thumb|Entrée de Cinecittà.

Le cinéma de propagande fasciste est l'« instrument cinématographique » du régime fasciste italien dans la première moitié du qui lui a servi à propager ses propres valeurs et idéaux aux masses populaires.

Ce fut un phénomène artistique qui réussit à créer dans certains cas des œuvres cinématographiques de valeur. Comme le cinéma du Troisième Reich et une partie du cinéma soviétique, le cinéma italien de la période fasciste a été soutenu par l'État et employé comme outil de propagande politique.

Histoire vignette|Les bâtiments de l'institut Luce. Le premier film de propagande fasciste, qui remonte à 1923, est Il grido dell'aquila de Mario Volpe (1894-1968) Antonio Costa, Il cinema del ventennio fascista. D'autres exemples de précurseurs du cinéma de propagande fasciste sont les deux films muets intitulés Les Martyrs d'Italie (I martiri d'Italia), sortis en même temps en 1927 : le réalisé par Domenico Gaido (1875-1950) et le par Silvio Laurenti Rosa (1892-1965).

En 1924, l'année de la brève crise subie par le régime fasciste après le meurtre du député socialiste Giacomo Matteotti, l'Istituto Luce est fondé, avec pour but de diffuser dans les actualités cinématographiques l'image de Mussolini dans toute l'Italie. En 1934 est institué le « Sous-secrétariat d'État pour la presse et la propagande » (Sottosegretariato di Stato per la Stampa e la Propaganda), qui deviendra en 1937 le « ministère de la Culture populaire » (Ministero della Cultura Popolare).

Un autre moteur du développement du cinéma fasciste est l'inauguration, en 1932, de la Mostra de Venise (Mostra internazionale d'arte cinematografica di Venezia). En 1934 naît la « Direction générale du cinéma » () et en 1937 les studios de Cinecittà sont fondés à Rome ainsi que son annexe l'école Centro sperimentale di cinematografia, une vraie forge de talents pour les futures célébrités, acteurs, réalisateurs, inventeurs de sujets et scénaristes.

vignette|Remise du prix Coppa del Ministero Cultura à Amedeo Nazzari pour Caravage, le peintre maudit (1941).

Parmi les 772 films produits en Italie entre 1930 et 1943, on peut classer comme films de propagande directe ou indirecte environ une centaine. La propagande indirecte domine très nettement la propagande directe.

Parmi les principaux films de propagande, on peut citer (1933) de Giovacchino Forzano, Vecchia guardia (1934) d'Alessandro Blasetti, Condottieri (1937) de Luis Trenker et Luciano Serra, pilote (Luciano Serra pilota, 1938) de Goffredo Alessandrini.

Le cinéma de propagande fasciste a cohabité avec le filon non engagé des « téléphones blancs », des comédies légères et insouciantes dans le milieu petit-bourgeois. Les acteurs et les réalisateurs du cinéma italien des années 1930 et du début des années 1940 participaient soit aux films de propagande fasciste soit aux comédies des téléphones blancs.

Deux réalisateurs devenus célèbres ont fait leurs débuts dans le cinéma de propagande fasciste : Alberto Lattuada (avec le film Giacomo l'idealista de 1942) et le futur maître du néoréalisme, Roberto Rossellini, avec trois films : Le Navire blanc (La nave bianca), Un pilote revient (Un pilota ritorna) et L'Homme à la croix (L'uomo della croce), dans lesquels étaient déjà présents des éléments néorealistes.

Pendant la brève République sociale italienne, à Venise naît le Cinevillaggio, appelé également Cineisola, une structure pour la production cinématographique vue comme une alternative à Cinecittà abandonnée par les fascistes à cause du conflit. Ce « village » ou cette « île » du cinéma est apparu à partir de l'automne 1943 sur initiative du ministère de la culture populaire de la RSI dirigé par Ferdinando Mezzasoma. Dans ces studios a été tourné un dernier film que l'on peut rattacher au film de propagande : Fait divers, réalisé par Piero Ballerini et interprété par Osvaldo Valenti et Luisa Ferida. Ces acteurs symboles du cinéma fasciste ont ensuite été fusillés par les partisans pour collaboration avec les nazis et les fascistes.

Organisation Luigi Freddi est le chef de la Direction générale de la cinématographie« Connaissez-vous le cinéma ? », Le Monde hors-série jeux, 2011, page 83..

Caractéristiques des films L'esthétique et les thèmes du cinéma de propagande sont la virilité, l'héroïsme, le révolutionnarisme (selon le canon fasciste) et la célébration du régime et de ses idéaux Laura Tussi, Il cinema nel ventennio fascista: quadro storico.

Les caractéristiques principales des films de propagande fasciste sont de : montrer les changements positifs sous le fascisme ; célébrer les valeurs fascistes ; célébrer la marche sur Rome et l'ascension du fascisme ; montrer la grandeur de l'Italie et le dévouement à la patrie ; raconter des faits historiques inhérents à l'histoire de l'Italie et surtout du Risorgimento ; retracer les faits biographiques saillants des personnages importants de l'histoire italienne ; faire l'apologie de l'Empire romain et de Rome ; exalter le colonialisme italien pour sa « mission civilisatrice » ; exalter les opérations militaires des forces armées et des volontaires dans les guerres de l'Italie fasciste : guerre civile espagnole, guerre d'Éthiopie, occupation italienne de l'Albanie (1939-1943), Seconde Guerre mondiale ; dénigrer et ridiculiser les adversaires du régime (États-Unis, Union soviétique, Grande-Bretagne).

