L'Italie est aujourd’hui l’une des principales « portes d’entrée » de l’Europe pour les immigrants venus notamment du continent africain.

À partir des années 1880 – 1920, les départs en Italie sont compensés par les arrivées, tout d’abord des familles de migrants rentrant au pays puis, à partir des années 1980, des populations d’Afrique du Nord pour pallier le manque de main-d’œuvre pauvre peu qualifiée et nécessaire à certaines activités (notamment l’agriculture).

Non préparée à ce retournement de situation, l’Italie a du mal à trouver sa propre politique d’immigration. Le modèle d’intégration italienne connaît ses premières limites dès la fin des années 1980 ayant du mal à faire coexister les populations d'origine et ces nouvelles populations, indispensables pour des secteurs clés des économies locales du pays. Mais, face au vieillissement de plus en plus important de la population italienne (ayant maintenant un solde naturel négatif, -0,5 ‰ en 2005 d’après Eurostat), selon les idées progressistes, l’Italie va apparaître de plus en plus comme une terre d'accueil.

Historique Les arrivées plus massives d’immigrés sur le sol italien sont un phénomène relativement récent, amorcé dans les années 1970, à partir du moment où l’Italie connaît une forte période de croissance économique.

L’Italie, une terre d’accueil de l’après-guerre Dès les années 1960, on observe les premières migrations post-coloniales (avec le retour des Italiens de Libye et de l’Afrique du nord-est, doublé du départ de certaines populations éthiopiennes, érythréennes et somaliennes) ou encore le retour des émigrés italiens d'Amérique latine (durant la crise économique et politique qui sévit dans cette région à l’époque), commence à annoncer le phénomène.

Mise en place de flux migratoires vers l’Italie Avec l’apparition de crises politiques (décolonisation), et économique (Amérique du Sud notamment), des migrants ou descendants de migrants italiens, reviennent vers ce pays, qui connaît une forte croissance économique, appelé souvent « miracle économique italien » (miracolo economico ou encore boom economico par bon nombre d’économistes, , tiré par la production industrielle, le seul équivalent étant le Japon).

Avec la crise économique, survenue au lendemain des Trente Glorieuses, à partir du milieu des années 1970, les principaux pays d’immigrations d’Europe du Nord vont tenter de « fermer » progressivement leurs frontières.

Certains secteurs saisonniers comme l’hôtellerie, l’agriculture, le bâtiment vont faire appel dès ces années 1960-1970 à de la main d’œuvre étrangère peu coûteuse, du fait de la disparition des dernières couches les plus pauvres du Mezzogiorno, dans les flux internes sud-nord. Dès les années 1980, on trouve un nombre important d’immigrés établis dans des provinces telle que la Toscane, la Campanie, le Latium… acceptant des travaux précaires, dû à l’irrégularité de leur situation.

Ces flux augmentent sans que ni les forces politiques, ni l’opinion publique italienne ne s’en émeuvent particulièrement. Aucune mesure spéciale ne sera prise par rapport à ce phénomène récent avant 1986. Jusque-là les mesures concernant l’entrée et le séjour d’étrangers sur le territoire italien restent fondées sur des textes de 1931.

En 1986 les premières mesures prises visent à régulariser les étrangers déjà présents en Italie et à programmer les flux à venir. En 1989 est votée la loi Martelli (du nom du ministre de l’intérieur de l’époque), qui établit les bases d’un contrôle de l’immigration et permet dans un même temps la régularisation de près de étrangers.

Dès lors les frontières de l’Italie commencent à se fermer elles aussi, les entrées prenant le plus souvent les voies clandestines (notamment en provenance du Maghreb et de l’Albanie), ce qui donne lieu durant les années 1990 à plusieurs régularisations.

