Benedikt (Franz Leo) Waldeck (né le Münster et décédé le à Berlin) est un homme politique allemand, meneur des libéraux de gauche en Prusse lors de la révolution de mars 1848. Il est donc un des principaux acteurs de l'assemblée nationale prussienne où il présente sa charte qui servira de base à la Constitution prussienne. Par la suite, durant l'ère réactionnaire, il doit se retirer de la politique. Il fait son retour au sein du parti progressiste allemand dans les années 1860 et devient un des adversaires du chancelier Otto von Bismarck.

Famille, formation et vie professionnelle thumb|Place du marché et église Saint-Lambert de Münster Le grand-père de Benedikt est compositeur et organiste à la cathédrale, son père est professeur de droit naturel et criminel. Après la fermeture de l'académie de Münster en 1822, il est impliqué dans la fondation d'une école à la fois professionnelle, citoyenne et provinciale. Par ailleurs, il rédige divers textes religieux et de philologie. La mère de Benedikt, Gertrudis, née Lindenkampff, est issue d'un famille de patriciens de Münster.

Waldeck fréquente le lycée Saint-Paul de Münster. Il y passe son en 1817. Il commence ses études de droit au même endroit, mais change en 1819 pour se rendre à l'université de Göttingen. Il est membre du corps Guestphalia II à partir de 1825Kösener Korps-Listen 1910, 69, 160. Il a pour professeur Jakob Grimm, et l'aide à rassembler les contes et les légendes.

Waldeck montre quelques talents littéraires, ses poèmes reçoivent notamment les éloges d'Heinrich Heine, dont il fait la connaissance dans son Corps. Il passe sa thèse de droit à seulement 19 ansCertificat de doctorat daté du 2 mars 1822, UniA GÖ Jur. Prom. 7425. Influencé par Grimm et Karl Friedrich Eichhorn, il est proche de l'école historique du droit. Après avoir pensé un temps devenir professeur de germanistique, Waldeck décide finalement de devenir juriste. Il reste cependant lié au monde littéraire et philosophique. À la fin de ses études, il retourne dans sa ville natale. Il y est d'abord à partir de 1822, puis 2 ans plus tard stagiaire à la cour d'appel, enfin en 1828 il réussit son examen d'État et devient magistrat débutant à la cour d'appel d'Halberstadt. Il est muté la même année à Paderborn, où il épouse Julia, née Langen (1809-1890). De ce mariage naîtront 9 enfants, dont 4 meurent en bas âge.

En 1834, Waldeck est nommé directeur du tribunal de grande instance de Vlotho. En 1836, il devient juge à la cour d'appel de Hamm. Il y devient en 1840 président du conseil municipal et représente la ville dans le conseil cantonal. Il milite avec succès afin que la ville obtienne une gare sur la ligne Cologne-Minden. En 1844, il demande sa mutation à Paderborn à la cour d'appel. En 1846, il est muté à Berlin où il devient juge à la cour suprême prussienne.

Activité politique thumb|Représentation de l'assassinat de Kotzebue en 1819, qui fut la cause des répressions par les décrets de Karlsbad (gravure sur cuivre).|alt=On voit un étudiant habillé en marron porter un coup de poignard sur Kotzebue, habillé en bleu et tenant une feuille de papier, dans un salon bourgeois blanc. En arrière-plan deux femmes et un homme regardent par la porte. Le milieu familial, le berce des idées des lumières et du catholicisme non-dogmatique représenté par Franz Friedrich Wilhelm von Fürstenberg. La fin de l'occupation française et le début de l'administration prussienne sur sa région le marque également politiquement. La Prusse a notamment sécularisé Münster en 1803. Toutefois, Waldeck voit également dans l'État militaire, un moteur pour le progrès politique et l'évolution de la société. Il est d'autant plus déçu en 1819 par la parution des décrets de Karlsbad qui mettent en place une lourde censure dans la confédération germanique. Il reste ainsi éloigné des étudiants protestataires lors de ses études. Il n'en est pas moins révolté quand l'étudiant, membre d'une , Karl Ludwig Sand est exécuté après avoir assassiné pour des motifs politiques le dramaturge et journaliste dans des journaux satiriques August von Kotzebue. Waldeck dédie à Sand une chanson populaire pour le sauver de l'oubli.

