Canidie est une magicienne et une sorcière de l'Antiquité romaine, qui apparaît dans les Satires et les Épodes d'Horace.

Nom et réalité du personnage

On aurait pu rapprocher le mot Canidia du mot français canidé qui désigne les mammifères carnassiers tels que le loup, le chien (en latin ) et cela aurait renforcé l'aspect animal ou sauvage du personnage. Mais le a initial de Canidia est long, comme dans les mots de la famille de l'adjectif , qui signifie « blanc », ou « gris ». Ainsi, Canidia signifierait plutôt étymologiquement « la vieille aux cheveux blancs ».

Il existe une gens Canidia apparue récemment dans l'histoire romaine dont cette sorcière est peut-être une représentante.

Pomponius Porphyrion, commentateur d'Horace, indique que ce sobriquet de Canidia désignait en réalité pour Horace une parfumeuse napolitaine de nom de Gratidiad'après Charles Villeneuve, in Horace, Odes et Épodes, Paris, Les Belles Lettres, 1981, , nom construit sur l'adjectif latin Gratus, a, um, qui signifie agréable, charmant en français. Canidia, au sens de la vieille, aurait pu désigner Gratidia par une volonté de dérision fondée sur une antonymie.

Canidie n'est ni réelle, ni totalement fictive : il semble qu'elle ait été créée en reprenant les caractéristiques de personnages réels, avec peut-être une allusion plus spécifique à une sorcière en particulier.

Sources antiques C'est un personnage récurrent dans les textes d'Horace. L'auteur la décrit comme une sorcière (), une nécromancienne en fonction des scènes et de ses actes. Canidia apparaît chez Horace dans les épodes III, V et XVII, ainsi que dans les SatiresI, 8 et II, 8.

L’Épode III Horace croit que Canidie cherche à l'empoisonner :

L'Épode V Canidie et ses compagnes, Sagane et Véia, ont capturé un jeune enfant. Elles n'éprouvent aucune pitié envers ce garçon qui aurait attendri un barbare. Ce jeune homme maudit Canidie et les sorcières qui l'accompagnent. Elles torturent ensuite le pauvre garçon : elles le font patienter devant de la nourriture, tandis qu'il meurt lentement de faimVers 35-36. Canidie veut, avec le corps de celui-ci, concocter une potion qui fera revenir son amant. Avant de mourir, l'enfant avertit Canidie des torts que lui causeront ses Mânes51-53 et sa famille.

Canidie procède avec trois compagnes : SaganeVers 25-26, VeiaVers 29-30 et Folia, qui apparaît au vers 42 de l'épode. La première est avec une . La seconde est décrite comme , et elle manie , avec laquelle elle creuse la terre. La troisième est décrite comme venant de Rimini, aimant les femmes, et possédant un savoir venu de Thessalie:

Satires La satire I, 8

La satire 8 du livre I d'Horace donne la parole à Priape, dieu de la fertilité ainsi que protecteur des jardins et des troupeaux. Il se plaint de Sagane et Canidia, « ces femmes qui troublent les esprits des hommes par leurs incantations et leurs poisons » et qui lui procurent beaucoup de soucis : Il est horrifié par leurs sacrifices : Il est question des Mânes comme dans l’Épode V, mais les sorcières implorent également Hécate et Tisiphone.

La satire II, 1 C'est un dialogue entre deux personnages : Horace et Caius Trebatius Testa. Horace révèle que Canidie menacerait avec les poisons d'Albutius ceux envers lesquels elle éprouverait de la haineVers 65-66 :

Les caractéristiques de Canidie Portrait physique Canidie est laide, et très vieille. Elle porte une robe noire, ses cheveux ne sont pas attachés et sont entrelacés avec des serpents, elle a les pieds nus : Horace, SatireI, 8, 17-18 ; et Elle est pâle, blême, tout comme sa compagne Sagane.

Portrait moral Canidie est possédée par une folie qui transparaît dans son apparence physique : ses cheveux sont détachés, signe d'aliénation ou de négligence chez une femme dans l'Antiquité. Elle est amoureuse, puisqu'elle cherche à faire revenir son amant, qui s'est détourné d'elle : Et à propos de Glycère dans Des Femmes, 73 :

En 1762, un pamphlet anonyme intitulé Anti-Canidia: or, Superstition Detected and Exposed (1762, Anti-Canidie, ou la superstition décelée et découverte), dénonce la supercherie de l’affaire du fantôme de Cock Lane.

Le personnage réapparaît en tant que tel dans les œuvres suivantes :

Catulle Mendès, dépeint Canidie, dans Philomena, avec une série de trois poèmes, publiés chez Jean Hetzel, 1863, .

Aurélien Vivie fait de Canidie un personnage de théâtre dans La sorcière Canidie, comédie en un acteActes de l'Académie nationale des sciences, des belles-lettres et arts de Bordeaux, 1888.

Anatole France évoque la lubricité de Canidia, la sorcière de l'Esquilin dans Sur la pierre blanche, un dialogue philosophique (« II.– Gallion »), en 1905 :

Raymond Marques, Canidie, Éditions de la Salamandre, 1964.

Laurent Guillaume, policier passionné d'antiquité, fait revivre Canidie dans La Louve de Subureéditions Les nouveaux Auteurs, 2011. Le personnage de Sagane s'y trouve aussi.

Notes et références

Articles connexes Veia Sagane Horace Sorcier Rome antique

Liens externes Textes sur la magie et la superstition

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