L’opposition au mariage entre personnes de même sexe et à l'homoparentalité en France est constituée par l'ensemble des mouvements associatifs, politiques et religieux refusant l'ouverture du mariage civil aux couples de personnes de même sexe et l'adoption par ces mêmes couples. Cette opposition se manifeste notamment à partir du , peu avant que le projet de loi « mariage pour tous », qui élargit le mariage et l'adoption aux couples de même sexe en France, ne soit présenté et ne devienne après un vote du Parlement une loi promulguée de la République le . Au premier plan de ces mouvements, le collectif « La Manif pour tous », alors représenté par la militante catholique Frigide Barjot, organise, du au , des manifestations de grande ampleur contre cette mesure.
Les groupes opposés au mariage entre personnes de même sexe contestent notamment la modification du Code civil, par la suppression des termes « père / mère » au profit des termes « parent 1 / parent 2 » et, s'agissant de la filiation, la remise en cause d'un « droit » pour un enfant d'avoir un père et une mère. Cependant, un tel droit n'est consacré ni en droit français, ni en droit international, et l'adoption en tant que célibataire est autorisée depuis 1966 par l'article 343-1 du Code civil. et ouverte aussi bien aux hétérosexuels qu'aux homosexuels. D'autre part, le texte de loi prévoit uniquement des modifications ponctuelles du terme « père et mère » par « parents », sans retirer les termes « père / mère » du reste du Code civil, et sans y introduire les termes « parent 1 / parent 2 »..
L'opposition porte également sur deux mesures ne figurant pas dans le texte de loi mais qui en seraient, selon la plupart des opposants, des conséquences « inéluctables » : l'ouverture aux couples de femmes de la procréation médicalement assistée (PMA) et l'ouverture aux couples entre personnes de même sexe de la gestation pour autrui (GPA). La plupart des représentants institutionnels des religions monothéistes établies se montrent opposés au mariage entre personnes de même sexe, appelant au retrait du projet de loi. De nombreuses personnalités politiques de droite et d'extrême droite, ainsi que quelques personnalités de gauche, s'y opposent.
Les premières manifestations se déroulent le pour La Manif pour tous, le pour Civitas, mouvement catholique traditionaliste, puis le dans différentes villes de France. Le , une manifestation nationale de La Manif pour tous regroupe à Paris entre (chiffre police) et (chiffre organisateurs).. Le , une seconde manifestation nationale rassemble entre (chiffre police) et (chiffre organisateurs) de manifestants. Le , une manifestation parisienne, deux jours avant le vote de la loi à l'Assemblée nationale, rassemble entre et selon les sources. Un dernier rassemblement national, au cours duquel entre et de personnes défilent, a lieu le , peu après la promulgation de la loi.
Le , une quatrième manifestation nationale du collectif La Manif pour tous à Paris rassemblant entre et et à Lyon entre et .
Selon plusieurs sources, la loi autorisant le mariage et l'adoption aux personnes de même sexe a fait l'objet d'une plus virulente opposition en France que dans les six autres pays européens ayant déjà adopté une loi similaire au printemps 2013....
Origine et revendications L'opposition à cette évolution de la loi indique que lors du débat sur le PACS en 1998-1999, il n'était pas question que le mariage et l'adoption soient ouverts pour les couples de même sexe, citant notamment les propos d'Élisabeth Guigou à l'Assemblée nationale.Théophane Le Méné, « La résistance au mariage homosexuel s’organise. Là encore : pourquoi pas un référendum ? », Causeur, octobre 2012. vignette|Avocats mobilisés contre le mariage entre personnes de même sexe lors de la « Manif pour tous » le 13 janvier 2013. Durant l'élection présidentielle de 2007, la philosophe Sylviane Agacinski avait estimé que la question du mariage entre personnes de même sexe était indissociable de la question de l’homoparentalité.. Elle posait notamment la question de ..
L'ouverture du mariage aux couples homosexuels fait partie des promesses de campagne de François Hollande lors de l’élection présidentielle de 2012.. Le projet de loi, dit de « Mariage pour tous », présenté à l'automne 2012 prévoit l'élargissement du mariage aux couples du même sexe, et, de ce fait leur ouvre l'adoption.
La légalisation de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de même sexe, d'abord écartée, a été envisagée par le biais d'un amendement parlementaire déposé par le groupe socialiste puis, quatre jours avant la manifestation du , son examen éventuel a été reporté à un projet de loi sur la famille, qui devait être débattu avant la fin de l'année 2013Pourquoi l'examen de la PMA est reporté, Europe 1, 10 janvier 2013., après avis du Comité consultatif national d'éthique., mais qui a depuis été reporté..
Le pour la fête de l'Assomption, , président de la conférence des évêques de France, adresse une lettre à tous les diocèses incitant à prier dans toutes les paroisses pour la famille, composée d'un homme et d'une femmeVoir l'article « Prières pour la France ».
Les principales revendications des opposants concernent l'altérité dans le mariage civil et la parentalité (qui en découle)..
Ces personnes sont opposées entre autres à : la parentalité sociale par adoption, au lieu de la parentalité biologique. ; le « droit à l'enfant » au détriment des droits de l'enfant. Pour les opposants, la logique du « mariage pour tous » conduit à passer du droit de l'enfant à avoir deux parents de sexes différents à un droit à l'enfant (absence d'altérité parentale) ; la procréation médicalement assistée (PMA) ; la gestation pour autrui (GPA) l'imposition de la « théorie du genre »M Le Monde.fr "Masculin-féminin : cinq idées reçues sur les études de genre" 25.05.2013 Mis à jour le 29.01.2014 Par Lucie Soullier et Delphine Roucaute .
