La grotte aux Fées est une grotte touristique située au-dessus de la commune suisse de Saint-Maurice dans le canton du Valais.
Les visites sont possibles de mi-mars à mi-novembre, et uniquement sur inscription préalable durant la période hivernale.
Description
La grotte aux Fées est l'une des cavités naturelles qui parcourent la falaise dominant la ville de Saint-Maurice. La galerie principale a été aménagée pour le tourisme sur une distance de et conduit à une cascade plongeant dans un lac de après de chute. À de l'entrée, la galerie des Morts se développe sur une longueur de et débouche sur une galerie artificielle d'environ permettant de raccorder le fort de Cindey au fort du Scex en passant par la grotte aux Fées. Au sommet de la cascade, la cavité se poursuit par la galerie Virieux s'étendant sur . Enfin, la grotte aux Fées forme avec la grotte de Saint-Martin le réseau Grotte aux Fées - Saint-Martin dont le développement total est de pour une dénivellation de (+166, -83).
Toponymie Elle a longtemps porté le nom de Trou aux Fayes (faye signifie mouton en patois) car les bergers y cachaient leurs troupeaux les jours d'orage. Au cours de la deuxième moitié du , la cavité est communément appelée Trou des Fées par les habitants de la région. Ce n'est qu'après l'aménagement de la galerie touristique que le nom définitif est adopté afin de rendre ce lieu plus poétique en pleine période romantique.
Par le passé, plusieurs portions de la grotte ont été désignées sous des termes relatifs à l'Enfer (marmite du Diable, pont du Diable, Styx, grotte du Tartare, galerie des Morts).
Histoire
Antiquité À proximité du pavillon, les travaux d'aménagement de la terrasse permettent de mettre au jour une faucille datant de l'âge du fer, un pavage de grosses dalles recouvrant des cendres ainsi qu'un mur cyclopéen qui semble être un rempart celte. À l'Époque romaine, la cavité sert probablement de refuge pour la population locale face aux invasions barbares des Cimbres ou des Teutons. (Denis Fournier rapporte notamment que l'inscription latine Carolvs Rex peut observée sur l'une des parois de la grotte). Ce point de vue est toutefois contesté par le Chanoine Ignace Mariétan en raison de l'inhospitalité des lieux (inondations et remplissages). En effet, aucune « trace d'ossements d'animaux ou de vestiges de l'industrie humaine » n'est retrouvée dans les gravats, hormis un crâne humain découvert le par le major de Quartéry et qui serait attribué à Berthea. Selon la légende, cette femme serait l'épouse « d'un des légionnaires thébains martyrisés à Vérolliez qui, après le massacre, vint se réfugier et mourir dans la grotte ».
Moyen Âge et temps modernes En 940, les chanoines de l'abbaye de Saint-Maurice y cachent leur trésor afin de le protéger du pillage des Hongrois et des Sarrasins. Bien plus tard, des inscriptions sont réalisées à l'aide de débris de poteries de terre cuite par deux capucins, les pères Basile et Corneille, en 1643 et 1646.
Époque contemporaine En 1789, Chrétien des Loges mentionne dans l'un de ses ouvrages « un grand enfoncement dans le rocher appelé le Trou des Fées ». En 1813, il décrit brièvement la cavité (surnommée grotte du Tartare) :
« Par des communications comme à Arcy on va de voûte en voûte et l'allée se partage enfin ; l'une suit la droite et l'autre tire à gauche. Des réservoirs d'eau serrés entre des fentes de la montagne laissent échapper dans le bassin du couvent une eau scleniteuse [séléniteuse] et crue, elle ronge le fer, et les goëtres [goîtres] abondent en ville. Les habitants de Varossa [Vérossaz] en fossoyant s'aperçoivent [sic] d'un vide dans l'intérieur de cette montagne, elle s'écroulera tôt au tard sur Saint-Maurice ».
Exploration
Galerie touristique - Galerie des Morts En 1831, deux spéléologues bernois, MM. Haller et Ott, explorent la grotte jusqu'à une portion très étroite de la cavité appelée galerie du Défilé à de l'entrée environ et gravent leurs noms dans la roche à l'endroit même où ils sont contraints d'arrêter leur progression.
