Le monastère de Vazelon (en grec : Μονή Βαζελώνος, Moní Vazelónos) est un ensemble monastique en ruines situé dans la région de la mer Noire, en Turquie. Sa date d'apparition exacte est incertaine, certaines sources la font remonter aussi loin que 270 et le monastère fait l’objet de plusieurs rénovations jusqu’au . Les structures encore visibles aujourd’hui datent de la reconstruction de 1410.
Le monastère de Vazelon constitue pendant des siècles un centre majeur de la vie grecque orthodoxe dans la région de Maçka, exerçant une influence sur plusieurs villages environnants jusqu’à sa dissolution. Des fresques situées sur le mur extérieur nord de l’église, représentant le Paradis, l’Enfer et le Jugement dernier, subsistent encore aujourd’hui.
Au cours de son histoire, le monastère subit de nombreuses attaques. Au , des envahisseurs sassanides pillent le monastère, en détruisent une partie et massacrent les moines qui y vivent. Plusieurs siècles plus tard, pendant la Première Guerre mondiale, il est de nouveau attaqué par les forces turques. Le monastère est finalement abandonné en 1923, à la suite de l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie. Des actes de vandalisme contribuent depuis à son état de délabrement.
Il ne subsiste que peu d’éléments des archives de Vazelon : certains documents sont conservés au musée de Saint-Pétersbourg, d’autres à la Société turque d’histoire. Ces archives permettent aux historiens d’éclairer divers aspects de la vie dans l’Empire byzantin et l’Empire de Trébizonde.
Situation Les ruines de Vazelon sont situées à une quarantaine de kilomètres au sud de Trébizonde et à une vingtaine de kilomètres de Maçka, sur le versant du mont Zaboulon. Elles sont accessibles à partir de la route de Trébizonde (Trabzon) à Gümüşhane (Route européenne 97) et se trouvent dans la montagne à l'ouest de cette route ; les six derniers kilomètres à partir du village de sont d'accès difficile.
Histoire gauche|vignette|Monastère de Vazelon. Vestiges d'une fresque représentant le Jugement dernier (détail).
Le monastère de Vazelon est édifié durant le Bas-Empire romain. Il est mentionné pour la première fois en 270 ou en 317, même si ces années ne correspondent possiblement pas avec certitude à la fondation du monastère. Après la division de l’Empire romain en 395, l’Anatolie – et avec elle le monastère de Vazelon – est intégrée à l’Empire byzantin. Le monastère subit de nombreuses attaques et destructions au fil des siècles. Au , il est pillé par les Sassanides, qui massacrent également les moines qui y résident. Les empereurs byzantins financent ensuite sa reconstruction et son extension aux .
Lors de la Quatrième croisade, les croisés venus d’Europe mettent à sac Constantinople en 1204, entraînant la fragmentation de l’Empire byzantin. La région du Pont, à laquelle appartient Vazelon, devient alors le centre de l’Empire de Trébizonde. Les empereurs de Trébizonde continuent à financer généreusement le monastère tout au long du Moyen Âge, Vazelon figurant parmi les grands monastères pontiques « richement dotés par les empereurs ». La région du Pont demeure sous domination trapézontine jusqu’à la conquête turque de 1461.
Le monastère poursuit ses activités religieuses sous l’Empire ottoman et jusque pendant la Première Guerre mondiale. Toutefois, durant l’occupation russe de Trabzon en 1916-1917, une partie des archives monastiques est confisquée et transférée à Saint-Pétersbourg.
Les dernières années du conflit voient de nouveaux épisodes de violence : des soldats turcs rassemblent des Grecs pontiques du vilayet de Trébizonde, les conduisent au monastère et les exécutent. Certaines femmes sont violées avant d’être tuées. Ces événements se produisent en 1916, après la prise de Trabzon par les forces russes et lors de la retraite des troupes ottomanes. Les derniers habitants du monastère sont expulsés en 1923, lors de l’échange de populations entre la Grèce et la Turquie. La plupart des Grecs orthodoxes pontiques qui avaient échappé au génocide grec pontique sont alors contraints de se réfugier en Grèce, tandis que les musulmans grecs sont transférés en Turquie.
Après cet exode, un moine nommé Dionysios Amarantidis emporte une icône de Jean le Baptiste provenant de Vazelon et la transfère au monastère de la Sainte-Trinité à Serrès.
Aujourd’hui, Vazelon demeure à l’abandon, son délabrement aggravé par des actes de vandalisme. Les archives subsistantes sont conservées au musée de Leningrad et à la Société turque d’histoire.
Architecture
Le monastère de Vazelon est une construction en pierre à plusieurs niveaux. Il se dresse aujourd’hui en ruines dans les monts Pontiques, près de la mer Noire, au cœur d’une forêt mixte. De nombreuses rivières serpentent les vallées environnantes, et la région reçoit environ 100 centimètres de précipitations par an. Les montagnes voisines peuvent atteindre près de 2 500 mètres d’altitude.
Depuis son édification jusqu’à son abandon en 1923, le monastère fait l’objet de multiples aménagements et restaurations. Son corps principal est construit en mortier de chaux et en pierre locale, probablement du granit. Les murs extérieurs, plus épais que les cloisons intérieures, témoignent de la vocation défensive du site. Le toit et les planchers, aujourd’hui largement disparus, étaient en bois. Le bâtiment compte quatre étages et comprend divers espaces : une salle à manger, une cuisine et une citerne destinée à la collecte d’eau.
À l’origine, on accédait au monastère par une échelle de bois suspendue, que les moines retiraient la nuit pour empêcher toute intrusion. Celle-ci est supprimée au XIXe siècle, époque à laquelle les escaliers en bois sont remplacés par des marches en pierre.
