Lucian Freud, né le à Berlin et mort le à Londres, est un peintre et graveur figuratif britannique d'origine allemande.

Considéré comme l'un des peintres figuratifs les plus importants du , il est, selon la formule de l'historien de l'art Herbert Read, l'.

Il est notamment célèbre pour avoir peint, en 2001, le portrait de la reine Élisabeth II à l'occasion de son jubilé d'or, tableau qui a soulevé une polémique au Royaume-Uni.

Biographie Famille Petit-fils du médecin et fondateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, et de sa femme Martha Bernays, Lucian naît à Berlin. Son père, l'architecte Ernst L. Freud (1892-1970), est le plus jeune fils de Sigmund Freud. En 1933, pour échapper à l'antisémitisme nazi, Ernst Freud emmène sa famille à Londres : sa femme Lucie Brasch et ses fils Lucian, Stephen (1921-2015) et Clement (1924-2009). En 1938, à la suite de l'Anschluss, Sigmund FreudSes quatre sœurs – octogénaires – resteront à Vienne et mourront en camp de concentration. les y rejoint.

Formation Après ses études secondaires, Lucian entre en 1938-1939 à la de Londres. De 1939 à 1941, il suit les cours de à l‘ à Dedham. Il est alors mobilisé dans la marine marchande puis démobilisé après trois mois de mer. De 1942 à 1943 il étudie à temps partiel au à Londres.

Débuts En 1943, il illustre les poèmes de Nicholas Moore. Il expose, pour la première fois, à la galerie Lefèvre à Londres en 1944. Sa peinture est alors influencée par le surréalisme : en témoigne le tableau énigmatique . Déjà,

En 1946, Freud visite Paris et la Grèce. Il reviendra très régulièrement à Paris pour rendre visite à Picasso et à Giacometti.

Vie privée En 1948, il épouse la fille du sculpteur Jacob Epstein, Kitty Garman dont il aura deux filles, Annabel Freud et la poétesse Annie Freud. Il divorce de Kitty en 1952 pour se remarier en 1953 avec Lady Caroline Blackwood.

En 1952, il peint dans la chambre 38 de l'hôtel La Louisiane le tableau . où il figure avec son épouse. Ce deuxième mariage n'est pas plus heureux et leur divorce intervient en 1958.

Il a peint de très beaux portraits inspirés par ses épouses Kitty (Girl with a white Dog, 1950-51) et Caroline (Girl in a Green Dress, 1952).

Freud, qui n'apprécie pas les contraintes de la vie de famille, vit ensuite en célibataire, avec des compagnes successives dont il a de nombreux enfants et des petits-enfants. Quatorze enfants ont été identifiésVoir article nécrologique du Figaro, édition du 23 juillet 2011., dont la styliste Bella Freud (née en 1961), l'écrivaine Esther Freud, l'artiste (née en 1958) ou encore Noah Woodman.

L'École de Londres Au début des années 1960, sa rencontre avec Francis Bacon, Frank Auerbach, Leon Kossoff, Michael AndrewsMichael Peppiatt, A School of London: Six Figurative Painters: Michael Andrews, Frank Auerbach, Francis Bacon, Lucian Freud, R. B. Kitaj, Leon Kossoff. London, The British Council, 1987 ., dans un groupe emmené par R.B. Kitaj fait basculer sa technique. Bacon et Auerbach l’ont convaincu de quitter sa manière fine et linéaire pour se laisser aller aux grands coups de brosse. Sa peinture se fait alors de plus en plus épaisse, appliquée dans des tonalités sourdes, dans les beiges et les gris, rehaussés de blanc. Ce groupe prend le nom d'« École de Londres » (School of London). – groupe auquel sera consacrée une exposition, en 1998-1999, au musée MaillolVoir sur museemaillol.com.. Ce groupe de peintres figuratifs se constitue en réaction à la peinture abstraite dominante d'après-guerre et revendique une peinture réaliste dépassant les apparences pour cerner la vérité des sujets.

