vignette|Panneau avant du CII Mitra 15 (collection de l'ACONIT, Grenoble)thumb|right|Le mini-ordinateur CII Mitra 15, en version de simple module d'entrée de gamme. Le Mitra 15 est, avec l'Iris 80, l'un des ordinateurs réalisés par la Compagnie internationale pour l'informatique (CII) dans le cadre du plan Calcul. Il a été commercialisé de 1971 à 1985 et permettait de fonctionner en relation avec un grand système. Il fut fabriqué à un millier d'exemplaires pour la CII jusqu'en 1975 dans l'usine de Toulouse, puis à Crolles dans la banlieue de Grenoble. Au total plus de ont été fabriquésCII - SEMS - Bull-SEMS Ligne Mitra 1971-1985, sur FEB Patrimoine .
Historique du Mitra 15 Nom Son nom est un acronyme signifiant « Mini-machine pour l'Informatique Temps Réel et Automatique ». Il fonctionnait, dans ses premières versions, avec une mémoire principale à tores de ferrite au lithium organisée en mots de 16 bits. Esprit Le Mitra 15 a recours à la microprogrammation, technique qui deviendra à la mode deux ans plus tard. « L'essor des circuits électroniques intégrés vaut actuellement une publicité nouvelle à cette technique, qu'on a parfois qualifiée de « firmware » (hybride de hardware et de software) », et qui permet de « disposer de plusieurs ordinateurs en un seul » car pour le « rendre apte à d'autres calculs, il suffit de modifier le contenu de la mémoire de commande » commente Le Monde le .
Conception Le . est considéré comme le premier des mini-ordinateurs de la CII, conçus dès le départ en complémentarité et en réseau avec le plus puissant des ordinateurs français de l'époque, l'Iris 80, du même constructeurMusée virtuel de l'informatique, avec lequel il devient compatible, ce qui n'était pas le cas de l'Iris 50, parfois confondu avec son successeur.
Le Mitra 15 est développé par une équipe dirigée par Alice Recoque... Dans les laboratoires de la CII, Alice Recoque a mené une réflexion poursuivant celle du projet CAB 1500 abandonné en 1966, vers « une petite machine conversationnelle, préfiguration de l’informatique personnelle ». en mettant l’accent sur l’environnement périphérique (console de visualisation, machine à écrire électrique, etc). Séduite, la CII lui demande de la représenter dans un projet baptisé MIRIA, dirigé par Paul-François Gloess, nommé directeur de recherches à l'INRIA, avec qui elle avait travaillé dix ans à la SEA, et auprès duquel la CII la détache pendant quelques mois avant de lui confier le projet complet. Le prédécesseur du Mitra 15, le 10010, « très précurseur » n'avait pas eu l’essor commercial suffisant. Fin 1968, Bernard Dorléac, directeur général de la CII"Où en sont les programmes de la CII ?" par Bernard Dorléac, dans Le Monde diplomatique présentait déjà dans la presse généraliste le 10010, comme un « petit système économique à usage industriel, terminaux de télétraitement ».
Vers la fin de 1969, Alice Recoque se voit confier le projet de miniordinateur Mitra 15, d'une vingtaine de kilos seulement car en circuits intégrés, conçu pour le routage du réseau d'ordinateur Cyclades, mais aussi utilisé par EDF, la fusée Ariane et le Spacelab, qui sortira dès .
Les besoins de la CII dans le domaine des petits ordinateurs se précisent, car ils vont pouvoir compléter la gamme de gros et moyens ordinateurs Iris 80 en cours de développement, et en partie dédiés aux applications de gestion, mais aussi au calcul scientifique rapide et puissant pour l'époque, via le nouveau logiciel Transiris, permettant de distribuer le calcul en réseau, entre petits et gros ordinateurs. C'est dans cet esprit que la CII confie à Alice Recoque ce projet « de la conception à l’industrialisation, en passant, par l’étude et le développement », avec des « diodes au germanium, le silicium n’ayant pas encore totalement convaincu », visant des applications industrielles et scientifiques. Ce projet (nom de code « Q0 ») donne rapidement naissance à la gamme Mitra et Alice Recoque est nommée « responsable recherche et développement » de la division « Petits ordinateurs et systèmes associés » de la CII.
