Les Moldaves (en roumain : ) sont, en droit international (qui est un droit du sol selon lequel une personne a la nationalité inscrite sur son passeport, sans que ses origines ethniques entrent en ligne de compte), les citoyens de la république de Moldavie, quelles que soient leurs langues, traditions, croyances et origines.
Selon les définitions ethnographiques (qui se réfèrent au droit du sang) prises en compte par les recensements roumains., moldavesRecensămîntul populaţiei 2004 et ukrainiens. les Moldaves sont la partie de la population roumanophoneDite « roumaine » selon le sens ethnique de la Brockhaus Enzyklopädie vivant ou étant originaire de la région historique de Moldavie, habitant principalement en Roumanie (dans la région roumaine de Moldavie), en république de Moldavie (où ils constituent le principal groupe linguistique), ainsi qu'en Ukraine et en Russie (en tant que minorités).
Caractéristiques des populations concernées
Dans le sens ethnologique du terme, les « Moldaves » sont roumanophones, traditionnellement et majoritairement chrétiens orthodoxes, et ils ont des origines, une culture et une histoire commune avec les autres roumanophones, plus spécialement avec ceux de la région roumaine de Moldavie. La langue populaire des Moldaves est le parler moldave des linguistes (), qui est l'un des parlers régionaux de la langue roumaine, usité en Moldavie tant roumaine qu'indépendante ou ukrainienne. Ce parler moldave populaire ne doit pas être confondu avec la « langue moldave » () qui, selon l' de la constitution moldaveConstitution de la république de Moldavie., est l'un des deux noms de la langue officielle et savante de la république de Moldavie, dont il est la dénomination politique : l'autre nom est, selon la déclaration d'indépendance de 1991 et l' de la Cour constitutionnelle du , celui de langue roumaine ().
Au , 56 % des Moldaves () vivent sur 46 % du territoire de l'ancienne Moldavie (en Roumanie) et 44 % () vivent sur 54 % du territoire de l'ancienne Moldavie ( en république de Moldavie, soit 36 % de l'ancienne principauté, et en Ukraine, soit 18 % de l'ancienne principauté11 % de la population de l'Bucovine septentrionale et du sud de la Bessarabie soit 0,8 % de la population de l'Ukraine selon The World Factbook, CIA The World Factbook, CIA (2006) et selon l'ONU ONU (2004)).
Sémantique
Jusqu'au traité de Bucarest, qui a partagé la Moldavie en deux en 1812, le mot « Moldaves » () désignait les habitants et les ressortissants de l'ancienne principauté de Moldavie, qui s'auto-désignaient entre eux comme « Roumains » () depuis au moins le La notion de « Roumain » ou « Aroumain » n'apparaît pas avec la Roumanie moderne mais la précède : les premières mentions du nom de « romain » datent du , alors que des humanistes italiens commencent à rendre des récits écrits sur leurs voyages en Moldavie, Transylvanie et Valachie. Ainsi, Maria Holban cite dans (« Voyageurs étrangers dans les pays roumains »), vol. II, p. 158-161: Tranquillo Andronico qui écrit en 1534 que les Roumains (en latin ) « s’appellent eux-mêmes romains » () in : A. Verress, Acta et Epistolae, I, . En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti et remarquant que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu'« ils s’appellent eux-mêmes roumains dans leur langue ». Il cite même une phrase : (« sais-tu roumain ? », roumain moderne ) : (in : Cl. Isopescu, « », in Bulletin de la Section Historique, , 1929, . Ferrante Capeci écrivant vers 1575 que les habitants des « provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, et Mésie » s’appellent eux-mêmes roumains () ( in Maria Holban, , , . Pierre Lescalopier remarquant en 1574 que « tout ce pays la Walachie et Moldavie et la plupart de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur… Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain… » (Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol 48 in Paul Cernovodeanu, , , 1960, ). Le Saxon transylvain Johann Lebel notant en 1542 que les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de : (Iohannes Lebelius, , Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, . Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observant en 1554 qu’« en leur langue ils s’appellent romin, selon les romains et valaques en polonais, d’après les italiens » (qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur in : St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555). Le croate Anton Verancsics remarquant vers 1570 que les Valaques se nomment eux-mêmes romains : …Valacchi, qui se Romanos nominant… gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno… (in : « De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae », in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores ; II, Budapest 1857, ). Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany citant en 1699 les expressions : Sie noi sentem Rumeni (« nous aussi, nous sommes roumains », pour le roumain Și noi suntem români) et Noi sentem di sange Rumena (« nous sommes de sang roumain », pour le roumain « Noi suntem de sânge român ») : Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, . Le chroniqueur moldave Grigore Ureche écrivant dans son Letopisețul Țării Moldovei, : În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul… (« En Transylvanie n'habitent pas seulement des Hongrois, mais aussi de très nombreux Saxons et partout des Roumains… »). Dans son testament littéraire, Ienăchiță Văcărescu versifiant : Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire (« À vous mes descendants Vacaresques/Je vous laisse en héritage/L'essor de la langue roumanesque/Et à notre patrie l'hommage »). Et le poète Pitar Hristache versifiant dans son Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790 (« Histoire des faits et gestes du prince Mavroguène et de la révolte de son temps autour de 1790 ») : Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/De la Țara Românească (« Je commence selon l'idée qui est mienne/Avec quelques ptilaques/L'histoire mavroguénienne/Du pays valaque »).
