Jean François Charles de Molette, comte de Morangiès (ou marquis), né le à Lanuéjols (Lozère) et mort le (9 messidor an IX) à Saint-Alban-sur-Limagnole AD 48 - Registre d'état-civil de Saint-Alban-sur-Limagnole - Décès 1801 - vue 9/62AD 48 - Registre d'état-civil de Saint-Alban-sur-Limagnole - Sépultures 1801 - vue 1/2, est un militaire français et seigneur de l'une des plus grandes baronnies du Gévaudan.

Après avoir combattu pendant la Guerre de Sept Ans, il est emprisonné à la Conciergerie en 1773 pour une affaire de dettes. Voltaire prend sa défense devant le Parlement de Paris. Il meurt roué de « coups et de mauvais traitements par des gredins » à 73 ans, selon son acte de décès Registre de Saint-Alban-Marvejols, AD de la Lozère..

Bien que souvent présenté comme suspect dans l'affaire de la Bête du Gévaudan en raison de sa réputation d'escroc et de ses mœurs légères, il n’existe aucune preuve contre lui.

Biographie Sa famille Jean-François-Charles est l'un des quatre fils de Pierre-Charles de Molette, marquis de Morangiès et comte de Saint-Alban, et de Louise-Claudine de Châteauneuf-Randon, baronne de Tournel. La riche famille siège aux États de Languedoc. Il est titré baron de la Guarde-Guérin, seigneur de Villefort, Senechas, Puylaurens, le Bois du Mont, et de La Baume.

Carrière militaire Mousquetaire du roi à l'âge de 14 ans, il entre dans le corps des Gendarmes de la garde du roi Louis XV, au début de l'année 1744Compagnies des gendarmes (1680-1772, Hussard du Marais, Paris)État militaire de France, années 1760-1783, volume 1. Il participe à la guerre de succession d’AutricheArchives des États militaires de France. Son supérieur dira de lui : « c'est un bon sujet, sage et appliqué. Il n'a pas de lumières bien étendues, mais il est attaché à ses devoirs et il a de quoi faire un bon officier. »Défense et illustration du comte de Morangiès - Serge Colin (2001).

Il épouse en 1753 Marie-Paule-Thérèse de Beauvilliers de Saint-Aignan, fille de duc. Elle donne naissance à deux garçons.

La guerre de Sept Ans éclate. Morangiès commande le régiment d'Infanterie-Languedoc avec le grade de colonelLe Régiment de Languedoc, Histoire de l'infanterie française Tome IV - Librairie militaire Dumaine (1876).

Son père, le marquis de Morangiès, perd la bataille de Minden « Commandant à Minden, il fut assiégé le 4 mars (1758) et se rendit prisonnier de guerre avec sa garnison » (Chronologie Historique- Militaire, Tome Cinquième, Chez Claude Hérissant Imprimeur Libraire rue Notée Dame à la Croix d'or, & aux trois Vertus.), échec cuisante de l'armée française qui lui vaudra de tomber en disgrâce à la Cour. Louis XV ne fera rien pour arranger la situation, jusqu'en 1765.

Lorsque le comte de Morangiès quitte le service, il est promu au rang de Maréchal de camp, et devient commandeur de l’ordre royal et militaire de Saint-LouisHistorique de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis - Jean-François d’HOZIER (1817) - Bibliothèque nationale à la suite de ses états de service. Ayant probablement contracté la tuberculose pendant la guerre, il se fait soigner en cure de retour en Gévaudan, à Bagnols-les-BainsArchives des cures de Bagnols-les-Bains, BNF, ParisHistorique de la station de Bagnols-les-bains http://www.bagnols-les-bains.com/historique.html.

Procès et humiliation

Jean-François Charles de Molette obtint de son père, par contrat devant notaire, une « avance sur héritage » au détriment de ses frères et sœurs. vignette|upright=0.5|gauche|Page de garde du Précis du procès de M. le comte de Morangiès, contre la famille Verron, écrit par Voltaire en 1773. En 1766, le comte prend ses distances avec le Gévaudan pour se retirer à Paris dans son hôtel particulier situé rue Saint-Jacques Le Droit civil français suivant l'ordre du Code civil, C.B.M. Toullier.. En 1771, il emprunte une importante somme d'argent sous prétexte de l'investir dans l'amélioration d'une terre qu'il possède dans le Midi. La famille Verron, se désignant comme banquiers, affirme avoir prêté trois cent mille livres au comte, argent qu'il n'aurait jamais rendu à cause de ses dettes. L'affaire va aux tribunaux.