En 1970, le gouvernement se voit reprocher de n'avoir pas rapproché Bull et la CII"Le socialisme industriel par Alain Boublil, en 1977 aux Presses universitaires de France. Contrôlant en 1971 environ 13% du marché français (16% de celui des administrations), elle a déjà installé 130 systèmes à l'export pour des clients dans 15 pays étrangers, et surtout déjà le Mitra 15 sur ses pour prendre le relais du 10010, selon l'économiste Jean-Michel Treille"L'économie mondiale de l'ordinateur" par Jean-Michel Treille aux Editions du Seuil, en 1973 .
Industrialisation De Grenoble à Toulouse, avec l'Iris 80 Le premier livré est présenté à la presse le , et annoncé livrable en cours d'année permettant d'améliorer rapidement les performances des mini-ordinateurs 10010 et 10020 de la CII, lesquels ont sur ce marché, selon la presse
Il est tout d'abord produit à Crolles puis Échirolles« Mémoires et archives d'Henri Boucher, Ingénieur Général de l'Armement », ce qui permet de mettre en symbiose son développement avec celui de l'agglomération grenobloise, la plus avancée en France dans le domaine des circuits intégrés en 1970-1971. Mais très vite, son succès commercial, pas encore prévu dans la première convention du plan-calcul s'impose face aux développements, et incite à des embauches aussi, dès le mois suivant, en , dans l'usine CII de Toulouse, dont l'effectif grimpe de 50% en quelques mois.
En cette année 1971 qui voit la CII commercialiser ses propres ordinateurs de nouvelle génération, visant l'informatique distribuée sous une forme de complémentarité entre son nouvel IRIS 80 et le Mitra 15 ils comportent près de 90 % de circuits intégrés américains, en particulier de Texas Instruments, société américaine qui a mis au point les circuits intégrés les plus modernes et adaptés à ce projet de la CII. Depuis 1965, la loi de Moore veut que le nombre de transistors dans les circuits intégrés en silicium double tous les . et depuis 1968 Gordon Moore a quitté Fairchild Semiconductor pour fonder avec Robert Noyce, inventeur des circuits intégrés la société Intel à Santa Clara dans la Silicon Valley, avec un premier processeur lancé en 1971.
Six mois après la présentation du premier Mitra 15, le premier microprocesseur commercialisé dans le monde, le , est l'Intel 4004, encore balbutiant et réservé à un seul client. Le Mitra 15 sera ensuite produit en plus grande série à l'usine de Toulouse, en même temps que l'Iris 80, un ordinateur plus gros et comme lui plus moderne, les deux pouvant être utilisés en réseau par les clients grâce au logiciel de réseau Transiris installé par les équipes de la CII au coeur de Siris 8, le système d'exploitation du nouvel Iris 80.
Des déclinaisons ont été produites en fonction des besoins des clients. Le fut également développé en une version militarisée, le . La microprogrammation a recours à un microprogramme, stocké dans une mémoire morte, dont l’exécution fait qu’un ordinateur simple (la micromachine) exécute toujours le même algorithme, pour les instructions d’un autre ordinateur : la macromachine, où simplement la machine, seule vue par le programmeur.
Dans un premier temps, il est produit en version de simple module autonome à cabinetterie externe. Lui succèdent les , , Mitra 15-35, produits à partir de 1972. Plus tard, les et disposeront d'une armoire-châssis externe à configuration étendue et tiroirs modulables sont destinés en particulier aux clients de l'industrie des télécommunications ; ils sont commercialisés à partir de . Le ne sera produit en 1975.
Au cours de cette année 1972, le nouveau Premier ministre Pierre Messmer vient à l'usine de Toulouse déclarer que "French Ordinateurs", par Jacques Jublin et Jean-Michel Quatrepoint, en 1976 , car cette concurrence plus forte contre IBM se traduit par une baisse de 2% à 5% des matériels, tandis que le chiffre d'affaires des SSSI françaises va passer de 0,9 à 1,6 million de francs entre 1971 et 1974.
