Les échelles d'évaluation de la douleur sont des outils pour aider à identifier et à quantifier sa propre douleur (échelles d'auto-évaluation) ou celle d'autrui (échelle d'hétéro-évaluation). Elles sont principalement utilisées en médecine. Il existe des échelles spécifiques en fonction des classes d'âges et des capacités à l'exprimer verbalement. On distingue alors les enfants, les adultes, les personnes âgées ainsi que les personnes déficitaires moteurs et/ou intellectuels.
À la fin des années 1990, des acteurs de l'industrie pharmaceutique, notamment Purdue Pharma, institutionnalisent le concept marketing de la « douleur comme 5ᵉ signe vital » et s'appuient sur des associations médicales influentes, telles que l'IASP, afin d'imposer l'utilisation systématique des échelles d'auto-évaluation de la douleur. Ce dispositif a été détourné pour normaliser l'augmentation massive et continue des doses de médicaments analgésiques à base d'opioïdes dans le traitement des douleurs chroniques. Il est au cœur d'une crise sanitaire majeure qui tue plus de 800 000 personnes entre 2000 et 2025. Les recommandations contemporaines préconisent l’abandon des cibles chiffrées strictes au profit d'échelles multidimensionnelles.
Objectifs Dans le milieu médical, l'introduction des échelles d'évaluation de la douleur vise à introduire une mesure objective d'un symptôme purement subjectif pour éviter qu'il ne soit négligé par les soignants. Il s'agit également d'offrir un langage commun rapide entre le patient et le personnel médical.
Méthodes d'auto-évaluation unidimensionnelles Parmi les méthodes d'auto-évaluation, plusieurs échelles unidimensionnelles ont été proposées et sont couramment utilisées. Celles-ci réduisent typiquement la douleur à une valeur quantitative. Plusieurs études offrent des alternatives à ce type d'échelles. Les experts soulignent qu’en réduisant la douleur à un score, ces outils échouent à capturer la complexité d'un phénomène multidimensionnel qui intègre des composantes psychologiques, cognitives et socioculturelles. De plus, les études cliniques démontrent qu'au cours des dernières décennies la recherche systématique d'une baisse de ce score n'a pas amélioré la qualité globale de la prise en charge, mais a plutôt favorisé la surprescription d'analgésiques puissants, notamment d'opioïdes. Face à ces limites, les recommandations contemporaines préconisent l’abandon des cibles chiffrées strictes au profit d'échelles multidimensionnelles. Ces nouveaux protocoles évaluent la douleur à travers son impact fonctionnel concret sur le quotidien du patient, en mesurant la préservation du sommeil, de l'humeur et de la mobilité autonome.
Échelle numérique (EN) L'échelle numérique (EN) consiste à demander au patient de noter sa douleur de 0 à 10, 0 étant l'absence de douleur et 10 la douleur maximale imaginable..
Échelle visuelle analogique (EVA) vignette|droite|Échelle visuelle analogique. L'échelle visuelle analogique ou EVA consiste à présenter une réglette graduée et à demander au patient de positionner un curseur, la position à gauche étant l'absence de douleur et la position à droite une douleur insupportable. Côté praticien, la réglette est graduée de 0 à 10 cm, cependant on donne la valeur désignée en mm. Ainsi, 10 mm désigne une légère incommodation et 100 mm une douleur insupportable. Une estimation supérieure à 50 mm est en général considérée comme étant une douleur importante devant être prise en compte spécifiquement (c'est-à-dire qu'il faut prendre en compte également la douleur et pas seulement le traumatisme et la maladie) Echelles d'auto-évaluations de la douleur.
Échelle verbale simple (EVS) L'« échelle verbale simple » (EVS) est utilisée : une série d'adjectifs est proposée au patient pour qualifier la douleur (absente > faible > modérée > intense > extrêmement intense), qui est ensuite convertie en une valeur numérique (de 0 pour absente à 4 pour la douleur maximale).
Échelle verbale relative (EVR) Dans certains cas, l'« échelle verbale relative » (EVR) est utilisée. Le principe est similaire à l'EVS, mais les différents types de douleur et leurs répercussions sont distingués et quantifiés comme notamment : fourmillements, décharges électriques, élancement, coup de poignard, douleur énervante et épuisante..
Évaluation de la douleur chez l'enfant
Dans le cas des enfants, les échelles présentées précédemment ne peuvent pas toujours être utilisées. C'est notamment le cas aux stades préverbaux (nourrissons), pour les jeunes enfants et pour ceux qui sont atteints de troubles cognitifs ou de communication. Des outils spécifiques ont été développés. Si l'enfant ne peut pas auto-évaluer sa douleur, on utilise des échelles d'hétéro-évaluation de la douleur, par exemple basées sur les pleurs, cris, gémissements ; sur les mimiques du visage (yeux plissés et/ou sourcils froncés et/ou bouche crispée, sur les mouvements (agitation et/ou se raidissement, et/ou crispation, tremblement…) ; sur les positions du corps (attitude inhabituelle et/ou antalgique et/ou de protection et/ou immobilité) ; ou encore sur la relation avec autrui (l'enfant peut-il être consolé et/ou s'intéresse-t-il aux jeux et/ou communique-t-il avec son entourage ?)Grégoire, M., Paquette, G., Bourgault, P., Lapré, J., Bell, L., et Lafrenaye, S. (2018). « Douleur aiguë pédiatrique: de l'urgence à l'unité de soins ». Perspect Infirm, 15, . url=https://www.oiiq.org/documents/20147/271608/acfa-2-evaluation-douleur-pediatrique.pdf… Ces évaluations sont faites, dans la mesure du possible, au repos ou au calme, puis via un examen clinique (mobilisation ou palpation pour détection et évaluation de la zone douloureuse par l’infirmière ou le médecin).
