Jean Louvet, (1370-1440), seigneur d'Eygalières, de Theys, de Fallavier et de Mérindol, ancien président de la cour des comptes de Provence, est connu historiquement sous la désignation de président de Provence. Nommé conseiller, puis responsable des Finances du dauphin Charles de Ponthieu, futur roi Charles VII, il exerce ses fonctions à Bourges, à partir de 1418. Il est évincé du pouvoir pour raison d'État en 1425, étant précisé que le roi lui a conservé sa confiance et son amitié jusqu'à sa mort survenue en 1440.

Contexte historique La vie et la carrière de Jean Louvet se déroulent dans le contexte historique de la Guerre de Cent Ans, commencée en 1337 et achevée en 1453. La dynastie anglaise des Plantagenêt, descendant en ligne féminine des rois de France, avait la prétention de se substituer à la Dynastie régnante de Valois. Les armées anglaises ont envahi la Normandie, puis la moitié du nord de la France. Elles tentent de placer le roi Henri V d'Angleterre sur le trône de France.

Cette guerre anglo-française est doublée d'une cruelle guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, qui a duré 25 ans de 1410 à 1435. Les ducs de Bourgogne, descendant d'une branche cadette des rois de France, recherchent eux aussi le pouvoir et se sont alliés aux Anglais.

En face, le royaume de France ne peut opposer aux Anglais et aux Bourguignons qu'un jeune prince, Charles, dauphin de France, âgé de 14 ans en 1417. Son père Charles VI de France est atteint de démence et il n'est plus capable de régner. Sa mère, Isabeau de Bavière, est tombée entre les mains du duc de Bourgogne, Jean sans Peur.

En 1418, le dauphin Charles, futur roi Charles VII est directement menacé d'être enlevé par les Bourguignons : Il doit s'enfuir précipitamment de Paris qui est envahi par les Bourguignons aux ordres du tueur Capeluche. Pendant que ces derniers massacrent dans la capitale les Armagnacs fidèles au royaume de France, le dauphin Charles, bénéficiant de la garde rapprochée des officiers de la couronne, va se réfugier à Bourges, capitale de son Duché de Berry.

Depuis Bourges, le dauphin organise la résistance contre les Bourguignons et les Anglais, en constituant un gouvernement provisoire et en invitant à son conseil les seigneurs qui l'ont courageusement protégé et entouré dans son périple, parmi lesquels : Jean Louvet, Tanneguy III du Chastel, Robert Le Maçon et Pierre Frotier. Jean Louvet va jouer un rôle majeur dans ce gouvernement provisoire.

Biographie

Le président de Provence Il exerce la carrière de viguier, représentant du duc d'Anjou, comte de Provence, et il est chargé de l'administration et de la justice à Marseille jusqu'en 1413. Puis, il est nommé président de la Chambre des comptes de Provence au mois de mars 1414, par le duc Louis II d'Anjou, roi de Sicile et comte de Provence. Le siège de la Chambre des comptes est situé à Aix-en-Provence.

À la mort de Louis II d'Anjou, survenue le , c'est sa veuve, la duchesse d'Anjou, Yolande d'Aragon, reine de Sicile qui prend le pouvoir. Elle avait fiancé en novembre 1413 sa fille Marie d'Anjou au onzième enfant du roi Charles VI. Cet enfant nommé Charles, comte de Ponthieu, précédé par deux frères aînés destinés à régner, n'avait aucun avenir. Aussi, personne n'hésita à laisser les deux enfants âgés de 10 ans, accompagner la reine de Sicile dans son duché d'Anjou au début de l'année 1414.

Le petit prince est élevé avec sa fiancée au château d'Angers. Mais la reine de Sicile, craignant de voir les Anglais envahir l'Anjou, décide de rejoindre le comté de Provence. C'est en 1415 que Jean Louvet fait connaissance du petit prince cadet au château de Tarascon, qu'il l'instruit des affaires de Provence et qu'il se lie d'amitié avec celui qui, contre toute attente, va devenir l'héritier du trône de France.

Ses deux frères aînés sont morts à l'âge de 19 ans: le dauphin Louis, duc de Guyenne, en 1415 et le dauphin Jean, duc de Touraine, le . C'est donc à cette date que Charles, dernier espoir de survie de la dynastie directe des Valois, est nommé Dauphin de Viennois: il est rappelé au début de l'année 1417 à Paris pour assumer ses nouvelles fonctions de lieutenant général du royaume, chargé de suppléer son père défaillant. Il réussit à introduire au conseil de régence de Paris un certain nombre de conseillers affiliés au parti d'Armagnac, à commencer par son mentor et ami provençal, Jean Louvet qui occupe le poste de commissaire des Finances. Ce dernier avait été détaché de sa présidence d'Aix-en-Provence à la demande de Yolande d’Aragon. La reine de Sicile entend ainsi préserver l'avenir de son futur gendre, au milieu des manœuvres d'Isabeau de Bavière, qui préside le Conseil de Régence, mais qui reste totalement soumise aux pressions de Jean sans Peur. Le dauphin va envoyer sa mère sous bonne garde à Tours où elle sera prisonnière des Armagnacs, avant d'être délivrée par Jean sans Peur.

