vignette|L'anneau de Gygès, huile sur bois du de Ferrare. L’anneau de Gygès (prononcé ) est un anneau magique mythologique qui, selon une allégorie philosophique proposée par Platon dans le deuxième livre de La République, permettrait à son détenteur de devenir invisible. Mythe classique de la philosophie occidentale, l'allégorie de l'anneau de Gygès permet de soulever des questions éthiques par rapport à la justice. Ce mythe souligne la théorie platonicienne selon laquelle la justice est liée à la transparence et la crainte de la punition.
Histoire Le mythe de l'anneau de Gygès apparaît pour la première fois dans la République de Platon. Dans le premier livre de l'ouvrage, Thrasymaque, défendant le droit du plus fort, soutient contre Socrate la thèse selon laquelle commettre l'injustice est profitable (et sans aucun doute plus profitable que la subir) et que la justice est instituée par les faibles pour se défendre face aux forts. Bien qu'il soit réfuté par Socrate, les deux frères de Platon, Glaucon et Adimante, ne sont pas convaincus 359b6-360b2.
Ainsi, dans le deuxième livre de la République, Glaucon se porte volontaire pour apporter la contradiction à Socrate. Il reprend la position de Thrasymaque à son compte, sans toutefois l'approuver, et l'illustre par une expérience de pensée.
Cette expérience de pensée est à la fois un mythe et une allégorie. Il s'agit de l'histoire de Gygès (ou de son ancêtre, les traductions différant sur ce pointDans la version de Robert Baccou c'est Gygès lui-même qui est en scène et qui est présenté comme l'aïeul du Lydien (Crésus), tandis que dans la traduction de Victor Cousin c'est l'ancêtre de Gygès le Lydien qui est en scène), un berger qui, à la suite d'un violent orage, découvre dans le sol un anneau. Lorsqu'il est passé au doigt et que son chaton est tourné, il rend invisible son porteur. Gygès utilise ce pouvoir pour séduire la reine, complote avec elle et assassine le roi pour s'emparer du pouvoir.
Cette histoire serait inspirée de celle contée par Hérodote sur la manière dont Candaule, tyran de Lydie, a été évincé de son trône Clio, I, 7-14..
Concept L'allégorie de l'anneau de Gygès permet au frère de Platon de soulever la question suivante : est-ce qu'être un homme juste, ce n’est pas en réalité être assez naïf pour respecter les lois et la morale même si cela peut être désavantageux ? In fine, n'agissons-nous de manière juste que parce que nous avons peur de la répression pénale ? Si oui, alors, chacun agirait comme Gygès une fois l'anneau obtenu.
Plus largement, l'allégorie permet de débattre sur les motivations de la moralité chez l'humain : résulte-t-elle seulement d'une convention sociale et arbitraire, ou bien d'une pure idée morale qui dispose toujours déjà les humains à la justice ?
Postérité
Cicéron et les Le mythe de l'anneau de Gygès connaît une grande fortune. Cicéron la reprend dans le livre III (chap. 38) de son traité De officiis (Des devoirs, 44 ). Il critique les , qu'il accuse d'évacuer la question soulevée par Platon par un procédé malhonnête de remise en question de la véracité de l'histoire racontée par le philosophe grec. Ainsi, .
Cicéron critique ensuite la mauvaise foi de ces philosophes. Selon lui, lorsqu'on leur demande ce qu'ils feraient à la place de Gygès s'ils avaient l'assurance de ne jamais être pris (), ils s'entêtent à botter en touche : .
Rousseau et l'opportunité de faire le bien Jean-Jacques Rousseau aborde directement la question dans Les Rêveries du promeneur solitaire. Dans sa sixième promenade, il soutient que la scission entre l'être et le paraître en société l'a contraint à ne pas pouvoir toujours agir vertueusement en société. Or, devenir invisible lui aurait permis d'agir mieux. Ainsi, dit-il, . Il considère qu'armé de l'anneau, il ne ferait que le bien, et serait vertueux ; il craint toutefois de tomber dans le piège du voyeurisme. Il conclut que .
Karr et le besoin de reconnaissance Alphonse Karr mobilise le mythe de l'anneau de Gygès pour explorer la manière dont un objet peut, de manière magique ou pas, conférer à quelqu'une une célébrité ou un prestige social. Il écrit ainsi un poème :
De La Fontaine à Gautier, une inspiration littéraire De nombreux auteurs ont trouvé dans cette fable une inspiration, notamment Jean de La Fontaine avec Le Roi Candaule et le maître en droit (1674), Théophile Gautier avec Le Roi Candaule (1844) et Denis Diderot avec Les Bijoux indiscrets (1748).
Alain Dans ses Éléments de philosophie, Alain revient sur le mythe de l'anneau de Gygès pour en tirer des conclusions au sujet de la vérité contenue dans les contes. Il écrit que .
Débats et controverses Un parallèle a souvent été dressé entre le mythe de l'anneau de Gygès et le Le Seigneur des anneaux, de J. R. R. Tolkien. Dimitri El Murr déclare dans une émission à France Culture que Tolkien s'est directement inspiré du mythe de l'anneau de Gygès narré dans le livre II de la République de Platon. . Cela apparaît aussi comme une évidence à Marilyn MaesoMarilyn Maeso, « Philosopher chez les Elfes », dans Philosophie magazine, hors-série n° 54, juillet 2022 : “ ... il est évident que Tolkien a lu <Platon>, tant son oeuvre est truffée d'échos platoniciens. À commencer par l'Anneau unique qui, comme celui de Gygès, rend son porteur invisible et le corrompt” https://www.philomag.com/articles/marylin-maeso-philosopher-chez-les-elfes. Que les effets produits par les anneaux dans le roman de Tolkien s'inscrivent dans la continuité de la réflexion illustrée par l'histoire du berger lydien contée par Glaucon, relève également de l'évidence aux yeux de Samuel Bonnaud-Le Roux (2020)Samuel Bonnaud-Le Roux, « Regard philosophique sur la signification de l'anneau dans Le Seigneur des Anneaux », chapitre “L'anneau de Gygès chez Platon, ou la réflexion de Tolkien sur la possibilité du mal”. https://www.tolkiendil.com/essais/influences/significations_symboliques_anneau. Toutefois, plusieurs auteurs estiment « improbable » que Tolkien se soit inspiré de philosophie grecque, et plus probable qu'il ait pris inspiration de mythes nordiques, dont il était plus proche. À ceux-là, Tolkien lui-même a pourtant répondu d'avance, non sans humour, que le seul point commun entre l'anneau des Nibelungen et celui de Sauron est que l'un et l'autre sont rondsJ.R.R. Tolkien, « Lettre à ses éditeurs Allen et Unwin à propos de la préface de l'édition suédoise du Seigneur des Anneaux », dans Lettres (de Tolkien), trad. Vincent Ferré et Delphine Martin. Paris, éditions Christian Bourgois, 2005, p. 306.. Dans son encyclopédie sur Tolkien, Michael D. C. Drout écrit que, s'il existe des ressemblances entre les deux anneaux, . Un fonds philosophique commun unit cependant, indéniablement, les deux anneaux, en ce qu'ils soulèvent des questions éthiques similaires.
Bibliographie
Notes et références
Voir aussi Gygès Anneau unique dans Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux
Anneau de Gyges Catégorie:Philosophie morale Catégorie:Mythe platonicien Catégorie:Bijou légendaire Catégorie:Invisibilité dans la littérature