Le séga est un genre musical, un chant et une danse traditionnelle majeure des Mascareignes : île Maurice, île de la Réunion et Rodrigues, mais aussi des Seychelles, d'Agaléga, de Saint-Brandon, des îles Chagos et d'autres de l'océan Indien.
Pour chacune de ces îles, le séga diffère. Par exemple le séga rodriguais est composé de deux musiques différentes :
le séga tambour, très rapide et typiquement africain le ségakordéon, où l'accordéon diatonique donne une touche musette.
Aux Seychelles le rythme est plus lent.
Le séga se danse en dandinant les hanches et en tournoyant sur soi et l'homme autour de la femme. Il s'agit d'un jeu entre le cavalier et la cavalière. Celle-ci décide d'aller où bon lui semble et le cavalier tente de prédire la direction pour la devancer et garder une certaine proximité. En tournant sur eux-mêmes, les danseurs se synchronisent. Certaines approches sensuelles de cette danse se caractérisent en descendant doucement, au rythme du son (en fléchissent peu à peu les genoux) de sorte que l'homme et la femme se retrouvent à genoux face à face en bougeant le haut du corps, toujours aussi sensuellement.
Histoire Avec l'arrivée des colons blancs, le séga a été nourri par la musique festive de danses de Paris au , les quadrilles parisiens que dansaient les propriétaires des plantations et leurs familles. On peut donc penser que le séga est une fusion ou un mélange de plusieurs peuples, esclaves ou migrants venus vers les îles Mascareignes et l'Océan Indien.
Loin de leur pays d'origine, les esclaves de différentes contrées se réunissaient. Ils ne parlaient pas la même langue, n'avaient pas les mêmes coutumes, ni la même musique, mais cela ne les empêchait pas de communiquer autour de la danse et du chant. Puis de fil en aiguille la langue créole est apparue, avec les indigènes et la langue française, un dialecte d'origine française qui n'a pas fini d'évoluer, s'est fondue dans la musique et une nouvelle forme de séga est apparue.
Dès 1768, les voyageurs de retour de Maurice parlaient du chant des esclaves et de la danse. Bernardin de Saint-Pierre a parlé de la passion des esclaves pour la musique et de l'harmonie douce d'instruments inconnus pour correspondre aux chansons avec tous les thèmes d'amour présents.
Milbert, en 1803, a parlé de pas de danse et des femmes sensuelles. Ils parlent tous du « chéga » ou « tchéga » qui deviendra par la suite le séga.
Le mot séga viendrait de la côte Est de l'Afrique. Au Mozambique, tchega se rapporte à une danse très proche du fandango espagnol. Le mot swahili sega désigne l'acte de retrousser ses habits, geste typique des danseuses de séga.
On appelle ségatier le joueur ou le chanteur de séga.
Le séga de La Réunion thumb|right|Groupe de séga sur une place de Saint-Pierre, à La Réunion. "L’histoire du séga, à la Réunion, est intimement lié à celle du maloya. Le maloya, terme d’introduction récente (apparu vers 1930) était appelé vers 1750, « tchega », « shéga », « tsiega » puis « séga », mot portugais d’origine swahili désignant l’action de remonter ses habits, caractéristique des danses bantoues. Dès le second empire (1852), d’autres danses font leur apparition : le quadrille d’origine anglaise, le scottish, la polka, la mazurka, auxquelles succèdent des danses de groupe comme « la poule ». La série se termine par des figures libres. Cet espace de liberté a été capital dans la naissance du séga. Au milieu du , la prospérité économique de l’île a permis une plus grande diffusion du quadrille et le besoin de musiciens s’accroît. Des musiciens noirs sont alors initiés à ces musiques: ce sont les « jouars ». Du fait de leur appartenance à une autre culture, ils ont volontairement ou involontairement modifié ces airs, surtout au niveau rythmique : ceci marque le début de la créolisation du quadrille. Ayant appris à jouer sur des instruments européens, ils utilisent la dernière partie du quadrille pour jouer leur musique. Passant progressivement du binaire au ternaire, cette danse appelée au début « quadrille créole » va coloniser toutes les figures du quadrille. Le phénomène prend une telle importance que le séga s’échappe des salons pour être joué et dansé partout : il devient la musique populaire de la RéunionXavier Filliol, Les Musiques à la Réunion, Éditions CNH, août 1993, .
