Édouard de Castelnau (Édouard de Curières de Castelnau), né le à Saint-Affrique (Aveyron) et mort le à Montastruc-la-Conseillère (Haute-Garonne), au château de Lasserre, est un général d'armée français, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire.

Il est commandant de groupe d'armées et chef d'état-major des armées durant la Première Guerre mondiale. Il joue un rôle important dans la victoire française lors de la bataille de Verdun.

Élu député en 1919, il préside la Commission de l'armée pendant la législature. Il prend ensuite en 1924 la tête de la Ligue des patriotes et celle d'un mouvement politique confessionnel, la Fédération nationale catholique (FNC). Pendant la Seconde Guerre mondiale, opposé au maréchal Pétain et au régime de Vichy, il soutient la Résistance.

Il fut longtemps controversé en raison d'un catholicisme militant jugé outrancier. Les historiens modèrent sensiblement ce portrait en soulignant sa loyauté aux institutions républicaines, contestant notamment qu'il ait pu être réactionnaireL'universitaire Corinne Bonafoux sous la direction de l'historien Serge Berstein a réactualisé le profil politique du général de Castelnau dans une thèse de doctorat d'État dont le président du jury était René Rémond. Cette thèse a été publiée aux éditions Fayard sous le titre . D'autres communications ont été faites à ce sujet lors de colloques internationaux qui se sont tenus à Nancy et à Lille au cours des années 2000 : « Un conservatisme modéré ? Le cas de la fédération nationale catholique », dans Les « chrétiens modérés » en France et en Europe 1870-1960, Jacques Prévotat, Jean Vavasseur-Desperriers (dir.) ; avec la collaboration de Jean-Marc Guislin. Villeneuve-d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2013 ..

Biographie Famille Noël Édouard Marie Joseph de Curières de Castelnau naît à Saint-Affrique, de Michel de Castelnau, maire de Saint-Affrique, dans une famille de la noblesse du Rouergue. Il est le troisième de cinq enfants. Son frère ainé, Léonce, est un homme politique d'envergure nationale, président du groupe parlementaire de l'Action libérale à la chambre des députés. Son autre frère, Clément, est directeur de l'École des mines de Saint-Étienne.

Ruinée par la Révolution française, sa famille doit partager une maison à Saint-Affrique avec les trois oncles de sa mère, les abbés Barthe. Ceux-ci le verraient bien notaire : il veut être officier de marine.

Il est marié à Marie Barthe (1858-1927). Trois de ses fils, Gérald (1879-1914), Xavier (1893-1914) et Hugues (1895-1915), sont tués lors de la Grande Guerre. Lors de la Seconde Guerre mondiale, son petit-fils Urbain de La Croix (1919-1945) et ses petits-neveux, Jean de Castelnau (1913-1944) et Noël de Mauroy (1924-1944), tombent également au champ d'honneur.

Il existe aujourd'hui plus de trois cents descendants en ligne directe du général Édouard de Castelnau dont 90 arrières-petits-enfants. Trente de ses descendants portent le nom de Castelnau et parmi eux des chefs d'entreprises, des avocats, une scénariste française célèbre, un intervenant auprès de la Commission des évêques.

Avant la Grande Guerre Trop jeune pour la Marine, Édouard de Castelnau se réoriente vers l'Armée de terre. Il fait partie de la de Saint-Cyr, la promotion du Rhin (1869-1871), modifiée après la guerre en promotion du , dont il sort sous-lieutenant le . Il est nommé au d'infanterie et participe à la guerre franco-allemande de 1870 dans l’armée de la Loire..

Après l’armistice, alors âgé de dix-neuf ans, il participe avec son régiment, sous les ordres du colonel Davout d’Auerstedt aux combats de l’armée versaillaise, qui au cours de la « semaine sanglante » du 21 au , écrase les combattants de la Commune. Reclassé lieutenant par la commission de révision des grades, il est promu capitaine en 1876.

Il sert ensuite dans divers régiments avant d’intégrer l'École de guerre en 1879. Affecté à l’état-major de l'armée à Paris en 1893, il en dirige le en 1897. Il connaît un premier retard de carrière en étant mis en cause par le polémiste Urbain Gohier, qui, dans un article de L'Aurore, dévoile qu’il est le descendant d’un émigré qui a combattu dans l’Armée des émigrés pendant la Révolution. En , il est la cible du nouveau ministre de la Guerre, le général Louis André, qui veut le licencier de l’armée en raison de ses origines aristocratiques et de son catholicisme. Selon lui, Castelnau n'a pas le profil républicain qu'il souhaite imposer dans l'armée. Le chef d'état-major, le général Alfred Delanne, s'oppose à cette décision, nomme Castelnau au commandement du d’infanterie et démissionne, ce qui entraîne l'interpellation du gouvernement à la Chambre et au SénatBibliothèque nationale de France, Revue Universelle, 1901, T1, N1, .. Le ministre se venge en maintenant Castelnau cinq années dans ce poste, deux fois la durée habituelle à ce type de commandement. Il veille également à ce qu'il ne soit pas promu général en dépit de ses états de service. L'affaire des fiches relance sa carrière. Le général André est contraint à la démission et, quelques mois plus tard, le , à la demande de Paul Doumer, Castelnau est promu général de brigade. Il commande successivement une brigade à Sedan, puis à Soissons.