Le conseiller du dauphin, l'affaire de Montereau En 1418, dans la nuit du , le dauphin est gravement menacé par les gens d'armes du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, qui ont réussi à envahir l'Hôtel Saint-Pol où réside la famille royale à Paris. Le prévôt de Paris, Tannegy III du Chastel, assisté de Jean Louvet, président de Provence et de Pierre Frotier, (futur commandant de la compagnie de la Garde de Charles VII), , parvient à sauver de justesse le dauphin, alors âgé de 15 ans. Le petit groupe se réfugie à La Bastille, puis à Melun pour finalement aboutir à Bourges, capitale de son duché de Berry. Au cours de cette intrusion , Marie d'Anjou , qui a échappé aux massacres commis par les Bourguignons, est retenue en otage par Jean sans Peur et ne sera rendue à son fiancé que beaucoup plus tard en signe de réconciliation.

À Bourges, le dauphin se proclame régent de France en tant qu'« unique fils, héritier et successeur du roi ». Il décide de prendre les armes pour reconquérir son royaume. De son côté, Jean Louvet fait partie de ses principaux conseillers. Il est chargé de l'administration et de la gestion du domaine royal resté fidèle ou rallié au régent. Ses fonctions dans la viguerie marseillaise et son expérience de la présidence provençale le destinent tout naturellement à devenir un de ses favoris. Au conseil de Bourges, il assume le pouvoir à égalité avec Yolande d'Aragon. Il est allié des Armagnacs et rejette toute alliance avec les Bourguignons. À cet égard, il assiste notamment le dauphin en son Conseil, afin que soit catégoriquement refusée la première tentative de paix proposée par Jean sans Peur, qu'il considère comme fallacieuse: en effet, ce dernier avait concocté avec la reine Isabeau de Bavière et le duc de Bretagne, le , le traité de Paix de Saint-Maur, en proposant son pardon aux ArmagnacsProjet de Traité de Saint-Maur refusé par le dauphin de France: « Tout est pardonné aux Armagnacs, les maux qu'ils avaient faits; Et si était tout prouvé contre eux qu'ils étaient consentants de la venue du roi d'Angleterre, et qu'ils en avaient eu grands deniers dudit roi. Item, d'empoisonner les deux aînés fils du roi de France. (et savoir-on bien que ce qui avait été et fait faire). Et de l'empoisonnement du duc de Hollande. Et débouter hors la reine de France de son royaume. Et s'il convient de tout mettre à néant ou non, ils eussent détruit tout le royaume de France et livré aux Anglais le dauphin qu'ils avaient devers eux » (Journal d'un bourgeois de Paris- Réimpression Henri Jonquères, Paris 1929, p.109).

Les chroniqueurs bourguignons de cette époque font de Jean Louvet la cible principale de leur vindicte et dénoncent à l'envi ses « méfaits »« Le président Jean Louvet est l'un des mauvais chrétiens du monde » écrit le Bourgeois de Paris, chroniqueur et propagandiste du duc de Bourgogne. (Georges Minois, Charles VII, p. 92).

En 1419, Jean sans Peur n'a qu'une idée en tête: soumettre à son pouvoir le « Roi de Bourges » c'est le sobriquet sous lequel les Anglais et les Bourguignons nommaient par dérision le dauphin, comme il l'avait déjà fait avec les deux dauphins précédents. Pour cela, bien qu'il ait secrètement conservé sa collaboration avec les Anglais, il va proposer à son neveu un traité de paix, doublé d'une alliance contre les Anglais. Le dauphin Charles y est fortement incité par Yolande d'Aragon, contre la volonté de Jean Louvet qui demeure radicalement hostile au duc de Bourgogne, car il ne peut oublier que Jean sans Peur, assoiffé de pouvoir et au comble de la fourberie, avait fait assassiner 12 ans plus tôt par ses spadassins le frère cadet du roi, le duc Louis d'Orléans« Le duc Jean de Bourgogne tira à part le roi Louis V d'Angleterre et le duc de Berry, son oncle, et en bref leur confessa et dit qu'à l'instigation du diable il avait fait faire cet homicide par Raoulet d'Anquetonville et ses complices ». Histoire et Chroniques de Flandre, II, p.161 après avoir communié en sa compagnie et lui avoir juré la plus grande amitié« Il y avait toujours des grommelis entre les ducs d'Orléans et de Bourgogne, et il fallait faire souvent alliances nouvelles entre eux, tellement que le dimanche vingtième jour de novembre (1407), monseigneur de Berry et autres seigneurs assemblèrent lesdits d'Orléans et de Bourgogne ; ils ouïrent tous la messe ensemble et reçurent le corps de Notre Seigneur. Et préalablement jurèrent bon amour et fraternité par ensemble ». Jean Juvenal des Ursins , Histoire de Charles VI, p.437.

Le , a lieu une première rencontre à Pouilly-le-Fort. Les conseillers de Jean sans Peur et du dauphin sont invités à signer le traité du Ponceau qui en résulte, devant des prélats et de hauts dignitaires bourguignons, sur les Saints Évangiles et reliques sacrées, en promettant de respecter les conventions de paix proposées par le duc de Bourgogne, sous peine de grave parjure. Jean Louvet fait partie des signataires et appose son sceau sur le parchemin.