Le Faucigny est une petite région naturelle française et l'une des six provinces historiques de la Savoie, située au centre du département de la Haute-Savoie.
La région prend son nom du château de Faucigny possédé par les sires de Faucigny. Elle est d'abord une partie du , avant de devenir vers la fin du ou au début du siècle suivant une seigneurie indépendante, puis une baronnie (mentionnée en 1256), avant d'être intégrée à l'ensemble savoyard et enfin une province administrative (de 1723 à 1793) du duché de Savoie. Elle correspond approximativement dès lors à l'actuel arrondissement de Bonneville, qui se trouve en grande partie dans la vallée de l'Arve et les vallées de ses deux principaux affluents, le Giffre et le Bon Nant. Ses habitants sont les Faucignerands et les Faucignerandes.
Géographie
300px|alt=Situation des principales villes savoyardes.
L'espace géographique du Faucigny correspond aux bassins de l'Arve et du Giffre jusqu'aux abords de la cité de Genève. Historiquement, il réunissait également la moitié ouest du Chablais savoyard actuel (entre Thonon et Genève) ainsi que le Beaufortain (détaché en 1667). Aujourd'hui, il peut se définir par l'arrondissement de Bonneville auquel on associe les communes des cantons d'Annemasse-Nord et d'Annemasse-Sud, ainsi que le canton de Reignier-Ésery..
Toponymie Le nom du territoire est issu du transfert du nom d'un ancien château situé sur la commune de Faucigny. Son nom est attesté dès le avec notamment les formes Focignacum en 1012, Fulciniacum en 1059, Fulcignacum en 1119, Fulcinie en 1208, Faucignacum en 1292, Falcignacum, Faucignacum et Falciniacum aux ou encore Cura de Fucignier vers 1344D'après ..
Il s'agit d'une formation toponymique gallo-romane en -(i)-acum, (Lire en ligne)., suffixe d'origine gauloise indiquant le lieu ou la propriété et qui a régulièrement abouti à la terminaison -y dans cette partie de la Savoie. Ce traitement phonétique correspond à celui du nord de la France. Le premier élément est vraisemblablement un nom de personne, peut-être s'agit-il du nom de personne latin Falcinius ou FulciniusAlbert Dauzat et Charles Rostaing, op. cit., voire du nom de personne germanique Falcoenus, bien que cette dernière hypothèse formulée par Ernest Nègre ne semble pas basée sur l'étude d'une forme ancienne connue, puisqu'il n'en cite aucune. Elle est en effet difficilement compatible avec ces formes anciennes.
Histoire Préhistoire et Protohistoire Si les premières traces du peuplement de la région remontent au Moustérien (âge de Néanderthal), il a fallu, selon toute vraisemblance, attendre le retrait des glaciers et les temps néolithiques avant que les vallées de l'Arve et du Giffre connaissent un peuplement permanent. À l'âge du bronze, comme en témoignent de nombreux vestiges archéologiques, la région du futur Faucigny était déjà très peuplée. Des objets de bronze ont été retrouvés jusque dans des villages de haute altitude, où on s'adonnait déjà avec savoir-faire à la métallurgie.
Les , les vallées ont reçu de nouveaux arrivants de culture celtique ou celto-ligure. Les historiens envisagent cette époque avec beaucoup de prudence : nos aînés étaient persuadés que les vallées alpines avaient connu un peuplement gaulois très dense. Aujourd'hui on tente de reconsidérer cette pénétration gauloise. Selon l'historiographie traditionnelle, la basse vallée de l'Arve était jadis sous le contrôle des Gaulois Allobroges et la haute vallée sous l'influence des Gaulois Ceutrons, maîtres de la Tarentaise... Il faut en tout cas regarder comme un mythe l'existence de l'antique peuplade des Fauces mentionnée sur base des inscriptions de la colonne de Bonneville.
