Erich Honecker, né le à Neunkirchen (Sarre) et mort le à Santiago du Chili, est un homme politique allemand, principal dirigeant de l'Allemagne de l'Est de 1971 à 1989.

Il occupa les postes de secrétaire général du Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) ainsi que de président du Conseil d'État et de responsable du .

Biographie

Enfance et jeunesse Son père, Wilhelm Honecker (1881–1969), était mineur et épouse en 1905 Caroline Catharina Weidenhof (1883–1963). Ils ont six enfants : Katharina (Käthe (1906–1925)), Wilhelm (Willi (1907–1944), mort en Hongrie), Frieda (1909–1974), Erich, Gertrud Hoppstädter (1917-2010) née Honecker, et Karl-Robert (1923–1947).

Erich Honecker nait à Neunkirchen (province de Rhénanie), rue Max-Braun, mais sa famille décide de déménager peu après dans le quartier de Wiebelskirchen au 88 de la Kuchenbergstrasse.

En été 1922, après son , Erich devient membre du groupe d'enfants communistes de Wiebelskirchen, puis à 14 ans, il intègre l'association des jeunes communistes d'Allemagne (Kommunistischer Jugendverband Deutschlands, KJVD). Il est élu en 1928 chef de groupe local du KJVD.

N'ayant pas trouvé de place d'apprentissage après sa scolarité, il travaille deux ans dans une ferme en Poméranie. De retour à Wiebelskirchen, il débute en 1928 un apprentissage de couvreur chez son oncle qu'il arrête pour pouvoir suivre des études en étant délégué du KJVD à l'École internationale Lénine à Moscou, appartenant à l'internationale de la jeunesse.

Début de son activité politique et résistance contre le national-socialisme Erich Honecker devient membre du Parti communiste d'Allemagne (KPD, Kommunistische Partei Deutschlands) en 1930. Son parrain politique est Otto Niebergall, qui est plus tard député du Bundestag. De 1930 à 1931, il fréquenta l'école internationale Lénine à Moscou. Après son retour, il est chef de circonscription de la Ligue des jeunes communistes d'Allemagne (KJVD) pour la Sarre, et entre au Comité central de la Ligue. En 1933, l'année de l'arrivée au pouvoir de Hitler, le militantisme communiste est interdit. La Sarre n'appartient cependant pas au Troisième Reich. Honecker est incarcéré en Allemagne pour une courte durée et est rapidement relâché. Il rentre en 1934 en Sarre et travaille avec Johannes Hoffmann pour la campagne contre l'annexion au Reich. Avec le résultat du vote en faveur de l'Allemagne du , cette campagne est rendue caduque. Honecker s'enfuit, comme beaucoup d'opposants à l'annexion, et va tout d'abord en France. Le , il va illégalement à Berlin sous le nom de Marten Tjaden, une presse d'imprimerie dans ses bagages. Dans la résistance, il travaille étroitement avec le communiste Herbert Wehner, qui entre au Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) après la guerre. En , Honecker est arrêté par la Gestapo et est, dans un premier temps, incarcéré jusqu'en 1937 à la prison de Moabit en détention provisoire. En , il est condamné à dix ans de prison, peine qu'il purge à la prison de Brandenbourg-Görden. Au début de l'année 1945, il est alloué à un commando de travail à la prison pour femmes de la à Berlin en raison de sa bonne conduite. Il réussit à s'enfuir le , lors d'un bombardement, et se cache dans l'appartement d'une gardienne de prison. Sur les conseils de cette dernière, il retourne au bout de quelques jours en prison. La fuite peut être dissimulée à la Gestapo et Honecker est retransféré dans le Brandebourg. Après la libération de la prison par l'Armée rouge le , Honecker va à Berlin où il se marie avec la gardienne de prison Charlotte SchanuelEd Stuhler, Margot Honecker. Eine Biografie, Ueberreuther, Wien 2003, pages 59-61, Faksimile der Heiratsurkunde, page 60.. Elle décéda en 1947.

