : La Vie et l’œuvre d'Emmanuel Leclainche revue à travers ses archives personnelles. Thèse d'exercice de médecine vétérinaire. Université Paul Sabatier-Toulouse III - École nationale vétérinaire de Toulouse, 2007, 299 p.
Une création imposée par la nécessité thumb|Emmanuel Leclainche, jeune professeur à l’École vétérinaire de Toulouse En 1900, Leclainche avait obtenu du ministre de l’agriculture Dupuy, avec le soutien de Nocard et malgré l’opposition des services du ministère, que l’École Vétérinaire de Toulouse ait l’autorisation de produire et de délivrer elle-même les sérums et vaccins contre le rouget du porc dont l'utilisation connaissait un succès croissant. Le , Leclainche écrit au ministre de l’Agriculture Ruau pour demander, pour l’École de Toulouse, l’autorisation de délivrer son nouveau vaccin contre le charbon symptomatique. Mais Ruau se soumet aux pressions contraires de ses bureaux et répond que l’État ne peut en aucun cas accepter la responsabilité de l’utilisation de ce nouveau vaccin contre le charbon, et qu’il est donc hors de question qu’il soit produit à l’École de Toulouse. Il lui ordonne également de cesser la production du vaccin contre le rouget mais il autorise Leclainche à garder les chevaux utilisés pour mettre au point le sérum et à en disposer comme bon lui semble. En l'absence de toute possibilité de les produire sur Toulouse, Leclainche se rend à Paris pour proposer ses vaccins à l’Institut Pasteur. Il soumet son projet à Émile Roux, devenu directeur de l’Institut en 1904, mais Roux refuse l’offre, prétextant que l’Institut a pour habitude de n’exploiter que des méthodes qu’il a lui-même développées. Leclainche se rend alors à l’Institut Pasteur de Lille, pour proposer son vaccin à Albert Calmette. Ce dernier serait prêt à accepter sa proposition mais les conditions locales ne se prêtent pas économiquement à la production et surtout à la diffusion de ces vaccins. thumb|160px|Dominique Bimes (1867-1929) De retour à Toulouse, Leclainche reçoit le soutien d’un collègue, Dominique Bimes, professeur d’anatomie pathologique à l'école vétérinaire avec lequel il s’est associé en 1903 pour créer la Revue générale de médecine vétérinaire. Bimes a été le chef de travaux du professeur de physiologie Ferdinand Laulanié, directeur libéral de l'école vétérinaire et grand scientifique, qui a accueilli Leclainche à son arrivée d'Alfort. Bimes, avec le soutien de Leclainche, parvient à le convaincre de produire lui-même ses sérums et vaccins. Tous deux achètent alors, le , une villa au fond d’un jardin située au 22 rue Ingres, juste en face de la villa de Leclainche (au numéro 21), pour la somme de francs Ils y installent rapidement le matériel de laboratoire indispensable et trouvent une place pour la dizaine de chevaux immunisés cédés par l’État. Ils sont aidés dans cet aménagement précaire par leur préparateur, Maurette, qui vient leur prêter main-forte en dehors de ses horaires de travail.
L'association Bimes, Leclainche et Vallée thumb|150px|Publicité de l'IST en 1936 thumb|left|150px|Henri Vallée (1874-1947) Le laboratoire est assez rapidement fonctionnel, mais Leclainche pris par ses nombreuses autres activités se met à regretter de l’avoir fondé. Cette création lui pose aussi un vrai cas de conscience et à l'époque il est prêt à tout céder à Bimes, excellent administrateur mais totalement étranger aux techniques de fabrication des vaccins. C’est à ce moment qu’Henri Vallée est associé à l’entreprise. Vallée a été chef de travaux de Leclainche jusqu’à ce qu’il revienne à Alfort pour prendre la succession de Nocard en 1903Emmanuel Leclainche : Notice nécrologique sur Henri Vallée ( 1874-1947) CR Académie des sciences du 7 juillet 1947. En 1920 est créée la société en nom collectif Bimes, Leclainche et Vallée qui forme l’IST dont Bimes est le gérant jusqu’à sa mort en 1929. Maurice Vallée, vétérinaire, fils d’Henri Vallée, lui succède en 1930. Leclainche sera l’actionnaire principal de la société pendant 36 ans, avec 300 des 650 parts ; 200 seront attribuées à Bimes et 150 à Vallée.
La société qui connait un grand développement participera en 1947 à la création de l’Institut français de la fièvre aphteuse (IFFA) avec l’Institut Mérieux. L’IST et l’IFFA seront absorbés en 1968 par l’Institut Mérieux dont une partie sera rachetée par Rhône-Poulenc pour créer Rhône-Mérieux qui aboutira à la création de Mérial en 1997, intégrée depuis le dans le groupe Boehringer Ingelheim auquel elle a été cédée par Sanofi.
Le journaliste et l'écrivain La Revue générale de la médecine vétérinaire Ouvrages Les maladies microbiennes des animaux Histoire de la médecine vétérinaire
L’organisateur et l’administrateur
thumb|Professeur Emmanuel Leclainche, Inspecteur Général, chef du Service de l’Inspection des Services vétérinaires, Inspecteur Général des Écoles Vétérinaires, directeur de l'O.I.E.
En 1923, il cumule ses fonctions d'Inspecteur général des services vétérinaires avec celles d'Inspecteur général des écoles vétérinaires, au départ du professeur Barrier qui fut le successeur de Chauveau à ce poste. Il devient de ce fait le , le C. Bressou : Histoire de l’École vétérinaire d'Alfort : Préface au bicentenaire de l'école. Revue spéciale de la Revue des officiers d'administration du Service de Santé, 1963, in Laure Alnot : La vie et l'œuvre d'Emmanuel Leclainche (1861-1953). Thèse d'exercice de médecine vétérinaire. École nationale vétérinaire d'Alfort, 1996, 102 p de la profession vétérinaire. Conseiller influent des ministres, il a alors un des rôles les plus importants dans la promulgation de la loi du créant le doctorat vétérinaire. En 1924, grâce à son action, les Écoles Vétérinaires sont reconnues établissements d’enseignement supérieur. Remarquable organisateur, négociateur et administrateur, il est à l’origine de l’organisation des services vétérinaires en France grâce à la loi du et du décret du , et de la loi qui a instauré la prophylaxie de la tuberculose et l’inspection de la salubrité des viandes promulguée le .
Leclainche, polyglotte, s’impliqua considérablement dans l’activité vétérinaire internationale. En 1921, il organisa à Paris une conférence internationale qui se tint avec des représentants de 42 États pour l’étude des maladies épizootiques et leur prophylaxie. Elle déboucha sur la création de l’Office international des épizooties (OIE) le , Leclainche, premier directeur de l’OIE, le restera pendant 22 ans, puis laissera la place à Gaston Ramon. L’OIE est maintenant également connu sous le nom d’Organisation mondiale de la santé animale Organisation mondiale de la santé animale (OIE) Emmanuel Leclainche. L'enseignement vétérinaire Conceptions de Leclainche en matière d'enseignement vétérinaire On peut les résumer comme suit : une organisation des écoles vétérinaires moins centralisée, un numerus clausus et un élitisme dans le recrutement des étudiants, un élitisme aussi dans le recrutement des enseignants, une formation scientifique de haut niveau conjuguée à une forte professionnalisation, un statut d'enseignement supérieur aligné sur celui des facultés de médecine humaine.