vignette|Paysage actuel des Monts Ouenat où a été trouvée une inscription mentionnant le Yam et le « Tekhe-bet ».
Le pays dont le nom est par défaut transcrit Yam ou Iam est un royaume antique jouxtant au sud-ouest l'Égypte pharaonique.
Son étendue le long de pistes caravanières s'étirant sur plusieurs centaines de kilomètres fait encore l'objet de spéculations. C'est par son intermédiaire que les pharaons entretiennent à partir de la , soit aux environs de -2200, un commerce avec les régions restées inconnues de l'Afrique noire. C'est en particulier au Yam que le nomarque Hirkhouf, prince marchandP. Vernus & J. Yoyotte, Les Pharaons, , MA Éditions - Hachette, Boulogne-Billancourt, 1988. d'Éléphantine, qui est la ville la plus méridionale de l'Ancien Empire, découvre un corps de ballet animé par des pygméesP. Vernus & J. Yoyotte, Les Pharaons, , MA Éditions - Hachette, Boulogne-Billancourt, 1988. capturés dans l'intérieur du continent, semblables à un homme amené du Pount à la cour du pharaon Isési cent cinquante ans plus tôtJ. Guiter, « Lettre de à Herkhouf », dans Égypte, Afrique et Orient, , , Centre vauclusien d'égyptologie, Avignon, 1997..
Sources épigraphiques L'épigraphie continue de révéler au gré des campagnes de fouilles de nouvelles citations difficiles à interpréter, soit parce que des hiéroglyphes ont été altérésM. Bush, The Yam Jam and Florence Stela 2540, in Wepwawet - Research Papers in Egyptology , , UCL, Londres, 1986. soit parce que l'orthographeJ. Hoch, Semitic Words in Egyptian Texts of the New Kingdom and Third Intermediate Period, , Princeton University Press, Princeton, 1994. ou le sens ont varié. Une difficulté supplémentaire dans l'interprétation de ces citations vient en particulier de la signification raciste attachée à la désignation des habitants du sud de l'Égypte, de sorte que cette désignation semble renvoyer, dans un mélange de crainte et de fascination baignant dans un esprit de magie, tantôt aux habitants en tant que tels tantôt aux « négros »J. Darnell, Irem and the Ghost of Kerma, in GM , , Université George Auguste, Göttingen, 1986.. Le plus souvent, ce sont des indications géographiques écrites dans le cadre d'éloge funèbre ou bien inversement des malédictions incantatoires prononcées à l'occasion de rituels magiques contre des Yamites.
vignette|Intérieur de la tombe de Hirkhouf où a été découvert le principal texte évoquant le Yam, la citation d'une lettre du pharaon fasciné par les pygmées.
À Qubbet el-Hawa près d'Éléphantine et de la frontière, autobiographie funèbre d'HirkhoufTrad. A. Dollinger, Tomb inscriptions of Harkhuf, A. Dollinger, Rechafim, 2000., inscription de la tombe de Sabni, inscription reconstituée de la tombe de MekhouE. Edel, K.-J. Seyfried & G. Vieler, Die Felsgräbernekropole der Qubbet el Hawa bei Assuan. 1 Architektur, Darstellungen, Texte archäologischer Befund und Funde der Gräber QH 102 – QH 209, , Ferdinand Schöningh, Paderborn, 2008., inscription de la tombe de Hekaib, inscription de la tombe de Pépi-Nakht, inscription, ajoutée postérieurement à -2160, de la fausse porte de la tombe de SetkaE. Edel, K.-J. Seyfried & G. Vieler, Die Felsgräbernekropole der Qubbet el Hawa bei Assuan. 1 Architektur, Darstellungen, Texte archäologischer Befund und Funde der Gräber QH 102 – QH 209, , Ferdinand Schöningh, Paderborn, 2008..
En aval c'est-à-dire en Égypte même, stèle rupestre de Mérenrê à Saqqarah, deux passages de l'autobiographie funèbre d'Ouni de la nécropole d'Abydos, aujourd'hui au Musée du Caire, charte d'immunité de Dahchour, poupée d'envoûtement de Gizeh, aujourd'hui au Musée du Caire, cote 88146AJ. Osing, Ächtungstexte aus dem Alten Reich , in MDAIK - Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts Kairos , , pl. 51, DAI, Le Caire, 1976., grand mannequin d'envoûtementA. Abu Bakr & J. Osing, Ächtungstexte aus dem Alten Reich, in MDAIK - Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts Kairos , , pl. 56, DAI, Le Caire, 1973..