Historique des flux de migrants durant les années 1980-2000 + Nombre des étrangers présents en Italie Année Population 1981 Emilio Reyneri, Everardo Minardi, Giuseppe Scidà, Immigrati e lavoro in Italia, F. Angeli, Milano, 1997, . 1991 « Comunicare l'immigrazione – Dossier Statistico Immigrazione » (cf. « Evoluzione della presenza straniera ») , sur dossierimmigrazione.it (consulté le 27 mai 2018). 1996 « Immigrazione in Italia – Introduzione storica », di Dario Predari, Morgana Allegri, Francesca Di Carlo, Noemi Lo Conte, Brixhilda Kreku. 2001 « Documento – Camera dei Deputati », sur documenti.camera.it (consulté le 27 mai 2018). 2006 « Cittadini stranieri in Italia (2006) », sur tuttitalia.it (consulté le 27 mai 2018). 2011 « Cittadini stranieri in Italia (2011) », sur tuttitalia.it (consulté le 27 mai 2018). 2016 « Cittadini stranieri in Italia (2016) », sur tuttitalia.it (consulté le 27 mai 2018).

Pour reprendre les mots de Clara Gallini, dans son article sur le racisme en Italie : .

À partir des années 1980, on assiste à une intensification des arrivées en provenance de la rive sud de la Méditerranée. Aux Tunisiens déjà présent dans l’agriculture du sud de la péninsule, et qui se stabilisent, viennent s'ajouter les Marocains, les Égyptiens (se distinguant par une trajectoire migratoire beaucoup plus stable, dont la destination est presque exclusivement les grandes aires urbaines, en particulier Milan) et, surtout à partir des années 1990, les Algériens. Mais c’est la communauté marocaine qui a le plus augmenté, pour devenir la plus nombreuse jusqu'au début des années 2000 .

Les années 1980 ouvrent aussi le front de l'immigration provenant de l'Afrique subsaharienne, jusqu'alors ponctuelle. C'est surtout l'Afrique de l'Ouest qui alimente ces flux migratoires parmi lesquels on distingue des migrants du Nigeria, du Sénégal, du Ghana, du Mali, de la Côte d'Ivoire, du Burkina Faso et de Gambie. Toujours à cette époque, l'immigration destinée à occuper les emplois de travail domestique s'intensifie et, aux étrangers asiatiques déjà présent (Philippines…) s’ajoutent aussi l’Amérique du Sud (Pérou…).

Cependant la décennie 1990 se caractérise non seulement par la consolidation des flux migratoires existants, mais aussi par l'apparition soudaine de nouveaux dans tous les pays de l'Europe occidentale, liés à la chute du Rideau de fer et à la disparition du régime soviétique. L'arrivée de milliers d’Albanais pendant le printemps et l'été 1991 dans le port de Bari symbolise l'ouverture de cette nouvelle « frontière » orientale.

En 2009, avec 6 % de population étrangère, l'Italie se trouve déjà au dessus de la moyenne européenne - UE27 - (5,6 %). Sa distribution sur le territoire est très inégale avec une forte présence dans les régions du Nord et du CentreFabio Amato, Migrations et changements territoriaux en Italie (Migrations and territorial change in Italy), Bulletin de l'Association de Géographes Français, Année 2009, 86-4, pp. 434-444.

Crise migratoire Dans les années 2010 et lors de la crise migratoire en Europe, l'Italie se trouve sur la « route centrale » qui mène les migrants de la Tunisie et de la Libye vers l'Europe. Entre le et le , migrants arrivent sur les côtes italiennes. En dépit des promesses de relocalisation d'autres pays européens, le système reste « au point mort » et le gouvernement italien indique que migrants sont encore dans le pays, contre en 2015 et en 2014Hausse du nombre de migrants arrivés en Italie en 2016, radiovaticana.va, 27 décembre 2016.

L'origine des passeurs qui viennent leur proposer leurs services est sensiblement différente de celle des migrants. Sur arrêtées en Italie pour ces faits entre et ., il y aurait 279 Égyptiens, 182 Tunisiens, 77 Sénégalais, 74 Gambiens, 41 Syriens, 39 Érythréens, 29 Marocains, 24 Nigérians et 22 Libyens...

