Dans le domaine des risques, on appelle « risques à effets différés » (RED) la catégorie de risques dont les effets sont (souvent ou toujours) différés dans l’espace et/ou dans le temps. Dans le domaine de la santé, il s'agit par exemple de l'exposition aux CMR (agents cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques).
L'étude et la gestion de ces risques nécessitent une approche pluridisciplinaire et portant sur le court, moyen et long terme.
Pour être géré et pour que des actions adéquates de prévention soient possibles, il faut préalablement évaluer (c'est-à-dire identifier, caractériser et hiérarchiser) ces risquesDirections régionale et départementales du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle du Languedoc-Roussillon (2009), Les risques à effet différés : De l'évaluation à la prévention Bulletin d’information des services de prévention à l’attention des employeurs, des délégués du personnel et des CHSCT ; N°1 janvier 2009 ? PDF, 4 pp. Une difficulté est que parmi les « risques à effets différés » figurent aussi des risques émergents. C'est notamment le cas dans le domaine de la santé humaine et de l'environnement où un effet domino est souvent possible ; ainsi l’évaluation des risques induits par la dissémination volontaire l'OGM ou la mise sur le marché d'OGM sur l'environnement et la santé est précisée par la directive 2001/18/CE (l'article 2, point 8 de la directive 2001/18/CE), comme devant être une , en veillant Conformément à l'annexe II de la directive 2001/18/CEE, une évaluation des risques pour l'environnement vise à identifier et d'évaluer, cas par cas, les effets négatifs potentiels des OGM, qu'ils soient directs ou indirects, immédiats ou différés, que la dissémination volontaire ou la mise sur le marché d'OGM pourraient avoir sur la santé humaine et l'environnement. L'un des objectifs de l'évaluation des risques pour l'environnement devrait être de déterminer s'il est nécessaire de mettre en place une gestion des risques et, dans l'affirmative, quelles sont les méthodes les plus appropriées pour ce faire, pagge 2/12 de la directive .
Typologie des risques risques économiques (ex : emprunts toxique, défaut assuranciel… ) ;
risques liés à certaines phénomènes démographiques (ex baby boom induisant à long terme un pic de population âgée, et donc de pathologies à anticiper, cancers, maladie de Parkingson, ostéoporose F. Trémollieres, J.-M. Pouilles, C. Ribot (2009), Proposition d’une stratégie de prévention du risque fracturaire en début de ménopause ; Gynécologie Obstétrique & Fertilité, Volume 37, Issue 1, janvier 2009, pages 50-56, etc.) ;
défauts de construction ou de sécurité (ex. : dans le bâtiment ou les infrastructures matérielles…), non prise en compte de normes anti-sismiques, du risque tsunami ou de risques multiples et synergiques de type Genpatsu-shinsai (terme désignant en japonais un accident majeur résultant – comme à Fukushima - de la conjonction dans l'espace et le temps d'un accident nucléaire grave (impliquant potentiellement ou effectivement une fusion du cœur d'un réacteur) et un tremblement de terre1 qui l'a déclenché, ce type d’accident étant redouté pour la quantité d’effets différés qu’il peut générer) ;
défauts de conception matérielle ou logiciel (ex. : dans les infrastructures immatérielles du domaine des NTIC…) ;
risques de pathologies différées induites par certaines pratiques physiques au travail, dans la vie courante ou durant les loisirs (risques psycho-sociaux et troubles musculosquelettiques éventuellement liésANACT Présentation d'Agnès Aublet-Cuvelier sur l'état de la recherche sur les liens existants entre les troubles musculosquelettiques (TMS) et les risques psychosociaux (RPS), à l'occasion de la de la qualité de vie au travail (SQVT), organisée en 2010 sur le thème des TMS) ;
risques de sensibilisation à certains produits allergisants
risques liés à des conduites addictives ou à risques (ex : tabagisme, alcoolisme, autres drogues, prise de médicaments, tabagisme passif Zmirou, D., Blatier, J. F., ANDER, E., Ferley, J. P., Balducci, F., TOSSUM, F., & Delormas, P. (1990). Tabagisme passif et risque respiratoire: une synthèse de la littérature. Revue des maladies respiratoires, 7(4), 361-371. (résumé Inist-CNRS) dont les effets cumulés déclencheront après un certain temps des pathologies ou des accidents ;
risques dans le domaine sanitaire et environnemental : Il s’agit encore de l’exposition à certains polluants et produits chimiques (exposition souvent difficile à tracer « Devenir de la surveillance des risques chimiques dans le contexte de la mobilité professionnelle » ; Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, volume 67, n° 2, mai 2006, page 142 ) à toxicité chronique (agents cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques), à des perturbateurs endocriniens, à certains microbes (de nombreuses maladies mettent des années ou décennies avant de développer des symptômes cliniques et éventuellement provoquer un handicap ou la mort), ou à des rayonnements (rayons X, ultraviolets solaires ou UV utilisés pour le bronzage artificiel, rayonnement du Radon ou accidentellement ou chroniquement libéré par les retombées des essais nucléaires puis par l’industrie nucléaire, etc.) ;
