Les Lettres () sont le recueil de la correspondance de l'écrivain latin Pline le Jeune (né en 61 ou 62 et mort vers 113). Les 371 lettres sont réunies en dix livres, le dernier étant consacré à ses missives officielles. Après les avoir envoyées, Pline retravaille ses lettres et les publie . Les lettres pliniennes sont une source précieuse de renseignements sur le Haut-Empire romain.

Dans chacune de ses lettres, Pline, tout en respectant la forme épistolaire (destinataire, signature, salutations), traite un thème en particulier. C'est pratiquement l'ensemble des domaines de la vie des classes supérieures romaines qui s'y trouve abordé. Cette vision détaillée de la vie quotidienne, mais aussi de la vie politique et des comportements sociaux, englobe des réflexions personnelles sur la politique, le droit, la justice, la littérature, la culture, l'éducation, ainsi que la description de paysages et des villas que Pline possède à Tuscum dans les Apennins et à Laurentinum au sud d'Ostie. Parmi les passages les plus connus figurent la description de l'éruption du Vésuve en 79 à TaciteLettres, VI, 16 et l'échange avec Trajan sur l'attitude à adopter face aux chrétiensLettres, X, 96 et 97.

Structure Les neuf premiers livres contiennent 247 lettres envoyées à sept destinatrices et à 98 destinataires. Pline envoie ses lettres à ses amis, aux membres de son cercle culturel et à des personnes importantes de son époque. Pline publie, lui-même, les neuf premiers livres de son œuvre avant de partir pour la province de Bithynie et Pont vers 111. Le dernier livre (124 lettres) est publié après la mort de leur auteur et comprend sa correspondance avec Trajan, c’est-à-dire les lettres de Pline et les réponses de l’empereur, classées chronologiquement. Ce sont les seules lettres publiées dans l’ordre chronologique de toute la Correspondance. Les quinze premières lettres correspondent à la période allant de 98 à 103. Les autres lettres de ce dernier livre concernent la période où Pline est gouverneur de province (entre 111 et 113).

Il est possible que ce dernier livre ait été publié par la femme de Pline, Calpurnia Pline le Jeune, Lettres. Livre, traduction Hubert Zehnacker et Nicole Mèthy, Paris, Les Belles Lettres, 2017, p. XIII-XVI. .

La Correspondance se compose de certaines lettres écrites par Pline. En effet, on n’a pas accès à l’intégralité de ses échanges comme le suggèrent plusieurs lettres. Pline ne publie qu’une partie de sa correspondance. De plus, nous n’avons pas accès à la totalité de l’échange avec ses destinataires ou ses destinatrices mais seulement à une lettre - ou plusieurs lettres – choisie par Pline. D’ailleurs, les lettres choisies sont uniquement celles rédigées par Pline lui-même, sauf dans le livre X où nous avons les réponses de Trajan.

La publication de la Correspondance La publication de la Correspondance directement par son auteur a questionné sur son statut entre œuvre littéraire et œuvre authentique. Pline publie les neuf premiers livres pour obtenir une certaine gloire littéraire. Dans ce but, il y dresse également un portrait de lui-même. Ainsi, Pline n’a pas directement envoyé ses lettres telles qu’elles étaient ; il les a retravaillées pour la publication - notamment pour que leur style littéraire soit plus développé et ainsi faire de ses lettres des œuvres d’art. La suppression des indications temporelles augmente l’intemporalité de ces dernières leur conférant ce « statut d'objets d’art » Nicole Méthy, Les Lettres de Pline le Jeune. Une représentation de l’Homme, Paris, PUPS, 2007, p.13. .