L'après-guerre vignette|redresse|gauche|Erich Honecker lors de la rencontre de la jeunesse entre trois pays à Zittau en 1950. C'est un peu par hasard qu'Erich Honecker est recueilli à Berlin en par et qu'il est pris dans le groupe de Walter Ulbricht. C'est qui présente Honecker à Walter Ulbricht, ce dernier ne le connaissait alors pas encore. Jusqu'à l'été, la fonction future d'Honecker n'est pas encore décidée. En 1946, il est l'un des fondateurs de la Jeunesse libre allemande (Freie Deutsche Jugend, FDJ), et il en est le président jusqu'au . À partir de 1950, il organise les trois rencontres allemandes de la jeunesse à Berlin, et il est pris un mois après la première rencontre allemande au Politbüro du comité central du SED. Lors d'un séjour de formation à Moscou, Erich Honecker assiste au  congrès du Parti communiste de l'Union soviétique, où Khrouchtchev prononce son célèbre discours sur la déstalinisation.

Honecker joue un rôle important concernant l'organisation de la construction du mur de Berlin en tant que secrétaire de la sécurité du comité central du SED. Il est marié de 1947 à 1953 avec Edith Baumann, une fonctionnaire des FDJ avec laquelle il a une fille nommée Erika (née en 1950). En 1952, sa troisième compagne, Margot Feist, qu'il épouse en 1953, donna naissance à sa seconde fille, Sonja.

À la tête de la RDA (1971-1989) vignette|Erich Honecker (à gauche) et Léonid Brejnev en 1976. vignette|Erich Honecker (à gauche) félicite Erich Mielke pour l'anniversaire des 30 ans de la Stasi en 1980. Après s'être assuré le soutien de la direction soviétique sous Brejnev, il est nommé le successeur d'Ulbricht en tant que Premier secrétaire (il est à partir de 1976 secrétaire général) du comité central du SED. Le limogeage de Walter Ulbricht a, entre autres, pour raison son échec économique. L’écart se creuse au profit de la RFA et une demande criante en biens de consommation et de logements se fait entendre à la baseMichel Dupuy, Les scientifiques et le politique : l'exemple de la question de la pollution atmosphérique en RDA (1949-1989), Natures Sciences Sociétés, 2004/3 (Vol. 12), pages 327 à 336.

Après qu'Honecker a aussi été présenté en tant que successeur d'Ulbricht en 1971 au conseil national de défense (Nationaler Verteidigungsrat), la Chambre du peuple (Volkskammer) l'élit le président du Conseil d'État. Willi Stoph, qui occupe ce poste depuis 1973, est de nouveau président du Conseil des ministres, comme avant 1973.

Le plus proche collaborateur d'Erich Honecker est le secrétaire du comité central pour l'agitation et la propagande, Joachim Hermann. Il mène quotidiennement avec lui des discussions sur le travail des médias du parti, dans lesquelles la mise en page du journal Neues Deutschland et le contenu des informations du journal télévisé Aktuelle Kamera sont fixés. Honecker attribue à la Stasi une tout aussi grande importance : chaque semaine après la séance du Politbüro, il discute avec le ministre compétent, Erich MielkeGünter Schabowski, Der Absturz, Rowohlt, Berlin 1991, page 115f.. Elli Kelm est pendant de nombreuses années la secrétaire d'Honecker.

Durant son mandat, le traité fondamental est négocié avec l'Allemagne de l'Ouest. De plus, la RDA prend part aux négociations des accords d'Helsinki et est intégrée aux Nations unies en tant que membre à part entière. Aussi, lors d'une visite au Japon en , l'université Nihon lui décerne un titre de docteur émérite (Dr. h.c.). Ces succès diplomatiques font figure des plus grandes performances politiques d'Erich Honecker dans le domaine des affaires étrangères.

Le , un maçon de 34 ans, Paul Essling, manque de peu d'emboutir la voiture d'Honecker, à proximité de Wandlitz, lieu de résidence des membres du Politbüro. Selon Bernd Hencker, garde du corps d'Honecker, Essling, qui était ivre et armé, se suicide sur-le-champ, après avoir blessé un policier avec son pistolet. D'autres sources affirment qu'il a été abattu par les gardes du corps d'Honecker. À l'Ouest, l'événement est relaté par les médias comme un attentat..

