Odette Dulac, nom de scène de Jeanne Latrilhe, est une artiste lyrique, chanteuse et une femme de lettres française née le à Aire-sur-l'Adour et morte le à Barbizon.

Biographie Jeunesse Odette Dulac est originaire du Béarn, où elle naît à Aire-sur-l'Adour le . Elle est issue d'une lignée de marchands-drapiers du village de Moncaup dans les Pyrénées-Atlantiques. Son père Alexandre Latrilhe, est négociant et marchand de nouveautés à Aire-sur-l'AdourArchives départementales des Landes, Registre de l’état civil, naissances, Aire-sur -l’Adour 1863-1870 A E 1/ 12. Sa mère Marie-Clothilde Labrauste est la fille d'un pharmacien d’Aire-sur-l’Adour, Denis LabrausteArchives départementales des Landes, Registre de l’état civil, Aire-sur -l’Adour mariages 1848-1854 A E 1/ 20. Benjamine d'une fratrie de trois enfants, elle a deux frères. Elle est la petite-nièce du chimiste Michel-Jean-Jérôme DizéA. Pillas, Le chimiste Dizé, sa vie, ses travaux 1764-1852, Paris, J.B. Baillière et fils 1906, p. 146 (1764-1852), qui est l'inventeur de la soude artificielle.

Elle passe sa petite enfance dans la propriété familiale de Moncaup. En 1873, elle est envoyée ainsi que son frère cadet, à Lorient, où ils sont tous deux confiés à des parents, couple d'enseignants à la retraite. Ces derniers appliquent un principe d’éducation particulier, puisque c'est la petite Odette qui reçoit les punitions à la place de son frère lorsqu’il n’apprend pas ses leçons. Elle en garde un sentiment d’iniquité qui la marque fortement. Elle acquiert cependant de solides connaissances en grec et en latin.

En , son père, alors âgé de 48 ans meurt subitement d’une embolie. Les problèmes d’héritage qui s’ensuivent, entrainent la ruine du commerce familial. Odette retourne vivre auprès de sa mère, et en 1879 s’installe à Bordeaux avec elle et son frère cadet. Elle travaille quelque temps comme ouvrière à la faïencerie Vieillard à BordeauxLe Ménestrel. Paris 29 novembre 1929, page 509. . En elle entre comme pensionnaire au couvent des Ursulines (l'ancien Hôtel de la Monnaie à Bordeaux) pour y poursuivre ses études. Elle en sort munie du brevet supérieur en 1883Le Matin, page 1 La bonne chansonnière . Paris 24 octobre 1900 .

On sait peu de choses d’elle entre 1883 et 1891. Elle mentionne dans ses mémoires qu’elle gagne sa vie en donnant des cours de dessin et de musique dans les familles de la bonne société bordelaise. Elle vit ensuite à Poitiers jusqu’en 1891. Cependant dans son autobiographie En regardant par-dessus mon épaule, la vie d'une artiste parue en 1929, elle garde le silence sur cette période de sa vie. Elle évoque à mots couverts une déception amoureuse et une rupture avec sa famille.

Notoriété thumb|left|upright|Odette Dulac par Reutlinger, vers 1903. Odette Dulac est une chanteuse très en vogue à la Belle Époque. Artiste éclectique, tour à tour chanteuse d’opérette, chansonnière, peintre et sculptrice, conférencière et femme de lettresBibliothèque nationale de France notice d'autorité personne , rien ne prédestine cette fille d’un marchand de nouveautés aisé d’Aire-sur-l’Adour à devenir artiste.

C'est grâce à ses qualités naturelles et à un travail constantGabriel Cabannes, Galerie des Landais, Mont-de-Marsan, Chabas 1930-1934., que cette Béarnaise a réussi à s’imposer sur les différentes scènes parisiennes et européennes.

Elle débute sur les planches aux alentours de l’année 1892 à Anvers. Elle se produit à Saint-Pétersbourg puis à Paris à partir de 1894. Elle acquiert une véritable notoriété en 1897 grâce à son rôle dans l’opérette d’André Messager, les P’tites Michu.

Dotée d’une belle voix de soprano ainsi que d’une excellente dictionLe Figaro ' Courrier des Théâtres. Paris 22 juin 1897, page 4 , spirituelle et comédienne expérimentée, elle est considérée par ses contemporains comme une des meilleures diseuses de son époqueHenry Fouquier Le Figaro, rubrique Les Théâtres : Théâtre des capucines: réouverture. Paris 10 décembre 1898 A. Mercklein Le Figaro, rubrique Spectacles et concerts . Paris 17 octobre 1898. .

