Bien que les Trois Glorieuses soient, en grande partie, le fait d'armes de nombreux républicains convaincus, c'est finalement une seconde monarchie constitutionnelle que les libéraux arrivent à instaurer aux dépens des républicains. L'hésitation de 1830 a, en fait, été favorable aux bourgeois libéraux, mieux organisés pour instaurer un nouveau régime et hostiles à une république. Les républicains reprennent alors leur opposition à un régime qu'ils n'approuvent pas.
Républicains à l'aube de la monarchie de Juillet La déception du nouveau régime thumb|Louis-Philippe donne aux combattants de juillet des médailles commémoratives.|alt=Médaille de juillet, commémorant les Trois Glorieuses.
À la suite des Trois Glorieuses, toute la France est prise d'une véritable fièvre révolutionnaire. De nombreuses sociétés sont fondées tandis que celles qui existaient déjà sous la Restauration sont dans un regain de forme. C'est ainsi que la société des Amis de la liberté, la société des Amis du peuple, la société des Droits de l'homme ainsi que la société de la constitution fleurissent en cette année 1830. La société des amis du peuple est la plus illustre, c'est elle qui fomente l'opposition à l'intronisation de Louis-Philippe Ier et qui appelle à . Dans les universités sont créées des ligues destinées à lutter contre l'analphabétisme de la population. Le , une foule immense rend un hommage aux quatre sergents de La Rochelle, condamnés à mort 8 ans plus tôt. Les étudiants ayant participé aux journées de juillet participent à l'élan des peuples en Europe face au système Metternich. À l'extérieur de la France, les combattants de juillet encouragent les Belges à se révolter contre la royauté hollandaise, dans un élan de nationalisme. Ils encouragent également les Polonais à s'émanciper de la tutelle russe et les nationalistes italiens à unifier les différents peuples italiens au sein d'une république. Si les autocraties absolutistes s'inquiètent de cet élan révolutionnaire que promeut la France, la nouvelle de l'établissement d'une monarchie en apparence plus proche des aspirations populaires est accueillie avec enthousiasme par les États-Unis, qui prévoient une grande commémoration du traité de 1783, et par les libéraux de tous les pays d'Europe, qui jubilent, mais cet enthousiasme sera de courte durée.
thumb|left|Les funérailles de Benjamin Constant, figure de l'opposition libérale sous la Restauration, sont l'objet d'un regroupement républicain.|alt=Portrait de Benjamin Constant. Les espoirs suscités par cette , selon l'expression de Thiers, sont vite déçus. Malgré les mesures symboliques que prend Louis-Philippe comme l'attribution de aux combattants des Trois Glorieuses. Pierre Daunou, prophète, déclarera à propos des médailles : . On ne saurait être plus lucide, dès , Guizot, fraîchement nommé ministre de l'Intérieur dans le gouvernement Laffite, procède à des arrestations pour et ordonne à la police de se servir de la liste des médaillés de juillet pour entamer des poursuites. La chambre élue en 1830 et qui siège toujours, est considérée comme illégale par les républicains, la société des Amis du peuple dira qu'elle Iouda Tchernoff, Le parti républicain sous la monarchie de Juillet, 1905, . En dépit des mesures que la chambre prend avec le concours des républicains (abolition de l'hérédité de la pairie), elle prend des mesures qui rappellent à La Fayette les mesures détestables qu'avait prises la chambre des années 1820 soit des lois encourageant la censure et la restriction d'association. À la suite de ces lois, des milliers d'étudiants, se rendant compte que Louis-Philippe avait escamoté leur révolution, se mettent en grève. Tous les républicains se rendent alors compte que leur combat pendant les Trois Glorieuses a été vain. Lors des funérailles de Benjamin Constant, où tous les républicains se réunissent, Trélat jurera que . Le message est clair, la monarchie de Juillet devient officiellement l'ennemie des républicains.
La Fayette, grand artisan de la montée sur le trône de Louis-Philippe, commence à regretter son choix. Louis-Philippe et ses ministres le comprennent vite et poussent La Fayette à la démission de son poste de chef de la garde nationale ce qu'il finit par faire le . Sa démission, suivie par celle de Dupont de l'Eure qui rend son portefeuille de la justice, marque la rupture entre orléanistes et républicains. Quelques jours plus tard, Marrast et Cavaignac lancèrent des plans d'action secrets pour reprendre la lutte politique. Ainsi, sous l'égide du journal Le National et avec le concours de la société Aide-toi, de nouvelles associations républicains sont créées, par crainte d'une nouvelle contre-révolution légitimiste mais surtout pour prouver à Louis-Philippe que les républicains sont encore nombreux dans le pays. Les républicains, face à la situation, sont divisés sur la stratégie à adopter pour prendre le pouvoir. Pendant que Trélat, Cabet, Buchez, Marrast et Garnier-Pagès souscrivent à une opposition politique et renoncent à établir un régime républicain par la force, d'autres comme Cavaignac, Bastide et Arago croient en une nouvelle insurrection, persuadés d'un succès immédiat. Tous ces facteurs font que les républicains s'agitent sous n'importe quel prétexte contre la monarchie de Juillet. Ainsi, lors du procès des ministres de Charles X, leur condamnation à la prison à vie, alors que la peine de mort était attendue par tous les républicains, déclenche un semblant d'insurrection, qui se calme vite. Cette agitation permanente, ainsi que le sac de Saint-Germain-l'Auxerrois lors de manifestations anti-carlistes après une messe à la mémoire du duc de Berry, a précipité la fin du ministère Laffite, lequel est remplacé par un gouvernement dirigé par Casimir Périer.