Néanmoins, plusieurs éléments dans les lettres permettent d’affirmer leur authenticité. En premier lieu, les éléments historiques que nous pouvons dater grâce à d’autres sources comme les consuls ou les procès. Deuxièmement, les correspondants de Pline sont des hommes et femmes qui ont réellement existé. Certains sont même très connus dès son époque à l’instar de Tacite. La majorité de ses correspondants appartiennent à son cercle culturel, amical ou familial. Pline ne semble pas s’inventer une correspondance fictive avec seulement des personnages éminents de l’ Empire comme Plotine. Ses correspondants auraient pu remettre en cause l’honnêteté de Pline, qui affirme, lui-même dans sa première lettre, publier les lettres qu’il avait déjà rédigées et envoyées à la demande de Septicius Clarus. D’autre part, Pline donne de nombreux éléments pratiques pour améliorer la gestion de ses domaines ou de ses économies à l’intérieur des lettres. Il rappelle également des discussions antérieures avec ses correspondants, ce qui tend à justifier l’authenticité de la Correspondance. En effet, malgré l’absence des lettres des correspondants de Pline, ces rappels de discussions antérieures nous permettent d’avoir accès à une partie de l’échange épistolaire. Enfin, l’absence d’indication sur les lettres (date ou lieu de rédaction) ne permet pas de justifier leur manque d’authenticité comme le fait que Pline ne traite que d’un sujet unique dans chacune de ses lettres.

Pline a donc remanié les lettres des neuf premiers livres afin d’améliorer leur style littéraire avant de les publier. Il améliore leur esthétisme sans enlever les éléments les plus importants pour nous permettre de les authentifier. Aujourd’hui, les historiens considèrent que son œuvre est authentique tout en étant intéressante du point de vue littéraire.

Grâce aux données présentes dans les lettres, Sherwin-White a pu établir une chronologie de parution des livres. Les deux premiers sont publiés entre 96 et 100, le troisième entre 100 et 103, le quatrième entre 104 et 105, le cinquième entre 105 et 106, le sixième entre 106 et 107, le septième en 107, le huitième entre 107 et 108 et le neuvième vers 108 A. D. Sherwin-White, The Letters of Pliny : A Historical and Social Commentary Clarendon Press, Oxford, 1966, p. 27-41. .

Le livre X est à part dans l’œuvre plinienne. En effet, il n’a pas été composé et publié par son auteur. Pline est mort au moment où il paraît. C’est sans doute une personne ayant eu accès à ses archives qu’il l’a publié. Il est ainsi possible que ça soit sa femme Calpurnia qui l’ait publié. En effet, elle a sans doute accès aux archives et aux travaux de son mari. C’est également une femme lettrée qui aurait publié la Correspondance sans trop de problème. En outre, la publication du livre X aurait été pour elle l’occasion de rendre un dernier hommage à son mari tout en communiquant de précieuses informations sur la situation de la province de Bithynie et Pont. Ce dernier livre a probablement été publié après 114 Pline le Jeune, Lettres. Livre X, traduction Hubert Zehnacker et Nicole Mèthy, Paris, Les Belles Lettres, 2017, p. XIII-XVI. .

Contenu de la Correspondance

Aperçu de la société Pline pense qu’il est important de maintenir les rangs sociaux présents dans sa société. Pour cela, il est prêt à donner 50 000 sesterces à la fille de Quinrilianus pour son mariage. En effet, il souhaite que la fille de son ami soit bien pourvue pour aller avec son mari car les « fonctions politiques impose ce qu’on peut appeler l’obligation de briller » Pline le Jeune, Lettres, VI, 32, traduction Hubert Zehnacker et Nicole Méthy, Paris, Les Belles Lettres, 2011. .

Pline ne donne aucune indication sur le nombre de ses esclaves. Ils constituent pour lui une partie évidente de la maisonnée, répartie sur un certain nombre de biens propres. Il les désigne comme « mes gens » (mei) et considère que, lorsqu’on s’oriente vers les marchés aux esclaves, il ne faut pas se contenter d’en juger à l’œil nu, mais surtout ouvrir l’oreille pour avoir la confirmation que ceux qui sont pris en considération sont bien sages et bien utilisables (ut frugi sint) Pline le Jeune, Lettres, I, 21, traduction Hubert Zehnacker, Les Belles Lettres, 2009. . Cependant, en tant que maître, il faut toujours être vigilant vis-à-vis de ses propres esclaves, explique Pline en prenant l’exemple de Larcius Macedo, un maître particulièrement sévère et dur, fils d’un affranchi, qui a été malmené par ses esclaves et qui est mort peu après Pline le Jeune, Lettres, III, 14, traduction Hubert Zehnacker, Paris, Les Belles Lettres, 2009. .