La confrontation entre le puissant seigneur et la famille de classe moyenne prend une dimension symbolique et soulève de nombreux débats passionnés dans toute la capitaleLes Causes célèbres de la France prérévolutionnaire, Sarah Maza, Fayard, 1997 Les Mémoires judiciaires et l'opinion publique à la fin de l'Ancien Régime, Sarah Maza, 1987. Pour beaucoup, le charme et les manières raffinées du comte masquent la réalité d'un pouvoir reposant sur le recours à la violence et l'intimidation. Les avocats des Verron citent le comte de Morangiès comme étant « un homme né dans le plus grand monde (...), imposant [avec un ton de confiance des] promesses faciles [pour] flatter les inférieurs, leur donner une plus haute opinion d'eux-mêmes et les rendre dupes de leur amour-propre aux dépens de leur fortune »Mémoire pour demoiselle Geneviève Gaillard et François Liegard Dujonquay...contre le comte de Morangiés, Paris, 1772.

Brouillé avec sa famille, le comte de Morangiès est emprisonné à la Conciergerie le . Les célèbres philosophes Voltaire et Simon-Nicolas-Henri Linguet prennent sa défense devant le Parlement de ParisPrécis du procès de M. le comte de Morangiès, contre la famille Verron – Voltaire (1773) - Bibliothèque nationaleDéclaration de Voltaire sur le procès - Œuvres complètes de Voltaire, tome 29, Édition Garnier, 1879. Condamné lors d'un premier procès, il est acquitté au second et sort de prisonLes Procès du comte de Morangiès - Marc Chassaigne (1930). Mais le verdict en sa faveur fut très impopulaire, comme en témoigne un dessin cloué sur la porte du procureur, le représentant pendu à une potenceLes Causes célèbres de la France prérévolutionnaire, chap. 1, Imaginaire sociale et crise politique 1771-1773, Sarah Maza, Fayard, 1997.

En 1774, la fortune familiale lui revient au décès de son père. L'accès du château de Saint-Alban lui étant refusé par ses frères désavantagés par cet héritage, il s'enfuit à Metz.

Le scandale de son second mariage

Après son procès, Jean-François Charles de Morangiès se laisse séduire par sa domestique, Louise-Antoine Fontaine. Cette dernière, déjà mariée à un dénommé François Fremain, utilise quatorze identités différentes; son nom véritable étant Marie-Louise Josephe de Lespignières. Elle va alors abuser de sa crédulité en lui faisant reconnaître une fille, qui n'est pourtant pas de lui. Cette dernière grandit avec le fils aîné du comte, François-Paul (alors actuel marquis de Morangiès). Ils se lient ensemble « d'une amitié très étroite ». La femme Fremain accuse le jeune homme d'inceste et de viol, avant d’essayer de lui faire épouser sa prétendue « sœur ». Le jeune marquis refuse en prétextant qu'un noble ne peut s'allier à une roturièreHistoire de Louise-Antoine Fontaine, condamnée...pour s'être mariée avec le comte de Morangiés...du vivant de son premier mari (Bailly et libraires du Palais royal, 1788).

Marie-Louise de Lespignières menace alors de partir si son amant ne la demande pas en mariage. D'abord réticent, Jean-François Charles finit par accepter. Ils fuient à Francfort, où a lieu la cérémonie le : De Lespignières devient ainsi la « comtesse de Morangiès », et sa fille prend le nom de Marie de Noblair de Molette de Morangiès. La rumeur de ces noces arrive aux oreilles de la famille du comte, à Saint-Alban, qui découvre les activités criminelles de cette femme en interrogeant son ancien mari, François Fremain dit « Jaquin » Les Grandes Affaires criminelles de la Lozère, Marie-Pascale Vincent, 2006..