Époque romaine En 121 avant notre ère, les vallées de l'Arve et du Giffre sont passées sous la domination romaine, et l'on aurait tort de penser que les lieux sont restés retirés, sans traces de civilisation gallo-romaine. Cette date est marquée par la victoire romaine sur le peuple des Allobroges par le consul Quintus Fabius Maximus Allobrogicus. Au débouché des vallées, la ville importante de Genava (Genève) prenait son essor, et les vallées ont vu se développer des premiers vici. En ces temps antiques, une voie romaine reliait Genava à Augusta Pretoria (Aoste) en remontant la vallée de l'Arve et en franchissant le col du Bonhomme. Pierre Broise et François Bertrandy ont révélé qu'aux temps gallo-romains, l'Arve était naviguée par des bateaux à faible tirants d'eau jusqu'à hauteur de Thyez. Là se trouvait un vicus assez remarquable pourvu d'un embarcadère sur l'Arve. Ses vestiges, longtemps visibles, ont souvent été confondus avec les ruines d'un pont médiévalRémy B. et Bertrandy F., Inscriptions latines de Haute-Savoie, Université de Savoie, 1995 (Bibliothèque des Études Savoisiennes ; Tome 3)..
La civilisation gallo-romaine se traduit également en Faucigny à travers des vestiges de temples et une quinzaine d'inscriptions.. La province est cependant marquée par des tensions puis un conflit entre Allobroges et Ceutrons à propos des limites entre leurs territoires respectifs. Le conflit prend une telle proportion que Rome fait intervenir Cnaeus Pinarius Cornelius Clemens, légat de la Germanie supérieure. Ce dernier est à l'origine de la borne frontière, mise en place au col de la Forclaz-du-Prarion...
Alors que l'Avant-pays savoyard subit au les incursions des Alamans, le Faucigny semble épargné.. Toutefois, l'historien Pierre Broise considère que l'absence de richesses cachées sur le territoire permettrait d'expliquer l'absence de réelle invasion.
Au siècle suivant, alors que le Faucigny dépendait de la province Viennoise ou Viennaise, la partie allobroge (basse vallée) passe sous le contrôle de la cité de Genève tandis que la partie ceutrone (haute vallée) est attachée au Valais.
À partir du , la région a reçu de nouveaux arrivants. Une population très bigarrée, rassemblant des éléments d'origine ethnique très différentes, connue sous le nom de Burgonde. Pendant quelques décennies, les vallées de l'Arve et du Giffre ont vécu sous leur domination directe, à travers le royaume de Sapaudia, basé sur Genève, puis la région est passée sous domination mérovingienne. Sous le règne du roi Gontran, la région est devenue frontière directe avec le royaume Lombard. Les diplômes mérovingiens et carolingiens ne font aucune allusion à ce secteur alpinDu royaume burgonde au royaume de Bourgogne : les terres savoyardes de 443 à 1032.
Moyen Âge Les sires de Faucigny
Les origines des seigneurs de Faucigny sont assez mal connues, et pour des générations d'érudits et de chroniqueurs, elles ont été un vaste champ d'hypothèses plus ou moins fondées. Il faut dire que le contexte politique dans lequel s'inscrit l'ascension des Faucigny est aujourd'hui sujet à de nombreux questionnements.
Les seigneurs de Faucigny font partie de ces innombrables familles qui, à partir de l'an mil, ont participé à l'émiettement de l'autorité impériale en affirmant un pouvoir territorial héréditaire, et en œuvrant à la création d'un État autonome. Les témoignages écrits sont peu nombreux et trop disparates pour déterminer avec précision le profil des premiers sires de Faucigny. Plusieurs hypothèses sont évoquées : héritiers d'anciens administrateurs sous l'autorité des souverains Rodolphiens, potentats locaux affirmés par la force du poing et de l'épée, héritiers de nobles militaires des derniers temps carolingiens ou encore des vassaux des comtes de Genève.