Contrairement à la croyance populaire, la majorité des personnes arrivant en Italie ne sont pas des réfugiés Marcel Leubecher, Die meisten Bootsmigranten sind keine Flüchtlinge, welt.de, 3 février 2020. Les principaux pays d'origine des migrants par mer en étaient l'Algérie, la Côte d'Ivoire et le Bangladesh, selon le ministère italien de l'Intérieur. En 2019, les Tunisiens et les Pakistanais étaient les plus nombreux. À la fin de la procédure d'asile, 95 % des demandeurs de tous ces pays sont rejetés. En 2019, sur les migrants qui sont arrivés sur la côte italienne, personnes sont venues de Libye, les autres sont venus de Tunisie (), d'Algérie (894) et même de Turquie ().

En 2020, Confagricoltura et Coldiretti, les principaux représentants du secteur agricole transalpin, demandent la régularisation d'une partie des clandestins présents en Italie. Cette proposition est soutenue par Luciana Lamorgese, Nunzia Catalfo et Teresa Bellanova, ministres de l'Intérieur, du Mezzogiorno, du Travail et de l'Agriculture. Un décret sera prochainement adopté pour régulariser environ clandestins qui auront la possibilité d'obtenir un contrat de travail dans la filière agricole. Ceci représenterait la plus importante régularisation depuis plus d'une décennie en ItalieOlivier Tosseri, Coronavirus : manquant de bras, l'Italie va régulariser 200.000 sans-papiers, lesechos.fr, 20 avril 2020.

Les étrangers sur le sol italien depuis 2000 Aujourd’hui, avec l’ouverture de l’Europe à l’est, le continent européen est à la première place (avec 47,9 %) suivi de loin par l'Afrique (23,5 %) en termes d’étrangers. Après la dernière régularisation, le classement des nationalités change de façon importante. À la suite de la disparition du visa pour les Roumains, les demandes de régularisation présentées par ces derniers représentent un cinquième de l'ensemble des demandes de permis de séjour (). Ainsi, la communauté roumaine (dont on compte plus de 10% de Roms de Roumanie) est devenue la plus importante, tandis que le Maroc et l'Albanie en 2003 sont loin derrière, même s'ils enregistrent une légère augmentation. +Les principales nationalités en Italie en 2000Source : d’après OCDE Tendance des migrations internationales, SOPEMI, 2001-Les principales nationalités en Italie en 2003Source : d’après les données du ministère de l’Intérieur italien – 2003-Les principales nationalités en Italie en 2016Source : d’après les données de l’ISTAT – 2016- Autres pays Total Dont UE

Comme on peut le voir dans les tableaux précédents, l’Italie joue un rôle primordial dans l’immigration de populations venues d’Afrique, notamment d’Afrique du Nord : les Marocains sont en 2001 la première population étrangère de la péninsule, avec près de ressortissants, répartis essentiellement dans les provinces du Nord de l’Italie (voir carte). On trouve aussi des Tunisiens ( étrangers), Égyptiens, mais aussi Libyens et Algériens.

La répartition des étrangers dans l’espace fait apparaître de nos jours une grande proportion d’étrangers en situation régulière dans les grandes régions urbaines et industrielles et une présence importante dans les régions à dominante agricole ou quand le commerce informel est développé (voir la carte Répartition des immigrés régularisés sur le territoire italien en 2002).

En 2005, on comptait en Italie près de 2,8 millions d’étrangers, mais ce chiffre ne se réfère qu'aux présences officielles et ne prennent pas en compte la dimension clandestine estimée entre et personnes. Ce chiffre inclut en revanche les étrangers provenant des pays les plus développés comme les États-Unis, la Suisse, la France…

Au début des années 1980, on n'en comptait que dans tout le pays. En 2012, ils sont 4,5 millionsGEO de mars 2012 ..

Naturalisations Le rythme des naturalisations a augmenté de cinq fois en 10 ans, plaçant l'Italie, en 2017, à la première place en Europe pour l'octroi de la nationalité à des étrangers « Migrazioni, i nuovi italiani sono aumentati di 5 volte in 10 anni: siamo i primi in Europa », repubblica.it, 23 octobre 2017..