vignette|upright|Luca della Robbia. 1431-1438. Cantores et pueri. Panneau de la cantoria (tribune des chantres) de la cathédrale de Florence. Musée de l'Œuvre du Dôme (en italien : l'Opera del duomo). vignette|upright|Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois en concert à Strasbourg le 9 novembre 2013.
Un chœur d'enfants est un ensemble vocal à voix égales, dans lequel les parties de soprano, et d'alto, sont chantées par des enfants ou des adolescents (n'ayant pas encore mué pour les garçons).
Il en existe trois grandes catégories : les chœurs de garçons, souvent associés à des voix d'hommes pour les parties de ténor et de basse ; les chœurs mixtes mêlant filles (souvent adolescentes) et garçons, éventuellement associés à des voix d'hommes ; les chœurs de filles.
Les chœurs de garçons ont longtemps été les plus répandus, en raison de leur rôle liturgique et de l'interdiction autrefois faite aux femmes de chanter dans les églises. En fonction des traditions nationales ou régionales, les parties d’alto sont chantées ou bien par des garçons ou bien par des adultes haute-contres ou falsettistes. Les chœurs de filles étaient quant à eux rattachés aux pensionnats ou aux couvents féminins.
Les termes plus spécifiques de « maîtrise », ou quelquefois de « manécanterie » (ce dernier terme, en usage au début du , est vieilli)Étymologiquement « chanteurs du matin ». Ce terme, apparu vers 1836 selon le dictionnaire Le Robert, s'est surtout répandu grâce à la « manécanterie des Petits Chanteurs à la Croix de Bois », née en 1906., désignent en France des chœurs d'enfants, à l'origine liés avant tout aux liturgies de l'Église catholique et ne comprenant alors que des garçons (ce n'est plus le cas actuellement, les filles étant à leur tour devenues membres des maîtrises religieuses). Aujourd'hui existent aussi des chœurs d'enfants autonomes et laïcs. C'est ainsi que la généralisation de la mixité dans l'éducation ou les activités péri-éducatives s'est partout traduite par l'apparition et le développement de nombreux chœurs mixtes d'enfants.
Historique
Du Moyen Âge à la Révolution française, les « enfants de chœur », formés à la musique par le chapitre canonial d'une cathédrale ou d'une collégiale, chantaient dans les offices religieux, avec les chanteurs adultes du chœur, appelé aussi « psallette ».
Les maîtrises étaient à la fois un ensemble vocal et une école. Elles offraient aux enfants qui en étaient membres une formation musicale de haut niveau, doublée d'une solide formation générale et religieuse. Elles étaient donc particulièrement prisées par les familles désirant s'élever dans l'échelle sociale, l'enseignement y étant gratuit. Les enfants aux capacités vocales jugées satisfaisantes étaient pris en charge pendant la durée de leurs études (en principe douze ans pour une scolarité complète). Quelques-uns apprenaient aussi un instrument. Les meilleurs apprenaient à composer. À l'issue de leurs années de formation et de service, ils recevaient une importante « gratification » pour les aider à entrer dans la vie activeBernard Dompnier (dir.), Maîtrises et Chapelles aux , Presses universitaires Blaise-Pascal, Clermont-Ferrand, 2003..
La grande majorité des musiciens de ces époques a été formée dans ces écoles maîtrisiennes, en France comme ailleurs : par exemple dans les pays germaniques, Jean-Sébastien Bach, Franz Schubert, etcWolfgang Amadeus Mozart n'a quant à lui jamais fréquenté d'école : il a été formé par son père Léopold, Kapellmeister (maître de chapelle) et compositeur, et par les voyages effectués avec lui, en compagnie de sa sœur aînée, Nannerl. Quant à François Couperin et Jean-Philippe Rameau (pour ne citer qu'eux), ils sont nés dans le milieu des musiciens d'église et en ont reçu la formation.
Du au
On ne sait pas avec exactitude quand les premières écoles musicales, ou maîtrises, furent créées. Sous le pontificat du pape Grégoire , dit le Grand, à la fin du Ve siècle, se développent les premières scholae structurées de Rome, sortes de conservatoires du chant liturgique romain. C'est à lui que se rapporte l'expression de « chant grégorien ».
À la fin du , Charlemagne crée des écoles liées, entre autres, aux chapitres de chanoines, aux monastères et aux paroisses. Leurs maîtrises, ou l'on enseigne avant toutes choses l'art du chant liturgique, vont commencer à se développer.
La maîtrise de la cathédrale de Reims avait été créée en 1285, lors de l'achèvement de la nefPatrick Demouy, Michel Dricot et Janine Grassin, La Maîtrise de la cathédrale de Reims, Les Amis de la cathédrale de Reims, 1996, 125 p. ; Hervé Chabaud et Jean-François Scherpereel, Notre-Dame de Reims, 800 ans, hors-série du journal L'Union, Nouvelle imprimerie champenoise, Reims, avril 2011, ., celle de la cathédrale d'Amiens en 1324, suivie par celles de Senlis en 1349, Saint-Quentin en 1356 et Beauvais en 1369.
De la Renaissance jusqu'en 1790 À la Renaissance, l'excellence de la formation musicale est disputée entre quatre grandes chapelles : celle du pape à Rome, celle du roi de France, celle du roi d'Angleterre et celle des ducs de Bourgogne et comtes de Flandres. De grands noms de la musique sortent des très nombreuses écoles qui fleurissent partout en Europe : Josquin des Prés, Clément Janequin ou Roland de Lassus, pour ne parler que des musiciens de l'École franco-flamande, en grande partie dominante depuis le jusqu'à la fin du .
