La dynastie d'Abydos est une dynastie locale de l'Égypte antique qui aurait régné brièvement (vers 1650–1600 avant notre ère) sur une partie de la Haute-Égypte pendant la Deuxième Période intermédiaire et qui était contemporaine des et s.
L'existence d'une dynastie à Abydos a d'abord été proposée par Detlef Franke puis élaborée par l'égyptologue Kim Ryholt en 1997. L'existence de cette dynastie est controversée, les chercheurs n'étant pas d'accord quant à l'existence de cette dernière, et ce malgré la découverte d'une nécropole royale à Abydos-Sud, dans une zone appelée « Montagne d'Anubis » (colline en forme de pyramide) dans les temps anciens.
Débat sur l'existence
Arguments en faveur
L'existence d'une dynastie d'Abydos a été proposée pour la première fois par Detlef Franke et approfondie par Kim Ryholt en 1997. Ryholt observe que deux rois attestés de cette période, Sekhemrê-Neferkhâou Oupouaoutemsaf (« Oupouaout est sa protection ») et Pantjeny (« Celui de Thinis »), portaient des noms liés à Abydos : Oupouaout étant une divinité abydéenne importante et Thinis une ville majeure, située à quelques kilomètres au nord d'Abydos. De plus, Oupouaoutemsaf, Pantjeny et Menkhâourê Senââib, un autre roi de cette période, sont chacun connus par une stèle découverte à Abydos, ce qui pourrait indiquer que cette ville était leur centre de pouvoir. Enfin, Ryholt soutient que l'existence d'une dynastie d'Abydos expliquerait les seize entrées du Canon royal de Turin à la fin de la . Cette dynastie aurait pu se former durant l'intervalle entre la chute de la , marquée par les conquête de Memphis puis de Itjtaouy par les Hyksôs, et la progression de ces derniers vers Thèbes.
L'existence de cette dynastie a peut-être été confirmée dans les années 2010 de toute une nécropole, et particulièrement en janvier 2014 avec le tombeau (CS9) du roi Ouseribrê Senebkay, jusque-là inconnu, dans la partie sud d'Abydos, une zone autrefois appelée « Montagne d'Anubis ». Si Senebkay et les autres rois appartiennent bien à la dynastie d'Abydos, leurs tombeaux marqueraient alors l'emplacement de la nécropole royale de cette dynastie, à proximité des tombeaux de souverains du Moyen EmpireTombeau de , celui de Néferhotep , celui de Khâneferrê Sobekhotep et un dernier inachevé, peut-être de Sahathor ? ().. Les fouilles ont mis au jour pas moins de neuf tombes royales datant de la Deuxième Période intermédiaire, similaires par leur style et leurs dimensions : huit anonymes (CS4 à CS8, CS10, CS11 et celle anonyme découverte en 2025En 2025, la découverte d'une autre tombe royale sur le « Mont Anubis » a été annoncée ; cette tombe était légèrement plus ancienne que celle de Senebkay, mais beaucoup plus grande. Cependant, le nom du défunt n'a pas encore été trouvé dans la structure fortement endommagée, probablement à cause des pillages de tombes. Les archéologues ont rattaché la tombe au début de la dynastie d'Abydos et pensent qu'elle appartient à un prédécesseur de Senebkay, car elle a été construite dans une partie de la nécropole que les chercheurs estiment plus ancienne.) et celle de Senebkay (CS9).
Arguments en défaveur
L'existence d'une dynastie d'Abydos ne fait pas l'unanimité parmi les spécialistes, un certain nombre d'entre eux réfutant l'existence de cette dynastie. Parmi ces derniers se trouvent Daphna Ben-Tor, Susan J. Allen et James P. Allen, qui indiquent que, premièrement, Manéthon suit la tradition du Canon royal de Turin (ce que Ryholt souligne lui-même par ailleurs), or les différentes écrits reportant l'œuvre de Manéthon ne mentionnent jamais de dynastie d'Abydos, et que, deuxièmement, le critère adopté par Ryholt de localisation des monuments pour discriminer les rois thébains de la de ceux de la en se basant sur le principe que ceux ayant des monuments à Abydos sont de la est un critère peu convaincant et ne peut s'appliquer que dans le cadre de la reconstitution historique restituée par Ryholt. Detlef Franke, le premier à avoir proposé l'existence de cette dynastie, est cependant revenu sur sa position, comme il l'indique dans son article publié en 2008, dans lequel il juge que l'existence d'une dynastie d'Abydos est très douteuse : il pense aussi que la partie du Canon royal de Turin associée aux rois d'Abydos par Ryholt correspond en fait à la .
Parmi eux se trouvent également Marcel Maré, qui observe qu'un atelier d'Abydos ayant produit des stèles pour deux rois associés à cette dynastie, Oupouaoutemsaf et Pantjeny, a probablement aussi réalisé la stèle du roi thébain Sekhemrê-Ouahkhâou Râhotep. Ainsi, si la dynastie d'Abydos a existé, cet atelier aurait produit des stèles pour deux dynasties concurrentes, ce qu'il juge peu probable.
