Dans l'histoire de l'Anjou, le comté d'Anjou émerge au en conséquence de la dislocation du royaume carolingien. Il devient l'une des plus importantes principautés du royaume de France aux et s. En 1204, le roi de France Philippe Auguste met la main sur le comté. Celui-ci retrouve une certaine autonomie à partir du règne de Saint Louis en tant qu'apanage. L'Anjou est érigé en duché au début de la guerre de Cent Ans.
L'essor d'un grand fief
La naissance du comté d'Anjou
Les débuts L'Anjou faisait partie de l'honneur des Robertiens — les ancêtres des Capétiens. Peu à peu, les vicomtes d'Angers, représentés par Ingelger, s'émancipent de leur tutelle, comme d'ailleurs leurs voisins, les vicomtes de Blois.
Foulques d'Anjou reçoit la vicomté d'Angers sous Charles le Simple. Il est le premier à s'intituler « comte d'Anjou », dans une charte de 929 qui précise son mariage avec Rocille, fille d'un seigneur de Touraine, qui lui apporte notamment Loches..
Son fils, Foulques II le Bon, succède à son père en 942. Il se marie une première fois à Gerberge qui lui donne trois enfants dont son héritier, Geoffroy d'Anjou. Opposé au comte de Blois, il épouse la sœur de celui-ci, devenue veuve du comte de Nantes et duc de Bretagne Alain Barbetorte, en 952. Le comte de Blois, Thibaud le Tricheur, qui s'était vu confier la tutelle du fils d'Alain, Drogon, le confie à son tour à Foulques avec la suzeraineté du comté de Nantes jusqu'à la majorité de celui-ci. Cependant, à la mort de Drogon en 958, peut-être tué par Foulques, le comte d'Anjou met la main sur le comté de Nantes. Les seigneurs bretons préféreront porter le bâtard d'Alain, Hoël, au titre de comte de Nantes à la mort de Foulques en 960.
Geoffroy Grisegonelle succède à son père en 960. Il rejoint le roi Lothaire et Thibaud de Blois pour combattre les normands de Richard puis se tourne vers le sud pour combattre Guillaume Fièrebrace, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, dont il obtient en 973 le fief de Loudun.. Il rejoint une nouvelle fois l'armée de Lothaire et d'Hugues Capet contre l'empereur Otton II qui assiège Paris. Il épaule également son allié le comte de Nantes Hoël contre le comte de Rennes Conan de Bretagne à la bataille de Conquereuil en 981. Il reconnaît Hugues Capet comme roi de France à l'élection de celui-ci, et mourra de maladie en sa compagnie, le , lors du siège du château de Marçon. Son fils, Foulques III, dit Foulques Nerra, lui succède.
Le comté à l'avènement de Foulques Nerra Le comté d'Anjou est alors centré sur le pagus d'Angers. La domination angevine s'étend sur une partie des Mauges. Le domaine englobe alors Vihiers et dépasse le Thouet, avec Méron. À l'est, le Saumurois est devenu propriété des comtes de Blois. La limite du territoire angevin a reculé jusqu'à Gennes. Cependant, les comtes d'Anjou restaient encore partiellement implantés en Touraine : Saint-Épain, Ligueil, Villentrois, Loches, Amboise, Monnaie, Courçay, potentiellement Semblançay, Saint-Christophe, Château-la-Vallière et enfin Chenu.
Ces possessions clairsemées pouvaient former un vaste réseau permettant d'enserrer Tours et de menacer la souveraineté des comtes de Blois dans la région..
Au nord, sur les confins du Maine, La Pellerine, Noyant, Genneteil et Le Lude à l'est, Parcé-sur-Sarthe et Précigné dans la vallée de la Sarthe, et Bazouges dans la vallée de la Mayenne, sont possessions angevines.. À l'ouest, la frontière reste floue, sans cesse redessinée par les Bretons. Le traité d'Entrammes leur concédait le territoire d'Entre deux rivières (probablement entre Mayenne et Sarthe). Sur la Loire, la frontière était établie à Ingrandes-sur-Loire..
