Le comte Napoléon-Henri Bégouën, né le à Châteauroux et mort le au château des Espas à Montesquieu-Avantès, est un préhistorien français.
Il est licencié en droit, diplômé de l'École libre des sciences politiques et docteur honoris causa des universités de Porto et de Tartu.
Il est renommé entre autres pour la découverte (en partie due à ses fils) des grottes du Volp avec leurs superbes sculptures, art mural et artefacts ; et pour les remarquables innovations concernant la conservation des dites grottes, en quoi il est un précurseur fort en avance sur son temps.
Biographie Famille
Issu d'une vieille famille normande.Un fonds d'archives « Bégouen-Demeaux » existe concernant le Havre, aux archives départementales de la Seine-Maritime à Rouen. Voir ., il est l'arrière-petit-fils de Jacques-François Bégouën et de Marie François Auguste de Caffarelli du Falga. par son père ; et par sa mère, Léonie Chevreau, le petit-fils de Jean-Henri Chevreau (député) et neveu de Henri Chevreau (ministre de l'Intérieur)..
Son père, Maximilien Bégouën, est trésorier-payeur général et un homme cultivé à l'esprit curieux. Il porte un intérêt à la géologie et à la préhistoire, . et possède un os gravé provenant de Laugerie-Basse, dont Henri hérite plus tard. Il envoie ses enfants en voyages d'études à l'étranger pendant leurs vacances scolaires ; Henri visite ainsi les mines de sel de Salzbourg, dont il ramène le manche en bois d'une hache de bronze. Maximilien Begouën est aussi l'ami d'Émile Cartailhac, une relation qui va profondément marquer la deuxième partie de la vie d'Henri.
Il a un frère aîné, Marcel (1862-1900), qui épouse Claire de Cholet avec qui a pour enfants : Marie Léonie Bégouën (1891-), épouse le le marquis Jean-Marie de Liencourt (1884-1916). avec qui elle a pour enfants : une fille qui épouse en premières noces Alain de Rohan-Chabot, duc de Rohan-Chabot, et en secondes noces André Rodocanachi. (ambassadeur, officier de la Légion d'honneur). ; François de Liencourt (1916-1965). Marcel meurt de la fièvre jaune au Sénégal.
Enfance, période formatrice
Henri Bégouën naît à Châteauroux, suivant les hasards des affectations paternelles..
En 1868 la famille déménage à Toulouse. Henri y commence ses études à Sainte-Marie du Caoussou. Quand son père prend sa retraite en 1877, Henri le rejoint à Paris et y termine ses études : collège Stanislas, faculté de droit où il obtient sa licence, puis à l'École libre des sciences politiques dont il sort également diplômé. Pendant ses années à Sciences Po, il partage avec Raymond Poincaré le secrétariat de la conférence Molé-Tocqueville. Il fait une thèse en Allemagne sur le Kultur Kampf, avant ou pendant son emploi au Journal des débats. (paragr. suivant).
À cette époque il est intéressé par la poésie décadente. En co-auteur avec Louis de Germon il publie en 1886 les Vers de Couleurs sous le pseudonyme collectif « Noël Loumo ». chez Vanier, éditeur d'avant-garde.. Il fréquente les centres littéraires et artistiques : Moréas, Steinlen, Toulouse-Lautrec, Henri de Régnier, José-Maria de Heredia, Boutmy (fondateur de la future Sciences Po), Albert Sorel, et Taine qui le fait entrer au Journal des débats.
Débuts professionnels
Son père meurt en 1885. Comme Henri parle bien l'allemand, le Journal des débats le charge peu après d'étudier et commenter les événements qui agitent alors l'Europe centrale et l' Allemagne (Kultur Kampf, le Septennat).
En 1888, il est candidat malheureux aux élections de député de l'Ariège. Il commence à s'attacher à ce département.