Waldeck lit et étudie Hegel, Fichte, Kant et Rousseau. Il est aussi fortement influencé un temps par le conservateur Karl Ludwig von Haller. C'est surtout avec la révolution de juillet 1830, que Waldeck commence à s'intéresser aux théories sur la société française, il lit ainsi le pré-socialiste Saint-Simon et le catholique-libéral de Lamennais. Cela influence la pensée de Waldeck, qui défend des opinions catholiques et libérales, toutefois il n'est pas républicain.

Il rentre en politique avec Johann Friedrich Joseph Sommer pour défendre la liberté des juges. Ensemble, ils organisent une réunion pour les juristes de Westphalie à Soest en 1843. La tentative de former une confédération professionnelle échoue à cause de la méfiance générale. Waldeck reçoit certes un avertissement de l'administration, mais cela n'a pas de conséquence sur la suite de sa carrière. Durant la période du , il devient reconnu pour ses compétences en matière de droit des successions et du régime matrimonial. Il plaide pour la divisibilité des terres. Sa défense des intérêts des fermiers, y compris ceux des petits propriétaires, lui vaut le surnom dans la population de . Dans ce contexte, il fait paraître le livre , soit de la loi de successions fermières en Westphalie, en 1841.

Révolution de 1848 Opinions politiques thumb|Académie de chant de Berlin, peinture de Eduard Gärtner en 1843 thumb|Intérieur de l'académie de chant, siège de l'assemblée nationale prussienne en 1848 Lors de l'éclatement de la révolution en 1848, Waldeck n'a pas d'autres expériences politiques que celles en tant que juge. Pourtant, il est élu dans pas moins de 4 circonscriptions - à Lippstadt et Berlin en tant que député, Paderborn et Münster - lors des élections de l'assemblée nationale prussienne qui siège à Berlin. Il accepte cependant un mandat dans la seconde circonscription berlinoise que lui avait proposée Rudolf Virchow. Il s'y exprime pour une monarchie démocratique dans la tradition de l'assemblée constituante française de 1789. Il souhaite un système parlementaire monocaméral, c'est-à-dire sans chambre haute dominée par les nobles. Ce n'est donc pas un républicain, mais un partisan de la monarchie constitutionnel avec un fort parlement. En outre, il appelle de ses vœux des réformes que ce soit dans la justice, l'organisation agraire, les domaines ou l'armée. La politique sociale n'a par contre pour lui que peu d'importance. Il fait partie des députés qui se tiennent éloignés des festivités organisée pour l'ouverture de la nouvelle assemblée dans la salle blanche du château de Berlin. Ils protestent contre la tentative du roi Frédéric-Guillaume IV de mettre ce nouveau parlement dans la continuité avec le , déniant ainsi son caractère révolutionnaire. Waldeck s'impose rapidement comme une des figures de proue de la gauche au parlement. Il se montre cependant parfois peu sûr de lui, les critiques lui reprochent également son manque de sens politique, qualité nécessaire aux hommes d'État.

Lors des débuts de l'assemblée, Waldeck est proposé pour devenir président de l'hémicycle. Un candidat libéral lui est préféré. Alors qu'il ne participe qu'à peine à la vie associative démocrate à Berlin, Waldeck est un des meneurs du mouvement démocrates prussiens. La gauche est constituée d'un noyau d'environ 40 députés qui se trouve dans l'opposition face au gouvernement de mars Camphausen-Hansemann. Au sein de la gauche, Waldeck se situe sur l'aile droite avec une sensibilité libérale de gauche, à opposer à l'aile gauche menée par Johann Jacoby.