En amont c'est-à-dire en Koush, stèle de Bouhen H. S. Smith, The Fortress of Buhen: The Inscriptions, , pl. 69, EES, Londres, 1976..
Dans les oasis du désert Libyque, poupée d'envoûtement de la nécropole de Balat à Ad-DakhlaN. Grimal, « Les "noyés" de Balat », dans F. Geus & F. Thill, Mélanges offerts à Jean Vercoutter, , Éd. Recherche sur les civilisations, Paris, 1985., inscription rupestre de OuenatJ. Clayton, A. de Trafford & M. Borda, A Hieroglyphic Inscription found at Jebel Uweinat mentioning Yam and Tekhe-bet, in Sahara , , Pyramids éd., Segrate, 2008..
Variations orthographiques
La lecture Yam, transcrite 'iȜm, ou Yma, transcrite 'imȜ, où Ȝ traduit une voyelle variable, est conventionnelle mais simplificatrice. Les hiéroglyphes se lisent Ỉ (la feuille de palme), qui est un yod polyvalentC. Peust, Egyptian Phonology : an introduction to the phonology of a dead language , in MzÄS - Monographien zur Ägyptischen Sprache , , Peust & Gutschmidt, Göttingen, 1999 ., Ma (l'araire), rr roulé (l'arbre)R. El-Sayed, Afrikanischstämmiger Lehnwortschatz im älteren Ägyptisch : Untersuchungen zur ägyptisch-afrikanischen lexikalischen Interferenz im dritten und zweiten Jahrtausend v. Chr., , in Orientalia Lovaniensia Analecta , Peeters, Louvain, 2011 ., M final redondant (la chouette) sans valeur phonétique certaine. Le signe des collines à trois sommets qui termine le nom est un déterminatif qui indique qu'il s'agit d'un toponyme et ne se prononce pas. Le syllabisme de l'égyptien ancien et son écriture idéogrammique ne permet pas d'être certain de la vocalisation à adopterJ. E. Hoch, Semitic Words in Egyptian Texts of the New Kingdom and Third Intermediate Period, , Princeton University Press, Princeton, 1994.. L'inscription de la tombe d'Ouni substitue au hiéroglyphe de l'araire celui du percnoptère, qui note un a (comme dans Cléopâtre).
La stèle rupestre de Bouhen 2540 ajoute après la palme un hiéroglyphe qui indique un arrêt glottal et celui de l'arbre a disparu. En suivant littéralement le consonantisme de l'écriture, on restitue difficilement à travers plusieurs transcriptions hiéroglyphiques approchantes la prononciation entendue par une oreille égyptienne d'un mot de la langue saharienneJ. Lukas, Die Sprache der Tubu in der Zentralen Sahara, , Akademie Verlag, Berlin, 1953. ou couchitique primitive qui a pu connaître des variations grammaticales ou dialectales ainsi que des altérations selon les traducteurs et les époques : Y m rr (m) (Hirkhouf), Y a rr (m) (Ouni), Yq ma (m) ou Qy ma (m) (Bouhen). En optant pour telle ou telle vocalisation de Ỉ et de Ȝ, on obtient un schéma consonantique qui pouvait être [ʔ mr], [ʔ rm] ou [jmr] 3, auquel s'ajoute constamment un m final peut être muet.
Variations sémantiques
Ce toponyme se prête à des jeux de mots. Si son orthographe est différente, il se prononce de la même manière que le mot qui signifie campement. Les trois premiers hiéroglyphes signifient ensemble arbre, de sorte qu'avec son déterminatif final et le hiéroglyphe de la chouette, la désignation peut se comprendre comme signifiant Pays de l'arbre M.
Les Égyptiens appelaient « arbre de Yam »S. Aufrère, La liste des sept Oasis d’Edfou, , dans BIFAO , Institut français d'archéologie orientale, Le Caire, 2000. la Capparacée Maerua crassifoliaN. Baum, Arbres et arbustes de l’Égypte ancienne. La liste de la tombe thébaine d’Ineni, dans Orientalia Lovaniensia Analecta , , Peeters, Louvain, 1988 ., espèce alors connue d'eux pour être répandue dans les oasis du désert Libyque habités par les « Neuf Arcs »D. Wilding, Neunbogen, in LdÄ - Lexikon der Ägyptologie "Megiddo - Pyramiden", , Harrassowitz, Wiesbaden, 1982 ., leurs ennemis occidentauxH. Gauthier, Dictionnaire des noms géographiques contenus dans les textes hiéroglyphiques , , IFAO, Le Caire, 1925..
