Ögedeï (mongol bičig : , translittération : , mongol cyrillique : , translittération : Ögedeï Khaan : « généreux »de ög- : donner et -dei, suffixe de dérivation), parfois retranscrit en Ögödei, né vers 1186, mort le , fils de Gengis Khan (mort en 1227), est le deuxième khagan des Mongols, de 1227 à 1241.
Il est le frère de Djötchi, Djaghataï et Tolui.
Biographie
Famille et premières conquêtes vignette|Couronnement d'ögedei Ögedeï est le troisième fils de Gengis Khan et de son épouse principale, la khatan, BörteMarie Favereau, La Horde. Comment les Mongols ont changé le monde., 2023, Éd. Perrin, .
En 1211, il participe notamment aux premières campagnes de l'invasion mongole en Chine aux côtés de ses frères. En 1213, il dirige l'aile occidentale contre les Khitans. En 1218-1219, il participe à l'invasion mongole de l'Empire khwarezmien. Son père lui ordonne de diriger l'armée durant la capture et le sac de plusieurs villes, dont Otrar.
En 1224, Gengis Khan effectue une réforme administrative qui scinde l'empire en plusieurs Ulus (région administrative) et nomme ses fils à leur tête.
Accession Après le décès de Gengis Khan en août 1227, un qurultay se tient afin de nommer son successeur. Les tribus de la steppe mongole n'ont pas de système de succession fixe, mais ont souvent recours à une forme d'ultimogéniture (succession du plus jeune fils) en ce qui concerne les biens, car le plus jeune aurait moins eu l'occasion d'en acquérir. Ainsi, le plus jeune des fils de Gengis Khan, Tolui, assure l'interrègne durant la procédure de succession. Durant le qurultay, les différents prétendants sont étudiés. Le premier fils de Gengis Khan, Djötchi, est mort en février 1227 quelques mois avant son père et sa lignée est écartée à cause d'une légitimité douteuse car personne n'a la certitude que Djötchi était bien le fils biologique de Gengis Khan. Le deuxième fils, Djaghataï, est considéré trop impulsif. Tolui, quant à lui, est formellement désigné pour la gestion des biens de Gengis Khan. Ögedeï est le choix favorisé de son vivant par Gengis Khan et est effectivement approuvé lors du qurultay. En 1229, il est proclamé Khagan de l'Empire mongol.
Jusqu'alors dirigé par un Khan, Ögödei décide de prendre le nom de Khagan (Grand Khan) afin de diriger l'Empire mongol. L'instauration de ce titre, à une époque où Ögödei prépare le coup final contre la dynastie Jin, l'érige à un rang comparable à celui du Huángdì de Chine ou de celui de roi des rois répandu depuis l'Antiquité dans la région eurasienne.
Règne
Conquêtes militaires Durant son règne, Ögödei laisse les différents chefs militaires de l'armée mongole diriger leurs propres campagnes militaires et étendre l'Empire. Durant les premières années 1230, plusieurs conquêtes se déroulent parallèlement.
En 1230, l'invasion mongole de la Corée reprend sur ordre d'Ögödei et parvient à soumettre les Goryeo en 1231. En parallèle, à l'ouest de l'empire Mongol, les troupes achèvent le dernier foyer de résistance du Khwarezm en 1230 et assurent le contrôle des territoires conquis en Asie centrale.
En 1233, l'invasion mongole en Chine se poursuit. Les tumen (unité de guerriers mongols) atteignent le Primorié et soumettent les Jürchen dans la partie orientale du territoire de la dynastie Jin. Après la capture de Chizhou, la dynastie Jin prend fin et les territoires intègrent l'Empire mongol. Les conquêtes se poursuivent ensuite vers le sud et mettent sous pression la dynastie Song qui accepte de verser un tribut de 200.000 lingots d'argent et 200.000 rouleaux de soie annuellement pour maintenir la paix.
En 1235, il réunit un nouveau qurultay afin de déterminer les objectifs des prochaines conquêtes. Il décide de poursuivre les conquêtes vers l'Europe depuis la steppe pontique. Dès 1236, les attaques dirigées par son neveu Batu se concentrent sur la région du Khanat bulgare de la Volga puis, en 1237, la conquête des steppes russes par l'armée mongole dirigée par Batu, son neveuBatu est le fils de Djötchi, premier fils de Gengis Khan et Börte. et la formation de la Horde d'or. Durant ces campagnes, Ögödei nomme également des chefs de guerre expérimentés à la tête d'armées, tel que Subötaï.
Les conquêtes perdurent avec la prise de Kiev en 1240, puis l'invasion de la Pologne et de la hongrie en 1241. Mais elles s'interrompent à la mort d'Ögödei en décembre 1241.
Administration impériale La stabilité de l'Empire mongol repose sur la capacité d'Ögödei à garantir des ressources et butins de guerre. Ata-Malik Juvaini évoque la propension du Khagan à distribuer de grandes quantité de richesses pour garantir son prestige et sa légitimité : .