Lucian Freud peint sa famille, sa mère Lucie et ses filles (Bella and Esther, 1987-1988), ses amis, d'autres artistes, dont Frank Auerbach et Francis Bacon, des gens célèbres et des inconnus, certains ne posant que pour une œuvre, produit un grand nombre de portraits de l'artiste de performance australien Leigh Bowery, et également , muse de nombreux artistes de Soho.

Une série d'énormes portraits nus du milieu des années 1990 dépeint la très grande Sue Tilley, ou « Big Sue » aux formes généreuses, certains utilisant son titre d'emploi de Benefits Supervisor dans le titre de la peinture, par exemple le monumental tableau Benefits Supervisor Sleeping (1995).

Il peint face à des modèles vivants dans le huis-clos de son atelier. Les vues de Londres ou de son jardin sont réalisées à partir du point d'ancrage de l'atelier. Il travaille toute la journée, infligeant des séances de pose interminables à ses modèles.

Reconnaissance Le talent de Freud est reconnu à partir des années 1970-1980 avec, en 1974, l'exposition rétrospective de ses œuvres à la Hayward Gallery de Londres, puis, en 1982, avec la publication de la première monographie consacrée à son œuvre par Lawrence Gowing. La première grande exposition itinérante de son œuvre a lieu en 1987-1988 (Washington, Paris, Londres, Berlin). Après l'exposition de l'École de Londres suivent, en 2002, l'exposition de la Tate Britain, celle de la fondation La Caixa Barcelona, celle du Musée d'art contemporain de Los Angeles. En 2005 a lieu une importante rétrospective de son œuvre à Venise.

En 2010 est présentée à Paris l'exposition « Lucian Freud - L'Atelier », au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, plus de vingt ans après la première rétrospective que lui avait consacrée le Centre, en 1987Présentation de l'exposition de Lucian Freud au Centre Pompidou..

Dernières années À la fin de sa vie, les portraits de nus dominent sa peinture révélant l'intimité crue de ses modèles, celle de Leigh Bowery, de Sue Tilley ou de son fidèle assistant David Dawson (Sunny Morning-Eight Legs, 1997). Même les modèles habillés révèlent leur nudité, la vérité de l'être qui perce toute apparence. explique-t-il. En témoigne le portrait de son ami et compagnon d’équitation Andrew Parker Bowles, dont le splendide uniforme aux nombreuses médailles est entrouvert et montre la tristesse d’une fatigue intérieure (The Brigadier, 2003-4).

Dans ses autoportraits, Freud scrute son visage comme celui des autres, sans bienveillance. Les critiques voient dans son œuvre une quête obsessionnelle, sonder la nature humaine à travers son enveloppe charnelle. Ses grands nus provocateurs et sans complaisance des années 1990 représentés dans des toiles aux grandes dimensions marquent l'apogée de son œuvre.

Passionné de courses de chevaux et de chiens, Freud est un joueur impénitent. Un de ses grands collectionneurs, Alfie McLean, un bookmaker d'Irlande du Nord, lui permettait de rembourser ses dettes de jeu en tableaux. Mais, au fil des décennies, le peintre lui doit tellement d'argent que les portraits ne suffisent plus à rembourser ses dettes. Lorsqu'en 1992 le marchand américain William Acquavella voulut représenter le peintre, il dut d'abord régler à Alfie McLean le solde de ses dettes de jeu se montant à 2,7 millions de livres sterling. Quand McLean meurt en 2006, il possède 23 œuvres d'une valeur estimée à l'époque à 100 millions de livres sterling. Freud a peint plusieurs portraits du bookmaker dont The Big Man (1976-1977).

Freud a travaillé presque tous les jours durant les trois dernières années de sa vie. sur un tableau intitulé Portrait of the Hound., tableau resté inachevé. Il s’agit du portrait de son ami David Dawson qui était aussi son assistant.

Mort Lucian Freud meurt dans la nuit du 20 au , dans sa résidence de Londres.. Il est enterré au cimetière de Highgate - Find A Grave, consulté le 20 novembre 2019..

Bien qu'étant devenu très riche, l'artiste vivait simplement, dans une maison avec jardin située dans le quartier de Notting Hill, où il avait installé ses ateliers à l'étage.

