L'inondation de Vaison-la-Romaine en est un phénomène de submersion provoqué par de forts cumuls de pluie et une imperméabilité importante des terrains. L'événement s'est produit les lundi 21 et mardi à Vaison-la-Romaine, dans le département français de Vaucluse en région Provence-Alpes-Côte d'Azur causant la mort de et , dans quatre communes.
Historique Les inondations de Vaison-la-Romaine sont dues à un phénomène météorologique de grande envergure, sur la région sud-est de la France, touchant plusieurs départements : le , de fortes pluies se déversent sur les départements de l'Hérault, du Gard, de la Lozère et de l'Ardèche, notamment sur les montagnes cévenoles. La commune du Caylar reçoit de précipitations en , ce qui est un record pour le département de l'Hérault jusqu'au , où Roqueredonde reçoit 550 mm en 24 heures. Ces pluies font suite à une météorologie au-dessus des normes pour la région, la moyenne des températures ayant été supérieure aux températures normales, doublée d'une zone de basse pression dans le golfe de GascogneObservatoire National des Risques Naturels.
Le lendemain, les pluies continuent sur le Gard notamment en matinée où les régions de Sommières et Nîmes sont balayées par un bref et violent orage accompagné de violentes rafales de vent ainsi qu'une partie de l'Ardèche, puis le front pluvieux traverse le Rhône, pour toucher les départements de Vaucluse et de la DrômeMétéofrance. Les averses du sont la résultante d'un front orageux de flux ouest-est bloqué sur le flanc ouest du mont Ventoux à partir de l'après-midi Jean Nicod, Dynamique torrentielle du 22 septembre 1992 dans la combe diapirique de Suzette (Vaucluse). Avec ce système orageux resté stationnaire sur une partie du bassin versant de l'Ouvèze, la commune d'Orange, au nord-ouest du département de Vaucluse, reçoit de cumul de pluies, celle de Carpentras, au sud des Dentelles de Montmirail, .
Chronologie des événements Le premier bulletin d'alerte de Météo-France, auprès du Ministère de l'intérieur, puis des autorités locales, date du . Le soir même, le préfet de Vaucluse relaye cet état d'alerte, pour la mise en place des services de sécurité et protection.
Le , deux autres messages de Météo France à Marignane, en fin de nuit et début de matinée, confirment l'alerte, en annonçant des orages d'une rare violence. Malgré tout, la pluie, alors forte sur Vaison-la-Romaine en milieu de matinée, cesse vers midi. Les services de secours de la ville doivent faire face à plusieurs difficultés : les évènements se déroulent un mardi, jour de marché hebdomadaire, et d'affluence accrue ; les demandes d'évacuation faites auprès des clients et touristes (alors nombreux en cette fin de saison estivale) du camping municipal, situé en amont du pont romain, n'ont que peu d'effet. La première averse modérée () est tombée entre et midi. Elle fut suivie, en début d'après midi, d'une seconde beaucoup plus violente () qui dura jusqu'à .
Les instituteurs de l'école Jules Ferry, alors située près du cours de l'Ouvèze, mettent en sécurité les élèves, au premier étage du bâtiment le plus éloigné de la rivière. Le cumul de pluies, à Entrechaux, est de ( d'eau au mètre carré) en six heures (peut-être un peu plus localement). À titre de comparaison, la moyenne annuelle de précipitations, à Paris, est de . Durant cet évènement météorologique, près de ont reçu plus de de précipitationscumul de pluies à Entrechaux. L'orage, d’une violence inouïe, stagne sur les pentes du mont Ventoux pendant plusieurs heures. Il déverse d'eau à Malaucène, à Vaison, et à Buis-les-Baronnies Catastrophe de Vaison-la-Romaine : 20 ans après. Les fortes pluies en amont de Vaison-la-Romaine sont telles qu'une coulée de boue, d'environ , envahit et recouvre complètement le camping municipal vers . Une hauteur d'eau de recouvre déjà les rues de la ville basse. thumb|left|Camping À Cœur Joie au nord de Vaison emporté le 22 septembre 1992 Les premières nouvelles arrivent, il y a des morts au camping du Moulin de CésarVaison-la-Romaine, l'impossible oubli 5 ans après. La partie réservée au camping associatif À cœur joie — — a été emportée. On apprend qu'il y a de nombreuses victimes au lotissement du quartier Théos, situé sur la rive droite, qui a été submergé par les flots.