Le complexe comprend deux chapelles. Au sommet du monastère se trouve une église creusée dans la roche, qui abritait autrefois un clocher. La seconde chapelle, située à environ 30 mètres au nord du bâtiment principal, est identifiée par Chrysanthos, alors métropolite de Trébizonde au début du XXe siècle. Après avoir consulté d’anciens textes, il conclut que cette chapelle était dédiée au prophète Élie, reconnu par les religions abrahamiques. Les sources médiévales la désignent sous le nom de « Saint-Élie », et sa construction pourrait remonter à 1219.
De nombreuses fresques historiques subsistent encore à Vazelon. L’une des voûtes représente l’enfant Jésus dans un berceau. D’autres scènes figurent le Jugement dernier, le Paradis et l’Enfer. La chapelle dédiée à Élie conserve également de nombreuses peintures religieuses représentant des figures chrétiennes.
Après des décennies d’abandon, le monastère est en état de délabrement avancé, aggravé par les pillages et les actes de vandalisme. Nombre de fresques ont été grattées ou endommagées, et le clocher qui surmontait jadis l’édifice a disparu.
Le monastère dans la société
Le monastère de Vazelon occupe, au Moyen Âge, une position stratégique et une importance économique majeure en Anatolie. Outre les financements apportés par les empereurs byzantins et comnènes, il se situe sur une voie reliant le monastère à Trabzon, port marchand d’importance historique. L’édifice est également implanté au cœur de terres riches et fertiles, et il exerce un contrôle sur plusieurs villages environnants, ce qui accroît encore sa prospérité. Cette influence perdure jusqu’aux années 1890, à la fin de la période ottomane.
Le monastère connaît aussi une brève fonction militaire : sous l’Empire byzantin, l’empereur Justinien Ier utilise Vazelon comme poste d’observation, en raison de son altitude élevée dans les monts Pontiques. À cette époque, les Byzantins affrontent l’Empire sassanide, dont la frontière passe non loin de Vazelon.
Sa vocation principale demeure toutefois religieuse : Vazelon est très probablement dédié à Jean le Baptiste. Durant les périodes byzantine et trébizonienne, il est courant que des fidèles fassent don de terres au monastère. Certaines religieuses vivant en milieu rural possèdent des propriétés agricoles – champs ou aire de battage – qu’elles peuvent céder à Vazelon. En contrepartie, elles bénéficient de prières commémoratives pour elles-mêmes et pour leurs proches. Ces femmes proviennent souvent de milieux modestes. En général, les donateurs continuent à exploiter leurs terres presque comme auparavant. Bien que des femmes participent à ces échanges, elles restent minoritaires : si les Trébizoniennes peuvent hériter de biens, la majorité des transactions avec le monastère est effectuée par des hommes.
Au , une femme nommée Zoé Chaldena fait don d’une propriété au monastère de Vazelon « pour le salut de [nos] âmes ». Les noms de Chaldena et de son époux sont inscrits sur les diptyques du monastère. À la fin de l’époque byzantine, de tels dons sont censés garantir une vie éternelle plus heureuse, et ils proviennent aussi bien de riches que de pauvres. Certains choisissent d’offrir du vin plutôt que des terres.
D’autres vendent leurs biens au monastère plutôt que de les lui céder. Ainsi, Georges Gabras, membre de la puissante famille Gabras, vend en 1344 ou 1345 une propriété qu’il possède à Maçka.
Le monastère de Vazelon demeure un centre essentiel de la vie grecque orthodoxe régionale jusqu’à son abandon en 1922-1923. En 1920, le district de Maçka compte encore 76 % de chrétiens, et la vallée où se trouve le monastère en compte 88 % de Grecs pontiques. Vazelon conserve jusqu’en 1923 une grande partie de ses terres et de sa richesse.
Fête annuelle La fête du sanctuaire de Vazelon avait lieu le , à l'occasion de la fête de saint Jean le Baptiste, associée en Orient comme en Occident au solstice d'été. C'était à la fois une solennité religieuse et une manifestation culturelle et sociale, accompagnée de chants et de danses, qui réunissait autour du monastère les villageois qui en dépendaient.
Actes de Vazelon
Entre le , les moines du monastère de Vazelon tiennent des registres écrits d’une grande complexité. Ils y consignent diverses informations : transactions foncières et donations faites au monastère, relations entre la communauté monastique et la population locale, testaments, décisions prises au sein du monastère, événements extérieurs affectant la région, ainsi que les conflits armés survenant dans les environs. Les moines enregistrent également les testaments de simples villageois et les accords conclus entre paysans. Ces archives sont aujourd’hui connues sous le nom d’Actes de Vazelon.
Ces Actes ne sont pas parvenus jusqu’à nous dans leur intégralité. Deux compilations de documents monastiques subsistent néanmoins : l’une conservée à Saint-Pétersbourg, en Russie, et l’autre à Ankara, en Turquie. Les manuscrits d’Ankara proviennent de l’ancienne Société philologique grecque de Constantinople, dissoute après 1923. Au début des années 1930, les autorités turques répartissent ses collections historiques entre plusieurs institutions, et la Société turque d’histoire (Türk Tarih Kurumu, TTK), fondée à l’initiative de Mustafa Kemal Atatürk, reçoit la plus grande partie des manuscrits, parmi lesquels le cartulaire du monastère.
Les documents conservés constituent aujourd’hui une source essentielle pour les chercheurs. Les Actes de Vazelon figurent parmi les rares témoignages médiévaux mentionnant les noms et professions de paysans de la région, offrant ainsi un aperçu précieux de la vie quotidienne dans le Pont byzantin et trapézontin.
Ethnicité dans l'Empire de Trébizonde