Paul Janvier, né le à Bais, mort en 1984, est un résistant et médecin français décoré de la médaille de la RésistanceJournal officiel de la République Française, :Annexe p. 44, art. 13, 1946.
Biographie
Origine Le docteur Paul Janvier est médecin à Bais. Son père Auguste Janvier (1865-1932) est maire et conseiller général de Bais, chevalier de la Légion d’honneur en 1923, il est propriétaire éleveur, fondateur et secrétaire général du Stud-Book du cheval de trait mayennaisIl est l'auteur de Stud-Book ou Livre généalogique du cheval de trait de la Mayenne. Société du Cheval de Trait Mayennais. A la Librairie Goupil. Laval. Imprimerie de Charles Colin. Mayenne. Vers 1910. .
Bataille de France Médecin auxiliaire, il est blessé le , au cours des derniers combats de la bataille de France près de Nancy par un éclat d’obus. Il est prisonnier pendant quelques semaines au .
Retour au pays Rentré à Bais, il s'y installe comme médecin de campagne, où il fonde une famille. Il est alors amené à participer à des filières bénévoles faisant évacuer en zone libre, via Assé-le-Béranger des soldats africains, où il commence à connaître les futurs résistants de la régionPaul Janvier, Souvenirs de résistance, 1970. p. 3..
En 1943, un ami de famille, Robert Le BalleLe Balle a des attaches familiales en Mayenne, et plus particulièrement à Bais. sait que le frère de Janvier, Pierre qui prépare l'école de Saint-Cyr souhaite rejoindre la France Libre Il est mis en contact par Le Balle vers un de ces anciens élèves : Jean-Baptiste Biaggi qui l'expédia en juillet vers les PyrénéesMuni d'une fausse carte d'identité, des mots de passe et adresses utiles.. Par son frère Pierre, Biaggi sait qu'il peut compter sur Janvier pour mettre à l'abri ses clients en danger. En 1943, le docteur fait de Bais un centre de réseau d’évasion pour le transfert de volontaires concernés par le Service du travail obligatoire pour l’Algérie à travers l’EspagneFrancis Robin, La Mayenne de 1940 à 1944 : Occupation, Résistance, Libération, p. 60, éd. Archives départementales de la Mayenne, 1997, .
Le réseau Navarre À partir d', il crée une branche du réseau de résistance intérieure NavarreSociété Ornaise d'histoire et d'archeologie,Le Pays Bas-normand,n° 1 à 4, p. 140, éd. Société d'art et d'histoire, 2005 durant la Seconde Guerre mondiale à la suite de contacts avec le professeur Robert Le Balle, fils d'un ancien inspecteur d'académie de la MayenneIl s'agit de Léopold-Jean Le Balle.. Lui-même, professeur de droit civil à Paris, est connu sous le nom d’Oncle Bob. Ce dernier, ami de la familleSa sœur Jeanne Le Balle est l'épouse d'Eugène Motin, docteur à Bais, né en 1870., vient le voir à Bais et lui demande de faire partie de l’Organisation civile et militaire (OCM), tout en devenant agent de renseignement dans le réseau Navarre, qui prit ensuite le nom d'Alliance.
Le général de Gaulle souhaite que la préférence soit donnée à ses agents dans toute cette région de L'Ouest. Le Balle ne cache pas les difficultés que va rencontrer Janvier près de certains agents alliée, ou à tendance communiste. Janvier accepte à condition de rester un agent strictement militaire des Forces françaises libres (FFL)Sans allégeance politique d'aucune sorte., et s’accordent sur le code à observer pour la réception des résistants envoyés par Robert Le Balle. L’objet du réseau est renseignement, préparation des parachutagesMichel Desrues, Magali Eve, Mémorial de la Mayenne, 1940-1945 : fusillés, massacrés, morts aux combats de la libération, p. 24-56, éd. Direction départementale de l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre de la Mayenne, 2001, , organisation de la résistance. Il recrute ainsi l'abbé LorierCuré d'Hambers., M. Baguenardde Champgenéteux., Camille Hyvard, pèrede Bais..
Janvier, alias Capitaine Hyvert est le responsable de l'Organisation civile et militaire (OCM) pour la Mayenne.