Dans le même temps, un torrent de boue balaye le camping municipal, emportant tout sur son passage : caravanes, véhicules et campeurs. Dans les minutes qui suivent, au niveau du pont romain, dont le tablier se situe à moins d'une vingtaine de mètres de la normale de la rivière, l'eau atteint , soit 15 de plus que son cours normal. Les images de caravanes s'écrasant contre le pont romain se gravent dans les mémoiresVaison-la-Romaine sous les eaux : il y a 10 ans. La caserne des pompiers, située près du lit de l'Ouvèze, se trouve alors inondée, bâtiment, comme matériel de secours. Le Plan ORSEC est déclenché à . La décrue ne commence qu'après .
Des trois ponts sur l'Ouvèze, seul l'antique pont romain a résisté malgré quelques dégâts sur le parapet.
Une crue centennale Plus tard, on apprendra que le même phénomène s'est déjà produit, au moins une fois, à Vaison. Dans les archives municipales de la ville, une délibération datée d’août 1616 indique que . Il n'est fait état d'aucune victime. Au , les Vaisonnais vivaient dans la ville haute, et autour de la cathédrale, recouvrant les ruines de l'antique Vasio, il n’y avait que des jardins.
Le risque était cependant connu mais négligé. Avant le drame, à la suite de la catastrophe du de Nîmes, l'ingénieur Ponton mentionnait dans son rapport d', , dont Vaison-la-Romaine, susceptibles d'être victimes de crues par ruissellement pluvial. Jean-Pierre Mazeillier avait qualifié le Plan d'Occupation des Sols (POS) de Vaison de lorsqu'il avait pris la direction des services techniques de la mairie et n'avait pu retrouver de trace du rapport Ponton. La loi de décentralisation Deferre avait en 1982 transféré l'autorité en matière d'urbanisme du préfet aux maires. Le , le maire de l'époque, André Thès, avait révisé le POS et déclaré la rive droite de l'Ouvèze constructible sur plus d'un kilomètre. La zone n'avait même pas été classée . Le prix des terrains s'était vu multiplié par un facteur supérieur à 10..
Des études scientifiques ont été faites sur la crue centennale de 1992. Elles donnent les raisons de l'importance des dégâts. Dans le secteur du torrent de la Salette, affluent du Brégoux, lui-même affluent de l'Ouvèze, au cœur des Dentelles de Montmirail, il est tombé de pluie en l'espace de cinq heures. Les chiffres sont connus grâce à la station des Bernardins, à Beaumes-de-Venise. Ce qui a représenté un volume de de mètres cubes d'eau tombée dans le bassin versant de ce torrent qui a une superficie de seulement . Le rapport de la commission d'enquête sur mentionne aussi d'autres raisons comme une imperméabilité géologique spécifique à cette vallée de l'Ouvèze mais aussi des modifications anthropiques aggravantes : .
L'Ouvèze est une rivière de , prenant sa source à Montauban-sur-l'Ouvèze, dans le département de la Drôme, et se jetant dans le Rhône, à Sorgues, après avoir arrosé . De nombreux cours d'eau sont affluents de l'Ouvèze, notamment le Toulourenc, entre Mollans-sur-Ouvèze et Entrechauxl'Ouvèze sur le site du SANDRE. Sur les du bassin versant de l'Ouvèze, se situent en amont de Vaison-la-Romainedétail de la catastrophe.