Parmi les premières références explicites à un « territoire ethnolinguistique roumain » comprenant la Valachie, la Moldavie et la Transylvanie on trouve l’ouvrage « De la nation des Moldaves » du chroniqueur Miron Costin au . Au , le prince érudit Dimitrie Cantemir désigne d’une manière systématique les trois principautés habitées par les roumanophones (la Moldavie, la Transylvanie et la Valachie) sous le nom de « Pays Roumain » (). était déjà courant au début du , et l'on peut le lire sur la pierre tombale de Gheorghe Lazăr à Avrig en 1823..
Après le Traité de Bucarest (1812), depuis que la frontière de l'Empire russe coupe la Moldavie historique en deux, l'utilisation du mot « Moldaves » évolue et se complique : dans la moitié orientale de la Moldavie historique, désormais russe sous le nom de « Bessarabie », le mot Mолдавянинъ (Moldavianiny) désigne la population autochtone romanophone par opposition d'une part aux colons d'autres origines (qui ont un statut plus avantageux) et aussi, après l'union en 1859 des principautés danubiennes de Moldavie et Valachie, par rapport aux habitants et ressortissants de ces États, dès lors dénommés Pумынь soit « Roumains » ; en Moldavie occidentale restée autonome, moldoveni (« moldaves ») désigne les « Roumains de la Moldavie », tandis que ceux de la Bessarabie (les Mолдавянинь - Moldavianiny) sont dénommés Basarabeni (« Bessarabiens ») ; en roumain cyrillique, « moldaves » s'écrit (par exemple en Transnistrie) ; en URSS, Mолдавянинь - Moldavianiny est remplacé en 1924 par Mолдаване - Moldavane dont l'emploi traduit la nouvelle définition soviétique, différente de la définition impériale russe, puisqu'elle implique que les « Moldaves » forment « Mолдаване » (« Moldaves ») in : Большая советская энциклопедия (« Grande encyclopédie soviétique ») et Iurie Stamati, « Entre internationalisme et patriotisme : les slaves et l’ethnogenèse des Moldaves dans l’historiographie soviétique de 1924 à 1940 » in Revue des Études slaves , 2014, p. 361-372, .
left|thumb|Gris : aire de distribution des Moldaves ; jaune : États dont la langue officielle est le daco-roumain (appelé roumain en Roumanie et aussi moldave en Moldavie). left|thumb|Carte de 1900 montrant l'aire de répartition de la langue (daco-)roumaine en bleu (en rouge les frontières en 2025). left|thumb|Relations entre citoyenneté, langue et appartenance géo-historique dans l'espace roumanophone. left|thumb|Carte soviétique de 1946 de la « nationalité » ukrainienne (en rouge) et roumaine (en violet) incluant les Moldaves.
Après le (fondation en Ukraine soviétique de la république autonome moldave) la polysémie se complexifie encore plus : certains responsables bolcheviks comme Grigori Kotovski soutiennent qu'elle doit propager le communisme en Roumanie voisine, donc l'identité de sa population roumanophone devait être reconnue comme roumaine : jusqu'en 1938, les écoles enseignèrent en roumain écrit en caractères latins, l'accent étant mis sur l'idéologie communiste, et la Roumanie voisine étant présentée comme une « mère-patrie gémissant sous le joug de la monarchie, des bourgeois et des aristocrates ». Mais Gueorgui Tchitcherine, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, estimait que cette politique et qu'il fallait l'abandonner pour définir les Moldaves comme et pour affirmer que ces Moldaves de manière à justifier les revendications territoriales soviétiques sur la Bessarabie. Tchitchérine, contrairement à Kotovski, soutenait en effet la position de Staline : celle de la : l'URSS. Kotovski étant mort entre-temps, la « ligne Tchitcherine » finit par être adoptée le . Un « alphabet moldave » écrit en caractères cyrilliques russes fut adopté, et toute mention de la Roumanie autrement que comme une « puissance impérialiste occupant indûment un territoire soviétique » (la Bessarabie) fut dès lors assimilée à une trahison (punissable de la peine de mort)Gheorghe Negru: Politica lingvistică din R. S. S. Moldovenească ("Politique ethnolinguistique en R.S.S. Moldave"), ed. Prut international, Chișinău 2000, , 132 pp..
C'est dans ce contexte qu'apparut en russe le néologisme soviétique молдаване (moldavane) dont le sens ethnique et politique définit ainsi l'identité des Moldaves : « leur longue cohabitation avec les autres peuples devenus soviétiques en fait un peuple différent des Roumains même s'ils partagent les mêmes ancêtres Volokhs ». Ce second sens, qui fait des Moldaves une ethnie romane orientale aussi distincte des Roumains que le sont les Italiens ou les Espagnols, n'est d'ailleurs pas figé : concerne-t-il seulement les Moldaves de l'ex-URSS (et eux seuls)Gheorghe Negru : Politica etno-lingvistică a R.S.S.M., ed. Prut Internațional, Chișinău 2000, , pag. 19-21John Mackinlay, Peter Cross, Regional Peacekeepers, United Nations University Press 2003, , . ou bien l'ensemble des Moldaves (tous, en Roumanie comme dans l'ex-URSS)Comme l'affirment les sites pro-russes (en ) [www.moldovenii.md], , et ?