Le séga de Maurice
À l'île Maurice, le séga traditionnel se nomme sega tipik. Il est à Maurice ce que le maloya est à la Réunion. D'après les explications de Marclaine Antoine, grand ségatier mauricien, le séga typique se joue avec trois ravannes. Chacune ayant son rôle. Il y a le "sizoner" (celui qui assaisonne) ou "piker", le soliste avec une ravanne de de diamètre. Il y a la ravanne rythmique avec et la ravanne basse faisant . Les ravannes sont en peau de chèvre (cabri), certaines en peau de raie selon les îles, surtout par le passé. Ces tambours sont chauffés au-dessus du feu. Dépendamment de la tension de la peau, en général la ravanne du soliste s'accorde en ré, la rythmique en do et la basse en sol afin de créer de la profondeur musicale dans le rythme.
Instruments thumb|right|Un kayamb. Les différents instruments du séga sont : la maravane ou kayamb, constituée de cannes à sucre alignées, est de forme rectangulaire. C'est une sorte de boîte contenant des cailloux, des billes métalliques ou des graines. Le musicien agite l'instrument au rythme désiré pour accompagner le chanteur et les autres instruments. la ravane ou ravanne, pièce maîtresse du séga est un tambour taillé dans du bois de goyave chinois. Il est recouvert d'une peau de chèvre tendue. le triangle est aussi omniprésent. le bobre, constitué d'un morceau de bois tendu par deux cordes et relié à une calebasse. Cet instrument n'est plus guère utilisé de nos jours dans le séga. le makalapo, arc en terre. Instrument monocorde, il doit son timbre à son écho qui est à l'origine d'ailleurs de beaucoup de légendes. La caisse de résonance (un seau renversé) doit être enterrée afin de produire un son souterrain très spécial. Le mythe veut en effet qu'étant en contact avec le sol, il permette d'entrer en contact avec les ancêtres. Marclaine Antoine explique que cet instrument était particulièrement joué pour accompagner un genre de lutte mauricienne, le kapila. la serpe, machette convertie en instrument utilisée comme le triangle l'est aujourd'hui. l'accordéon, cet instrument figure dans presque tous les ségas de Ti-Frère le bloc, cube en bois frappé le crapeau, percussion utilisée à Rodrigues le banc, percussion utilisée par les îlois (les îles Chagos) les claves, paire de bois frappés les mayoches, percussions utilisées à Rodrigues le katcha katchia, hochet à capsules les cocos, maracas en noix de coco le coco lamok, maracas en boîte de conserve le jerry-can ou sati, un bidon d'essence converti en instrument de musique
Musiciens Les chanteurs de séga reconnus à l'Île Maurice, se nomment Ti Frère, Claudio Veeraragoo, Serge Lebrasse, Jean-Claude Gaspard. Né le , à Rose-Hill, Serge Lebrasse composa un séga sur le père Jacques-Désiré Laval. Plus récemment, cette musique s'est électrifiée en incluant la guitare, la basse, des cuivres. Des groupes sont reconnus sur l'île comme Cassiya, Zotsa.
Dans les années 1980, certains chanteurs comme Joseph Topize alias Kaya et le Groupe Racinetatane ou Ras Natty Baby ont créé un nouveau courant appelé seggae, un mélange de séga et de reggae.
En 1978, Anita My Love de Mario Armel s'est classée au hit parade en Allemagne.
En 1987, Maxime Le Forestier a fait une reprise d’Ambalaba, qui était un séga mauricien chanté par Claudio Veeraragoo en 1964.
En 1991, Ala li la de Denis Azor était choisi pour faire du séga la danse de l'été.
En 2013, Li tourner d'Alain Ramanisum est remixée par Dj Assad et Willy William du groupe Collectif Métissé pour en faire une des danses de l'été.
Le séga a aussi évolué vers le rap et le hip-hop avec le rappeur de l'est de la Réunion, Ironshiro, avec sa chanson Sak Mi Aim sortie en 2009.
À la Réunion, le séga est un peu différent du séga mauricien. Un défenseur notable du séga réunionnais est le groupe Apolonia, qui, depuis 20 ans, défend ce style musical avec beaucoup de constance et de succès.