Réalisateurs principaux et films

Alberto Lattuada Giacomo l'idealista (1942)

Romolo Marcellini Sentinelles de bronze (1937) La conquista dell'aria (1939) L'uomo della legione (1940) M.A.S. (1942)

Marcello Albani Redenzione (1943) Le Dernier Rêve (L'ultimo sogno) (1944) L'ultimo sogno a été tourné à la Giudecca de Venise pendant la République sociale italienne

Domenico M. Gambino Lotte nell'ombra (1938) Traversata nera (1939)

Enrico Guazzoni I due sergenti (1936)

Andrea Della Sabbia La casa senza tempo (1943)

vignette|Alessandro Blasetti. Alessandro Blasetti Sole (1929) Terra madre (1931) 1860 (1934) Vecchia guardia (1934) Aldebaran (1935) Ettore Fieramosca (1938) La corona di ferro (1941) Quatre Pas dans les nuages () (1942)

Mario Camerini Il grande appello (1936)

Corrado D'Errico Il cammino degli eroi (1936)

Augusto Genina Lo squadrone bianco (1936) L'assedio dell'Alcazar (1940) Bengasi (1942)

Carlo Campogalliani Stadio (1934) Il cavaliere di Kruja (1940) Il treno crociato (1943)

Pier Luigi Faraldo Sancta Maria (1941)

vignette|Carmine Gallone. Carmine Gallone Gli ultimi giorni di Pompei (1926) Scipione l'Africano (1937) Cristoforo Colombo (1937) Giuseppe Verdi (1938) Odessa en flammes (Odessa in fiamme) (1942) Harlem (1943)

Francesco De Robertis Uomini sul fondo (1941) Alfa Tau! (1942) Uomini e cieli (1943) Marinai senza stelle (1943) Vivere ancora (1944) Vivere ancora a été tourné à la Giudecca pendant la République sociale italienne

Piero Costa Aeroporto (1944) Aeroporto a été tourné à la Giudecca pendant la République sociale italienne

Giovacchino Forzano Camicia nera (1933) Villafranca (1934) Les Cent Jours (Campo di maggio) (1935) Tredici uomini e un cannone (1936) Racconti d'autunno, di inverno e di primavera (1937)

Goffredo Alessandrini Cavalleria (1936) Luciano Serra, pilote (Luciano Serra pilota) (1938) Abuna Messias (1939) Nous, les vivants (Noi vivi) (1942) Addio Kira! (1942) Giarabub (1942)

Luis Trenker Condottieri (1937)

Mario Volpe Il grido dell'aquila (1923)

Domenico Gaido I martiri d'Italia (1927)

Silvio Laurenti Rosa I martiri d'Italia (1927)

Roberto Rossellini Le Navire blanc (La nave bianca) (1941) Un pilote revient (Un pilota ritorna) (1942) L'Homme à la croix (L'uomo dalla croce) (1943)

Piero Ballerini Un fatto di cronaca (1944) Un fatto di cronaca a été tourné à la Giudecca pendant la République sociale italienne

Raffaello Matarazzo Littoria (1933)

Walter Ruttmann Acciaio (1933)

Esodo Pratelli Gente dell'aria (1943)

Nunzio Malasomma Cose dell'altro mondo (1939)

Mario Baffico I trecento della settima (1943) Ogni giorno è domenica (1944) Trent'anni di servizio (1944) Ogni giorno è domenica et Trent'anni di servizio ont été tournés dans les studios de la Giudecca pendant la République sociale italienne

Aldo Vergano Pietro Micca (1938) Quelli della montagna (1942)

Marco Elter Le scarpe al sole (1935)

Oreste Biancoli Piccolo alpino (1940)

Gennaro Righelli L'armata azzurra (1932) Il cavaliere di San Marco (1939) Orizzonte di sangue (1943)

Edgar Neville Carmen fra i rossi (1939)

Guido Brignone Passaporto rosso (1935) Sotto la croce del sud (1938)

Notes et références

Voir aussi Source de traduction

Bibliographie

Articles

Film et histoire - Chapitre 9 - Le cinéma fasciste - Cairn Le cinéma italien pendant le régime fasciste ou l’image au service de la propagande - Cairn

Ouvrages Guido Aristarco Il cinema fascista: il prima e il dopo, Edizioni Dedalo, 1996 Vito Zagarrio, Cinema e fascismo, Marsilio, 2004 Sergio Vicini, Le stelle del duce, Hobby & Work Publishing, 2008 Vito Zagarrio, Primato: arte, cultura, cinema del fascismo attraverso una rivista esemplare, Storia e Letteratura, 2007 Gianni Haver, « Autoreprésentation et propagande dans le cinéma de l'Italie fasciste 1922-1940 », in: Jean-Pierre Bertin-Maghit (dir.), Une histoire mondiale des cinémas de propagande, Nouveau Monde, pp. 119-136, 2008. Daniela Manetti, Un'arma poderosissima. Industria cinematografica e Stato durante il fascismo, Franco Angeli, 2012

Articles connexes Propagande Cinéma sous le Troisième Reich Cinecittà Luciano De Feo Centro sperimentale di cinematografia Mostra de Venise Coupe Mussolini Art du Troisième Reich

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