Le Dernier Jour de Pompéi (1830-1833) est une peinture monumentale actuellement conservé à l'Observatoire du Vésuve, en Italie, œuvre la plus connue du peintre russe Karl Brioullov. Elle valut à son auteur une notoriété internationale et l'admiration d'Alexandre Pouchkine, qui lui dédia un poème.
La toile est achevée en 1833. Elle est conservée au Musée russe, sous numéro d'inventaire Ж-5084. Ses dimensions sont de . Le tableau représente les évènements de Pompéi au moment de l'éruption du Vésuve en 79 de notre ère.
Karl Brioullov visite les fouilles de Pompéi durant l'été 1827, lors d'un voyage à Naples, et c'est là que lui vient l'idée de peindre une grande toile consacrée à la destruction de Pompéi. Le commanditaire de cette toile est le prince Anatole Demidoff. En tout, le travail sur ce tableau a pris environ six ans, depuis 1827, quand Brioullov établit les premiers croquis et esquisses, jusqu'en 1833. La version finale de cette grande toile a été réalisée entre les années 1830 et 1833.
Après avoir terminé le travail sur son tableau, Brioullov commence à le montrer dans son atelier de Rome. La popularité du Dernier Jour de Pompeï et de son auteur connaît une croissance phénoménale : l'écrivain écrit qu'à Rome « le principal événement est une exposition de peinture dans l'atelier de Brioullov », « toute la ville s'est précipitée pour l'admirer ». De Rome, la toile a été transportée à Milan où elle a été présentée lors de l'exposition artistique de 1833. Inspiré par le succès du tableau en Italie, son propriétaire Anatole Demidoff le présente à l'exposition du Salon de peinture et de sculpture, ouverte en à Paris, où son auteur Karl Brioullov obtient la grande médaille d'or pour celui-ci.
L'été 1834, le tableau Le Dernier Jour de Pompeï est envoyé de France à Saint-Pétersbourg, où Demidoff le présente à l'empereur Nicolas . En , le tableau est placé à l'Ermitage, puis à la fin septembre dans une salle séparée de l'Académie russe des Beaux-Arts pour que le public puisse le voir. Le tableau a connu un énorme succès et le poète Alexandre Pouchkine lui a consacré son poème Le cratère du Vésuve s'est ouvertBikiteka russe https://ru.wikisource.org/wiki/%D0%92%D0%B5%D0%B7%D1%83%D0%B2%D0%B8%D0%B9_%D0%B7%D0%B5%D0%B2_%D0%BE%D1%82%D0%BA%D1%80%D1%8B%D0%BB_(%D0%9F%D1%83%D1%88%D0%BA%D0%B8%D0%BD) Poème de Pouchkine Le cratère du Vésuve s'est ouvert, la fumée jaillit par bouffées, la flamme se répand largement comme une bannière de combat. La terre s'ébranle et ses colonnes tremblent Les idoles s'effondrent ! Un peuple chassé par la peur sous une pluie de pierre et de cendres enflammées fuit en masse, vieux et jeunes, cette grêle au loin. Août-
Везувий зев открыл
Везувий зев открыл — дым хлынул клубом — пламя Широко развилось, как боевое знамя. Земля волнуется — с шатнувшихся колонн Кумиры падают! Народ, гонимый страхом, Под каменным дождём, под воспалённым прахом, Толпами, стар и млад, бежит из града вон. август—сентябрь 1834 Quant à l'écrivain Nicolas Gogol, il écrit un article dans lequel il appelle Le Dernier Jour de Pompéi un des phénomènes les plus lumineux du « et une résurrection lumineuse de la peinture restée longtemps dans un état semi-léthargique ». En 1851, le tableau entre au Nouvel Ermitage, et, en 1897, il est transféré dans la collection de feu l'empereur (aujourd'hui Musée russe).
La critique d'art Alla Verechtchaguina note que le sujet de la toile Le Dernier Jour de Pompéi était inconnu dans la pratique de la peinture historique classique. L'artiste ne montre pas les exploits d'un héros, mais une catastrophe naturelle qui a frappé beaucoup de gens, ce qui a fait entrer pour la première fois la peinture historique dans le grand public populaire au lieu de rester confinée dans un petit cercle aristocratique. Selon la critique , l'œuvre de Brioullov est devenue non seulement l'une des réalisations de l'école nationale de peinture russe, mais aussi un vrai phénomène qui a accéléré l'évolution de l'art en Russie .
