Le HMS Warspite est un cuirassé britannique de construit pour la Royal Navy au début des années 1910. En service de 1915 à 1945, il participe aux deux conflits mondiaux du , naviguant sur tous les océans du globe.
La construction du HMS Warspite débute à Devonport peu avant la Première Guerre mondiale : représentatifs de la course germano-britannique aux armements navals, ses canons de non testés et sa propulsion au fioul sont des risques technologiques forts pris par le First Lord of the Admiralty Winston Churchill et l'amiral John Arbuthnot Fisher pour tenter de répondre aux constructions lancées par les Allemands. Le navire préfigure le concept de « cuirassé rapide » qui s'avère efficace durant la Première Guerre mondiale.
En service dès la Première Guerre mondiale, le HMS Warspite participe notamment à la bataille du Jutland avec la Grand Fleet, et patrouille principalement en mer du Nord. Victime de plusieurs « coups du sort », il passe du temps en cale sèche, avant d'être refondu dans les années 1930. Durant la Seconde Guerre mondiale, le cuirassé prend part à plusieurs batailles en mer du Nord lors de l'invasion allemande de la Norvège, puis rejoint la Mediterranean Fleet en mer Méditerranée où il escorte des convois et affronte la Marine italienne. Le cuirassé est ensuite affecté à l'Eastern Fleet dans l'océan Indien, jouant au chat et à la souris avec la Marine impériale japonaise, avant de rentrer en Europe. Vieillissant, le HMS Warspite est alors cantonné à un rôle de batterie flottante : il participe aux bombardements côtiers lors du débarquement en Sicile et en Italie, puis à ceux du débarquement de Normandie et de Brest en 1944. Touché par une bombe planante, puis par une mine pendant le conflit, le vétéran est en mauvais état à la fin de la guerre : il est alors désarmé, et s'échoue à l'ouest de Plymouth sur le trajet vers le chantier de démolition.
Conception
Le 1912 Programme prévoit la construction de trois cuirassés et d'un croiseur de bataille. La classe Queen Elizabeth doit à l'origine être basée sur la classe précédente, la classe Iron Duke, munie de canons de . Cependant, les grandes nations maritimes de l'époque, telles le Japon, les États-Unis ou l'Allemagne équipant leurs navires de ligne de canons de calibre , l'Amirauté décide de doter ces nouveaux navires de canons de . La conception des cuirassés de la classe est alors entièrement revue ; de nouveaux plans sont dessinés dans l'urgence pour des navires de cinq tourelles filant . Une tourelle est finalement retirée, la puissance de feu restant importante malgré cela, et ce retrait permet d'installer des chaudières supplémentaires. Grâce aux accords pétroliers avec l'Iran, l'utilisation de fioul à la place du charbon est adoptée, permettant une vitesse de 24 à . Les navires de la classe Queen Elizabeth sont alors qualifiés de cuirassés rapides.
Caractéristiques vignette|gauche|alt=Animation montrant le déplacement des munitions à l'intérieur d'une tourelle avant sa mise à feu.|Fonctionnement d'une tourelle de .
Lancement Le HMS Warspite présente une longueur hors-tout de , un maître-bau de et un tirant d'eau de . D'un déplacement de , il dispose de quatre hélices, 24 chaudières Babcock & Wilcox et deux turbines à vapeur Parsons. Ces machines développent une puissance de , qui peut atteindre les à marche forcée, pour des vitesses respectives de 23 et .
Le cuirassé est muni de huit canons de marine de 15 pouces BL Mark I répartis en deux groupes de deux tourelles superposées, l'un à l'avant et l'autre à l'arrière du navire. Ce canon de est spécialement conçu pour la classe Queen Elizabeth : version agrandie du canon de marine de 13,5 pouces BL Mk V, il tire deux coups par minute et possède un système hydraulique d'amortissement du recul. Ses obus de , tirés à , ont une portée théorique de .
L'armement secondaire est composé de 14 canons de 6 pouces BL Mk XII, de deux canons antiaériens de 3 pouces QF 20 cwt et de quatre tubes lance-torpilles.
Le blindage de la ceinture principale est épais de 6 à , celui des barbettes varie de 4 à , celui du château est de et celui des bulbes anti-torpilles varie de 4 à . Les tourelles de la batterie principale ont une protection frontale de ; l'arrière et les flancs sont protégés par de blindage, et celui du toit est épais de .
Refontes vignette|gauche|alt=Dessin représentant un cuirassé vu de profil et vu du dessus.|Diagramme de la classe Elizabeth en 1923. De 1924 à 1926, le Warspite subit son premier radoub important. Deux bulbes anti-torpilles sont ajoutés, portant le maître-bau à ; quatre canons antiaériens de 4 pouces QF Mk V remplacent les canons de et deux des canons de . Enfin deux tubes lance-torpilles sont retirés, et les deux cheminées sont fusionnées en une seule. Avec ces améliorations, le déplacement lège du cuirassé passe à , et à à pleine charge.
De à , le Warspite entre de nouveau en cale sèche, au Portsmouth Royal Dockyard, afin d'être entièrement refondu, pour un coût de . Le cuirassé est démonté pièce par pièce jusqu'à sa structure interne. Des chaudières Admiralty à trois tambours et des turbines à engrenages développant sont installées, réduisant le poids du navire de . Ce gain est utilisé pour renforcer le blindage du pont à l'avant de la tourelle A et de la soute à munitions. Une nouvelle cheminée, moins encombrante, permet l'installation d'un hangar et d'une catapulte pour hydravion. Le cuirassé est alors équipé de deux grues électriques afin de rembarquer l'hydravion de reconnaissance après ses missions. De 1938 à 1941, le Warspite emporte à son bord deux Fairey Swordfish, puis deux Supermarine Walrus de début 1942 à , date à laquelle les installations aéronautiques sont retirées du navire. Ces modifications portent son déplacement à et son tirant d'eau à , et lui permettent d'atteindre une vitesse de .
