vignette|300px|Le Laos. vignette|Laos au présent Cet article présente un résumé de l'histoire du Laos, un pays enclavé d'Asie du Sud-Est, entouré par le Myanmar (Birmanie), la Thaïlande, le Cambodge, le Viêt Nam et la république populaire de Chine : et (Laotiennes et Laotiens, très majoritairement d'ethnie Lao. La diaspora laotienne est estimée à .

La population du pays semble avoir été longtemps d'environ 1/2 million d'habitants, puis1 vers 1870, 2 vers 1955, 3 vers 1975, 5 vers 1995.

Préhistoire du Laos Des fouilles dans la région de Luang Prabang effectuées par le géologue Fromaget, ont permis d'exhumer des restes d'hominiens, analogues au sinanthrope (Homme de Pékin, entre et ), attestant que le pays lao est habité par l'homme depuis les temps les plus reculés. On a retrouvé également des objets de l'époque mésolithique et néolithique.

Le pays lao a sans doute toujours été un lieu de transit pour nombre de populations de diverses origines.

Voici ( av. J.-C.), des populations des collines et des piémonts du sud de la sphère culturelle chinoise entament un mouvement de migration vers le sud. Ces populations sont les ancêtres des peuples de langues khmuiques et langues viétiques (langues austroasiatiques) que sont les Môns et leurs cousins les Khmers.

À une époque plus récente, peut-être vers 500 av. J.-C., sont édifiés dans la région de Xieng Khouang des mégalithes qui prennent la forme de jarres géantes, de menhirs ou de cromlech. Les jarres contiennent des ossements incinérés, des objets en bronze et en fer. Plus tard, on appellera cette région la plaine des Jarres. Il existe également un important site mégalithique à Hintang, dans la province de Houaphan.

Ces diverses populations sont les ancêtres de ceux que l'on appelle maintenant les Lao Theung et autrefois, les Kha (« sauvages », « esclaves »). Ils sont établis dans l’est, le sud-est et le sud du pays. Ils y ont été refoulés, au cours des âges, par de nouvelles migrations.

, Grotte de Tam Pa Ling, , Hoabinhien, industrie lithique de l'Holocène au Viêt Nam

(ou Khamu, ), langues khmuiques, , Lao Theung (dits Kha) (ou Yaw)

Le pays Lao avant 1350c Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, le sud du pays est occupé par des Chams ou habitants du Champa, royaume hindouiste du centre du Viêt Nam. Les Chams sont ensuite évincés par les Khmers. Aux alentours de l'an 900, le royaume de Yasovarman Ier n'englobe que le sud du Laos, alors que deux siècles plus tard, le royaume de Jayavarman VII s'étend jusqu'à la région de Vientiane. Tant les Chams que les Khmers sont indianisés, et par conséquent perméable au bouddhisme qui se répand dans la péninsule indochinoise à partir du .

On date habituellement l'irruption des populations thaies (ou t'ai) dans le Laos actuel à partir du . Organisés en chefferies, combatifs et conquérants, sans doute poussés par l'expansion chinoise, les T'ai s'infiltrent par Diên Biên Phu et les vallées de la Nam Ou et de la . Au contact de la civilisation khmère, ils se convertissent graduellement au bouddhisme et, par la suite, imposent dans les régions où ils s'établissent leur langue et leur culture. Les Lao représentent un rameau particulier de la branche T'ai. Ce sont eux qui occupent le Laos actuel et le nord de la Thaïlande actuelle. Une inscription siamoise de 1292 atteste l'existence d'un royaume lao autour de Luang Prabang.

Indianisation de la péninsule Indochinoise Royaume du Fou-nan (50c-550c), réseau d'anciens royaumes du delta du Mékong Royaume de Champa (192-1832), royaume cham indianisé hindouiste (centre Viêt Nam) Royaume de Thaton (400/500-1050c, Basse-Birmanie) Royaume de Chenla (550-802), ou agrégat de principautés de tout le Sud de la péninsule indochinoise, liste des rois du Chenla Culture/royaume/entité Dvâravatî (550-1050, Thaïlande, Birmanie) Royaumes môns (550-1050, Birmanie) Empire khmer (802-1431, Cambodge)) Migrations thaïes (650c-950c) Prise de (698, Luang Prabang) par un prince Taï/Lao Royaume de Lanna (1292–1774/1892, Thaïlande-Nord) Royaume de Sukhothaï (1238–1438 Thaïlande Centre-Nord) Légende de Royaume de Dali (937–1095, 1096–1253, Yunnan (Chine))