Le contact avec Londres Janvier prépare les parachutages, en structurant son réseau avec des amis sûrsLe 26 août 1943, il reçoit d’un fermier un pigeon voyageur parachuté par les Anglais dans la nuit, ce dernier est renvoyé avec un message portant comme code : 77 Ecrevisses Mayennais., et peu bavards. Fin septembre, Paul Janvier renvoie un pigeon voyageur avec un message qui donne la situation militaire actuelles des troupes allemandes, la possibilité de former des groupes de résistance, et indique les nombreux terrains de parachutages possibles dans la région.
Le , Radio-Londres émet un message Les écrevisses à la mayonnaise sont excellentesMichel Augeard Melpomène se parfume à l’héliotrope Essais et documents, éd. JC Lattès, 2012, indiquant l’établissement du contact avec Londres. Il faut donc attendre l'arrivée d'un agent. Les hommes de confiance de Janvier vont pendant l'hiver recruter eux-mêmes leurs équipes. Résistance intérieure À partir de début , l'équipe est informée qu'elle va avoir à accueillir des résistants recherchés par la Gestapo, et qui sont obligés de fuir Paris, à la suite de l'arrestation de plusieurs membres du réseau lié à Robert Le Balle. Le un résistant spécialiste de la lutte clandestine, et recherché par la Gestapo, André Deguin, connu sous le nom d’Alex, est caché par le réseau.
Le développement du maquis L'influence du SOE Début , le réseau voit l'arrivée de Jean Renaud-DandicolleAndré Debon, La mission Helmsman : une contribution décisive de la Résistance au succès de l'opération Overlord (juin-juillet 1944), p.27, éd. du Pavillon, 1997Jean Demiremont, agent du SOE, envoyé aussi par Le Balle. Avec Janvier, ils recherchent des terrains de parachutage dans la région. du sous-réseau VERGER. Ils étudient un programme de mise sur pied de la Résistance dans la région du Nord-Est de la Mayenne, allant jusqu'aux confins de la Sarthe et de l'OrnePaul Janvier, Souvenirs de résistance, 1970. p. 4..
Renaud-Dandicolle repart à Paris après quelques jours pour chercher des ordres et reprendre contact avec ces supérieurs. Il revient avec Maurice Larcher, agent radio de la SOE. Il établit son premier contact radio le depuis un émetteur cachésous le toit de tôles d'un hanger des pariries de Larches sur la route d'Hambers.. Renaud-Dandicolle repart à Paris rendre compte du succès de la liaison, et présenter les projets du groupe de Résistance pour la suite. Les Pompiers de Paris Le , Deguin part également sur Paris pour reprendre contact avec les sapeurs-pompiers de Paris désorganisés par la Milice et des agents à la solde des Allemands. Il propose à l'adjudant Pierre de monter un regroupement de sapeurs-pompiers dans la région de Bais pour pouvoir les armer et les camoufler en attendant le Débarquement. Il rencontre aussi Le Balle, qui lui annonce la visite du général du Bois de Beauchesne ou de son adjoint pour donner les ordres venant du BCRA. A son retour, Deguin se réfugie à Hambers.
Le , Jean Renaud-Dandicolle revient de Paris accompagné du major Claude de Baissac, agent du SOE. Baissac est chargé par le réseau Buckmaster d'organiser la Résistance et le parachutage des armes. Ils sont installés dans une ferme abandonnée à la Roisière à ChampgenéteuxC'est une petite ferme abandonnée appartenant à la mère de Paul Janvier., et sont en contact avec M. Baguenard. La zone de parachutage utilisée sera la vallée du Mont du Saule. Peu après l'arrivée de Claude de Baissac, arrive également sa sœur Lise de Baissac en bicyclette.
Les parachutages Le , un message est transmis de Londres pour annoncer au réseau Navarre qu’un parachutage aura lieu dans la nuit au Mont du Saule : « Le vin rouge est le meilleur ». Sont présents à ce premier parachutage : le major de Baissac, le docteur Janvier, Alex, Jean Renaud-Dandicolle ainsi qu’une équipe d’Hambers et une de Bais. À une heure du matin, l’appareil lâche deux tonnes d’armes contenues dans treize conteneurs et huit paquets. Une femme est parachutée, Phyllis LatourPaulette, Geneviève, Lampooner, elle sera l'opératrice radio du major de Baissac jusqu'à la Libération.. Le matériel sera amené dans les hangars de Marches à l'aide de deux vachères, les chevaux auront parcouru 30 kilomètres dans la nuit et à vive allure.