Les chansons humoristiques et à sous-entendus grivois, dont elle fait sa spécialité, lui confèrent une certaine renommée dans les théâtres parisiens et les cabarets de la Butte Montmartre.

Son répertoire comprend des chansons anciennes « 1830 », qu’elle interprète en robe à crinoline, des chansons de Gustave NadaudYves Borowice, Claude Antonini, Laurent Balandras, Jacques Mandrea, Christian Marcadet, Martin Pénet, Nicolas Vallée, Jean Viau, Les Femmes de la chanson, deux cents portraits (1850-2010), Odette Dulac page 78. Paris, Ed. Textuel, 2010. Aperçu Google Livres , et de ses propres créations. Elle est l’une des interprètes de la chanson Le Temps des cerises en 1901.

En 1904, alors en pleine gloire, elle quitte les tréteaux de la Butte Montmartre pour se consacrer à l’écriture, la sculpture et à la peinture.

Féministe engagée, elle milite activement pour le droit de vote des femmes, la création de crèches et de maternités, le développement de la puériculture et des pratiques d'hygiène Le droit à l'enfant Ed. Figuière. Paris 1916. Bibliothèque Marguerite Durand, cote: 312 DUL. Triste aveu : pour la création de maternité. Extrait du carnet politique et parlementaire. Paris 10 août 1918. BHVP cote : Bougle 134866..

Elle est enterrée à Paris au cimetière des Batignolles (division 21)Cimetières de France et d'ailleurs.

Carrière L’artiste lyrique thumb|upright| Odette Dulac dans le rôle d'Eurydice, d’Orphée aux Enfers, vers 1894. Photo Numa Blanc fils.

Timide, complexée par son physique, elle devient artiste lyrique au hasard d’une rencontre à Bruxelles. Elle connait des débuts difficiles. Elle monte la première fois sur les planches aux alentours de 1892, au théâtre du Cirque à Anvers. En 1893, elle interprète Morgiane dans Ali-Baba ou les quarante voleurs. La reprise de l’opéra-comique de Charles Lecocq se révèle calamiteuse et après quelques représentations, le directeur de la troupe passe la frontière sans payer les salaires. Livrée à elle-même, la compagnie doit être rapatriée par le consul de France. Odette Dulac, hébergée par le régisseur de la troupe licenciée et sa femme, passe l’hiver 1893 sans engagement et sans argentOdette Dulac, En regardant par-dessus mon épaule ou la vie d’une artiste, page 93.

Au printemps 1893, Raoul Gunsbourg, alors directeur de théâtre français réputé, prend la direction du théâtre Alexandroff, théâtre d’été de Saint-Pétersbourg, nommé également l’Aquarium. Gunsbourg élabore une programmation d'opéra et d'opérettes « Tout à la française »Le Monde artiste, Henri Gourdon de Genouillac Paris, Éditeur scientifique, 1893 destinée à un public russe aisé et francophile. Il recrute ses artistes en France ; il engage Odette Dulac comme première chanteuse d’opérette.

Elle joue le rôle de Diane dans Orphée aux Enfers, l’opéra-bouffe d’Offenbach, mais le costume de scène qui n’est pas à sa taille laisse apparaître une partie de son « anatomie ». Elle en pleure de honte et de rageOdette Dulac En regardant par-dessus mon épaule, page 108, mais qu’importe : le public russe apprécie, sa carrière est lancée. Chaperonnée par l’ambassadrice de France en Russie, qui, par un heureux hasard, connait sa mère, Odette Dulac enchaine les rôles de premier plan et devient une vedette adulée en Russie.

Alternant les représentations en Russie et en France, elle joue à Paris à partir de 1894, tour à tour au théâtre de la GaitéLa Lanterne, 13 mai 1894, Les théâtres page 4. Paris , aux Bouffes-Parisiens puis aux Folies Dramatiques. Pendant les étés 1895 et 1896, elle se produit dans les casinos d’Aix-les-Bains (Villa des Fleurs), de CabourgLe Ménestrel, 3 août 1895, page 272 , et de DieppeLa Presse, 25 août 1895 page 3, courrier des théâtres. ibid, 11 septembre 1895, Calchas page 4. . Durant l’hiver 1896, elle joue au Grand Théâtre de Genève où elle crée le rôle de Myrilla dans la comédie lyrique PhotisLe Menestrel, 8 août 1896 de Louis Galet.