Artistes de séga Réunion Maurice SeychellesApolonia Michel Admette Manyan Mirage Luc Donat Jean-Pierre Boyer Jules Joron Maximin Boyer Maxime Laope Ousanousava Jean-Paul Volnay Ziskakan Kultur Bourbon Zenes Kréol Aim' A Nou Baster Racine Des Iles Volcan Ti Mack Alamelou David Louisin Karen et Son'J Sega'el Missty Kaliko Muzik Band Cassiya Marie-Michèle Étienne Désiré François Alain Ramanisum Ti Frere Nancy Derougere David Ramen Kaya Carino Marcelino Claudio Veeraragoo Laura Beg Sandra Mayotte Caroline Jodun Mary Jane Gaspard Linzy Bacbotte Michel Legris NasT Black Jean-Claude Gaspard Lin Clarel Armel Samy ElfPatrick Victor Jean Marc Volcy Brian Matombe Juliette Joennise Jenny Letourdie
Grands noms du séga mauricien Ti Frère : « Le séga de Ti Frère n'est jamais mièvre, il n'a que faire des ritournelles de vacances. Il est âpre et vrai, il est sensuel et païen, il sait parler de l'amour d'Anita et d'Angeline, et rire des politiciens qui mangent pour le peuple », écrit Le Clézio. De son vrai nom Alphonse Ravaton, Ti frère est né en à Quartier Militaire dans le centre de Maurice. Héritier de son père, ségatier d'origine afro-malgache, Ti Frère naquit avec le siècle et fut sacré « Roi du séga » en 1964. Le chanteur aveugle ne démentit jamais ce titre jusqu'à sa mort à 92 ans. Ti Frère est né pauvre et il a toujours su rester simple et humble. Illettré, il a quand même composé de nombreuses chansons qui sont des grands classiques de la musique mauricienne. Ces mélodies parlent d'amour, de femmes, de la vie qui s'écoule paisiblement à l'ombre des Filaos, de la vie, de la mort, du bonheur... Ti Frère fut récompensé et décoré du MBE (Member of the British Empire) pour son talent.
Serge Lebrasse (1930-2023) Serge Lebrasse retourne à Maurice en 1951, après sa démobilisation. Il devient professeur de musique et étudie les origines et traditions du Séga. Il commence à accompagner Ti Frère dans ses tournées. Encouragé par ce dernier, il commence à composer et chanter dans des fancy-fairs (fêtes locales). Une de ses premières compositions, Divin lou lou (le vin du loup) attire l'attention du public. En 1956, la maison Damoo, un producteur d'artistes installé à Port-Louis s'intéresse à l'approche du séga de Serge Lebrasse et propose un enregistrement. Malheureusement Mr Damoo décède avant que l'enregistrement ne soit réalisé. Heureusement son talent sans bornes lui permet de se faire remarquer par la firme Ramdharry Frères. Il enregistre alors un premier disque intitulé Mama mo le marier sur la première face, c'est Alex Nanette qui interprétera Eugénie lave ça verre là sur la deuxième face. Ses ségas deviennent très populaires à Maurice. Lebrasse enregistre quatre nouveaux ségas en 1957 pour le Mauritius national compétition. L'un d'eux, Madame Eugène, deviendra un des ségas les plus populaires de tous les temps. C'est dans les années soixante que sa popularité atteindra son sommet avec des titres tels que Zarina, Sito content moi ou encore Bal Bobesse. Serge Lebrasse est le premier ségatier à entamer des tournées hors de Maurice. En 1976, il reçoit également le MBE pour services rendus à la culture mauricienne. Il se produisait dans divers hôtels mauriciens, mais également à La Réunion et en Europe. Il a collaboré à l'album Séga Rom qui réunissait entre autres Sylvio Lynx et Jean-Claude. Il meurt le .
Cassiya : le groupe Cassiya est très populaire à Maurice. C'est en 1993, avec l'enregistrement de l'album Séparation, que Cassiya se mesure au grand public. Cassiya tire son nom de Cassi, un faubourg de Port-Louis, situé près de l'autoroute et ya veut dire tout simplement "bon".