Le , après une longue enquête et un procès au Châtelet qui soulève les débats sur la bigamie, la « comtesse » avoue avoir usé de fausses identités et abusé de la confiance du comte de Morangiès pour l'épouser et obtenir ses biens. Jean-François Charles apprend également que Marie n'est pas sa vraie filleExtrait du registre du Parlement, du 25/04/1788, d'après le procès du 26/07/1787....

Marie-Louise de Lespignières est attachée pendant plusieurs heures à un poteau en place de Grève, marquée au fer rouge, puis incarcérée à l'hôpital de la SalpêtrièreMémoires secrets pour servir à l'histoire de la République..., , L.P. Bachaumont, 1788.. Le comte de Morangiès n'est pas jugé innocent pour autant, et finit une nouvelle fois en prison. En 1791, les deux amants se retrouvent et emménagent finalement à Saint-Alban au grand malheur de la famille du comte. Sa femme, comparaîtra devant le jury d'accusation de MarvejolsJournal Politique de Manneheim (faisant suite à la Gazette des Deux-Ponts) , 1801.Folle histoire, les aristos du crime, Bruno Fuligni, 2014.

Décès Jean-François Charles de Morangiès est assassiné le (9 messidor an IX), à l'âge de 73 ans. Il est noté sur son acte de décès qu'il fut tué « par la suite de coups et mauvais traitements par certains gredins » à quatre heures du soir Constaté par Augustin Euralvin, maire de Saint-Alban, faisant les fonctions d'officier public de l’État civil, du dixième jour du mois de messidor, l'an neuf de la république française, AD de la Lozère..

La Bête du Gévaudan

thumb|Gravure représentant la Bête du GévaudanL'original non colorisé date de 1764, Bibliothèque nationale, Histoire de France, titre original : « Figure de la Bête féroce que l'on croit être une hyène »., BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1764. En 1764, dans le Gévaudan (Lozère/Haute-Loire) et en Auvergne, une Bête attaque les femmes et les enfants. De nombreux soldats, troupes royales et chasseurs sont mobilisés, sans succès. Les journaux d'Europe, comme La Gazette de France, Le Courrier d'Avignon ou La Gazette de Cologne (Zeitung von Köln), se passionnent pour cette histoire et publient des centaines d'articles en quelques moisHistoire du méchant loup, sur l'homme en France - Jean-Marc Moriceau, (Fayard, 2007). La rumeur évoque une hyène échappée d'un cirque, un loup-garou, voire un châtiment divinLa Bête du Gévaudan - François Fabre, Jean Richard (2006).

Le comte de Morangiès, révolté de voir sa province « désolée par un cruel animal qui ne deviendra que plus violent à mesure que l'hiver deviendra plus fort », demande à être mis à la tête d'une troupe d'officiers avec l'autorité requise sur les communautés de la région, « pour le bien de l'ordre public ». Mais sa demande est refusée, et c'est le capitaine Duhamel, capitaine aide-major des dragons du régiment de Clermont-Prince qui est chargé de chasser la Bête. Le nom du comte de Morangiès reste cité dans de nombreuses correspondances :

En septembre 1765, François Antoine, porte-arquebuse de Louis XV, tue un énorme loup sur le domaine de l'abbaye royale des Chazes. Le loup est empaillé et porté à Paris devant le Roi qui aussitôt déclare la Bête morte. Les journaux et la Cour se désintéressent de l'affaire. Mais trois mois plus tard, le massacre recommence en Gévaudan, cette fois dans l'indifférence générale. Le , Jean Chastel, paysan du village de La Besseyre-Saint-Mary, tue un énorme canidé de 50 kilos. Passé cette date, plus aucune mort due à un animal mangeur d'hommes ne fut recensée en GévaudanLa Bête du Gévaudan à travers 250 ans d'images - Éric Mazel, Pierre-Yves Garcin.

Accusations contre le comte de Morangiès En 1910, le docteur Paul Puech, professeur de gynécologie à l'université de médecine de Montpellier, développe l'hypothèse d'un tueur sadique qui aurait profité de la confusion pour assouvir ses pulsionsQu'était la Bête du Gévaudan, Puech, Académie des sciences et lettres de Montpellier, 1911..