Les maîtrises comptent alors un petit nombre de chanteurs, le nombre de postes nécessaires étant limité : souvent 6 ou 8 places d'enfants (10 ou 12 à Notre-Dame de Paris) et 12 (quelquefois un peu plus) pour les adultes. Le recrutement s'effectue par concours, comme pour le maître de musique. Les enfants retenus reçoivent une éducation complète, apprenant la musique vocale (et, dans une moindre mesure, la musique instrumentale), la « grammaire », le latin, le calcul et bien sûr la religion. Les églises fournissent les locaux à l'école et en assure l'entretien. Les choristes sont tenus d'assurer les différents offices liturgiques tout au long de l'année (le système des « semainiers » permettant un roulement). À la sortie de l'école, les jeunes gens peuvent choisir une autre profession, ou bien faire carrière soit dans le chœur d'une église collégiale ou cathédrale (en devenant ou non prêtres), ou bien, pour quelques-uns, entrent dans la « chapelle » d'un roi ou d'un prince, comme musiciens « ordinaires » ou « extraordinaires » (ce dernier mot désignant des musiciens employés occasionnellement). Très souvent, ces musiciens donnaient également des cours, chez eux ou en ville, et participaient à la vie musicale locale.
Ainsi les maîtrises sont-elles à cette époque très convoitées du fait qu'elles assurent un avenir professionnel solide et quelquefois brillant aux enfants sélectionnés.
Au , les maîtrises (liées aux chœurs d'hommes), dont la fonction première est toujours de faire entendre les prières grégoriennes (alors appelées plain-chant), voient leur rôle quelquefois dénaturé au sein même des églises, par l'adjonction d'ensembles instrumentaux d'accompagnement, qu'on finit par accepter au cœur des offices, dans les moments les moins directement liés à la liturgie, à l'occasion de certaines fêtes solennelles. À l'inverse, ces écoles coûtent cher aux employeurs et les chapitres ecclésiastiques de moindre importance n'en ont plus toujours les moyens.
Fin du En 1790, en France, le gouvernement révolutionnaire saisit tous les biens de l'Église et supprime les chapitres ecclésiastiques et donc les maîtrises. La musique dans les églises survit tant bien que mal jusqu'à leur fermeture en 1793 sous la Terreur. Le Conservatoire de Paris (qui faisait suite à l’École royale de chant et de déclamation, créée en 1784, par Louis XVI) est créé entre 1793Sous le nom d'Institut national de musique. et 1795 par Bernard Sarrette, chef de musique de la Garde nationale, afin que la République ait la main sur l'éducation musicale de haut niveau (au départ avec un objectif purement militaire, donc forcément très limité). Le changement est important : jusque-là, la formation aux différentes disciplines de la musique avait été presque entièrement dispensée par l'Église (ou dans l'espace domestique, chez les plus riches) et, à titre privé, par ceux qui étaient issus de ces écolesSite MUSEFREM (CMBV/CNRS) : « Sous l’Ancien Régime, l’Église est de loin le premier employeur de professionnels de la musique. C’est aussi la seule structure – décentralisée sur l’ensemble du territoire – permettant la formation des musiciens de toutes catégories, par le biais des maîtrises d’enfants de chœur. ». Le conservatoire de Paris est le seul conservatoire créé. L'enseignement de la musique est laissé à l'initiative de professeurs particuliers.
Dès la Convention thermidorienne (1794-1795), suivie par le Directoire (1795-1799), le régime d'interdiction commence à être moins sévère. Mais c'est avec le Concordat de 1801 puis la Restauration de la monarchie, en 1815, que l'Église retrouve officiellement le droit à l'existence et peut, très progressivement, commencer à envisager d'ouvrir quelques écoles de chant. Néanmoins, à défaut de véritables moyens financiers, celles-ci resteront longtemps très démuniesCf. François Turellier, « Musique à la cathédrale d'Orléans (1802-1921) », p. 137-163 de : Renaissance et rayonnement des maîtrises d'églises aux : colloque organisé par la Société historique et archéologique de Langres, à l'occasion du centenaire de la mort de Nicolas Couturier (Langres, vendredi 7 et samedi 8 octobre 2011). Actes réunis par Georges Viard : Langres, Société historique et archéologique de Langres, 2015, 200 pages, illustrations..
La France souffrit longtemps de la rupture initiée en 1790, spécialement dans le domaine du chant. En 1834, un ancien maître des enfants de chœur, Jacques-Marin Dauvilliers, déplorait par exemple « l'absence d'écoles de musique dans les départements ». Peu après la Révolution, il avait séjourné à l'étranger pendant 6 ans (vers 1795-1801), en Allemagne et plus particulièrement en Autriche. Il évoque, « dans les États de l'Empereur d'Autriche », « ainsi que dans toutes les villes de l'Allemagne », les « écoles (dirigées par un maître de chapelleEn allemand : Kapellmeister) où l'on enseigne la musique et la composition ». « Les dimanches et fêtes de l'année, on chante la messe en musiqueSe disait d'une partition de musique religieuse qui se développe en dehors du chant grégorien. et en grande symphonieC'est-à-dire avec le petit orchestre symphonique, en usage à la fin du ., avec orgue. Dans les plus petits villages, les villageois et villageoises exécutent aussi, Fêtes et Dimanches, la messe en grande symphonie ».
Concernant la France, il conclut : « Si l'on y remédie pas promptement, les spectacles lyriques seront forcés d'employer des musiciens vocalistes de l'Allemagne et de l'Italie, et peut-être même des compositeurs »J. M. Dauvilliers, Traité de composition élémentaire des accords, Paris, Janet et Cotelle, , ..
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