Cette politique qui lui permet de préserver la fidélité des tribus a également pour conséquence de vider régulièrement le trésor impérial. Face à cela, Ögödai envisage de procéder au massacre des populations du Nord de la Chine afin d'exploiter les terres pour l'agriculture et l'élevage. Cependant, son conseiller Yelü Chucai l'en dissuade. Il le convainc de favoriser la perception des taxes sur les populations conquises : .
Ögödei place Yelü Chucai à la tête de la gestion des territoires chinois conquis qui suggère de s'appuyer sur d'anciens bureaucrates confucéens afin de profiter de leur expérience administrative. Ögödei accepte et approuve l'introduction d'un recensement en 1233 et 1234 afin de procéder à la taxation des populations. Toutefois, vers 1239, Ögödei revient à sa volonté d'étendre les territoires destinés à l'élevage et s'accapare une portion des territoires conquis du nord de la Chine à cet effet.
Afin d'améliorer l'administration des autres territoires conquis, il envoie des officiels (darugachi) accompagnés de scribes (bitikchi) pour prendre la charge de pouvoirs administratifs, militaires et judiciaires.
En 1235, il met en place un système de relais de poste efficace dans le vaste Empire mongol espacés chacun de les uns des autres. Ce système permet aux messagers de parcourir entre 350 et par jour grâce au changement des montures au sein des relais de poste.
Karakorum En 1230, le camp militaire principal de l'Empire devient l'emplacement d'une nouvelle ville, Karakorum, fondée sous l'impulsion d'Ögödei. L'élite est contrainte d'assurer la construction des palais et résidences dans la ville, dont le palais impérial d'Ögödei, achevé en 1235. La ville prend une forme rectangulaire et se divise en plusieurs quartiers : aristocratique, impérial, artisanal, marchand. Elle est particulièrement teintée de multiculturalisme avec une importante tolérance religieuse.
Mort et succession Ögödei meurt le 11 décembre 1241 durant une grande beuverie. Sa mort interrompt l'avancée des armées mongoles en Europe. Une retraite est ordonnée et achevée en 1243. À cause du système tribal de succession, une période d'interrègne débute.
La mort d’Ögödei ouvre une période d'instabilité dans l’Empire mongol. L’expansion territoriale marque un ralentissement, favorisant l’intégration des régions conquises, mais l’absence de succession clairement établie fragilise le pouvoir central. Sa veuve, Töregene, assure la régence de 1241 à 1246. Elle convoque un qurultay afin d’élire un nouveau grand khan, mais le processus est retardé par des rivalités internes, notamment après la mort de Djaghataï en 1242, qui renforce la position de Batu comme prince aîné de la lignée gengiskhanide.
Töregene profite de ce délai pour consolider la candidature de son fils Güyük. Elle obtient le soutien de nombreux princes par des dons et procède à des remaniements administratifs importants. Le système fiscal est modifié avec le recours à l’affermage des impôts, confié à des collecteurs privés. Cette politique, bien que rentable à court terme, entraîne des abus. Plusieurs hauts responsables, dont Yelü Chucai, sont écartés ou se réfugient auprès de princes opposés à la régente. Guyuk meurt en 1248 et un nouvel interrègne est assuré par sa veuve, Oghul Qaïmich, jusqu'au , date à laquelle Berké réunit le qurultay et proclama Möngke (règne : 1251-1259) grand khan, à qui succède Kubilai (règne : 1260-1294), tous deux neveux d'ÖgedeïMöngke et Kubilai sont tous deux fils de Tolui, le quatrième et dernier fils de Genghis Khan et Börte. Les Ögödéides, dont le fief était centré sur la Mongolie, sont de ce fait totalement écartés du pouvoir.
Postérité Une des entreprises majeures du règne d'Ogödei est d'initier la rédaction d'un ouvrage qui compile l'histoire de l'Empire mongol. Ce premier texte met par écrit l'épopée de Gengis Khan, ses origines, sa mort et ce jusqu'aux premières années de règne d'Ogodei. Nous le connaissons aujourd'hui sous le nom dHistoire secrète des Mongols et présente une synthèse des décrets et actes juridiques tels que le yassa. L'objectif de ce texte est de légitimer la Lignée d'Or (nom donné à la maison des Bordjiguines). La première version est rédigée durant le règne d'Ogodei .
Famille
Épouses et descendance Comme son père Gengis Khan, Ögedeï a plusieurs épouses et soixante concubines, dont Töregene. Parmi les autres épouses figurent Möge Khatun (ancienne concubine de Gengis Khan) et Jachin Khatun.
Épouses principales :
Boraqchin, ancienne épouse d'Ogedei Töregene Güyük, le troisième grand khan des Mongols Godan Khan – le premier prince bouddhiste mongol Köchü (mort en 1237) – durant la campagne militaire en Chine Song Shiremün – désigné héritier par Ögedeï. Boladchi Söse Qarachar Totaq Qashi – mort sous le règne d'Ögedeï. Qaïdu (1235-1301) Möge Khatun Körügene
Concubines :
Ergene Khadan – élevé par le Danichmendides Hajib.
Notes et références
Annexes Bibliographie Marie Favereau : La Horde. Comment les Mongols ont changé le monde., 2023, Éd. Perrin,
, autre éditions : Payot Paris, 2001, 656 p., , (Première édition : Payot, 1939).
Liens externes
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