Mariage, descendance
En 1892, il épouse Marie Joséphine Thérèse Mignon, nièce de Paul RiantPaul Riant : il s'agit du comte Paul-Édouard-Didier Riant. Voir par exemple .. Sa femme apporte au patrimoine familial le château des EspasChâteau des Espas, façade et vue d'angle, cartes postales. sur Montesquieu-Avantès (Ariège), où la famille s'installe de plus en plus. En 1893, il achète le manoir de Pujol., également sur Montesquieu-Avantès.
Ils ont trois fils., et une fille qui décède de la typhoïde en 1902 en même temps que sa femme : Maximilien (1893En juillet 1912 Max, Jacques et Louis ont respectivement 19 ans, 17 ans et 16 ans. Voir .- 1981), qui épouse (le à Paris) Simone Élie de Beaumont. puis épouse Henriette Rey en 1966 à Toulouse, qui est actuellement Comtesse Bégouën et propriétaire du château Les Espas où elle continue à vivre. À la suite de la déclaration de guerre en , il commence avec son frère Jacques son service militaire en décembre à la caserne de Perpignan puis au camp d'entraînement de Millas.. Jacques (1894- 1979), qui épouse Marguerite Coup de Conty ; ils ont cinq enfants. En 1914, à la suite de la déclaration de guerre en août, il s'engage pour la Première Guerre mondiale, qu'il termine avec le grade de lieutenant (aviateur dans l'Escadrille des Cygnes), chevalier de la Légion d'Honneur, Croix de guerre, Médaille de Verdun, officier de l'Ordre royal de Saint-Sava de Serbie et de l'Ordre du Roi Léopold de Belgique.. En 1921, il acquiert le château de Coumes à Audressein où il constitua une grande collection ethnographique se rapportant à tous les objets de la vie des habitants de la vallée de Bethmale. En 1992, le Conseil départemental de l'Ariège a acquis cette collection. Elle est dorénavant exposée dans les salles du Palais des Evêques à Saint-Lizier. Louis (1897- 1981), qui épouse Marcelle Dol avec qui il a :
Tunisie, les prémices de l'archéologue
Il est nommé en 1896 contrôleur civil stagiaire à la Résidence générale de Tunisie, poste qu'il occupe jusqu'en 1898 ou 1900. Dans ce pays, il s'intéresse aux nombreux tombeaux mégalithiques (El Maktar) et fait quelques fouilles.
Retour en France, deuils Rentré dans la région toulousaine, il s'occupe de politique locale et d'élevage agricole. Il devient maire de Montesquieu-Avantès et prend la direction du quotidien toulousain Le Télégramme de 1905 à 1909Quand Breuil rencontre H. Begouën en octobre 1909, il dit de ce dernier qu'il était, « récemment encore », directeur du Télégramme ; c'est donc qu'à cette date H. Bégouën ne l'est plus depuis peu. Voir . ou 1910. - occupations qui conviennent certes à ses aptitudes mais peut-être pas à ses inclinaisons, selon la comtesse de Saint-Périer qui a bien connu la famille. Mais surtout il se rapproche de Cartailhac, érudit et préhistorien de première classe qui connaît extrêmement bien toute la région toulousaine. Il est aussi en relation avec le père Delattre [peut-être datant de sa période tunisienne ?], grande figure du site archéologique de Carthage aux fouilles duquel Begouën s'intéresse. Il a déjà écrit une histoire de la régence au temps de Charles Quint.
En 1900, son frère aîné Marcel, capitaine d'état-major au Sénégal, meurt de la fièvre jaune. En 1902, il perd sa femme et sa fille, mortes de la typhoïde.
Dans les années 1900, il commence à suivre les cours de Préhistoire d'Émile Cartailhac à Toulouse. Ces études sont pimentées par les travaux de Cartailhac sur Marsoulas (1902), Gargas, Niaux (1907)….