Les tourelles principales sont modifiées afin d'augmenter de la hausse des canons de , leur permettant d'atteindre une portée de au lieu de précédemment. Les deux canons de 6 pouces situés à l'avant et à l'arrière sont retirés, car inopérants par gros temps ; les deux tubes lance-torpilles restants subissent le même sort. Enfin, un nouveau système de conduite de tir est installé sur les canons de 6 et de 15 pouces. La nouvelle disposition des cheminées permet l'installation de deux affûts octuples de canons de 2 livres QF. Sur deux des tourelles de sont montés des mitrailleuses de , et les canons de QF Mk V sont remplacés par des Mk XVI.
D'août à , à la suite des dégâts provoqués par une bombe de , le Warspite est réparé et refondu au Puget Sound Naval Yard à Bremerton. La passerelle est améliorée, de nouveaux canons antiaériens sont installés, le blindage des canons de est renforcé et l'artillerie principale de , usée, est entièrement remplacée. Enfin, un radar de surface type 221 et un radar antiaérien type 281 sont installés.
Histoire La construction du Warspite commence le à Devonport Dockyard. Le cuirassé est lancé le et armé en , sous les ordres du capitaine Edward Phillpotts. Le navire est alors soumis à une campagne d'essais, et fait forte impression sur Winston Churchill de par la puissance et la précision des canons de . Le cuirassé rejoint ensuite la de la Grand Fleet ; de mai à septembre, il participe à plusieurs manœuvres avec celle-ci. Mais le , alors qu'il rejoint Rosyth, le Warspite s'échoue dans le Forth, à la suite d'une mauvaise manœuvre de son escorte qui le guide dans un passage réservé aux navires de petit tonnage. Les dommages faits à la coque sont réparés en deux mois, avant que le navire n'intègre la de l'amiral Hugh Evan-Thomas, nouvellement formée pour les cuirassés de la . Le navire continue néanmoins à jouer de malchance : le , il entre en collision avec son sister-ship le , à la suite d'une incompréhension des signaux de vitesse. Malgré la tempête et les dégâts importants, il réussit à rentrer à Scapa Flow avant de retourner à Devonport pour réparations ; il rallie la juste à temps pour Noël.
Première Guerre mondiale Bataille du Jutland
vignette|gauche|alt=Photo en noir et blanc de deux cuirassés faisant route, de la fumée sortant des cheminées du premier.|Le Warspite et le Malaya pendant la bataille du Jutland. Après le bombardement de Yarmouth et de Lowestoft par les Allemands en , le Warspite et la sont affectés à la Battle Cruiser Fleet du vice-amiral David Beatty afin de la renforcer et de contenter l'opinion publique britannique qui dénonce l'incapacité de la Marine à protéger ses côtes. À la grande joie des marins à bord, le cuirassé quitte alors son mouillage froid et isolé de Scapa Flow pour celui du Firth of Forth, proche d'Édimbourg. Le au soir, la flotte reçoit l'ordre de prendre la mer après l'interception de messages allemands indiquant que la Hochseeflotte a quitté son port de Wilhelmshaven : elle quitte l'embouchure de la Forth à . Ce sont ainsi dix navires qui quittent le port : les six croiseurs de bataille , , , , et , suivis des quatre cuirassés de la , les , , Warspite et , ce dernier fermant la marche.
Dans l'après-midi du , la fait route à toute vapeur, à la traîne derrière les croiseurs de bataille plus rapides. Après une erreur de signaux, les cuirassés se retrouvent à plus de des croiseurs de bataille, après avoir, à cause de la fumée, manqué un signal de ces derniers leur demandant de changer de direction pour suivre un panache de fumée ayant été aperçu plus tôt. Se rendant compte de leur erreur, ils coupent vers le sud, mais ne peuvent rattraper leur retard. Ainsi, à , les cinq croiseurs de bataille allemands du I. Aufklärungsgruppe ouvrent le feu sur leurs homologues britanniques esseulés, dépourvus du soutien des cuirassés. L'escadre ne rejoint le combat que bien plus tard, après que lIndefatigable a été coulé par le . Elle engage alors trois croiseurs légers, les , et à plus de : les navires ennemis réussissent à prendre la fuite sans avoir été touchés. Peu après, les croiseurs de bataille allemands sont en vue et le feu des cuirassés britanniques se porte immédiatement sur eux : le Barham et le Valiant concentrent leur tir sur le pendant que le Warspite, le New Zealand et le Malaya font feu sur le SMS Von der Tann qui se trouve à l'arrière de la ligne de bataille ennemie. Le Warspite réussit alors son premier coup au but, sur le SMS Von der Tann. Pendant ce temps-là, le Queen Mary, sous le feu roulant des et , explose et commence à sombrer. Quelques instants plus tard, le Warspite double le croiseur de bataille dont la coque dépasse à peine des flots, ignorant à ce moment-là qu'il s'agit d'un des siens.
vignette|droite|alt=Photo en noir et blanc montrant des hommes accoudés à un bastingage regardant un gros trou dans la coque du navire.|Dégâts causés par un obus après la bataille du Jutland.