Rodolphe Reuss, né le à Strasbourg et mort le à Versailles, est un historien français (notamment de l'Alsace). Il a été bibliothécaire de la ville de Strasbourg, professeur au Séminaire protestant, au Gymnase Jean-Sturm, à l'École pratique des hautes études (dont il fut le directeur adjoint) et correspondant de l'Institut.

Il a également publié, en allemand, comme Rudolf Reuß et sous le pseudonyme d'Anton Schweidnitz.

Biographie Rodolphe Reuss naît le dans une maison appartenant à la famille de sa mère Julie Himly, située sur le quai Finkwiller à Strasbourg, où avaient demeuré Metternich, le futur chancelier de la cour de Vienne avant la Révolution française et depuis, l'historien G. Koch.

La famille Reuss, qui a marqué le milieu intellectuel de Strasbourg, est originaire du Palatinat. Rodophe Reuss est le fils d'Édouard Reuss, l'un des premiers exégètes du XIX siècle (traducteur et savant commentateur de la Bible), et le neveu du savant géographe Auguste Himly, doyen de la Sorbonne. Toutes ces influences familiales de ce milieu « laborieux et austère»Charles Blémont, « Rodolphe Reuss », in: École pratique des hautes études, Section des sciences historiques et philologiques. Annuaire 1924-1925. 1924. . le vouent à de longues études.

À sept ans, il entre au Gymnase Jean-Sturm de Strasbourg, qui dépend alors du chapitre de Saint-Thomas. Il est reçu bachelier à l'âge de dix-sept ans avant de suivre les cours de la faculté de lettres ; il est licencié ès lettres en 1861.

Pendant trois ans, il complète sa formation dans différentes universités allemandes. Il passe par Munich, à Iéna où il suit les cours d'Ad. Schmidt, à Berlin ceux de Leopold von Ranke, de Gustav Droysen, de et de Theodor Mommsen. À Goettingen, il assiste au séminaire du médiéviste Georg Waitz. Sous la direction de ce dernier, il soutient une thèse Rudolf (sic) Reuss: Graf Ernst von Mansfeld im Böhmischen Kriege, 1618-1621. sur Ernest de Mansfeld en Bohême qui lui vaut le titre de docteur en philosophie summa cum laude en . De retour à Strasbourg, il est nommé à l'âge de vingt-quatre ans professeur agrégé d'histoire au Gymnase Jean-Sturm, sans jamais exercer de fonctions pastorales.

En 1866, il se rend à Paris, où il se lie avec les rénovateurs des études françaises : Paul Meyer, Gaston Paris, Gabriel Monod. Il devient un collaborateur régulier de la Revue critique d'histoire et de littérature (dans laquelle il signe quelque quinze cents articles de la seule initiale R)Arthur Chuquet, « Rodolphe Reuss », in Revue critique d'histoire et de littérature, , 1924, ..

En 1867, il reprend son enseignement à Strasbourg, mais sans perdre de vue le projet qu'il a formé d'écrire l'histoire de la guerre de Trente Ans, qui a fait à Paris l'objet spécial de ses recherches. Mais il abandonne ce projet avant la parution des deux volumes d'Émile CharvériatÉmile Charvériat, Histoire de la guerre de trente ans, 1618-1648, 2 vol., paris, Plon, 1878, Volume 1 , Texte intégral, Volume 2, Texte intégral. en 1878. Il prend goût à l'histoire d'Alsace en classant la « collection Heitz », dont il publie le catalogue en 1868. L'année suivante, il devient privat-docent au Séminaire protestant.

Lors de la Guerre franco-prussienne de 1870, pendant le siège de Strasbourg, la ville faiblement défendue est bombardée et subit de lourds dégâts. Les collections des principales bibliothèques de la ville, qui avaient été rassemblées dans le chœur du Temple-NeufHenri Schaeffer: « Le sol, les hommes, le passé », in: Bibliographie alsacienne, [Revue critique des publications concernant l'Alsace], Université de Strasbourg (1538-1970). Faculté des lettres et sciences humaine, Les Belles Lettres (Paris), 1934-1936, Hors-série, t.6, . , et sur lesquelles le jeune professeur fondait tous ses plans de travail, disparaissent dans l'incendieMonique Klipfel et Léa Ackermann, La bibliothèque en cendres Texte intégral en ligne dans le site du CRDP de Strasbourg. du Temple-Neuf. Dans la nuit du , la ville perd près de quatre cent mille volumes et de très précieux manuscrits dont l'unique exemplaire de l'Hortus deliciarum d'Herrade de Landsberg.