Les acquisitions de Foulques Nerra La conquête du Saumurois En 990, à la suite de la mort d'Alain de Bretagne, comte de Nantes, Conan I, comte de Rennes, se jette à l'assaut du comté et prend Nantes. Deux raisons poussent Foulques à intervenir : premièrement, les comtes d'Anjou prétendent à la suzeraineté du comté de Nantes. Deuxièmement, le comte de Rennes est alors un vassal du comte de Blois, ennemi juré des comtes d'Anjou. Le comte de Blois, Eudes I, en profite d'ailleurs pour attaquer l'Anjou la même année. Voulant éviter de combattre sur deux fronts, Foulques décide de parer Eudes avant de s'occuper du comte de Rennes. Il repousse les attaques du comte de Blois, et se retrouve à incendier les faubourgs de Blois, pousse jusqu'à Châteaudun et libère Amboise. Il mène également quelques expéditions contre Saumur, Chinon, et Montsoreau entre autres.
vignette|Vue du donjon de Montbazon aujourd'hui. Ayant repoussé la menace à l'est, Foulques peut à présent s'occuper de l'ouest, et de Conan. Au printemps 992, il assiège Nantes qu'il prend en trois semaines, apparemment par trahison.. Il se retire ensuite afin de renforcer ses troupes. Pendant son absence, Conan et ses alliés normands reprennent la ville, et rencontrent l'armée de Foulques qui se porte à l'aide des habitants. Les deux comtes décident de livrer bataille sur la lande de Conquereuil, sur laquelle s'étaient déjà affrontées les deux armées en 981. C'est la seconde bataille de Conquereuil le , qui voit la mort de Conan, et la défaite de l'armée bretonne. Foulques Nerra place alors Judicaël de Nantes à la tête du comté, sous la tutelle de son vassal le vicomte Aimery III de Thouars qui portera le titre de comte de Nantes de 992 à 994, jusqu'à la majorité de Judicaël..
Foulques reprend alors l'offensive en Touraine, dont le but est à terme de s'emparer de Tours. Soutenu par le roi de France, Hugues Capet, il s'enfonce en Poitou et fait construire à de Tours, le château de Langeais vers 994-995. Eudes rassemble alors son armée, et vient y mettre le siège fin 995 alors que Foulques s'y est réfugié. En mauvaise posture, il pense alors à se rendre quand intervient l'armée royale menée par Hugues Capet. Eudes négocie alors une trêve en , permettant ainsi à Foulques de conserver Langeais. Le mois suivant, Eudes décède. Profitant alors du soutien royal, et du décès du comte de Blois, Foulques reprend l'offensive et met la main sur Tours dans le courant de l'année, avec l'aide du comte de la Haute-Marche et du Périgord.
vignette|gauche|Vestige du donjon de Montrichard. Cependant, la mort d'Hugues Capet en renverse les alliances. Robert le Pieux, son successeur, épouse la veuve du comte de Blois, Berthe de Bourgogne, et prenant parti pour cette dernière, il vient reprendre Tours à Foulques, début 997. Foulques, prenant son mal en patience, part en pèlerinage en Terre sainte en 1002. Les partisans d'Eudes II de Blois profitent de cette absence, et attaquent le comté d'Anjou. À son retour, Foulques riposte en envahissant le Saumurois et en érigeant le château de Montrichard et de Montbazon. À la cour du roi, l'Anjou retrouve une certaine influence : sous la pression de l'Église, Robert avait été forcé de quitter Berthe, et d'épouser Constance d'Arles, fille de Guillaume I, comte de Provence et d'Arles, et d’Adélaïde-Blanche d’Anjou, et donc cousine germaine de Foulques. Celui-ci complote alors avec Constance dans le but d'éliminer Hugues de Beauvais, fidèle du roi et partisan de Berthe. En 1008, alors qu'Hugues et le roi chassent en forêt d'Orléans, douze hommes en armes surgissent et se jettent sur Hugues avant de le tuer sous les yeux du roi. Les assassins s'enfuient alors dans le comté d'Anjou, où Foulques leur donne asile, avouant du même coup sa complicité dans l'affaire. L'affaire fait scandale, et un synode est tenu à Chelles le , dans le but d'excommunier le comte d'Anjou. Celui-ci, pour se racheter de sa faute, décide de partir une seconde fois en pèlerinage.