Le bilan thumb|Le pont sur la Salette à Beaumes-de-Venise emporté par la crue du 22 septembre 1992 thumb|left|Plaque commémorative à Vaison en mémoire des victimes thumb|Plaque commémorative à Roaix en mémoire des victimes Cette tragédie du a causé la mort de plus de , emportées par l'Ouvèze ou ses affluents. Le chiffre des victimes avancé le plus généralement fait état de , plus un à Beaumes-de-Venise, régulièrement oublié des statistiques. Trente-huit personnes ont perdu la vie ce jour-là dans le Haut-Vaucluse, dont 34 à Vaison-la-Romainele Dauphiné septembre 2012. Parmi elles, quinze habitants du lotissement Theos et onze résidents, au moins, du camping du Moulin de César. Cette crue hors norme a frappé de nombreux villages en aval de Vaison, causant aussi des morts : trois à Séguret; un vieil agriculteur parti chercher sa vache à Gigondas, elle est retrouvée vivante ; quatre campeurs emportés par les flots du Brégoux à Aubignan; un piéton qui voulut traverser le pont emporté par la crue de la Salette à Beaumes-de-Venise ainsi que quatre disparus dont un bébé de six mois. Neuf mois après, en 1993, un corps est retrouvé sur la commune de Roaix par un pompier maître-chien de Vaison.
Sans le courage d'un pompier qui sauva avec une barque d’emprunt, le bilan des décès aurait été beaucoup plus lourd. La décrue amorcée, le matin du , les tractopelles et les camions ont pu s'activer dans les rues pour évacuer les carcasses de véhicules recouvertes du limon de la rivière et tous les déchets qu'elle avait transportés. Pour éviter tout pillage le secteur inondé est bouclé par l'armée, les militaires surveillant les entrées de la ville et des principaux villages touchés et patrouillant devant les maisons.
Au cours des cinq premières années qui suivent la catastrophe, l'enquête s'enlise. Seul est mis en cause, en 1995, le préfet de Vaucluse qui exerçait en 1965. Le juge clôture son instruction au début de l'année 1998, après avoir ordonné de nouvelles investigations sur les études réalisées pour les permis de construire. Celles-ci . Deux ans après la catastrophe, des demandes de permis de construire sont déposées pour bâtir dans les zones inondables de la ville.. Certains rescapés à Vaison ont pu réaménager au clos d'Ariston, un terrain acheté et viabilisé par la commune. Peu d'entre eux ont quitté la ville, puisque les assurances les ont bien remboursés, d'autres ont pu acheter de l'ancien.
Les dégâts et leur coût thumb|En aval de Vaison, les tonnes de boue retirées de Bédarrides forment un talus Les dégâts matériels ont été estimés à de francs (un peu plus de d'euros). Malgré la solidarité spontanée, les subventions et les remboursements des assurances, la commune s'est lourdement endettée. Plus de (environ ). Les cinq premières années qui suivirent la catastrophe, de francs de travaux ont été réalisés, soit d'euros.
De plus, cette rénovation a eu un coût revu à la hausse. La facture définitive s'éleva à près de d’euros de dégâts dont rien que pour Vaison. En définitive, pour cette seule commune, les travaux se sont élevés à d'euros environ, dont près de 8 à la charge de Vaison et de ses . Si tout a été fait pour éviter une nouvelle catastrophe, ce fut au prix d'un lourd endettement.
Les précautions prises Il est vrai que Vaison étant une ville touristique, il lui fallait très vite lui redonner une image conforme à ses objectifs. La première mesure prise fut de rendre inconstructibles les zones en bord de l’Ouvèze. Soixante-dix habitations, dont un lotissement entier, ont été rasées. Le lit de la rivière a été élargi et les berges renforcées. En amont, le camping municipal a été déplacé et surélevé. Là où s'élevait le lotissement Théos, d'énormes blocs de pierre ont renforcé la berge et un espace naturel a été aménagé. Plus loin, un parcours santé recouvre l'ancien quartier des Jardins de l'Ouvèze et les lotissements des Eminées et des Magnans sont devenus des espaces verts.
L'école a été reconstruite. Elle est protégée, comme la ville basse, par un long mur servant de digue. Des exercices d’évacuation ont lieu chaque année dans toutes les classes. S'il fallait intervenir, les pompiers de Vaison, grâce aux systèmes d'alerte, sont avertis d'une crue en T + 2. Deux heures incompressibles, mais suffisantes pour évacuer tout le monde. L'alerte est donnée grâce à l'installation de radars météo, à Bollène et dans le Gard. En 1992, selon le maire de l'époque, il n’y en avait pas, mais il en existait un à Nîmes nommé Mélody, mais il avait été frappé par la foudre la veille au soir..