Avec le temps, Yam, comme Pount, a pu désigner moins le royaume délimité découvert du temps d'Hirkhouf qu'une sorte de pays des merveillesA. Anselin, Voyage au Pays des Merveilles. Relectures autour du Conte du Naufragé., in Cahiers caribéens d’Egyptologie , , Paris, 2005..
Étymologie L'imprécision et la pauvreté des sources n'ont pas arrêté les aventuriers de l'étymologie. Ils ont cherché, chacun avec force astuce, dans des langues autrefois présentes sur un territoire du Yam lui-même indéterminé. L'hypothèse d'une origine dans la vallée nubienne oriente vers une étymologie qui a sa source dans le couchitique ancienM. Bechhaus-Gerst, Nubier und Kuschiten im Niltal : Sprach- und Kulturkontakta im "no man's land" - thèse de doctorat, , Institut für Afrikanistik, Cologne, 1989.. Celle d'une extension aux oasis du désert Libyque conduit au saharien originelR. F. Peel, The Tibu Peoples and the Libyan Desert, in The Geographical Journal , , RGS, Kensington, 1942..
Dans les deux cas, ont été retenus, à l'instar des Sao « peuple des kraals »H. Tourneux, Le nom des Sao : approche étymologique, CNRS LLACAN - IRD, Yaoundé, décembre 2008., un étymon relatif à une construction civilisatrice ou un pôle d'habitation : *mayr ou *mawrG. Takács, Etymological Dictionary of Egyptian, "M-", , Brill, Leyde, décembre 2007 ., qui signifie enclos, pour l'hypothèse afroasiatique, Emeri, qui aurait signifié oued, pour l'hypothèse nilosaharienneA. Menardi Noguera & al., New rock art sides in the southwestern sector of Jebel Uweinat (Libya), in Sahara , , Pyramids éd., Segrate, 2005..
Or le même radical se retrouve dans le nom du royaume de Kerma, retenu par certains comme localisation du YamA. Manzo, Échanges et contacts le long du Nil et de la mer Rouge dans l’époque protohistorique (IIIe et IIe millénaires avant J.-C.), , Archaeopress, Oxford, 1999 ., dans la vallée nubienne, et dans le nom de Kerma dans le désert Libyque, capitale des ancêtres des Toubous, les Garamantes, dont les routes caravanières entre Ennedi et vallée du Nil remontent à l'HolocèneB. Keding, Pots, points and pastoralism – the puzzle of the Neolithic - Iron Age transition in the Ennedi Mountains, norteastern Chad. Firstresults of the field campaigns 2004/2005, in MegaTchad, 2006.. Ces deux toponymes, très postérieurs aux premières inscriptions relatives aux « 'Ymer », illustrent les limites auxquelles se heurte l'étymologie dans le cas d'emprunts de noms propres faits à une langue par une autreA. Anselin, « Le hiéroglyphe N31 du chemin bordé d’arbustes à Oum Ndigi », dans Aegyptio-Graphica , réed. in i-Medjat , , Groupe de recherches des Ankhou de l'Unirag, Paris, juin 2008..
Localisation vignette|250px|Principaux sites historiques nubiens et cataractes sur la vallée actuelle du Nil.Le Yam se serait situé à hauteur des récents lacs de Toshka et étendu peut être plus de mille deux cents kilomètres vers l'ouest, jusqu'à l'Ennedi, le long de pistes caravanières.
Ennemi méridional des Libyens Tjemehou, le royaume de Yam s'étendait à l'ouest de cette portion de la vallée du Nil au-delà de la première cataracte qui passera, vers -1520, sous domination égyptienne. C'est le pendant occidental du tout aussi mystérieux pays de Pount mais il n'est pas exclu qu'il eût son centre sur la vallée même en amont des régions de Ouaouat, de Zaw et de Irt, qui, sous le règne d'un unique souverain, s'étiraient dans la basse Nubie respectivement de la premièreT. Säve-Söderbergh, Ägypten und Nubien : ein Beitrag zur Geschichte altägyptischer Aussenpolitik, , Ohlsson, Uppsala, 1941. à la seconde cataracteT. Säve-Söderbergh, Ägypten und Nubien : ein Beitrag zur Geschichte altägyptischer Aussenpolitik, , Ohlsson, Uppsala, 1941. jusqu'au comptoir thinite de Bouhen.