Le , l'abbé Lorier installe Jean Daniel, un autre résistant pompier en fuite comme commis de ferme à la Douanière. Le , nouveau message, mais rien d'expédié. C'est le que deux autres tonnes de matériel sont de nouveau parachutées et transportées dans la vachère de M. Hyvard et la Simca 5 du docteur Janvier. Le , deux autres pompiers Edmond Duval (Mickey) et Médéric Lepoivre (Médoche) arrivent par le dernier train régulier circulant sur la ligne, et rejoignent Alex à la Valette où le fermier commence à s’inquiéter. Ils seront finalement hébergés dans une maison du bois du Tay. L'entente froide Le même jour se présente Philippe Sergent, envoyé du Général de Beauchêne, du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA). La rencontre avec les agents du SOE reste froide. Paul Janvier connait les contacts entre le SOE et les FTP, il indique à Sergent qu'il restera uniquement aux ordres militaires de la France Combattante, préparant une force armée clandestine prête à obéir au Général Charles de Gaulle, tout en utilisant l'aide matérielle anglaise. Le , le terrain du Mont du Saule est signalé aux Allemands à la suite de la découverte de parachutes. L'ensemble du matériel accumulé est transporté ches les Guénoux, aux Champs à Trans.
Claude de Baissac cherche à imposer à Janvier l’autorité anglaiseDans son livre, Paul Janvier indique une interview au Daily Telegraph du 6 juin 1969, où Claude de Baissac se souvient très bien être débarqué, un jour, chez un docteur Janvier, de Bais, mais ne semble plus connaître que Jean Séailles et le groupe FTP. de Saint-Mars-du-Désert., et Paul Janvier refuse toute autorité du SOE. Claude de Baissac est désormais réfugié chez Marc Allais, instituteur de Saint-Aubin-du-Désert.
Le , les Allemands enquêtent un peu partout dans la région. Fin mai, Paul Janvier reçoit un appel de Philippe Sergent pour lui donner des ordres, il n'aura plus aucune nouvelle de lui.
Il faut alors créer un véritable maquis en forêt de Pail avec l’arrivée de nouveaux sapeurs-pompiers de Paris. Le , Le Petit-Bouillan, ferme abandonnée en bordure de forêt entre Gesvres et de Saint-Paul-le-Gaultier sert de premier maquis au réseau. C’est là que se forme le premier maquis avec Jacques et Gérard Badin, cousins de Janvier, Edmond Duval, Médéric Lepoivre, Jean Daniel et Alex. Paul Janvier est au courant des relations entre Claude de Baissac, et Louis Pétri, et n'est pas surpris de la présence d'un groupe de la résistance intérieure française à Saint-Mars-du-Désert dirigé par Jean Séailles. Le , Anne Janvier sa sœur porte le message codé aux Pompiers de Paris signifiant qu'ils devront rejoindre la zone de Bais pour le Débarquement.
Dès le début de , Jean Renaud-Dandicolle et Maurice Larcher partent pour se diriger vers Pont-d’Ouilly, ayant reçu de nouvelles missions à remplir de ce côté. Ils ne reviendront pas.
Le Débarquement Paul Janvier, en dépit du silence de Claude de Baissac est mis au courant de l'imminence du Débarquement de Normandie. Le , nouveau parachutage à Gesvres. Le message pour les Pompiers est envoyé. Mais pas de retour, le , Emond Duval rejoint Paris. L'aventure du régiment de Pompiers ne peut se faire… Vers le , l'organisation des groupes est figée et répartie. Seuls auront leur maquis : Gesvres à Bouillan, et Izé-Bais à La Giponnière, en Izé. Tous les autres, armés individuellement restent dispersés et ne se regroupent que pour les attaques, n'ayant qu'à connaître un seul chef, qui seul connaîtraPaul Janvier et recevra ses ordres. Pour tous les autres, il n'est qu'un médecin continuant ses visites et consultations sans aucun lien avec les évènements. Le soir même, le groupe de Gesvres récupère trois sénégalais qui resteront au Maquis jusqu'à la Libération.
Juin 1944