Distinctions Membre de l'Ordre des compagnons d'honneur (CH - 1983) Membre de l'Ordre du Mérite britannique (OM)

Œuvre Style L'œuvre de Lucian Freud est divisé en plusieurs périodes : une première période aux compositions surréalistes ; puis une période réaliste dite « néo-romantique », où apparaissent les portraits dans une texture légère ; enfin la période de maturité, qui a fait la réputation de l'artiste.

Peints dans une texture épaisse, dans des tons bruns, gris et blancs, les portraits apparaissent souvent comme vus avec une acuité particulière qui ne veut cacher aucun détail, en particulier du visage, du modèle scruté. Peints sur le vif, ils sont repris de nombreuses foisIn « Bacon-Freud Expressions », Fondation Maegh, 1995..

Les modèles nus sont vus dans des ateliers désolés – en fait l'appartement vide où travaille le peintre –, sur des lits ou des sofas défoncés dans des poses inhabituelles et avec des attitudes crues. Aucun détail n'est caché. L'éclairage de la scène est souvent électrique, et on remarque des « coups de blanc » sur les chairs des modèles peints qui renforcent la sensation d'éclairage artificiel. Freud parle d'une « déformation particulière » qu'il obtient par sa façon de travailler et d'observerIn Lucian Freud, scènes d'atelier, Thames and Hudson, 2007..

, le style particulier de Freud choque par son aspect caricatural, presque morbide dans certaines de ses œuvres.

Freud est également graveur. On lui doit une œuvre gravée sur cuivre abondante, en noir et blanc, qui reprend et réinterprète les thèmes de sa peinture.

Selon Hector Obalk Le critique d'art Hector Obalk a consacré en 2009 à Lucian Freud un épisode de son émission Grand'ArtDiffusée sur Arte en ; présentation de l'émission.. Il y fait voyager dans l'univers de l'artiste depuis ses débuts jusqu'à son œuvre récente, notamment au travers d'une série d'autoportraits allant de ses toiles des années 1940 à celui de 2005. Obalk y voit un moyen pour décrire l'évolution de la technique de Freud. Il y voit également, tour à tour, la représentation d'un peintre présomptueux, sûr de lui, faussement inquiet, enfin assumant sa nudité et les marques de la vieillesse. Son dernier autoportrait le représente en effet nu, les pieds dans des godillots ouverts, tenant de la main gauche sa palette et de la droite son couteau de peinture, dans le vide de son atelier « qu'il n'a jamais voulu aménager », nous dit Obalk.

Ses portraits traitent de personnes « ordinaires », des proches du peintre. Les sujets non animés ont plutôt tendance à s'intégrer comme éléments du portrait, qu'ils soient détails (remontoir de montre ou ceinture de l'industriel irlandais, cravate de son fils) ou plus importants (fouillis d'objets sur la chaise à côté de son assistant). Quelques œuvres portent exclusivement sur des éléments de décor, comme deux représentations du lavabo de son atelier.

D'un point de vue technique, Obalk remarque au début du travail de Freud un attachement aux reflets dans les yeux, certaines exagérations touchant presque à la caricature et, toujours, une recherche obsessionnelle du rendu de la lumière. Sur le tard, Freud ne dessine pour ainsi dire plus, il pose les touches de teintes des carnations, dessinant ainsi des visages, parfois englués sous une épaisse couche de peinture.

Obalk relève trois changements dans la technique picturale de Freud. D'abord, un changement d'outil, une brosse plus dure. Ensuite, le passage à un blanc contenant plus d'oxyde de plomb, ce qui lui permet de rendre encore mieux les contrastes de lumière. Enfin, après être passé maître de sa technique, une remise en question totale qui lui fait abandonner en 1988 le dessin des formes, pour l'application de touches de couleur, remise en question que seul un Titien avait été auparavant en mesure de faire, risque rendu possible du fait de la grande maîtrise technique, mais aussi de l'âge avancé atteint par les deux peintres.

L'intimité du processus