Les plus lointains ancêtres des Faucigny apparaissent dans les sources écrites au début du , avec un certain Aimerard (ou Emmerard), donateur d'une terre à l'abbaye de Saint-Maurice-d'Agaune en 1002. L'historiographie traditionnelle a souvent dépeint ce personnage comme un authentique seigneur médiéval, fondateur de dynastie, déjà bien ancré dans son territoireDéveloppements historiques dans .. Après sa disparition, située aux alentours de 1030, son fils Louis († 1060) lui succède et étend son pouvoir sur les vallées de l'Arve et du Giffre. La seigneurie devait prendre forme autour d'une bourgade rurale, Faucigny, où un petit château dominait le cours de l'Arve.
Tout porte à croire que Louis exerce un pouvoir bien réel sur la région sur le plan politique, économique et juridique. On ignore si l'on peut pour autant le présenter comme un authentique seigneur féodal, seul maître en ces domaines, et dégagé des mouvements politiques du Saint-Empire. Par son épouse Thetberge, Louis semble lié à la famille des Rheinfelden (Rheinfelden (Baden)), son beau-père Rodolphe n'était autre que l'administrateur de la Souabe et de la Bourgogne Juranne. Ainsi vers le milieu du , les premiers seigneurs du Faucigny affirment leur autorité en restant intimement liés aux grands dignitaires et impliqués dans les affaires politiques de l'Empire. Cette implication leur permettrait de bénéficier de liens d'amitié durables avec les grandes familles du Nord : les Kybourg et les Zähringen, héritiers des Rheinfelden.
L'affirmation d'un pouvoir territorial Par leurs savantes alliances et leur tempérament réaliste, les sires de Faucigny sont parvenus à établir un pouvoir solide sur une vaste région englobant les vallées de l'Arve et du Giffre, Megève, Flumet et Beaufort. Les premiers dynastes auraient rêvé d'un destin plus prestigieux. De leur maison mère, faisant face au Salève, les sires de Faucigny devaient avoir des vues sur Genève. Les comtes de Genevois, qui leur faisaient face, partageaient la même aspiration : s'emparer de la ville, remporter le pouvoir politique sur toute la Savoie du Nord et bénéficier de l'extraordinaire potentiel économique de la ville.
Quand on observe la carte de la région à la fin du Jean-Yves Mariotte et André Perret (directeurs), Atlas historique français. Le territoire de la France et de quelques pays voisins, Paris, Savoie, 1979, ., on observe le choix offensif des sires de Faucigny : s'installer sur un escarpement rocheux, voisin de Genève, mais cerné de rivaux de toutes parts. Si l'on excepte les vignes de la Côte d'Hyot et le petit prieuré clunisien de Contamine, la quasi-totalité des environs appartenait au Genevois. Assurément, la basse vallée de l'Arve était un lieu de disputes plus que d'agrément, et le château de Faucigny était un édifice éminemment militaire.
Le pouvoir politique des évêques s'affirmant très nettement sur la cité Genevoise, les sires de Faucigny se consacrèrent à l'expansion de leur territoire dans l'amont des vallées : bientôt ils furent maîtres de toute la rive droite de l'Arve, entre Bonneville et la Menoge, de toute la moyenne vallée de l'Arve jusqu'au défilé de Servoz, et de toute la vallée du Giffre.
Une des grandes questions que l'on se pose est de savoir par quel moyen les sires du Faucigny ont pris l'ascendant sur les forteresses environnantes et sur leurs maîtres. Les forteresses qui s'élevaient jadis aux cols de Saxel (Rochefort) et de Châtillon (le Couard) n'avaient rien de petites résidences vassales. Rochefort et Châtillon étaient des places fortes bien défendues, probablement très anciennesLouis Blondel, Châteaux de l'ancien diocèse de Genève, Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, série in-4, VII, Genève, 1956, .. On peut s'interroger sur les relations qu'entretenaient les dynastes de Châtillon et de Boëge avec les sires du Faucigny.