François-Frédéric Boulé, né le à Corvol-l'Orgueilleux (Nièvre)Archives de la Nièvre, registre 5 Mi 19 882, acte n°27, vue 795/1202 et mort le à GarchesActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Garches, n° 128, vue 38/50.« Bulletin du travail », Le Petit Parisien, 5 janvier 1903, p. 4., est un tailleur de pierre, syndicaliste et militant socialiste français de la fin du .

Meneur de la grande grève des terrassiers parisiens (juillet-), il est candidat à plusieurs élections législatives et municipales, passant du blanquisme au boulangisme.

Biographie

Personnalité parisienne du mouvement ouvrier

Tout d'abord employé pendant plusieurs années comme garde forestier dans son département natal, François-Frédéric Boulé entre en conflit avec l'administration, qui lui reproche sa proximité avec d'anciens communards et le pousse à démissionnerLouis Lambert, « Le candidat Boulé », Le Gaulois, 10 janvier 1889, p. 2..

Installé à Paris comme tailleur de pierre, Boulé est élu conseiller prud'homme pour un mandat de six ans le Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 23 janvier 1883, p. 93.. Pendant ces années de crise du bâtiment liée à la Grande Dépression de 1873-96, il devient secrétaire de la « Commission collectiviste des ouvriers sans travail », une fédération de 76 groupes et syndicatsLe Gaulois, 31 décembre 1884, p. 1 ; et Bulletin municipal officiel de la ville de Paris, 27 janvier 1885, p. 135-138.. À ce titre, il adresse des pétitions au conseil municipal de Paris et aux députésCavalier, « Les ouvriers sans travail au Palais Bourbon », Le Gaulois, 3 février 1885, p. 2. pour demander la journée de huit heures, l'application des décrets de 1848 supprimant le marchandage, la réquisition des logements inoccupés et la suspension des loyers pendant la durée de la crise, ainsi que le lancement de grands travaux publics.

En tant que révolutionnaire blanquiste (membre du Comité révolutionnaire centralAlexandre Zévaès, « Notes d'histoire socialiste - La Presse socialiste de 1871 à 1900 », La Nouvelle Revue, t; 147, janvier-février 1937, p. 283.), il se distingue des anarchistesLe Gaulois, 11 décembre 1884, p. 1. et se heurte, dès 1885, avec son collègue Antonin Desfarges, à la majorité possibiliste du conseil de prud'hommes« Une scission au Conseil de prud'hommes », Journal des débats, 26 juillet 1885, p. 3.. Il combat les idées réformistes des partisans de Paul Brousse, notamment en préconisant la grève générale pour obtenir satisfaction des revendications ouvrièresHenri Hamoise (Charles Chincholle), « Les meetings d'hier », Le Figaro, 7 novembre 1887, p. 2 ; et « Une conférence socialiste à Nantes », La Justice, 9 novembre 1888, p. 2. et en réunissant à la Bourse du travail 54 syndicats« Un curieux procès », La Presse, 9 juin 1888, p. 1. en une Fédération des chambres syndicales et groupes corporatifs indépendants« Les plaintes des ouvriers », La Presse, 20 juillet 1888, p. 3. dont il devient le secrétaire général et qu'il représente au troisième congrès de la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs ouvriers de FranceFédération nationale des syndicats et groupes corporatifs ouvriers de France, 3 congrès national, Bordeaux, 1888, p. 3-4.. Il sera également membre de la commission d'organisation du congrès international de Paris de Congrès international ouvrier socialiste de Paris (du 14 juillet au 21 juillet 1889), Paris, 1889, p. 4 et 15..

Au printemps 1888, Boulé encourage les ouvriers employés aux travaux du Palais Bourbon à assigner aux prud'hommes le questeur de la Chambre, Madier de Montjau, et l'entrepreneur Desplanques pour les avoir rétribués au rabais. Condamné à payer les ouvriers selon les prix de série de la ville de Paris (soit douze francs la journée de 10 heures, au lieu de huit francs), l'entrepreneur fait appel et obtient finalement gain de cause. Protestant contre cette décision, Boulé se retire du conseil avec scandale« Vengeance de M. Floquet », La Presse, 3 septembre 1888, p. 1..