Casimir Perier face aux républicains
vignette|gauche|Casimir Perier, président du conseil, entame une lutte sans merci avec les républicains.|alt=Portrait de Casimir Perier.
Casimir Perier résume sa ligne politique en une phrase . Les républicains sont alors en plein dans son viseur en cela se confirme rapidement. Casimir Périer commence par rassurer les républicains en faisant voter la réforme électorale mais les contrecarre dans leur projet de rémunération des députés. En 1831, les députés ne sont pas payés pour leur mandat ce qui permet au pouvoir de contrôler certains députés modestes en leur offrant des postes de fonctionnaires, l'exemple parfait en étant Paul Dubois, directeur du Globe et ancien carbonari, qui se voit offrir un poste de haut fonctionnaire par l'administration et est finalement par le pouvoir en place. Le gouvernement va plus loin dans la répression, une purge administrative est décrétée. Ainsi, tous les députés qui ont adhéré aux associations républicaines formées pendant la monarchie de Juillet sont révoqués. Les républicains occupant des postes clés comme procureur, juge ou maire sont révoqués, Odilon Barrot et Alexandre de Laborde démissionnent tous deux, de la préfecture de la Seine pour le premier et du conseil municipal de Paris pour le second. Eugène Cavaignac, alors simple officier de l'armée, est mis à pied parce qu'il a affirmé à son colonel qu'il ne prendrait jamais les armes contre les républicains. La purge voulue par le parti de la résistance est réussie. En , Casimir Périer demande aux procureurs généraux de . C'est le début d'une guerre acharnée contre les directeurs de journaux républicains. Selon Georges Weill, les organes républicains avaient continuellement des procès contre eux, surtout La Tribune. Le gouvernement de Casimir Périer veut également affaiblir les meneurs républicains et c'est dans ce but que l'on intente un procès, connu sous le nom de procès des Dix-neuf. Le ministre de la justice intente un procès à dix-neuf républicains, parmi lesquels Cavaignac, Guinard, Marrast, Trélat et Bastide. Les meneurs républicains sont accusés d'avoir profité des troubles liés au procès des ministres de Charles X pour tenter une émeute mais leur défense est très compétente. Les plaidoiries des trois avocats républicains, qui comptent parmi eux Louis Michel, sont très convaincantes si bien que les dix-neuf sont finalement acquittés et ovationnés par une foule enthousiaste.
vignette|Raspail, avec sa plaidoirie au procès des quinze, s'assure une grande popularité en France. Cette toile le représente avec ses enfants à la maison d'arrêt de Versailles, en compagnie de Larpenteur (auteur du tableau), Blanqui, Bonnias, Guillard de Kersausie. Un événement va également galvaniser l'opposition républicaine : la première insurrection des Canuts lyonnais. Cette grande révolution ouvrière fait comprendre aux chefs républicains de la nécessité absolue de se battre pour les masses, y compris pour le prolétariat. Poursuivant l'élan de 1830, les républicains mettent en place des comités éducatifs et des écoles gratuites ce qui est à l'époque perçu par le gouvernement comme un camouflet, les républicains intervenant dans un domaine normalement réservé à l'État ou à l'Église. L'Association pour l'instruction gratuite du peuple est fondée par Dupont de l'Eure tandis que Lazare Carnot remet en marche une société qu'il avait créée il y a déjà 15 ans pour instruire tout le monde. Guizot, alors ministre de l'instruction, se rend compte de la prééminence que sont en train de prendre les républicains dans un domaine où l'État devrait être présent, il travaille alors d'arrache-pied sur une loi sur l'instruction, qui sera finalement votée en 1833. Les républicains, outre le fait de promouvoir une éducation gratuite pour tous, mettent leurs plumes au service du peuple à partir de 1831. S'inspirant des méthodistes anglais qui avaient rallié les ouvriers à leur cause au , les républicains, aidés par les saint-simoniens, écrivent pour le peuple et en particulier pour les ouvriers. Les républicains se coupent néanmoins des saint-simoniens lors de cette année 1831, tout simplement parce que pour les saint-simoniens, le régime républicain n'est pas primordial dans leur vision politique ce qui entraîne la rupture avec ces derniers Dès , Étienne Cabet publie Péril de la situation présente au profit des canuts lyonnais. Cabet, avec Buchez qui écrit en 1831 son Histoire parlementaire de la Révolution française est l'un des républicains les plus dévoués aux ouvriers. C'est lui qui, en 1833, fonde le journal Le Populaire, destiné à informer les ouvriers de l'actualité du pays.
Ces succès républicains énervent Casimir Périer qui relance l'offensive contre les républicains. En , un procès, dit procès des quinze, s'ouvre, le but étant pour le gouvernement d'incarcérer les principaux membres de l'influente Société des amis du peuple. Ce procès, comme celui des dix-neuf un an auparavant, est une démonstration de l'éloquence républicaine. Trélat et surtout Raspail retournent le procès contre le gouvernement avec leur éloquence, Raspail dira au procès . Si Raspail est tout de même condamné à deux ans de prison et à mille francs d'amende, ses propos seront relayés par la presse républicaine mais aussi à la Chambre des députés et dans les universités, preuve de l'impact qu'a eu cette tribune de Raspail. Les républicains jubilent et la mort de Casimir Périer provoquée par l'épidémie de choléra en 1832 est un autre succès républicain, espérant l'arrivée d'un gouvernement plus proche des aspirations populaires.
Opposition directe aux orléanistes L'insurrection de 1832
thumb|left|Insurrection républicaine de 1832.