Plusieurs tentatives d'exploration de la galerie des Morts sont mises en échec par un phénomène de gaz extincteur se manifestant après 500 à 600 mètres de progression et faisant s'éteindre tous les moyens d'éclairage utilisés (bougie, allumettes, lampe à huile, feu de Bengale, lance à feu). En effet, le , le major de Quartéry, Ch. Stockalper, J. Stockalper et le chanoine Money ne peuvent dépasser que de 100 à 150 mètres le point habituel de la visite situé à 800 mètres environ. Cette curiosité fait l'objet d'une étude réalisée en 1864 par François-Alphonse Forel qui en attribue la cause à la composition de l'air stagnant dans la galerie (82,66 % N, 15,35 % O2, 1,99 % CO2). Quelque de galeries sont explorés jusqu'alors par le professeur et il estime y avoir pénétré jusqu'à au cours de deux expéditions réalisées durant l'été 1864. On envisage alors d'utiliser la lampe photo-électrique nouvellement développée par MM. Dumas et Benoit, ingénieurs des mines. Le , un groupe de 31 personnes s'enfonce dans la grotte sous les ordres du colonel De Cocatrix, du major Ad. De Stockalper et du caporal E. Chappex. Seuls huit intrépides prolongent l'expédition sur les 200 derniers mètres « à la lueur d'une lumière vacillante et terne, toujours sur le point d'expirer » mais leurs lampes leur faisant finalement défaut, ils sont obligés de rebrousser chemin en ne comptant que sur le fil d'Ariane pour revenir sur leurs pas. Le , Ch. Hermite, G. Hermite, F. Jacot et F. Maret utilisent une lampe à incandescence et parviennent jusqu'à une portion inexplorée de la grotte où ils laissent un message dans une bouteille comme preuve de leur passage. Les , 21 et , le Chanoine I. Mariétan et quatre de ses élèves s'essayent eux aussi à l'exploration de la galerie des Morts. Après de progression difficile, ils parviennent au terminus actuel et y découvrent le nom du professeur Forel gravé sur un gros bloc. Ils explorent alors trois galeries secondaires. La première (galerie des Marmites) et la seconde sont obstruées par un bouchon de sable (dans cette dernière, ils constatent que le fil d'ariane d'une expédition précédente y subsiste encore). La troisième (galerie de la Bouteille) s'interrompt après sur une voûte-mouillante et ils y découvrent le message-témoin laissé par leurs précurseurs, plus tôt.
Au cours de la première moitié du , la galerie touristique et la galerie des Morts sont aménagées par l'armée suisse. La cavité est prolongée en 1935-1936 par une galerie artificielle de permettant la communication entre les forts d'artillerie du Scex et de Cindey. La topographie de la galerie des Morts est réalisée en 1999 par le Groupe Spéléo Lausanne (GSL).
Galerie Virieux Le , le Chanoine M.-E. Gard, A. Morre et L. Ribordy profitent d'une période de sécheresse pour se faufiler dans un étroit passage momentanément accessible et tombent nez-à-nez avec un lac dans lequel se jette une cascade dont l'origine se perd dans la voûte loin au-dessus d'eux. Cette découverte permet à la grotte d'acquérir une renommée internationale et d'augmenter de manière significative le nombre annuel de visiteurs.
Le , une première tentative d'exploration de la cascade est réalisée sans succès. En effet, l'échelle cède sous le poids d'un ouvrier dont la chute est heureusement amortie par le lac.
Trop âgé pour réaliser lui-même l'ascension, le guide F. Maret délègue cette tâche à son successeur A. Jacquemain. « Livrés à la seule ingéniosité humaine et à leur bravoure, [A. Jacquemain et D. Fournier] élevèrent au prix de peines et de périls inouïs, peu à peu, morceau après morceau, une longue théorie d'échelles en fer, en bois, agrippées parfois, simplement ajustées aussi ». Après des mois d'efforts, ils atteignent un premier entablement, mais le tumulte des eaux les oblige à attendre l'hiver pour poursuivre l'exploration. Le , ils parviennent finalement au sommet de la cascade, au-dessus du lac. Ils explorent la galerie supérieure durant plusieurs heures mais doivent interrompre leur aventure, transis de faim et de froid. Le , ils réitèrent leur exploit et repoussent les limites de l'exploration précédente au cours d'une expédition de sept heures.