Méthodes d'auto-évaluation vignette|droite|Échelle des visages. EVENDOL© : échelle d'évaluation de la douleur chez le jeune enfant (< 6 ans) Échelle des visages.
Méthodes d'hétéro-évaluation Chez les plus jeunes enfants ainsi que chez les nouveau-nés (jusqu'à 5 ans), il est nécessaire de recourir à des hétéro-évaluations. Des outils validés et standardisés ont été mis en place pour observer et tenter de mesurer la douleur dans ce groupe d'âge. échelle des visages ; OPS : échelle d'évaluation de la douleur adaptée aux enfants de moins de 5 ans ; DAN : échelle (comportementale) d'évaluation de la douleur aiguë du nouveau-né ; EDIN ou EDINN : L'échelle de douleur et d'inconfort du nouveau-né et du nourrisson.
Évaluation de la douleur chez l'adulte QDSA : questionnaire multidimensionnel d'évaluation de la douleur de l'adulte ALGOPLUS : échelle d'évaluation de la douleur si troubles de la communication verbale Échelle BPS (Behavioral Pain Scale) : échelle comportementale de la douleur
Évaluation de la douleur chez la personne âgée Échelle Doloplus. (est fréquemment utilisée), DOLOPLUS 2 : échelle d'évaluation comportementale de la douleur chez la personne âgée L'échelle comportementale de la douleur chez la personne âgée (ECPA).. Échelle GARONNE : grille d'évaluation de la douleur du sujet âgé non communicant ALGOPLUS : échelle d'évaluation de la douleur si troubles de la communication verbale
Évaluation de la douleur chez les patients polyhandicapés Des échelles ont été mises au point pour évaluer la douleur chez des patients polyhandicapés, notamment l'échelle San Salvadour SAN SALVADOUR : échelle d'évaluation de la douleur du patient polyhandicapé.
Ne pas passer d'une échelle à l'autre Selon une étude ayant comparé 3 échelles différentes (deux étant autoévaluatives et la troisième étant hétéro-évaluative), en 1996, chez 875 patients de plus de 15 ans, en service d'urgence, l'échelle d'hétéro-évaluation minimise la douleur par rapport aux échelles d'auto-évaluation, mais . Les bilans de douleur et les travaux de recherche devraient donc indiquer quelle 'échelle de mesure ils ont utilisé, et ne pas comparer entre eux des résultats basés sur des échelles différentes.
Recherche et prospective En 2001, John Schwoebel et ses collègues ont montré que certains types de douleur affectent notre image mentale du corps se mouvant dans l'espace (« schéma corporel »); Ainsi, quand on demande à des personnes souffrant de douleur chronique dans un bras de dire si des images de mains montraient une main gauche ou une main droite (Ces mains étaient présentées dans différentes positions), les participants doivent imaginer que leur propre main bouge, jusqu'à ce qu'elle soit alignée avec la main présentée par l'image. Plus cette position était difficile à imaginer (par exemple, à cause de contraintes physiques), plus cela prenait du temps. Si une personne a, par exemple, un bras douloureux, le fait dimaginer de grands mouvements de ce bras lui prend plus de temps pour ce membre que pour l'autre non douloureux; Chez les personnes sans douleur, il n'y a pas de différence de temps entre les deux bras. La douleur peut donc affecter notre schéma corporel et en particulier notre façon de nous représenter mentalement nos mouvements dans notre esprit. Selon les auteurs, des tests basés sur ce principe pourraient permettre une mesure objective de la douleur..
Détournement par l'industrie pharmaceutique
Le détournement des outils d'évaluation de la douleur par l'industrie pharmaceutique pour imposer la prescription des analgésiques opioïdes tels que l'oxycodone dans le traitement des douleurs chroniques est une stratégie documentée par plusieurs sources médicales, universitaires et institutionnelles. A partir des années 1990, des groupes fondés et influencés par Purdue Pharma, tel l'American Pain Society et l'IASP — sa branche internationale — s'attaquent à « l'épidémie des douleurs non traitées ». Ils promeuvent l'idée que la douleur doit être mesurée de manière aussi systématique que le pouls ou la tension artérielle et parlent de la douleur comme d'un « cinquième signe vital ». Cette approche, qui s'accompagne d'une diabolisation de la sous-évaluation de la douleur, a institutionnalisé l'usage intensif des échelles unidimensionnelles d'auto-évaluation de la douleur. En rappelant aux citoyens américains leur droit à se faire soigner et de soulager leurs douleurs, Purdue Pharma crée un sentiment de besoin pour les analgésiques dans la population. Le nombre de prescriptions d'oxycodone pour le traitements des douleurs non cancéreuses passe de 670 000 en 1997 à près de 6,2 millions en 2002. Entre 1996 et 2000, le chiffre d'affaires du laboratoire passe ainsi de 48 millions de dollars à 1,1 milliard de dollars. Hautement addictifs, les opioïdes sur prescription sont au cœur d'une crise sanitaire majeure, qui cause en 25 ans la mort de plus de 800 000 personnes. En 2025, la France compte 12 millions de consommateurs d'antalgiques opioïdes. Cette hausse de la consommation de médicaments antidouleur à base d'opioïdes est considérée par les autorités comme alarmante.
Notes et références
Voir aussi
Dopesick : Une mini-série américaine traitant de la crise des opioïdes aux États-Unis qui illustre comment les commerciaux de Purdue Pharma transforment un outil de diagnostic, une échelle d'évaluation de la douleur, en un accélérateur de surdosage de l'OxyContin.
Liens externes Liens aux diverses échelles d'évaluation de la douleur : par soins-infirmiers par le CHU de toulouse Recensement des échelles (non exhaustif - 2010) : Recensement des outils d'évaluation de la douleur