Rencontre avec Henri Breuil
En , Henri Begouën rend visite à Cartailhac sur le chantier de fouilles de la grotte de Gargas et y rencontre pour la première fois l'abbé historien Henri Breuil ; ils vont collaborer pendant quarante années mais aucun ne le sait. Cartailhac a préalablement décrit Henri Begouën à Breuil comme « un ami de large culture, intéressé spéculativement aux recherches préhistoriques et catholique déclaré, aux idées fort ouvertes ». Breuil voit « un homme mondain, brillant polémiste, et récemment encore directeur d'un journal politique catholique libéral (Le Télégramme) », apparemment pas du tout prédisposé à devenir le successeur de Cartailhac à la chaire de Préhistoire de l'université de Toulouse. Et pourtant.
Le tournant : découvertes des grottes du Volp
La région où la famille vit est riche en grottes et déjà un certain nombre se sont révélés de grands sites archéologiques. Henri suit les cours de préhistoire de Emile Cartailhac à Toulouse, et comme il est proche de ses enfants il les emmène visiter le chantier de fouilles que dirige Édouard Piette au Mas d'Azil. Leur intérêt est doublement éveillé quand Max y trouve dans des déblais une dent de renne portant les marques d'une perforation.
« Découverte » d'Enlène Enlène est connue de longue date dans la région. En 1882, elle appartient à M. Moulis de Méritens, . et a déjà été fouillée par l'abbé Jean-Jacques Pouech, M. Filhol., l'abbé Cabibel., Dom David Cau-Durban avec Baron… Elle est notée comme grotte sépulcrale en 1884Enlène notée comme grotte sépulcrale en 1884 : article par L'Homme, 1884, . Cité dans , . et 1893Enlène notée comme grotte sépulcrale en 1893 : lettre de l'archiviste de Foix. Cité dans ..
Aux vacances de Pâques 1912Sur l'année de "découverte" d'Enlène : , donne 1911 pour année de visite du chantier d'Édouard Piette au Mas d'Azil. De plus il dit () que père et enfants visitent Enlène le lendemain de leur visite au Mas d'Azil. Or les trois frères découvrent l'archéologie d'Enlène et du Tuc en 1912, date donnée par tous les documents consultés (dont le journal de Louis à l'époque), sauf celui-ci (Begouën 2004) et les documents qui l'ont copié. Cette visite au Mas d'Azil ne peut donc s'être déroulée qu'aux vacances de Pâques 1912. Par ailleurs on voit mal pour quelle raison des jeunes gens en bonne santé, sans événements familiaux marquants pour la période concernée, moyennement désœuvrés et ouvertement encouragés à l'exploration par leur père, auraient attendu quinze mois entre Pâques 1911 et l'été 1912 pour chercher une autre grotte qu'Enlène., Henri Begouën et ses trois fils explorent Enlène et découvrent fortuitement un beau propulseur figurant un quadrupède. Après cette trouvaille, le même Méritens, ne pouvant croire qu'un trésor puisse être autre chose que monétaire, interdit l'entrée de sa grotte à tout le monde y compris au comte et maire Henri Begouën - et à ses enfants -, ., lui adressant un courrier le suivant pour lui demander de faire cesser leurs explorations de peur de « dévaluer sa propriété », .. Qu'à cela ne tienne - il y a d'autres grottes dans la région…
« Découverte » du Tuc d'Audoubert Là aussi l'existence de la grotte est connue, avec son grand porche d'où s'écoule le Volp. Mais elle n'a pas été explorée scientifiquement. En , sur un radeau de fortune, Max, Jacques et Louis y pénètrent par sa seule voie accessible - le Volp, et découvrent les premiers grands volumes intérieurs. Ils ont respectivement 19 ans, 17 ans et 16 ans..
Le groupe statuaire des bisons d'argile est découvert le . La page inclut un fac-simile complet de la lettre inédite écrite à Jean Clottes par Henri Bégouën (avec post-scriptum signé de Max et Louis), sur papier à en-tête de la mairie, le soir même de la découverte le 10 octobre 1912.. L'abbé Breuil, alerté par lettre, arrive aux Espas le . Émile Cartailhac, prévenu par télégramme., arrive le lendemain ; la visite commune se fait le dimanche , huit jours après la découverte..
Découverte des Trois-Frères