Les élections municipales ont eu lieu les 23 et à Nouméa.
Mode de scrutin
Le mode de scrutin à Nouméa est celui des villes de plus de : la liste arrivée en tête obtient la moitié des 53 sièges du conseil municipal. Le reste est réparti à la proportionnelle entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés. Un deuxième tour est organisé si aucune liste n'atteint la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits au premier tour. Seules les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés peuvent s'y présenter. Les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés peuvent fusionner avec une liste présente au second tour.
Contexte
La majorité sortante était détenue par le Rassemblement-UMP, ancien Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR), parti historique du courant de la droite anti-indépendantiste et antenne locale de l'UMP jusqu'en 2013. Ce parti a toujours contrôlé la ville à partir de sa création en 1977, et a toujours remporté la victoire dès le premier tour, que ce soit avec Roger Laroque, maire de 1953 à sa mort en 1985, puis Jean Lèques, maire depuis 1986. À l'exception notable des élections de 2008, lors desquelles une triangulaire a opposé au second tour trois listes de la droite anti-indépendantiste, dont celle du maire sortant. Nouméa est ainsi considérée comme un bastion de l'anti-indépendantisme.
Toutefois, la scission du camp loyaliste, qui s'est accélérée depuis 2008, et le fait que Jean Lèques ne se représente plus, rend les jeux particulièrement ouverts en 2014. Il s'agit également d'un test électoral pour toutes les formations en vue des prochaines élections provinciales de .
L'élection de 2008
Comme toutes les fois précédentes, Jean Lèques et sa liste Rassemblement-UMP sont réélus, mais ont dû pour la première fois concéder un second tour.
Il avait face à lui quatre autres listes, dont : deux divers droite clairement anti-indépendantistes, qui se sont qualifiés pour le second tour après avoir momentanément envisagé de fusionner : Changer, c'est capital de Sonia Lagarde, chef du principal groupe d'opposition au conseil municipal depuis 2001 et soutenue par L'Avenir ensemble dont elle est elle-même une des figures dirigeantes (parti créé en 2004 par des dissidents ou opposants de plus ou moins longue date au Rassemblement-UMP, qui a remporté les élections provinciales de 2004, provoquant alors au niveau territorial et de la Province Sud la première réelle alternance depuis 1984, mais qui ont perdu les élections législatives de 2007) ; Nouméa, la diversité en mouvement du sénateur UMP Simon Loueckhote, jusque-là élu municipal à Ouvéa et figure politique plutôt implantée dans les îles Loyauté, à ce moment président du Rassemblement pour la Calédonie (RPC, parti créé en 2006 par les plus fidèles partisans de l'ancien homme fort du camp anti-indépendantiste Jacques Lafleur, débarqué de la présidence du Rassemblement-UMP en 2005). Toutefois, Simon Loueckhote fait alors campagne à Nouméa sans le soutien de Jacques Lafleur ; une liste de la section locale du Front national, emmenée par le conseiller municipal sortant Bernard Herpin ; une liste « Accordiste » du parti Calédonie mon pays, c'est-à-dire se réclamant de l'idée de Destin commun développée dans l'accord de Nouméa et ne se positionnant pas clairement sur la question de l'indépendance ou unissant des personnalités des deux camps : Nouméa, c'est ma ville du conseiller municipal sortant Jean-Raymond Postic ; deux listes de gauche à forte tendance indépendantiste : Alternatives citoyennes - Une ville pour tous !, emmenée par Sylvain Pabouty (FLNKS-UNI-Palika), alors chef de cabinet de la vice-présidente du gouvernement local Déwé Gorodey et militant engagé dans la défense des squats du Grand Nouméa. Se voulant une liste d'« ouverture » à toutes les formations de gauche du territoire, elle comprend des membres issus non seulement des quatre composantes du FLNKS (le Palika, l'Union calédonienne, le RDO et l'UPM), mais aussi du LKS, de la fédération locale du PS (représenté par cinq personnes toutes présentes parmi les 10 premiers noms de la liste, et notamment Maryvonne Carpentier à la seconde place« Le Parti socialiste s’engage dans le Grand Nouméa », Les Nouvelles Calédoniennes, 22/02/2008.) et de la société civile (dont trois figurent parmi les dix premiers de la liste)C. Léhé, « Sylvain Pabouty, tête de liste du FLNKS », Les Nouvelles Calédoniennes, 08/02/2008. « À Nouméa les indépendantistes et progressistes unis », Radio Djiido, 18/02/2008. ; une liste d'extrême gauche formée par le Parti travailliste, nouveau mouvement créé en 2007 pour servir de bras politique au principal syndicat indépendantiste, l'Union syndicale des travailleurs kanaks et des exploités (USTKE), menée Jean Durut, ancien directeur du Centre d’information et d’orientation (CIO).
Les principaux thèmes sur lesquels pratiquement toutes les listes font campagne en 2008 concernent alors essentiellement : la circulation, devenue un véritable problème, la ville étant engorgée aux heures de pointe notamment sur les axes stratégiques la reliant aux autres communes du Grand Nouméa. À cette question s'associe celle du stationnement. Les solutions proposées dans ce domaine varient particulièrement entre les différentes listes, même si beaucoup d'entre elles envisagent le développement de nouveaux modes de transport en commun du type tramway, tram-train ou trolleybus. l'environnement dans une ville à la forte croissance démographique pour un espace limité et où l'utilisation de l'automobile est particulièrement importante. La plupart des listes se retrouvent alors sur la nécessité d'instaurer le tri sélectif et le recyclage des déchets dans la capitale. la lutte contre l'insécurité, en constante augmentation au cours de l'année 2007. Plusieurs formations candidates proposent l'installation de caméras de surveillance.