Enjeux Le fait que ces risques soient « potentiels », « émergents » ou « futurs » peut faire qu’on leur accorde moins d’attention, bien qu'ils puissent avoir des conséquences pour toute la vie et parfois des conséquences graves pour des siècles ou millénaires à venir. C’est le cas de l'exposition directes ou indirecte à de nombreuses pollutions chroniques et plus encore d'effets globaux effets climatiques et sanitaires des émissions de gaz à effet de serre. La reconnaissance des pathologies induites par l’exposition aux fibres d’amiante ou au mercure, au plomb (saturnisme), de certaines formes d'asthme, du risque prion pathogène, etc. a pris des décennies, de même que pour le risque prion ; Pendant que l'on commence à traiter ces risques, de nouveaux risques apparaissent ou sont fortement suspectés (perturbateurs endocriniens, risques liés aux OGM et aux pesticidesF. Testud, J-P. Grillet, C. Nisse (2007), Effets à long terme des produits phytosanitaires : le point sur les données épidémiologiques récentes ; Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, Vol. 68, n°4, sept. 2007, pp 394-401) probablement régulièrement, probablement de plus en plus en raison de la mondialisation des échanges. Mieux détecter et traiter par la prévention ces risques émergents est un enjeu important, économique, sanitaire, social, environnemental. Dans ce domaine, plusieurs enjeux sont souvent évoqués :
La responsabilité de l'employeur ; Dans la plupart des pays, ce dernier est garant devant la loi de la sécurité et de la santé des salariés, et il doit prendre toutes les mesures nécessaires et efficaces pour ce faire, en s'appuyant sur une évaluation des risques dont les résultats sont transcrits dans un document unique. Un grand nombre de salariés sont concernés par des risques à effets différés. Par exemple en France, selon l’étude SUMER (surveillance médicale des expositions aux risques étude "SUMER" ; faite sous l'égide du service statistiques du ministère du Travail en 1994, puis en 2002-2003 suivie d'une Enquête Sumer 2010 , publié 2013-10-02) du service statistiques du ministère du Travail a évalué à le nombre d'employés exposés à au moins un produit cancérogène (13,5 % du total des salariés, surtout ouvriers qualifiés des secteurs du commerce et de la réparation automobile, de la métallurgie et de l’industrie des produits minéraux), mais bien d'autres métiers sont concernés et d'autres risques sont aussi à prendre en compte ;
Il existe en outre des inégalités écologiques, sociales et de santé qui aggravent ces risques pour certaines catégories de la population. De plus la mobilité géographique et professionnelle S. Fantoni (2006), Regard du médecin du travail sur l’évolution des mobilités et des risques chimiques : implications en matière de suivi médical ; Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, vol 67, n°2, mai 2006, pp 142-143 (résumé) tout au long de la vie rend difficile le suivi épidémiologique ou écoépidémiologique de personnes ou familles exposées à un risque à effet différé S. Fantoni-Quinton, P. Frimat (2011) La traçabilité des expositions professionnelles : enjeux et responsabilités des acteurs ;Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, Vol 72, n°5, oct 2011, Pages 464-472 C. Paris, M. Gonzalez (2010), Épidémiologie et traçabilité des expositions professionnelles à des substances chimiques cancérogènes ; Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, Vol 71, n° 3, juin 2010, pp 242-247 N. Broessel (2010), Support d’information et traçabilité des expositions professionnelles aux produits ou substances cancérogènes ; Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, Vol 71, n°3, Juin 2010, Pages 248-253 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1775878510000834 [résumé]) M. Guillemin (2010), Exposition professionnelle aux agents cancérogènes – traçabilité des expositions. Qu’est-ce qui, dans la métrologie, sert à la traçabilité ? ; Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, Volume 71, Issue 3, juin 2010, pages 227-232 I. Sari-Minodier, A. Maitre, F. Pillière, F. Conso, C. Paris (2010), Réflexions pour la surveillance biologique des expositions à des substances chimiques cancérogènes et la traçabilité des expositions en milieu professionnel ; Archives des Maladies Professionnelles et de l'Environnement, Volume 71, Issue 3, juin 2010, Pages 233-241.
Un risque à effet différé peut ne pas toucher l’adulte même très exposé à l’agent en cause, mais s’exprimer, même à faible voire très faible dose (dans le cas des effets hormonaux) quand c’est le fœtus ou l’embryon qui est concerné, in utero. De même pour le jeune enfant à des stades critiques de la croissance quand il est exposé à des perturbateurs encocriniens (le jeune garçon aux moments de maturation du testicule par exemple, s’il est exposé à des molécules féminisantes).
Quand il y a mutation des cellules reproductrices (gamètes), le risque est alors aussi reporté vers la descendance. L’exemple du Distilbène montre des effets adverses parfois graves sur au moins trois générations, de mère en fille.
Outre leur caractère différé, ces risques peuvent aussi être indirects, ce qui les rend encore plus difficile à appréhender ou modéliser. De plus, quand un risque se traduit par des effets retardés et/ou indirects, l'observation de ces effets est elle-même susceptibles d'être différée, et il est alors souvent dans un premier temps difficile d’apporter la preuve d’un lien de cause à effet entre un effet et une cause suspectée.
En cas de risque grave et en attendant la conclusion d’études solides, le principe de précaution peut être invoqué.