Royaume du Lan Xang (1353-1707, puis 1707-1779)

Le premier royaume lao historiquement reconnu date du est le Lan Xang. Son roi s'appelle Fa Ngum, il descend d'un ancêtre plus ou moins légendaire, . Le royaume, qui s'étend sur un territoire plus grand que le Laos actuel, porte le nom de Lan Xang, ce qui signifie « (royaume du) million d'éléphants » (et d'une ombrelle, dans la version complète). Dans les quelques siècles suivants, les souverains du Lan Xang sont souvent en guerre contre les Birmans et les Vietnamiens, dont ils doivent parfois accepter la suzeraineté.

Fā Ngum s'efforce de placer tous les Laos sous son autorité. Il conquiert la plus grande partie du plateau de Khōrāt, ainsi que des territoires qui sont maintenant situés au nord-ouest du Viêt Nam. Il fonde le lat, monnaie de commodité et unité de masse de son royaume.

En 1373, Fā Ngum est renversé à la suite d'une intrigue de cour et remplacé par son fils Um Huean, connu sous le nom de Sām Saen Thai (Chef des )

Au début du (1707), le royaume est morcelé en trois entités : le royaume de Luang Prabang, au Nord, le royaume de Vientiane, autour de la capitale actuelle, et le royaume de Champassak, au sud, tout près du Cambodge, autour de l'actuelle Paksé. En 1768, les royaumes de Vientiane et de Champassak tombent sous domination siamoise. Dix ans plus tard, les Siamois saccagent Vientiane et emportent le Ph'ra Keo, le Bouddha d'émeraude que l'on peut encore admirer dans le plus célèbre temple de Bangkok.

Royaume de Luang Prabang (1707-1893), royaume de Vientiane (1707-1828), royaume de Champassak (1713-1904), principauté de Muang Phuan (1707-1899) Royaume de Thonburi (1767-1782, Siam), roi Taksin , invasion du Laos par le Siam

Domination thaï sur le Laos (1782-1893) Morcelé, pillé, le Pays Lao entre alors dans une décadence qui se poursuit tout au long du . Les premiers récits de voyageurs occidentaux datent du . C'est alors l'âge d'or du royaume lao, sous le règne du « roi-soleil » lao Souligna Vongsa (1638-1694). Le marchand hollandais Gerrit van Wuysthoff est ébloui par la magnificence de Vientiane. Dans son journal, pour souligner l'importance du bouddhisme, et en même temps son aspect pacifique, il évoque ces moines « plus nombreux que les soldats de l'empereur d'Allemagne ». À cette époque, Vientiane attire les moines du Cambodge et du Siam qui viennent y faire leurs études.

C'est vraisemblablement cet ancrage affirmé dans l'histoire qui permet alors aux Lao de conserver un sentiment d'unité puissant, au travers du morcellement politique du , de la colonisation et des guerres post-coloniales du . De Luang Prabang à Paksé (ville principale de l'ancien royaume de Champassak), on parle le lao, langue proche du thaï, et on utilise l'alphabet lao, d'origine sanskrite, également proche de l'alphabet thaï.

Au , c'est à Luang Prabang, mieux protégée par les montagnes, que les descendants de la dynastie des Khun Borom continuent à maintenir la monarchie lao. Beaucoup plus faibles que leurs voisins, les royaumes lao doivent alors user de toutes les finesses de la diplomatie pour ne pas disparaître purement et simplement. Mais, à la fin du , l'histoire de ce pays cesse de se dérouler dans un contexte purement régional. Les puissances européennes se partagent le monde, et au Sud-Est asiatique, notamment, les Français et les Britanniques se livrent à une intense compétition. Chassés d'Inde par les Britanniques au , les Français reprennent pied au Viêt Nam en 1858, sous le prétexte de protéger les catholiques. Royaume de Rattanakosin (1782–1932, Siam/Thaïlande, roi Rama Ier), État-nation moderne et centralisé, avec États vassaux rebelles nationale (Lan Xang) contre le roi de Vientiane Anouvong (1767-1829), dernier roi du royaume de Vientiane, figure patriotique controversée (1865-1890) (Siam/Laos/Tonkin)