Histoire
Évènements antérieurs En 1821, Karl Brioullo (sic) ou Brioulleau (ou encore Bruleleau) (et pas encore Brioullov) termine l'Académie russe des Beaux-Arts, avec une grande médaille d'or. En raison du désaccord sur le choix de celui qui devait être son maître, Brioullo refuse de continuer à travailler à l'académie. L'année suivante, l'artiste et son frère, l'architecte Alexandre Brioullov ont été invités à devenir pensionnaires de la Société impériale d'encouragement des beaux-arts pour une période de quatre ans. Les frères acceptent cette proposition et, le , ils quittent Saint-Pétersbourg et partent en voyage à l'étranger. Au début, en Allemagne, puis en 1823, en Italie où ils s'installent à Rome. Avant leur départ de Russie, le nom de famille des deux frères est officiellement modifié avec l'ajout des lettres cyrilliques « въ » soit v en alphabet latin et en français et devient Brioullov au lieu de Brioullo. Les Brioullov étaient issus d'une famille de huguenots français émigrés après la révocation de l'édit de Nantes et qui passèrent en Allemagne, puis de là en Russie. De là, la nécessité de russifier leur nom de famille en ajoutant un ov finalPlus tard, le nom Pompéi (Pompeïa) a été utilisé au pluriel en russe sous la forme Pompéi (en russe : Помпеи au lieu de Помпея) mais traditionnellement le nom du tableau utilise le plus souvent la dénomination de la ville de Pompéi au singulier à tous les cas de déclinaison.
Jusqu'en 2018, des publications renseignaient l'éruption du Vésuve et l'ensevelissement de Pompéi et d'Herculanum à la date du de l'an 79 de notre ère . Mais, depuis 2018, des publications ont mis en doute cette date du comme la plupart des historiens dans le monde et reprennent une date qui n'est pas antérieure à octobre 79. Certaines sources historiques considèrent même que l'éruption daterait de novembrePierre Barthélémy, « Une inscription remet en question la date de la destruction de Pompéi », Le Monde, , page consultée le . Selon certaines informations, cette éruption à Pompéi aurait provoqué la mort d'environ deux mille personnes. Bien que les fouilles systématiques aient débuté en 1748, elles se sont poursuivies au début du . Des œuvres d'art ont été créées, qui étaient liées à l'évènement. Par exemple, en 1822, l'artiste anglais John Martin a réalisé un grand tableau La Destruction de Pompéi et d'Herculanum (toile, huile, , aujourd'hui à la galerie Tate Britain). Et en 1824 est produit l'opéra italien du compositeur Giovanni Pacini Les Derniers Jours de Pompéi, dont la décoration a été réalisée par Alessandro Sanquirico .
Le premier des deux frères Brioullov à visiter les fouilles de Pompéi a été Alexandre Brioullov, qui, semble-t-il, a dit beaucoup de choses intéressantes à son frère Karl. Après avoir quitté Rome au début de l'année 1824, Alexandre visite la Sicile, puis s'installe à Naples, où il crée un certain nombre de portraits à l'aquarelle. Apprenant qu'à Pompéi un bâtiment bien conservé avait été ouvert, Alexandre obtient des autorités du royaume des Deux-Siciles de prendre des mesures et des croquis de toutes les structures architecturales qui l'intéressaient dans les ruines . Obtenir un tel permis n'était pas chose aisée, et pour ce faire, Alexandre Brioullov bénéficia du fait que se trouvait à Naples , la fille de Mikhaïl Koutouzov et veuve en secondes noces de Nikolaï Fiodorovitch Khitrovo, amie du poète Pouchkine. Sur sa recommandation, il réalise les portraits de la famille royale napolitaine et obtient ainsi les autorisations requises . Grâce à ces autorisations, la même année 1824, Alexandre Brioullov visite Pompéi, qui lui fait grande impression. Dans une lettre adressée à ses parents du , Alexandre écrit que « ce type de vestiges m'a involontairement fait voyager dans le temps, quand ces pierres étaient encore habitées, quand ce forum où nous trouvons seuls était rempli par la foule où le silence n'est plus interrompu aujourd'hui que par quelques lézards ». Dans une autre lettre à sa mère, datée du , il décrit ainsi ses impressions : « Je vois des rivières de feu, qui jaillissent du cratère du Vésuve », « Une pluie de sable, de cendres et de pierres qui s'endort avec Pompéi ; Pompéi disparaît sous mes yeux ». La prise des mesures des thermes par Alexandre Brioullov a été achevée en 1826 . Les résultats des travaux d'Alexandre Brioullov sur les bains de Pompéi ont été publiés en 1829 dans un ouvrage sorti à Paris sous le titre Thermes de Pompéi. Selon certaines hypothèses, c'est Alexandre qui aurait pu suggérer à son frère le sujet du tableau représentant le dernier jour de Pompéi .