Pline donne un aperçu de la diversité des relations de clientèles romaines, qui ne déterminent pas seulement les relations personnelles dans un réseau de dépendance, de soutien mutuel et de récompense dans un petit cercle, mais qui s’étendent de la représentation juridique au soutien politique et à l’allégeance militaire, dans une lettre à son ami Maximus. Il félicite ce dernier d’avoir organisé un spectacle de gladiateurs pour les Véroniens, dans le cadre de l’entretien de la clientèle, qui pouvait également s’appliquer à des communautés entières de citoyens, en guise de geste de gratitude et de récompense pour le respect et l’attachement qui lui ont été durablement témoignés Pline le Jeune, Lettres, VI, 34, traduction Hubert Zehnacker et Nicole Méthy, Paris, Les Belles Lettres, 2011. .

Pline donne une vision plutôt positive de sa société en présentant des hommes et des femmes aux qualités et aux attitudes exemplaires. Il fait ainsi l’éloge de plusieurs de ses contemporains. Il n’hésite pas, cependant, à critiquer ses contemporains et les problèmes de sa société. En effet, ce sont surtout ses amis et les membres de son cercle qui sont présentés de manière élogieuse dans ses lettres.

Pline est beaucoup moins critique que Juvénal sur la société romaine de son temps.

L'importance des études pour Pline Pline désigne généralement par studia (études) les domaines centraux de son activité intellectuelle, surtout dans les domaines de la rhétorique et de la littérature, éléments importants de sa formation d’avocat et d’homme politique. Les études sont déjà très importantes pour lui à l’époque où il grandit chez son oncle, Pline l’Ancien. Dans la pratique quotidienne, l’élaboration et la présentation de discours judiciaires coïncident avec la notion de studia chez Pline. Ainsi, après des plaidoiries, il félicite deux jeunes collègues avocats pour leurs efforts à acquérir une réputation grâce aux études (ex studiis) Pline le Jeune, Lettres, VI, 11, traduction Hubert Zehnacker et Nicole Méthy, Les Belles Lettres, 2011. . Pline recommande à un jeune homme de traduire des ouvrages du grec vers le latin – et inversement – pour progresser dans les studia Pline le Jeune, ‘’Lettres’’, VII, 9, traduction Hubert Zehnacker et Nicole Méthy, Paris, Les Belles Lettres, 2012. .

Lorsque l’occasion se présente de se soustraire à l’agitation des affaires quotidiennes, avec leurs nombreuses courses et leur utilité souvent limitée, Pline estime qu’il est opportun et profitable de consacrer plutôt son temps aux studia ou aux loisirs (otium). Il conseille à Caninius Rufus de subordonner les études à tout le reste et d’en faire quelque chose de durable Pline le Jeune, ‘’Lettres’’, I, 3, traduction Hubert Zehnacker, Paris, Les Belles Lettres, 2009. .

Aspects et problèmes de l'administration provinciale - en dialogue avec Trajan (Livre X) Pour un ancien consul, la prise en charge de l’organisation administrative de certaines provinces de l’Empire romain pour une durée déterminée entre dans le cadre des attentes auxquelles il doit faire face en tant que membre dirigeant du Sénat. Pline s’y est largement préparé à bien des égards, comme le montre son corpus de lettres. Au Sénat, il s’est fait l’avocat de collègues sénateurs qui ont été attaqués par leurs adversaires politiques en raison de potentielles irrégularités commises durant leur activité au sein de l’administration provinciale. Il donne des conseils à d’autres personnes qui assument des fonctions provinciales comme son correspondant Maximus lorsqu’il prend ses fonctions dans la province d’Achaïe Pline le Jeune, ‘’Lettres’’, VIII, 24, traduction Hubert Zehnacker et Nicole Méthy, Paris, Les Belles Lettres, 2012. .