Le baji quan ( ; , Hakkyokuken) est un art martial chinois traditionnelJosé Carmona, De Wudang à Shaolin (G. Trédaniel Ed.) ., originaire du comté de Cang (沧县), dans la province du Hebei. Probablement d'origine taoïste, il s'est propagé au sein de la communauté musulmane des Hui. Il était l'art martial pratiqué par les gardes du corps du dernier empereur de la dynastie Qing, Puyi, ainsi que du dernier président de la république de Chine, Tchang Kaï-chek, et du premier président de la république populaire de Chine, Mao Zedong.
Histoire du baji quan Les origines du style Les références établies
On sait peu de choses sur l’origine du style. Les références écrites les plus anciennes mentionnant le baji quan datent des années 1920-1930. L’histoire pré-républicaine du baji quan et les lignées des anciens maîtres sont retracées dans quelques rares ouvrages dont les plus anciens datent des années 1930, à savoir : les Annales du comté de Cang, publiées par le gouvernement local en 1933. ; le manuel de baji quan de la famille Wu de Mengcun, lithographié en 10 exemplaires en 1936 . ; le manuel illustré de baji quan publié en 1936 à Shanghai par Miao GanJie..
On retrouve également quelques références éparses au baji quan dans différents ouvrages plus généraux tels que : la préface du Manuel de Xing YiQuan de Sun LuTang, rédigée en 1915. qui énumère différents styles tels que « […] la paume de coton (Mian Zhang), le Baji, les 12 sections (ShiEr Jie) […] » ; le recueil de Xu ZheDong sur les arts martiaux Chinois rédigé en 1930. qui cite : « […] les styles baji et pigua, ces deux écoles sont d'origine inconnue […] » ; un article de Jiang RongQiao publié dans le journal. de l’ en 1933 qui note « […] le baji quan est populaire dans la région du Hebei et Shandong. Quant à savoir qui l'a créé et à quelle époque, lorsque l'on interroge ceux qui transmettent cet art, chacun donne une version différente […] » ; un ouvrage de Chu MinYi. datant de 1936 qui contient la référence suivante : « […] les écoles baji et pigua, dont les origines sont invérifiables […] » ; un des ouvrages de Wu TuNan. (maître de taiji auan et auteur célèbre), rédigé en 1936, qui contient la référence suivante : « […] Parmi les styles qui sont populaires dans toute la Chine depuis la dynastie Qing jusqu'à nos jours, mis à part le taiji quan, on compte aussi les styles tan tui, mizong, baji, chuojiao, etc. […] ».
vignette|Annales du Comté de Cang, publiées à CangZhou en 1933.
Ces références formelles montrent que dès les années 1920-30, le nom du style baji quan était déjà établi de manière claire et sa pratique connue dans le nord de la Chine au même titre que celle d'autres styles populaires à la même époque (taiji quan, xing yi auan, mizong quan, etc.).
Les sources discutables
Aux publications listées ci-dessous s’ajoutent différents manuscrits conservés au sein de quelques familles de pratiquants, tels que : le manuel de baji du village de Pobei rédigé en 1930 ; différents manuscrits rédigés dans les années 1930 par la famille Wu de Mengcun et ayant servi de brouillon avant la publication du manuel lithographié ; le manuel de baji de la famille Qiang du village de ZiLaiTun (1935) ; le manuel de baji de la famille Zhang du village de Luotuan (date inconnue) ; le manuel martial de la famille Li de LuoTuan (1920).
Toutefois, l’authenticité de ce type de document et souvent difficile à établir. Si les trois premiers semblent originaux, le manuscrit initial de la famille Zhang de LuoTuan semble avoir été définitivement perdu, seules des versions « recompilées » après les années 1970 sont actuellement disponibles. Dans le cas du manuel Li de LuoTuan, l'auteur supposé aurait été âgé d'à peine 18 ans à la date revendiquée de rédaction de l'ouvrage. Le manuel ne comporte par ailleurs que quelques pages dédiées au baji quan, avec de nombreuses incohérences de retranscription (nom du style retranscrit avec la graphie homophone « 把计拳- ba ji quan », erreur de retranscription du nom du fondateur, présence de plusieurs écritures manuelles d'époques différentes, etc.), ce qui laisse planer de nombreux doutes sur la précision des informations fournies.