La fondation de la Kaiser-Wilhelms-Universität met fin à son enseignement au Séminaire en 1872 mais il refuse de rejoindre l'université du gouvernement du Reich. Il se résigne à occuper le poste de professeur d'histoire au Gymnase Jean-Sturm. Sous les auspices du maire Ernest Lauth, il s'attache la création d'une nouvelle Bibliothèque MunicipaleMarie-Georges Brun: « Le temps du Reich : 1870-1918 », , Texte intégral dans le site du CRDP de Strasbourg., où il réunit volumes (dont une collection unique au monde de rares alsatiques) pendant près de quinze années. Il est conservateur de cette bibliothèque de 1872 à 1896. Il est également, durant cette même période, rédacteur à l'hebdomadaire Le Progrès religieux (journal des églises protestantes de l'Est). Contraint par le régime allemand à restreindre son enseignement à l'antiquité classique, il démissionne de ses postes strasbourgeois pour s'installer définitivement à Versailles. Le , il est nommé maître de conférences d'histoire à l'École des Hautes études. Il en sera le directeur adjoint le et directeur d'études en 1917.

vignette|« Rodolphe Reuss, ancien bibliothécaire de la ville de Strasbourg », 1905, Format : , Coll. de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.|alt=portrait photographique, en noir et blanc, d'un homme d'une soixantaine d'années, au front dégarni, portant un binocle et une barbe claire.

Il soutient deux thèses de doctorat ès lettres en Sorbonne (sous la direction de son oncle Auguste Himly) en . Il poursuit alors jusqu'à un âge avancé une intense activité en collaborant à de multiples revues et en publiant de nombreux ouvrages principalement consacrés à l'histoire de l'Alsace.

Durant la Grande Guerre, ses trois fils Édouard (1879-1915), Paul (1880-1914) et Armand (1882-1915) meurent pour la France en Champagne.

Il meurt le à Versailles, à l'âge de , d'un probable infarctus du myocarde. Il est enterré au cimetière de Montreuil.

Décorations 1900. ; 1909. ; 1913. ; 1918. ; 1923. .

Titres, prix, distinctions et hommages 1900. Le Grand prix Gobert lui est attribué par l'Académie des inscriptions et belles-lettres pour L'Alsace au dix-septième siècle« Récompenses décernées par l'Institut en 1900. » In: École pratique des hautes études, Section des sciences historiques et philologiques. Annuaire 1901. 1900. .Texte intégral. 1902. Il est élu correspondant de l'Académie des sciences morales et politiques ; 1912. Membre du comité des travaux historiques au Ministère de l'instruction publique. 1918. Après le retour de l'Alsace-Lorraine à la France et la réorganisation de l'Université de Strasbourg, il est nommé professeur honoraire. 1922. L'Académie française lui décerne à nouveau le Grand prix Gobert pour son Histoire de Strasbourg.

Dans le quartier du Neuhof à Strasbourg, deux voies – l'allée Reuss et le chemin Reuss –, ainsi qu'une école et une station de tram portent son nom* Maurice Moszberger (dir.), Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le Verger, Barr, 2012 (nouvelle éd. révisée), . Une ancienne villa et une importante cité porte également son nom dans le quartierhttps://www.archi-wiki.org/Adresse:Villa_Reuss_(Strasbourg) consulté le 05/04/2023]https://www.archi-wiki.org/Adresse:Cit%C3%A9_Reuss_(Strasbourg) consulté le 05/04/2023.