Elles ont également demandé la tenue d'un référendum pour le vote du projet de loi du mariage pour tous. La non-prise en compte de cette demande, ainsi que le rejet (sanctionné par le Tribunal Administratif.) de la pétition faite au CESE qui a récolté plus de , ont contribué à affermir leur mouvement...
Aspects procéduraux Demande de référendum Dans les premiers jours de janvier, plusieurs députés UMP lancent l'idée d'un référendum. Cette demande est interprétée comme une instrumentalisation de la Constitution à des fins politiques par le professeur de droit constitutionnel Pascal Jan, qui explique le pourquoi une telle procédure est impossibleMariage pour tous : pourquoi un référendum n’est pas constitutionnel, le JDD, 8 janvier 2013.
La veille de la manifestation du , 115 parlementaires (UMP et RUMP, ainsi que trois UDI) signent un appel demandant au président de la République de lancer un référendum sur le sujet, bien que la garde des sceaux les ait informés du caractère anticonstitutionnel d'une telle procédureAppel au référendum des 115 parlementaire au JDD. Un sondage commandité par Valeurs actuelles affirmait que 69 % des Français seraient favorables à un référendum sur ..
Les porte-parole de « La Manif pour tous » demandent le à être reçus par le Président de la République pour faire part de leur opposition au texte et pour eux aussi demander l'organisation d'un référendum, en promettant d'organiser de nouvelles manifestations pour soutenir cette idée.
Le , à l'Assemblée nationale, les députés de l'UMP réitèrent cette demande, rejoints par le FN. Christiane Taubira leur rappelle qu'il ne peut pas y avoir de référendum sur la question, dans la mesure où celui-ci n'entre pas dans les matières sujettes à référendum selon l'article 11 de la constitution.. Le lendemain, lors de la présentation de ses vœux aux parlementaires, François Hollande confirme cette position et indique son intention de respecter ses promesses électorales..
Le , le cabinet de François Hollande annonce qu'il recevra une délégation du collectif, menée par Frigide Barjot, accompagnée de Laurence Tcheng et de Jean-Pier Delaume-Myard, le , tout en relevant qu'il n'entend pas changer le fond du texte« La Manif pour tous : François Hollande reçoit les opposants au mariage gay à l'Élysée vendredi », Atlantico, 21 janvier 2013.
Pétition au Conseil économique, social et environnemental Le , une pétition signée par plus de est déposée auprès du Conseil économique, social et environnemental (CESE), sur la question du mariage pour tous, et ses conséquences.
Le CESE, après que son président a consulté Matignon pour l'éclairer sur les pouvoirs du bureau du CESE et reçu une réponse détaillée., a déclaré irrecevable la pétition sur le fondJournal Le Point sur les manifestants contre le mariage le 24 mars 2013 à 9h28. Bien que la saisine soit valable sur la forme (la saisine n'est possible qu'à partir de pétitionnaires), une saisine portant sur un projet de loi gouvernemental « relève exclusivement du Premier ministre » et « ne saurait être autorisée par voie de pétition citoyenne »., estime le CESE.
Cependant, le mandataire de la pétition, Philippe Brillault (Maire du Chesnay, Conseiller général des Yvelines), jugeant la décision , dépose un recours devant le tribunal administratif de Paris, le .. Le , le tribunal administratif annule le rejet de la pétition, donnant en partie raison à La Manif pour tous, en confirmant que la pétition était bien effectivement recevable à la date de son dépôt ().., mais rejette la demande d'enjoindre au CESE de la déclarer finalement recevable, car la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, promulguée le , est déjà entrée en vigueur au moment où il rend sa décision.. En plus de voir sa décision annulée, le CESE est condamné à verser la somme de à Philippe Brillault, au titre de ses frais de justice..
Procédure parlementaire
Première lecture à l'Assemblée nationale Le , l'Assemblée nationale adopte le premier article de la proposition de loi dite du « mariage pour tous », avec 249 voix pour et 97 contre, permettant ainsi le mariage aux couples de même sexe..
vignette|À Strasbourg la manifestation contre le mariage entre personnes de même sexe du 2 février 2013 réunit un millier de manifestants sur la place Kléber.
Plusieurs dizaines de rassemblements ont lieu dans toute la France, réunissant « Mariage pour tous : opposants ont défilé dans toute la France », francetvinfo.fr, 2 février 2013. à la suite du vote de l'article.
La loi dans son ensemble, incluant également la possibilité pour les couples de même sexe d'adopter, est votée par l'Assemblée le avec 329 voix pour, 229 voix contre et 10 abstentions..
Première lecture au Sénat En commission des lois, le Sénat adopte le texte le , par 23 voix contre 21. Le texte issu des travaux de la commission des lois ne modifie pas l'article 1, permettant le mariage entre personnes de même sexe, ainsi que la possibilité pour le couple d'adopter..
Le texte est adopté à main levée le .. Selon les déclarations d'intention de vote, le projet de loi a été adopté par 171 voix contre 165 et 9 abstentions..
Deuxième lecture à l'Assemblée nationale La procédure législative est ensuite accélérée en faisant examiner le texte en lecture à l'Assemblée nationale la semaine suivante, pour un vote solennel programmé le (un mois avant la date initialement prévue). Des membres de l'opposition parlementaire dénoncent un « Les Français notent 7 sur 20 l'action de Hollande à l'Élysée, selon BVA », Le Parisien, 11 avril 2013..