+ Candidats et résultats : Tête de liste Parti Résultats Résultats Voix % Voix % Sièges Jean Lèques R-UMP 43,49 % 12 504 49,41 % 40 Sonia Lagarde AE 24,74 % 33,11 % 9 Simon Loueckhote RPC 12,53 % 17,47 % 4 Jean-Raymond Postic UC 5,61 % Bernard Herpin FN 5,39 % Sylvain Pabouty Palika 4,62 % Jean Durut PT 921 3,62 % Abstention au : 46,19 % ; : 45,91 %
Évolutions du contexte politique local après les élections de 2008
Depuis 2008, le paysage politique nouméen a fortement évolué, avec trois points de rupture principaux : Dès l'année 2008, avec la scission connue par L'Avenir ensemble qui aboutit le à la formation du parti Calédonie ensemble, qui conserve de l'ancien parti victorieux de 2004 son programme à forte orientation sociale, l'essentiel de ses élus à l'assemblée de la Province Sud (dont le président de cette assemblée, Philippe Gomès, qui est le principal meneur de ce nouveau mouvement) et la totalité des élus du groupe « Changer, c'est capital » du conseil municipal de Nouméa ; la même année, Simon Loueckhote rompt avec le RPC et fonde son propre parti sur la base de sa liste aux municipales de Nouméa, baptisé le Mouvement de la diversité (LMD). Après la proposition formulée en 2010 par le président du Rassemblement-UMP, Pierre Frogier, de faire lever le drapeau dit « Kanaky » ou indépendantiste sur les édifices publics (dont la mairie de Nouméa) aux côtés du drapeau national français, et la forte opposition de Calédonie ensemble à cette idée, entraînant une rivalité de plus en plus vive entre ces deux partis, plusieurs conseillers municipaux des deux camps font dissidence en 2011 en fonction de leur opinion personnelle sur le sujet. Tout d'abord, le médiateur municipal Philippe Blaise quitte le Rassemblement-UMP en pour marquer son opposition à cette levée du drapeau indépendantiste et siège ensuite comme non-inscrit dans l'opposition, finissant par créer un Collectif pour un drapeau commun puis son propre parti, le Mouvement républicain calédonien, et réduisant ainsi le groupe de la majorité municipale à 39 élus sur 53« "Je n’ai pas besoin de la politique pour vivre" », Les Nouvelles Calédoniennes, 20/04/2011.. Toutefois, le même sujet des deux drapeaux provoquent la défection de deux conseillères du groupe « Changer c'est capital » (qui passe ainsi de 9 à 7 membres), Jacqueline Bernut et Marie-Laure Lafleur, en avril et L. LAFON, « Les drapeaux entament l’esprit de groupe », Les Nouvelles Calédoniennes, 30/05/2011. : siégeant d'abord aussi comme non inscrites, elles rejoignent rapidement le groupe du Rassemblement-UMP, qui compte donc désormais 41 conseillers. Ce nombre est porté à 42 avec le ralliement de l'une des quatre conseillères de « Nouméa la diversité en mouvement », Gloria Outu, en A. WIBART, « Gloria Outu change de camp », Les Nouvelles Calédoniennes, 12/08/2011.. Mais le principal bouleversement intervient après les élections législatives de qui voient, dans les deux circonscriptions néo-calédoniennes, une victoire des candidats Calédonie ensemble et une défaite sévère pour le Rassemblement-UMP (Sonia Lagarde battant notamment le au maire et député sortant Gaël Yanno dans la première circonscription). En effet, en 2013, le au maire et ancien député Gaël Yanno, en désaccord avec le président du Rassemblement-UMP Pierre Frogier sur les conséquences à tirer de la défaite du parti aux législatives, fait dissidence et crée son propre parti, le Mouvement populaire calédonien (MPC). Il emporte avec lui la quasi-totalité des 15 adjoints (11) et 9 des 26 autres conseillers municipaux du Rassemblement-UMP qui constituent le un groupe distinct de 20 membres tout en revendiquant faire toujours partie de la majorité municipaleÉlus à Nouméa du MPC sur son site officiel.« Nouméa : le MPC se montre », Calédosphère, 30/07/2013. (bien que Gaël Yanno et ses partisans aient réussi à faire voter le une diminution de la subvention attribuée par la mairie à la radio anti-indépendantiste, et proche politiquement du Rassemblement-UMP, RRB, contre l'avis du maire Jean Lèques)G. RICHARD, « Etrange fin de mandature », Les Nouvelles Calédoniennes, 08/07/2013.. Le , 19 autres conseillers de l'ancienne majorité restés fidèles à Jean Lèques et à la direction du Rassemblement-UMP s'unissent aux 3 élus restants de « Nouméa la diversité en mouvement » pour former un nouveau groupe de 22 membres (le maire, 3 adjoints à savoir le Jean-Claude Briault, le Gérard Vignes et le Jean-Robert Monnier, et 18 conseillers) intitulé « Engagement pour une Calédonie dans la France » (ECF). Les 3 derniers membres de l'ancien groupe Rassemblement-UMP (la et historienne Christiane Terrier, les conseillers Laurent Cassier et David Tevan) refusent de prendre parti et rejoignent Philippe Blaise parmi les non-inscritsV. GRIZON, St. CHENAIS, « En ordre de marche », Les Nouvelles Calédoniennes, 07/08/2013.. Finalement, Laurent Cassier rejoint lui aussi le MPC.
Enfin, en vue des échéances municipales et provinciales de 2014, trois grandes forces électorales se constituent peu à peu, dont deux par coalition de plusieurs partis :