Le , A. Virieux, F. L. Blanc (reporter à la Gazette de Lausanne) et C. Gos (photographe et alpiniste) se joignent à eux pour explorer cette nouvelle galerie au cours d'une expédition qui s'interrompt après 7 heures en raison des conditions difficiles dans lesquelles ils évoluent. Le , une seconde expédition est réalisée mais ils doivent rebrousser chemin une fois encore (l'altimètre indiquait alors , soit au-dessus du lac). Le premier croquis de la galerie supérieure est réalisé par D. Fournier à la suite des sorties des 13 et .
Le , 9 membres de la SSS-Valais (dont A. Grobet, président de la SSS - Société Suisse de Spéléologie de 1951 à 1959 et A. Exquis, président de la section cantonale) « dépassèrent le point extrême qui avait été reconnu par M. Fournier en 1924 « et atteignent le fond après 8 heures 30 d'expédition. Un relevé plus précis de la cavité est réalisé en 1956 par la SSS-Valais sur . La galerie est à nouveau explorée en 1964 par les trois jeunes membres fondateurs du Spéléo-Club de la Vallée du Rhône (A. Flückiger, A. Chappex, F. Chappex). La topographie complète de la Galerie Virieux est réalisée lors de 4 sorties au printemps 1996 grâce à la collaboration du Groupe Spéléo Lausanne (GSL) et du Spéléo Club des Préalpes Fribourgeoises] (SCPF).
Jonction avec la grotte de Saint-Martin À la suite de l'ascension de la Cheminée des Valaisans de la grotte de Saint-Martin avoisinante, les membres du Groupe Spéléo Rhodanien franchissent les trois siphons (Sipuro, Chochotte, Cadeau de la galerie Hollywood) et se retrouvent face à un passage muré durant la Deuxième Guerre mondiale (vraisemblablement par les lieutenants Perret et Torricelli sur ordre du colonel Hausmann). Le , C. Giroud, R. Waridel et D. Germano réalisent la jonction avec la galerie touristique, ce qui réunit les deux grottes dans un même réseau.
Grottine La Grottine s'ouvre sur la gauche dans les escaliers situés derrière la grille du fort de Cindey. La galerie est mentionnée pour la première fois en 1865 par G.-A. Gielly qui écrit succinctement : « La Grottine, ou petite grotte, [...] aboutit à un puisard profond appelé vulgairement La Marmite ». La cavité aurait été explorée en totalité durant la deuxième moitié du par F. Maret et le fils du comte Riant, qui auraient atteint, selon leur dires, le niveau du Rhône. Toutefois, un « éboulement de rochers, qui s'est produit lors des travaux de captation des eaux de la ville en 1899, a obstrué ces souterrains ». En 1919, le chanoine I. Mariétan rédige une brève description de la marmite du Diable qui est explorée sur une cinquantaine de mètres par deux de ses élèves, MM. Hartmann et Torrione, mais la progression est stoppée par un gouffre trop profond pour ces aventuriers mal équipés. Depuis 2014, les membres du Groupe Spéléo Rhodanien sont occupés à des travaux de désobstruction et de pompage dans le siphon (Le Cloaque) situé à proximité du fond du puits.
Exploitation thumb|Fléchage de la grotte aux Fées. Aménagement Auparavant, la grotte avait un tout autre aspect. En effet, la cavité est progressivement obstruée de sédiments charriés par les eaux et par différents éboulements intérieurs. Les concrétions pouvaient être abondantes par endroits mais elles sont malheureusement pillées par des visiteurs peu scrupuleux et les cristallisations, particulièrement appréciées par les Anglaises, peuvent être revendues « à un grand prix ».