Durant cette période, Karl Brioullov continue à travailler sur des scènes de genre de la vie italienne, créant des toiles telles que Matin italien (1823), Midi italien (1827) et Jeune fille récoltant des raisins dans les environs de Naples (1827). De 1825 à 1828, il travaille sur une copie de L'École d'Athènes de Raphaël, une commande qui a donné à l'artiste une expérience de travail sur des compositions à multiples personnages et lui a été proposée par l'Ambassade de Russie en Italie et pour lequel il a été honoré de . En 1825, Brioullov décide de visiter Naples avec le peintre Fiodor Bruni, mais finalement le voyage n'a pas lieu pour l'une ou l'autre raison.
En , Karl Brioullov, part finalement pour Rome et pour Naples. À Naples et dans les environs, il reste de début juillet à fin août. À Pompéi, il consacre quatre jours à visiter les ruines qui lui font grande impression. Parmi ceux qui l'ont accompagné durant ce voyage, on remarque la comtesse Maria Razoumovskaïa, le futur sénateur Hypolite Podtchasski, et aussi la comtesse Ioulia Samoïlova et le prince Anatole Demidoff. Robert Vinspiere, fonctionnaire important de l'ambassade de Russie à Rome, écrit à Alexandre Brioullov, le frère de Karl, le : « Votre frère Karl a été emmené voir Naples par la comtesse Razoumovskaïa » ; elle s'est ensuite présentée et a agi comme commanditaire de l'esquisse du futur tableau. Avec la comtesse Ioulia Samoïlova Brioullov fait la connaissance à Rome en 1827 de la princesse Zinaïda Volkonskaïa. Ioulia Samoïlova et Brioullov ont ensuite été liés par une longue et tendre amitié . La critique d'art Galina Leonteva écrit que l'une des raisons du voyage de Brioullov à Naples pourrait être la présence de la comtesse Samoïlova dont il avait fait connaissance peu de temps auparavant et qui s'y rendait également .
Le peintre Mikhaïl Jeleznov, dans les mémoires qu'il a écrites plus tard, note que Karl Brioullov lui avait raconté ceci : à Naples, il avait rencontre Anatole Demidov et celui-ci l'avait emmené à Pompéi. Selon Jeleznov, « lors de la visite de cette ville est née l'idée chez Brioullov de réaliser un grand tableau représentant la destruction de Pompéi », et il a fait connaître ce projet à Demidov, qui lui a promis d'acheter le tableau s'il était réalisé. Demidov considérait que probablement rien ne suivrait, mais plus tard rapporte Jeleznov, une dame, dont le nom lui est resté inconnu, après le déjeuner, auquel participait aussi Brioullov, lança la conversation avec Demidov sur le voyage à Pompéi et « réussit à la placer dans une position telle que par complaisance son interlocutrice demanda à Brioullov de réaliser le tableau Dernier Jour de Pompéi. En recoupant ces informations, les chercheurs spécialisés dans l'œuvre de Brioullov considèrent que cette dame pourrait être la comtesse Razoumovska, qui aurait ensuite cédé sa commande à Demidov. Étant donné qu'en 1828, quand l'esquisse pour la comtesse Razoumovskaïa était réalisée, Demidov n'avait que , le journaliste Nikolaï Projoguine suggère que le transfert de la commande aurait peut-être pu se réaliser un peu plus tard. Il n'exclut pas que « la dame qui a poussé Demidov à la commande », pourrait être aussi l'autre comtesse, Ioulia Samoïlova.
Travail sur la toile