De plus, contrairement à certaines assertions, il n’y a à ce jour aucune source écrite antérieure au début du sur l’histoire du style. Dans le célèbre Nouveau Traité de Discipline Militaire (纪效新书) écrit par le général Qi JiGuang (戚继光) au , on trouve une référence à un style appelé bazi quan (巴子拳). Étant donné la similarité de prononciation, certains auteurs ont considéré que le bazi quan faisait référence au baji quan., mais des travaux plus récents. montrent qu’il s’agit en fait d’une boxe ancienne du pays de Ba (巴子国), un état de la Chine antique situé dans la province actuelle du Sichuan.
À partir des années 1980, à la suite du regain d'intérêt suscité par les arts martiaux en Chine (cf. ci-dessous), de nombreux ouvrages ont été publiés à cette époque, dont certains attribuent l'origine du baji quan à différents lieux célèbres tels que le monastère Shaolin du Henan., les temples des monts WuDang, le temple YueShan du Henan., etc. Étant donné qu'il n'existe aucune source écrite datant d'avant les années 1980 pouvant étayer ces affirmations, et qu'aucune lignée de transmission ou simple tradition de pratique du baji quan antérieure à cette date ne peut être identifiée dans ces lieux, force est de constater que ces hypothèses ne reposent sur aucun fondement.
La première génération et origine du baji quan
Le premier pratiquant dont on retrouve la trace écrite de manière claire était un dénommé Wu Zhong (,1712-1802), membre de la minorité Hui et issu du clan de la famille Wu de la région de CangZhou-Mengcun. D'après les registres généalogiques de la famille Wu, l'arrière grand-père de Wu Zhong aurait quitté le fief familial pour s'établir à environ dans le hameau isolé de HouZhuangKe (后庄科) dans la province voisine du ShanDong. Wu Zhong serait ainsi né à HouZhuangKe avant de retourner s'établir auprès de la branche principale de sa famille dans le village de Mengcun (孟村), province du Hebei. De Wu Zhong on sait peu de choses, si ce n’est qu’il atteint rapidement un niveau inégalé dans la pratique des arts martiaux. Ses prouesses lui valurent le surnom de « dieu de la lance », ainsi que d’être recruté pour servir d’instructeur à la cour impériale auprès du prince YunTi. Lorsqu’il fut âgé d’environ 60 ans, Wu Zhong retourna à Mengcun, où il consacra les trente dernières années de sa vie à transmettre son art du combat, et le village devint la source du développement du baji quan.
L’origine de la maîtrise acquise par Wu Zhong reste à ce jour inconnue, elle fait à l'heure actuelle l'objet de nombreuses controverses entre les différentes branches du baji quan. Les annales du comté de Cang, le manuel de baji de la famille Wu et le manuscrit de Pobei indiquent qu’un moine taoïste itinérant du nom de Lai () et son disciple Pi () auraient séjourné à MengCun pour enseigner le baji quan ainsi que le maniement de la grande lance à Wu Zhong. De l'aveu même de la famille Wu de Mengcun, cette référence est probablement à considérer comme une légende.. Dans tous les cas, toutes les sources s'accordent sur le fait que Wu Zhong a beaucoup voyagé, et que ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il s'est consacré à l'enseignement du baji quan. Ainsi, il est plus raisonnable de penser que la légende de Lai et Pi symbolise simplement les connaissances martiales que Wu Zhong a pu acquérir au fil de sa vie, probablement à partir de l'étude des autres styles de la région, et qu'il a retransmises sous la forme du baji quan.