Waldeck ne parle au départ que peu durant les séances plénières, il participe par contre intensivement aux commissions. Ses prises de paroles y sont remarquées : . Wolfgang J. Mommsen écrit ainsi que Jodocus Temme et Waldeck, tous deux de gauche, ont profondément influé sur le cours des débats. Seuls Karl Rodbertus, du centre gauche, et Georg von Vincke, des libéraux droits, sont à même de contrebalancer.

Les dissensions au sein de la gauche se font sentir lors du débat du qui concerne la proposition de Julius Berends sur la reconnaissance de la révolution. Ce dernier souhaite en effet que la patrie se montre reconnaissante envers les combattants du 18 et . Les démocrates tentent de transformer ce débat en discussion sur la souveraineté du peuple. Pour les libéraux cela va trop loin. Waldeck, qui dirige alors la séance, retire finalement la parole à Johann Jacoby qui représente alors les démocrates.

À l'image des membres du gouvernement Camphausen, Waldeck considère à la différence des démocrates que le temps de la révolution est fini. C'est maintenant au parlement de réformer l'État : . La question constitutionnelle joue dans ce cadre un rôle déterminant. Waldeck se distingue particulièrement dans ce domaine.

Charte Waldeck et travail parlementaire

Le , le cabinet libéral Camphausen-Hansemann publie leur proposition de constitution. Elle garantit notamment les droits des citoyens. Waldeck la rejette tout de même car elle ne limite pas assez à son goût les pouvoirs du roi tout en garantissant certains privilèges à la noblesse. Ce rejet est partagé par les démocrates et par une partie des libéraux. Lors d'un discours du , Waldeck parvient à convaincre la majorité de la chambre qu'elle a le droit non seulement de débattre de la constitution, mais également de l'amender voir d'en proposer une autre. Une commission constitutionnelle est donc créée, Waldeck en prend la présidence. Il ne s'arrête pas là et déclare qu'en matière de réformes et de lois également, le parlement a le droit à l'initiative : .

thumb|Gottfried Ludolf Camphausen Il rédige principalement les parties concernant les droits fondamentaux. Son importance pour la rédaction de cette proposition de constitution est si importante, que le texte est appelé unanimement charte Waldeck. Elle représente un compromis entre les visions libérales et démocrates, tout en allant beaucoup plus loin que celle du gouvernement Camphausen-Hansemann. Les privilèges y sont ainsi abolis ; les libertés personnelles, de presse et de réunion, ainsi que le droit au port d'armes y sont garanties. Une séparation de l'Église et de l'État ainsi qu'une réforme scolaire sont également prévues. Les démocrates tentent bien d'imposer le principe de souveraineté du peuple, finalement ce sont les libéraux qui font prévaloir la monarchie constitutionnelle. De même, résultat du compromis, la charte prévoit un système parlementaire bicaméral et un suffrage indirect. La charte Waldeck ne doit donc pas être vue comme une œuvre personnelle, mais bien comme le fruit de longues discussions. Elle représente également un succès pour les démocrates et les libéraux radicaux, de par la garantie des droits fondamentaux et le rejet d'un droit de véto royal sur les décisions du parlement. Le droit de véto royal n'est en effet que suspensif. Le terme roi est également rayé du texte.

Par ailleurs, Waldeck participe activement à l'élaboration d'un projet de réforme du découpage administratif qui ne voit finalement pas le jour. Il s'implique également dans les réformes de la presse et de la justice. L'assemblée vote aussi sur sa proposition pour un Habeas corpus, qui doit être aussi inclus dans la constitution. Sur la question militaire, les démocrates et Waldeck doivent pliés face aux libéraux. Le vote d'une loi pour une , ne satisfait pas les partisans d'armée du peuple. Par contre, les démocrates imposent aux libéraux la levée du droit de chasse, un résidu du droit féodal.