Protectorat français (1893-1954) Depuis le Tonkin (colonie de Cochinchine française, 1862) et le Cambodge (protectorat français du Cambodge (1863)), la présence française existe et se manifeste par la mission d'exploration du Mékong (1866-1868), menée entre autres par Ernest Doudart de Lagrée (1823-1868) et Francis Garnier (1839-1873). Un des objectifs est d'utiliser la vallée du Mékong, pour rejoindre, par la construction d'une voie ferrée, le Sud de la Chine. Auguste Pavie (1847-1925) est chargé de veiller aux intérêts de la France (et de contrer les avancées britanniques, particulièrement à partir de Chiangmai.

Instauration du protectorat français Finalement, dans la péninsule indochinoise, seul le royaume du Siam réussit à préserver son indépendance, alors que les Britanniques étendent leur domination sur la Birmanie et les Français sur le Viêt Nam, le Cambodge et le Laos qui sont progressivement regroupés au sein de l'Indochine française. Une épreuve de force a lieu avec les Siamois, du fait des prétentions de ces derniers sur le Laos. Des navires de guerre français bloquent Bangkok pour contraindre les Siamois à signer, en 1893, un traité par lequel ils reconnaissent le protectorat que les Français ont instauré au Laos. Jusqu'en 1946, contrairement au protectorat cambodgien, le Laos ne constitue pas un État centralisé, mais un ensemble de territoires, dont le protectorat français constitue l'unité. Une monarchie siège à Luang Prabang, mais ne détient pas la souveraineté sur l'ensemble des pays lao : protectorat français du Laos.

À la suite des accords de Genève de 1954, les Français rendent aux Lao la pleine souveraineté de leur pays. Si l'on ajoute aux soixante ans de protectorat les vingt années qui suivent, et où la présence culturelle de la France demeure très forte, cela constitue environ quatre-vingts ans de liens relativement forts entre la France et le Laos.

Présence française peu contestée Jusqu'en 1940, l'aristocratie Lao accepte volontiers la présence française, qui a empêché l'absorption du pays par le Siam. Les colonisateurs ne remettent jamais en cause la présence du roi dans son palais de Luang Prabang. Ont lieu en revanche, des mouvements de rébellion de la part de certaines minorités montagnardes. Les Français, en effet, mettent en chantier, à partir du début du , la construction d'un réseau routier desservant l'ensemble de l'Indochine, et entendent mettre à contribution les populations locales. La majorité des Lao Loum, Lao Theung et Lao Sung sont accablés par des impôts régressifs et des exigences de corvée pour établir des avant-postes coloniaux. La noblesse trouve préférable la domination française à la domination thaï.

Dans les faits, cette contribution, sous forme de « corvée », repose souvent sur les Lao Theung, déjà en situation de quasi-esclavage vis-à-vis des féodaux Lao auprès de qui ils s'endettent. La révolte la plus sérieuse a lieu entre 1900 et 1910, dans le plateau des Bolovens, au sud du pays : révolte des Bolovens (1901-1936), (?-1910), (?-1936). La corvée est abolie par le Front populaire en 1936.

En 1940, le Laos connaît la paix, mais reste très peu développé. 95 % de la population y est analphabète. fréquentent des écoles primaires où l'enseignement est donné en français. Les pagodes transmettent l'usage de l'écriture lao. Dans le sud du pays, certains colons français ont obtenu des concessions agricoles, la présence française est surtout administrative. La mise en valeur de l'Indochine est concentrée dans l'actuel Viêt Nam. Le Laos étant peu peuplé, les Français encouragent les Vietnamiens à s'y installer pour y occuper des emplois de fonctionnaires ou d'ouvriers dans l'exploitation minière. À part Luang Prabang, les villes de quelque importance, comme Vientiane, Paksé, Savannakhet ou Thakhek, se peuplent d'une forte colonie vietnamienne : les Laotiens semblent bien avoir perdu le contrôle de leur propre pays.