vignette|Intérieur du donjon de Loches. S'ensuit alors une période d'accalmie, qui se termine en 1016 par le siège de Montrichard par Eudes II, comte de Blois. Foulques décide de partir à sa rencontre, et entraine avec lui Herbert , comte du Maine. Les Angevins rencontrent l'armée du comte de Blois le , à la bataille de Pontlevoy mais sont défaits, Foulques lui-même est grièvement blessé. Alors que la victoire semblait revenir aux Blésois, le comte du Maine arrive en renfort, et renverse l'issue du combat. Exsangues, les deux comtes observent alors une période de paix, de courte durée. En 1017, alors qu'Eudes se brouille avec le roi au sujet de la succession de la Champagne, Foulques en profite pour établir, à quelques kilomètres de Tours, la forteresse de Montboyau, et pour attaquer de front Saumur, possession de Gelduin, vassal du comte de Blois, afin de libérer la route vers Tours. Pour ce faire, il fait construire en 1020 la forteresse de Trèves, en plein Saumurois.
Eudes, qui avait fini par se réconcilier avec le roi, se lance alors à l'assaut de Montboyau, aidé par Gelduin, venu lui prêter main-forte avec la garnison de Saumur. Alors qu'il se trouve dans les environs de Brain-sur-Allonnes, Foulques apprend la supériorité numérique de ses adversaires à Montboyau, et également l'abandon de Saumur par sa garnison, laissant la ville sans défenseurs. Changeant ses plans, Foulques traverse la Loire, et attaque Saumur, que les habitants tentèrent en vain de défendre. Il met alors la ville à sac et s'en empare, dans l'été 1026. Apprenant la nouvelle, Eudes décide cependant de s'en tenir au siège de Montboyau, qu'il pense être sur le point de tomber. Sans attendre, Foulques se porte vers Montbazon, qui lui avait été prise. Eudes, voyant que le siège de Montboyau traînait en longueur, le lève et se dirige vers l'armée de Foulques, qui, une fois Montboyau dégagé, évite le combat et vient camper dans les environs de Loches. Eudes, en désespoir de cause, tente alors de reprendre Saumur. Mais celle-ci, au main de Foulques depuis un mois, lui résiste et fait traîner le siège en longueur. La saison des vendanges approchant, Eudes doit se retirer, et licencier son armée.
Quelques semaines plus tard, Eudes revient tenter une nouvelle attaque, mais est stoppé par les moines de Saint-Florent, craignant pour leur monastère, déjà mis à sac par Foulques lors de la prise de Saumur. Les deux comtes parviennent à un accord : Eudes renonce définitivement à Saumur, alors que Foulques s'engage à détruire la forteresse de Montboyau. Eudes tente de prendre sa revanche en 1027 en attaquant Amboise par surprise, mais échoue et se replie sur Blois.
L'intégration des Mauges Au début du , les Mauges échappent encore au pouvoir comtal. Après le vide politique laissé par les Normands, la majeure partie des terres revient à Renaud Torenche, un proche du comte d'Anjou. Celui-ci est nommé vicomte en 966 par Geoffroy Grisegonelle, dans l'espoir de récupérer ce pagus des Mauges.. À la mort de Renaud en 1001, son fils, Renaud II, devenu évêque d'Angers, hérite des possessions de son père. Foulques Nerra tente de s'attirer les bonnes grâces de Renaud, mais entre finalement en conflit avec lui quand l'évêque décide de faire hériter de ses terres les chanoines de la cathédrale d'Angers.. Afin de se prémunir contre toute tentative de Foulques, Renaud parvient à obtenir une bulle papale de Jean XVIII approuvant la donation, le souverain pontife ayant probablement été influencé par les comtes de Blois.L'abbaye Saint-Florent de Saumur, sous l'influence de la maison de Blois qui contrôlait Saumur, possédait également l'abbaye de Saint-Florent du Mont-Glonne, située dans les Mauges.. Renaud II obtient également le soutien du roi Robert le Pieux, influencé par sa femme Berthe, veuve d'Eudes , comte de Blois.. À son retour de pèlerinage, Foulques tente un procès contre Renaud, qu'il perd. Cependant, la mort de Renaud en 1005 lui permet de nommer un nouvel évêque, Hubert de Vendôme.. Avec sa complaisance, et par son intermédiaire, Foulques positionne dans les Mauges ses chevaliers les plus fidèles, vassalisant ainsi ces terres qui lui avaient échappé, tout en utilisant Hubert comme couverture..