En réponse à l'argument en faveur de la dynastie d'Abydos fondé sur le tombeau de Senebkay, Alexander Ilin-Tomich fait valoir que certains rois du Moyen Empire, tels que et Khâneferrê Sobekhotep, ont également leurs tombeaux à Abydos, sans que personne ne les rattache à une dynastie basée à Abydos. Il se demande plutôt si Senebkay n'aurait pas pu être un roi de la thébaine ayant choisi, comme d'autres rois de sa dynastie, de se faire ensevelir à Abydos. Julien Siesse considère également l'existence de cette dynastie comme non prouvées, la nécropole royale découverte à Abydos étant plutôt une nécropole de rois thébainsLes tombes d'un grand nombre de rois thébains de cette période n'ont par ailleurs pas été découvertes et pourraient tout simplement être les tombes anonymes d'Abydos..
Histoire
Selon la reconstitution de Kim Ryholt, la dynastie a émergé à Abydos, en parallèle de la à Thèbes, lors de la conquête de Memphis puis de celle de Itjtaouy, villes tenues par les rois de la . À la chute de la capitale royale, les notables thébains et abydéens auraient chacun formé leurs propres royaumes. Le royaume n'aurait vécu cependant que peu de temps, une vingtaine d'années, car une confrontation entre le roi thébain Sekhemrê-Sânhktaouy Neferhotep et les Hyksôs serait attestée sur stèle, suivie d'une autre sous Sânkhenrê Montouhotepi, ce qui indiquerait que le royaume abydéen serait déjà tombé sous le joug des Hyksôs. Ces confrontations ne sont cependant pas acceptées par tous, d'autres chercheurs argumentant que les stèles conserveraient plutôt des confrontations avec les Nubiens, comme l'atteste par ailleurs les inscriptions de la tombe de , nomarque d'El Kab pendant la .
Selon Josef Wegner, la dynastie d'Abydos, tout comme la , auraient émergé dans la phase finale de la , sur la base de plusieurs éléments, dont les suivants : d'une part, la Stèle juridique, qui mentionne une généalogie des nomarques d'El Kab (voir ) d'un côté, et les règnes de Merhoteprê de la et de Souadjenrê Nebiryraou de la de l'autre, permettent de supposer une durée de quarante à soixante ans tout au plus, la taille de la nécropole royale d'Abydos, qui ne correspond par à une dynastie de courte durée (durée estimée à partir des données de la Stèle juridique d'une vingtaine d'années entre la chute de la et le règne de Senebkay, situé plutôt en fin de dynastie), impliquant donc un débordement de la dynastie sur la phase finale de la , Horemkhâouef, qui a vécu vers les règnes de et Semenrê de la , a voyagé vers Itjtaouy, capitale de la , et rencontré le roi ; ceci démontre la présence d'un pouvoir royal dans la capitale du Moyen Empire assez tardivement dans la Deuxième Période intermédiaire.
La fin de la dynastie est quant à elle comprise différemment par Wegner. Il pense en effet que le royaume a pris fin par la conquête de ce dernier par les rois thébains de la , devenant ainsi la , le pouvoir thébain n'aurait donc pas vu de rupture de pouvoir mais seulement une conquête territoriale significativeDans cette hypothèse, Wegner fait le parallèle avec le passage de la avec la , qui n'est pas dû à une rupture dynastique mais à la réunification du pays grâce à l'annexion par les Thébains du territoire contrôlé par les Hyksôs ().. Il émet également une autre hypothèse : le royaume d'Abydos aurait en fait conquis le royaume thébain, ce qui serait appuyé par le fait que les plus anciens rois de la (Râhotep, Oupouaoutemsaf, Paentjeny) étaient originaires d'Abydos.
Territoire
Si la dynastie d'Abydos était bien une dynastie, son siège du pouvoir se situait probablement à Abydos ou à Thinis. Un graffiti possiblement attribué à Oupouaoutemsaf a été découvert par Karl Richard Lepsius dans le tombeau BH2 du nomarque Amenemhat () à Beni Hassan, à environ au nord d'Abydos, en Moyenne-Égypte. Si l'attribution de ce graffiti est correcte, ce qui est loin d'être certainL'inscription originale semble en effet perdue, rendant l'attribution à Oupouaoutemsaf très incertaine ()., et si Oupouaoutemsaf appartenait bien à la dynastie d'Abydos, son territoire aurait pu s'étendre jusqu'à cette latitude nord. Puisque cette dynastie était contemporaine de la , le territoire sous contrôle abydéen ne pouvait pas s'étendre au-delà de Diospolis Parva, à au sud d'Abydos.
Souverains de la dynastie
Les rois attestés qui ont été assignés à la dynastie sont les suivants : Sekhemrê-Neferkhâou Oupouaoutemsaf, Sekhemrê-Khoutaouy Paentjeny, Menkhâourê Senââib, Ouseribrê Senebkay, Khouiker.
Selon le Canon royal de Turin, les rois de la dynastie qui suit la sont les suivants :
!scope=col width="10%" | Position !scope=col width="40%" | Canon royal de Turin
| 11.16 | Ouser...rê |- | 11.17 | Ouser...rê |- | 11.18 | lacune |- | 11.19 | lacune |- | 11.20 | lacune |- | 11.21 | lacune |- | 11.22 | lacune |- | 11.23 | lacune |- | 11.24 | lacune |- | 11.25 | lacune |- | 11.26 | ...hebrê |- | 11.27 | lacune |- | 11.28 | lacune |- | 11.29 | lacune |- | 11.30 | ...oubenrê ou ...hebrê |- | 11.31 | ...oubenrê
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
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