Le , Castelnau devient général de division, ce qui le met pour la première fois sous les ordres du général Joseph Joffre, qui commande en effet le corps d'armée dont dépend la de Chaumont dont hérite Castelnau. Les deux hommes apprennent à se connaître. Joffre insiste lorsqu'il est nommé à la tête de l'Armée de terre française le pour nommer Castelnau à ses côtés. Celui-ci prend le titre de premier sous-chef d'état-major. Il a principalement la charge de concevoir un nouveau plan de mobilisation et de concentration des armées françaises en cas de guerre, le . En 1912, il est confirmé dans ses fonctions, en devenant chef d'état-major en titre en remplacement du général Augustin DubailArticle du journaliste qui signe sous le pseudonyme . Par décret du , il est ensuite nommé au Conseil supérieur de la guerre, ce qui le désigne pour prendre le commandement de la française en cas de conflit. Au cours de 1913, il se trouve largement exposé au violent débat qui accompagne la loi des Trois ans. En effet, lors de l'élaboration du , il devient vite évident qu'il faut accroître les effectifs militaires dès le temps de paix. Seul l'allongement d'une année supplémentaire du service militaire permettrait d'y parvenir. Or, près des deux tiers des députés radicaux et socialistes sont farouchement contre la perspective d'un service de trois années. Conduite par Jean Jaurès, l'opposition à ce projet de loi prend rapidement une tournure passionnée. Castelnau, considéré comme l'inspirateur du texte, devient la bête noire des opposants. Le texte est finalement voté le . Le ressentiment à l'égard de Castelnau de la part de la mouvance radicale-socialiste perdure jusqu'à la fin de sa vie. Georges Clemenceau, pourtant favorable à la loi des trois ans, immortalise cet antagonisme en affublant Castelnau de surnoms tels « le capucin botté »Il semble que ce surnom de « capucin botté » lui ait été d’abord attribué par Charles Debierre, le président du Grand Orient de France : La lanterne, . ou « le général de la Jésuitière »L'Homme libre, , ., qui passent à la postérité.

Grande Guerre vignette|gauche|Arrivée du général de Castelnau à Salonique, en 1916. À la déclaration de guerre, il rejoint son armée en cours de mobilisation à Nancy. Le , les cinq armées françaises passent à l'offensive contre les Allemands, qui sont effectuent alors un large mouvement de débordement par la Belgique. Castelnau affronte l'armée du prince Rupprecht de Bavière, qui l'attend sur des positions préparées à Morhange. Alors que le Grand Quartier général (GQG) prétend que les Allemands sont en retraiteLes Armées françaises dans la Grande Guerre, tome 1, volume 1, . et qu'il n'y aurait devant lui que des arrière-gardes., Castelnau bute soudainement contre des forces considérables, fortement appuyées par de l'artillerie lourde.

La française, composée notamment des , , d'armée et du de divisions de réserve ( commandé par le général Léon Durand), subit de lourdes pertes et se replie à Nancy. Castelnau bloque la contre-offensive du général Foch et ce dernier en garde une amertume tenace.

Heureusement, Castelnau reforme son armée, qu'il lance dans une manœuvre de flanc, infligeant une lourde défaite aux Allemands qui le poursuivent lors de la bataille de la trouée de Charmes (). Il évite ainsi aux armées françaises qui se replient vers Paris d'être tournées par la droite et rend possible la bataille de la Marne. Au moment où les autres armées remportent la victoire de la Marne, Castelnau bloque une nouvelle offensive allemande visant Nancy lors de la bataille du Grand-Couronné (). Cela lui vaut le surnom de « sauveur de Nancy »..

Castelnau est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur le . Joffre le retire ensuite du front de Lorraine et lui confie la mission de prolonger le flanc gauche des armées françaises au nord de l'Oise en s’efforçant de déborder l'aile droite allemande. C'est le début de la course à la mer, que Castelnau engage et mène jusqu'à Arras. Cette manœuvre est ensuite poursuivie jusqu'à atteindre le rivage de la mer du Nord par le corps expéditionnaire britannique, par l'armée belge et par plusieurs corps de l'armée française sous le commandement du général Ferdinand Foch. En Picardie, Castelnau se distingue en résistant à une offensive allemande commandée par le général Alexandre von Kluck dans la région de Roye. Cela lui vaut après la guerre cette appréciation de son ancien adversaire : .

vignette|Joffre et Castelnau en réunion.|alt= À partir de , en Belgique et en France, les combats prennent la forme d'une guerre de tranchées. Mettant en œuvre des principes tactiques nouveaux, notamment en lançant son infanterie sous la protection d'un barrage d'artillerie roulant, Castelnau remporte une victoire au Quesnoy-en Santerre.. Dès le début de 1915, il préconise d'adopter une attitude défensive sur le front français en attendant d'avoir suffisamment d'artillerie lourde pour percer les défenses allemandes et, dans l'intervalle, de lancer une grande offensive dans les Balkans. Son idée reçoit le soutien du président Raymond Poincaré et d'Aristide Briand, alors ministre des Affaires étrangères. Au contraire, Joffre et le s'y opposent..