Entre 1894 et 1897, elle apparait successivement dans des reprises d'opérettes, telles que Les Cloches de Corneville de Robert Planquette, Les Mousquetaires au couvent de Louis Varney et Le Petit Duc de Charles Lecocq.

Elle accède véritablement à la consécration en tant qu’artiste lyrique de la scène parisienne lorsqu’en , André Messager lui confie la création du rôle de Blanche-Marie, au côté d’Alice BonheurAlbert Vanloo Sur le plateau, souvenirs d'un librettiste page 236, Paris, Ed. Paul Ollendorff, 1917. dans Les P'tites Michu. C’est le succès de l’hiver 1898, avec plus de 150 représentations données au théâtre des Bouffes Parisiens.

Au printemps 1898, elle joue ThérèseEdouard Noël et Edmond Stoulling, Les Annales du théâtre et de la Musique page 469. Paris, Ed. Librairie Paul Ollendorff, 1899. dans une reprise l’opéra-comique d’André Messager, La Fauvette du Temple.

La chansonnière de la butte Montmartre thumb|left|upright|De gauche à droite : Mévisto Ainé, Henri Fursy, Paul Weil, Jane Dyt, Odette Dulac, George Chepfer, Dominique Bonnaud en 1903. Parallèlement à sa carrière d'artiste lyrique, elle entame une carrière de diseuse et de chansonnière dans les cabarets de la butte Montmartre. En 1897, elle chante à la Boite à MusiqueLéon de Bercy Montmartre et ses chansons : poètes et chansonniers page 232 et 233, Paris, Ed. H. Daragon, 1902 , Les chansons de la chanoinesse, répertoire à sous-entendus grivois qu'elle interprète en suggérant avec intelligence et finesse les allusions osées. Elle se produit ensuite au théâtre des Capucines où elle interprète chansons et monologues et joue dans Paris complote, spectacle qui remporte un franc succès. Au tournant du siècle, inspirée par les chanteuses Judic et Thereza et lasse de dépendre du bon vouloir de poètes de Montmartre, elle commence à écrire les textes de ses chansons.

Elle se produit ensuite au second Chat Noir puis au Tréteau de Tabarin. En 1899, elle devient la vedette du cabaret la Boite à Fursy créée par Henri Dreyfus dit Fursy, (ancien secrétaire général du tréteau de Tabarin). Au sein d’une troupe de chansonniersHenri Fursy Fursy mon petit bonhomme de chemin souvenirs de Montmartre et d’ailleurs page 172 et 173. Paris, Ed. L.Querelle, 1928. Direction Georges Moreau. La Revue Universelle, Julien Sermet, Les Cabarets montmartrois, pages 30 à 35. Paris, ED. Librairie Larousse, 1901. composée de Fursy, Dominique Bonnaud, Paul Delmet, Hyspa, Georges Chepfer et Mévisto Ainé, elle enchaine chansons, revues, pièces satiriques et humoristiques de 1899 à 1904.

Pendant les fermetures annuelles de la Boite à Fursy, elle effectue des tournées à Bruxelles, Genève, Marseille, Nice, Monte-Carlo et Rome. En 1902, elle monte sur la scène de l'Empire Theatre à Londres. Précédée par sa réputation, elle doit soumettre son répertoire à la censure. Le public londonien, émoustillé, se presse alors en masse à ses représentations. Elle remporte un très gros succès avec la chanson The Honeysuckle and the Bee (le Chèvrefeuille et l'Abeille) qu'elle rajoute à son répertoire et qu’elle chante en anglaisle Figaro, « Spectacles et concerts » 10 juillet 1902, page 5 ibid, 31 juillet 1902, page 5 .

À la fin de la saison 1904, après un désaccordLe Figaro Spectacles et concerts. Paris 22 juin 1904, page 4 . avec son directeur Fursy, elle quitte la BoiteGil Blas le courrier des théâtres. Paris, 24 août 1904.. Elle met ainsi un terme à sa carrière de chansonnière de la butte Montmartre. Par la suite, elle apparait de manière régulière dans des concerts privés, des conférences et des fêtes de bienfaisance jusqu’à la fin des années 1910, puis de manière occasionnelle dans les années 1920.

La sculpture et la femme de lettres thumb|left|upright|Odette Dulac dans son atelier, vers 1909.