En ce qui concerne les affaires intérieures, une tendance à la libéralisation se dessine avant tout dans les domaines de l'art et de la culture, mais ce relâchement est cependant plus suscité par la propagande effectuée dans le cadre du festival mondial de la jeunesse et des étudiants en 1973, plutôt qu'au changement effectué à la tête de l'État. Peu de temps après, des opposants au régime comme Wolf Biermann sont déchus de leur nationalité, et la résistance intérieure est encore plus opprimée par la Stasi. En outre, Honecker s'engage pour la continuation de l'édification de la frontière avec un système de mitraillage automatique et le recours aux armes à feu pour ceux qui tentent de franchir la frontièreProtokoll der 45. Sitzung des Nationalen Verteidigungsrates der DDR, .. Il dit en 1974 à ce propos : « il y a des camarades à citer en exemple pour leur recours avec succès aux armes à feu ». Concernant la politique économique, l'étatisation et la centralisation de l'économie est accélérée. La difficile situation économique obligea la RDA à emprunter des milliards à la RFA afin de pouvoir maintenir le niveau de vie. Cet endettement auprès des pays occidentaux, qui passe de deux milliards de Valuta marks (la monnaie de la RDA) en 1970 à 27,9 en 1980, ne peut être résorbé car la RDA possède de moins en moins de biens à exporter vers les pays « capitalistes ». vignette|Erich Honecker en 1986.

En 1981, il reçoit le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt dans la maison de chasse Hubertusstock à Werbellinsee. Selon les dires de Schmidt, Honecker était un homme à la capacité de jugement restreinte et estimait que la RDA avait atteint un haut niveau économique et qu'elle faisait partie des nations industrialisées les plus importantes au monde « 20 Jahre Honecker-Sturz: Uneinsichtig bis zum Schluss », Merkur online du ..

Malgré les problèmes économiques, les années 1980 apportent à Erich Honecker une reconnaissance internationale accrue, en particulier le lorsqu'il se rend en visite en Allemagne de l'Ouest, où il est accueilli par Helmut Kohl à Bonn. Lors de son voyage en RFA, il se rend en Bavière, à Düsseldorf, Wuppertal, Essen et Trèves. Il retourne même dans sa ville natale en Sarre le . Ce voyage est envisagé dès 1983, mais est cependant bloqué par la direction soviétique de l'époque, car elle se méfiait de la relation particulière entre les deux Allemagnes. En 1988, Honecker effectue entre autres une visite à Paris. Son plus grand rêve, bien qu'il n'y soit pas parvenu, était de faire une visite officielle aux États-Unis.

Départ Dans un contexte de crise politique et économique, et peu avant la chute du mur de Berlin, le départ de Honecker est annoncé à toutes les administrations le . La version officielle est la suivante : « Pour des raisons de santé, le comité central a accepté, à la demande d'Erich Honecker, de le démettre de ses fonctions de secrétaire général, de président du Conseil d'État ainsi que de président du Conseil national de défense de la RDA. » Ce serait prétendument Erich Mielke, ministre de la sécurité d'État, qui serait responsable de tous les dysfonctionnements de la RDA du momentD'après The East German Transition Game de Kurt-Henning Tvedt (document Word ; 447 ko)., et qui, lors de la séance du Politbüro du , aurait menacé de publier des informations compromettantes qu'il possédait, dans une valise rouge, si Honecker ne démissionnait pas. C'est dans ces conditions que Honecker est obligé de voter lui-même pour son retrait Günter Schabowski, Das Politbüro. Ende eines Mythos. Eine Befragung, Reinbek, 1990. p. 104 ff. ; Günter Schabowski, Der Absturz, Berlin, 1991. p. 267 ff..

Le , Erich Honecker est exclu du SED et, en 1992, il entre au Parti communiste d'Allemagne (Kommunistische Partei Deutschlands - KPD) nouvellement reconstitué en RDA par d'anciens communistes « orthodoxes ».

Fuite, arrestation, procès et mort