La montée en puissance de 1972-1974 Puis en , un total de 266 Mitra 15 étaient en commande pour s'ajouter aux 67 installés, tandis que, onze mois après sa sortie, dix Iris 80 sont installés et 13 en coursNuméro 21 de la revue d’information interne CII Informations, été 1973 ,. L'année 1973, voit ainsi le chiffre d'affaires de la CII augmenter de 47%. Les deux usines voisines et complémentaires de Toulouse, celle de Motorola pour les composants en circuits intégrés, et celle de la CII pour assembler des ordinateurs, et la capacité de celle de la CII a . La fabrication en série des Mitra 15 et des Iris 80 a précipité l'automatisation tandis que la surface utile de l'usine a doublé, passant à , les Iris 50 et les Mitra 15 calculant et surveillant tous les stades de la production, en particulier dans le contrôle électronique des composants. Des machines semi-automatiques permettent 2000 implantations par heure des diodes de série sur les circuits imprimés, contre 160 avant par l'insertion manuelle.
Le coup d'arrêt de 1974 Mais l'importante prise de participation du CEA dans le capital de la CII, prévue pour la fin de 1974 est suspendue après l'élection présidentielle. Les principaux actionnaires demeurent les mêmes: groupe Empain et la société Kali Sainte-Thérèse, très minoritaires et qui n'ont pas participé à la dernière augmentation de capital d', tandis que l'IDI est monté à 23% et Fininfor, où sont associés Thomson pour 52 % et CGE pour 48%, contrôle 59 % des 210 millions du capital . Philips et Siemens, associés d'Unidata et se montrent réticents en raison de l'incertitude politique créée par le lobbying de la CGE.
Quatre machines de la série 7.700 annoncées par Unidata et un ordinateur de bureau devaient être produits à l'usine de Toulouse mais tout est stoppé. Ainsi, en 1974 la hausse de 16% du chiffre d'affaires de la CII est seulement proche de celle des prix et 60 % des personnels intérimaires n'ont pas été réembauchés en . L'année 1974 est aussi celle du premier choc pétrolier, qui a fait exploser l'inflation. Le personnel de la CII occupe le conseil municipal à la mi- à Toulouse, où le conseil général a voté, à l'unanimité, une résolution sollicitant du gouvernement la poursuite du plan calcul et ce dernier répond que le plan de charge de l'usine de Toulouse est assuré pour 1975Le Monde le 22 janvier 1975
Écosystème et marché du mini-ordinateur en 1970 A la CII, les prédécesseurs du Mitra 15 étaient déjà des mini-ordinateurs mais beaucoup moins puissants. En , un rapport du Sénat, publié après qu'ait été renouvelée en août la convention liant l'État aux actionnaires de la CII, constatait que la compagnie détenait déjà 47 % du parc français des mini-ordinateurs utilisés.
Le rapport souligne également les espoirs placés dans le Mitra 15, Rapport au Sénat sur la loi de Finances 1972, annexe 8, consacrée au « développement industriel et scientifique » par le sénateur Roger Houdet, mais souligne la crise globale , après la surchauffe de l'année 1969« Deux greffons fragiles sur l'industrie de Toulouse : Motorola et la Compagnie internationale pour l'Informatique » par Pierre Mazataud, dans la Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 1975 , crise provoquée par la forte baisse des coûts lors des deux années précédentes.
Le Mitra 15 tient compte de cet environnement dès sa conception dans le cadre de la New Network Architecture de 1969-1970, qui le couple au projet d'Iris 80, machine beaucoup plus grosse, partie d'une architecture Control Data à la Gordon Cray, mais au logiciel entièrement réécrit et émulé, pour que les deux machines peuvent être utilisés ensemble à distance, via le logiciel réseau Transiris, dans un esprit multi-processeurs avant l'heure, répondant d'une façon plus audacieuse que le temps partagé à la pénurie de composants qui freine la croissance du marché mondial à cette époque.