En juillet de la même année, Boulé dirige le mouvement de grève des terrassiers parisiens, qui dénoncent leurs mauvaises conditions de travail et réclament une augmentation de vingt centimes de l'heure, conformément aux prix de série de la ville de Paris« Une grève parisienne : les terrasiers-puisatiers-mineurs », La Presse, 27 juillet 1888, p. 1.. Face à l'ampleur du mouvement, qui se prolonge au mois d'août aux dépens des travaux de l'Exposition universelle et culmine lors des funérailles du chef blanquiste Émile Eudes, le gouvernement Floquet réagit en ordonnant la fermeture de la Bourse de travail et en décrétant, à la suite de l'incident Desplanques, la révocation de Boulé de son mandat de conseiller prud'homme. Malgré l'inéligibilité de six ans liée à cette déchéance, les ouvriers du bâtiment s'obstinent à voter pour le tailleur de pierre à trois reprisesLa Presse, 14 septembre 1889, p. 2. avec un nombre croissant de suffragesBulletin municipal officiel de la ville de Paris, 8 janvier 1889, p. 98..

Du blanquisme au boulangisme

Ainsi soutenu par ses collègues (à l'exception des possibilistesHenri Hamoise (Charles Chincholle), « Le conseil des prud'hommes », Le Figaro, 9 décembre 1888, p. 1.) , Boulé envisage de se présenter aux prochaines élections législativesR. Bénédite, « Grand homme ou fumiste ? », Gil Blas, 4 septembre 1888, p. 2..

L'élection du 27 janvier 1889

vignette|Paris est inondée d'affiches de Boulanger et de Jacques. Celles de Boulé sont plus rares car les socialistes révolutionnaires disposent de fonds moins importantsLa Croix, 12 janvier 1889, p. 2..

Le décès, le , du député radical parisien Auguste Hude, provoque une législative partielle, à laquelle participe le général Boulanger, chef d'un mouvement national d'opposition au régime et « bête noire », à ce titre, des républicains « opportunistes », des radicaux pro-gouvernementaux et clemencistes ainsi que des possibilistes. Contrairement à ces anti-boulangistes, les blanquistes et les guesdistes refusent d'appuyer la candidature républicaine unique du radical Édouard Jacques. Réunis en « congrès socialiste révolutionnaire » à la salle Léger, rue du Temple, ils renvoient dos à dos le « futur dictateur » et « le candidat officiel » du gouvernement et optent pour une candidature « vraiment socialiste ». Sollicité par certains délégués, le conseiller municipal Édouard Vaillant décline l'offre et propose de choisir un candidat ouvrier. Soutenu notamment par Chauvière, Boulé est investi candidat par 62 voix, contre 23 à Vaillant, 9 à Protot et 16 abstentions« Le congrès blanquiste et guesdiste », Le Rappel, 11 janvier 1889, p. 2.. Le gendre de Marx, Paul Lafargue, lui apporte son soutienLe XIX siècle, 15 et 19 janvier 1889, p. 2..

Ce n'est pas la première fois que Boulé se présentait à une élection législative : un peu plus de trois ans plus tôt, soutenu par le comité central de l'Union socialiste révolutionnaire (collectiviste)Le Figaro, 11 septembre 1885, p. 2., et par des journaux tels que Le Cri du Peuple de Séverine et Adrien GuebhardLe XIX siècle, 14 septembre 1885, p. 2. et La Bataille de LissagarayLe Matin, 28 septembre 1885, p. 2., Boulé avait figuré en bonne place sur la liste de la coalition socialiste révolutionnaireLe XIX siècle, 26 septembre 1885, p. 2. aux élections d'octobre 1885 dans la Seine. Deux ans plus tard, lors des élections municipales, il avait été candidat dans son quartier des Batignolles (il habite depuis 1884 au 9 de la rue des DamesLa Presse, 24 mai 1889, p. 1.).