Transmission au sein de la famille Wu
Wu Zhong n’eut qu’un seul enfant, sa fille Wu Rong (), qui à 30 ans se maria avec un expert en chang quan et cessa après quelques années la pratique du baji quan. Pour éviter de rester sans descendance et assurer la pérennité de son art, Wu Zhong adopta Wu Ying (), un neveu éloigné de la famille Wu de Mengcun. Wu Zhong transmit tout son savoir à Wu Ying, ainsi qu'à Wu ZhongYu (吴钟毓), un autre neveu éloigné de la famille Wu de Mengcun. En 1790, à la demande de son maître, Wu Ying introduisit officiellement le nom de « baji quan », et il rédigea le premier manuel martial de la famille Wu pour assurer la transmission de l’art familial aux générations à venir. Ainsi, le baji quan fut-il transmis au sein de la famille Wu qui assura également la diffusion du style auprès d’autres familles de Mengcun et des villages aux alentours.Wim Seeuws et Christophe Tiffreau, Seeking old school KungFu in China's villages, Kung Fu Magazine, Nov/Dec 2011, page 66 ..
vignette|Wu HuiQing et ses disciples (Tianjin, 1936).
À la génération suivante, le baji quan fut transmis notamment par Wu Kun (, petit-fils de Wu Ying), Wu Mei () et Wu Kai (). Parmi les pratiquants de la les plus fameux se trouve le célèbre Wu Huiqing (, 1869 — 1958), héritier, véritable colosse redouté pour son caractère explosif et surnommé « la paume de fer » eu égard à son passe-temps favori qui consistait à faire sonner à main nue la cloche du village pour indiquer la fin de la journée. Wu Huiqing et son fils Wu Xiufeng (), 1908-1976) furent des acteurs importants de la transmission du baji quan, car ils portèrent un soin particulier à codifier et enseigner à leurs disciples non seulement les aspects pratiques, mais surtout les principes théoriques et philosophiques de leur art.
L’héritier direct actuel de Wu Ying est maître Wu Lianzhi (), né en 1947, petit-fils de Wu Huiqing et fils de Wu Xiufeng, qui, avec les membres de sa famille, perpétue la tradition ancestrale au sein de son village natal de Mengcun Mickael Tse, Discovering baji quan, Qi Magazine 88, Jul/Aug/Sept 2008, page 28 .. Il y a encore une dizaine d’années, la pratique du baji quan s’effectuait dans les champs et les cours de ferme. Depuis quelques années, l’enseignement a lieu au sein d’un grand centre d’entraînement que maître Wu Lianzhi a pu créer avec l’aide du gouvernement local. L’enseignement est dispensé aux enfants du village qui viennent s’entrainer en groupe avant et après l’école, ainsi qu'à des élèves qui effectuent des séjours de longue durée. Il est également accessible aux étrangers (des pratiquants japonais, coréens, français et belges côtoient régulièrement les lieux).
Histoire contemporaine du baji quan
Si Mengcun peut être considérée comme le « berceau » du baji quan, le style a été transmis dès la deuxième génération aux villages des alentours, qui en sont par la suite devenus eux-mêmes des foyers de développement importants, plus particulièrement les villages de LuoTuan (罗疃), ZiLaiTun (自来屯), HouWangZhuang (后王庄), JiangGuanTun (姜官屯), etc.. Tous ces lieux sont concentrés dans un rayon de 15- autour de Mengcun, ce qui à l'époque représentait la distance limite pouvant être parcourue à pied ou à dos d'âne par les pratiquants pour rejoindre leur lieux d'entrainement. Les enquêtes de terrain récentes montrent toutefois qu'en dehors de Mengcun, la pratique en milieu rural se maintient très difficilement, ceci étant principalement dû au manque de structures, à l’exode rural et surtout au manque d'intérêt des jeunes chinois de la campagne pour la pratique des arts martiaux traditionnels.
vignette|L'ancien premier ministre Zhou Enlai assistant à une démonstration de baji quan à CangZhou (1962).