Œuvres et publications Graf Ernst von Mansfeld im Böhmischen Kriege 1618-1621. [Thèse de doctorat], Texte intégral. La Destruction du protestantisme en Bohème : épisode de la guerre de trente ans, Treuttel et Würtz (Strasbourg), 1868, 139 p., Texte intégral. « Lettre de Rodolphe Reuss sur les bibliothèques publiques de Strasbourg » (extrait de la Revue critique d'histoire et de littérature) In: Bibliothèque de l'école des chartes, 1871, tome 32. . doi : 10.3406/bec.1871.446391 Texte intégral Consulté le . La Sorcellerie au seizième et au dix-septième siècle, particulièrement en Alsace : d'après des documents en partie inédits, Joël Cherbuliez (Paris), 1871, Texte intégral ; rééd. (revue et augmentée, illustrée de nombreuses gravures sur bois), Éditions Degorce, Munster, 2017. « Les Bibliothèques publiques de Strasbourg incendiées dans la nuit du » [Lettre à M. Paul Meyer, l'un des directeurs de la Revue critique d'histoire et de littérature], G. C. Fischbacher (Paris), 1871, . Trois conférences Strasbourgeoises : Guillaume le Taciturne, Abraham Lincoln, Agrippa d'Aubigné , Treuttel et Würtz (Strasbourg), 1872, Texte intégral. Zwei Lieder über den Diebskrieg oder Durchzug des navarrischen Kriegsvolkes im Elsass (1587), [mit historischer Einleitung und ungedruckten Beilagen von Dr Rudolf Reuss], (Deux chansons sur la guerre des voleurs ou le passage des Navarrais en Alsace en 1587), J. Noiriel (Strassburg), 1874, . Deux manuscrits de la bibliothèque municipale de Strasbourg, relatifs à la révolution de Mulhouse en 1587, impr. de Ve Bader (Mulhouse), 1875-1885, 19 p. ; in-8, . Le Marquis de Pezay. Un touriste Parisien en Alsace au , Imprimerie Bader Vve (Mulhouse), 1876, 52 p. ; , . « Jérôme Savonarole » [conférence faite à Strasbourg le ], in: Revue chrétienne, 1876, , . Wolfgang Schuch, ein evangelischer Märtyrer des Elsasses, J.-H.-E. Heitz (Straẞburg), 1877, Texte intégral. Pierre Brully, ancien dominicain de Metz, ministre de l'Église française de Strasbourg, 1539-1545 : étude biographique, Treuttel et Würtz (Strasbourg), 1878, 1 vol. (152 p.) ; in-8, . Die Beschreibung des bischöflichen Krieges, anno 1592, (eine Strassburger Chronik mit Anmerkungen und ungedruckten Beilagen) [Texte imprimé], XIV-160 p. ; in-8, Treuttel et Würtz (Straẞburg), 1878. Soldat, moine et maître de danse, ou Mémoires d'un Alsacien du XVIIIe siècle, [sur Jean-Balthasar Schaeffer, extrait des Affiches de Strasbourg], typ. de G. Fischbach (Strasbourg), 1878, 46 p. ; , . Les Tribulations d'un maître d'école de la Robertsau pendant la Révolution, [sur Jean-Martin Schwoerer, extrait des Affiches de Strasbourg], G. Fischbach (Strasbourg), 1879, 40 p. ; , . Séligmann Alexandre ou Les tribulations d'un Israélite strasbourgeois pendant la Terreur, Treuttel (Strasbourg), 1880, 44 p. ; , . L'Alsace pendant la Révolution française, [Texte imprimé] / documents tirés des archives de Strasbourg annotés, X-351-XV-392 p. ; , Ed. Ercé (Strasbourg), 1988 reprod. en fac-sim. de l'éd. de Paris, Fischbacher, 1880-1894. L'Alsace pendant la révolution française, I. Correspondance des députés de Strasbourg à l'assemblée nationale (année 1789). Documents tirés des archives de Strasbourg [Texte imprimé], G. Fischbacher (Paris), 1880. Les Colloques scolaires du gymnase protestant de Strasbourg, Treuttel et Würtz (Strasbourg), 1881, 66 p. A. Schillinger. Souvenirs pour ses amis, Avec des extraits du Journal de Schillinger pendant le siège de Strasbourg [Texte imprimé], in-8°, XI-292 p., J.-H.-E. Heitz (Strasbourg), 1883. L'Affaire de Tisza-Eszlar. Un épisode de l'histoire de l'antisémitisme au dix-neuvième siècle, [Texte imprimé], in-8° , 53 p., Treuttel et Würtz (Strasbourg) , 1883. Der Apostel Paulus, coll. « Schriften des protestantischen liberalen Vereins in Elsass-Lothringen », XXIII , [Texte imprimé] , 62 p. ; in-16 , J.-H.-E. Heitz (Straẞburg), 1883. Vieux noms et rues nouvelles de Strasbourg : causeries biographiques d'un flâneur, Treuttel et Würtz (Strasbourg), 1883, 1 vol. (XIV-442 p.) ; in-16, . La Justice criminelle et la police des mœurs à Strasbourg au XVIe et au XVIIe siècle : causeries historiques, Treuttel (Strasbourg), 1885, 1 vol. (274 p.) ; in-16, . Charles de Butré. Un physiocrate tourangeau en Alsace et dans le margraviat de Bade [Texte imprimé], in-8° , 214 p., Fischbacher (Paris), 1887. La Cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. Études sur l'histoire politique et religieuse de l'Alsace (1789-1802), XII-659 p.- f. de front. ; , Fischbacher (Paris), 1888, .