Se présentant comme le « porte-drapeau de la Commune et de la Révolution sociale » et comme une alternative au duel entre le représentant des « parlementaires » et celui des « césariens »Charles Chincholle, « L'affiche de M. Boulé », Le Figaro, 12 janvier 1889, p. 2., Frédéric Boulé mène campagne sans grands moyens financiers, le trésorier de son comité, le journaliste Alexandre de Okecki, n'ayant réussi à réunir que 2600 francsJean Dautry, « Lafargue et le boulangisme », La Pensée, n 120, avril 1965, p. 33.. Le candidat blanquiste obtient finalement 17 038 voix (4 % des exprimés), loin derrière Jacques (38 %) et, surtout, Boulanger (57 %), qui est triomphalement élu le .

Malgré ses imprécations publiques contre « la personnification des massacres de la Semaine sanglante », il est probable que Boulé ait mené une campagne de diversion, destinée avant tout à priver Jacques de certaines voix républicaines. Les possibilistes accusent les boulangistes d'avoir financé la grève des terrassiers tandis que des rapports de police indiquent que Boulé, déjà soutenu par plusieurs personnalités du mouvement boulangiste lors de sa révocation, aurait été « acheté » par les partisans du général. D'ailleurs, ces derniers ont été et seront rejoints par de nombreux militants blanquistes (Granger, Roche, Planteau), souvent proches d'Henri Rochefort, qui fondent le Comité central socialiste révolutionnaire.

Candidat boulangiste (1889-1893)

L'adhésion de Boulé au boulangisme, qui lui vaut une perquisition le , ne fait plus aucun doute lors des élections législatives du , quand il vient apporter son soutien à Émile Massard, candidat boulangiste dans le XIe arrondissement, et qu'il accepte de se présenter comme candidat « révisionniste » dans la circonscription de Wassy, dans la Haute-Marne. Avec seulement 544 voix, il termine loin derrière le député sortant, Steenackers, également boulangiste (7578 voix), et le républicain modéré Rozet, élu avec 9485 suffragesL'Intransigeant, 25 septembre 1889, p. 3..

Cet engagement boulangiste, qui entraîne son exclusion de la Fédération des chambres syndicales indépendantes« M. Boulé à la Bourse du travail », La Justice, 27 octobre 1889, p. 2. et du Comité révolutionnaire central en octobre, se confirme lors des élections municipales du 27 avril 1890. Boulé, qui travaille provisoirement comme garde champêtre à la mairie de Saint-Ouen pendant son éviction des chantiers parisiensLa Justice, 4 décembre 1889, p. 3., est alors le candidat du comité boulangiste et du Comité central socialiste révolutionnaireLe Matin, 14 mars 1890, p. 2. dans le quartier des Épinettes (XVII arrondissement)La Presse, 13 avril 1890, p. 1., dont le conseiller sortant n'est autre que le leader possibiliste Paul Brousse. Malgré cette investiture officielle, annoncée dans La Presse de Georges Laguerre, il doit subir les candidatures boulangistes dissidentes de l'antisémite marquis de Morès et d'un certain GillesLe Temps, 13 avril 1890, p. 2.. Avec 1962 voix (26 % des votants), Boulé arrive second, devant Morès (12,3 %) mais loin derrière Brousse, réélu au premier tour avec 3942 voix (52,2 %)Ernest Gay, Nos édiles, Paris, 1895, p. 343..

La défaite est encore plus écrasante lors du scrutin municipal suivant, le : Brousse est à nouveau réélu dès le premier tour (avec 5138 voix, soit 65,5 % des votants) mais Boulé ne termine que troisième (avec seulement 874 voix, soit 11 %), devant l'allemaniste Renou (427 voix, soit 5,4 %) mais derrière le républicain indépendantLe Figaro, 14 avril 1893, p. 2. Émile Evrard (1061 voix, soit 13,5 %). Fondateur d'une « Commission ouvrière socialiste du travail » (de tendance socialiste « rochefortiste ») à l'audience restreinteLe Temps, 17 avril 1891, p. 3, et 30 avril 1892, p. 2., Boulé s'est marginalisé au sein du mouvement ouvrier.