thumb|Louis XVIII est contraint à la fuite par Napoléon. Il sera finalement ramené sur le trône par Talleyrand et Fouché ainsi que par les puissances étrangères qui battent Napoléon à Waterloo, contraignant ce dernier à l'exil.

Le gouvernement de Gand est le gouvernement en exil de Louis XVIII lors des Cent-Jours. Alors que Napoléon rassemble des forces et monte vers Paris, le souverain prend des décisions maladroites. Il se prive ainsi de soutien national et international, s'estimant capable de rétablir la situation. En appelant à la défense de la charte, en refusant l'intervention d'armées étrangères, en demandant fidélité à sa propre armée largement acquise au souvenir napoléonien, Louis XVIII se trouve finalement dans l'impasse. Le roi quitte Paris le et franchit les frontières françaises le pour s'installer à Gand.

Le gouvernement est formé de ministres qui l'ont suivi en exil, notamment Blacas, Beugnot et Jaucourt. D'autres personnes restées fidèles envers le souverain occupent des fonctions ministérielles, comme Chateaubriand, que le souverain apprécie peu. Dans les faits, ce gouvernement est sans pouvoir réel, puisque situé hors des frontières de France et étroitement surveillé par les puissances alliées, qui doutent d'un retour des Bourbons. Malgré cela, Louis XVIII croit toujours en son destin de roi : il crée un journal concurrent au Moniteur universel et encourage la chouannerie pour déstabiliser le pouvoir de Napoléon. Durant ses quelques mois d'existence, le gouvernement de Gand est le siège de rivalités au sein de l'entourage du souverain. La frange ultraroyaliste durcit ses positions, tandis que des constitutionnels comme Guizot tentent d'influencer le souverain.

La défaite de Napoléon à Waterloo le permet à Louis XVIII d'envisager un retour au pouvoir. Les puissances étrangères, convaincues par Talleyrand, se prononcent en sa faveur. En France, Fouché persuade les chambres de la légitimité du roi pour négocier un traité de paix dans une Europe monarchique. Louis XVIII rentre en France le pour finalement arriver à Paris le . Ce retour, entaché par les excès des ultra-royalistes, permet le début de la Seconde Restauration et le retour des Bourbons sur le trône de France jusqu'en 1830.

Retour de Napoléon et inquiétude bourbonienne

Une partie du peuple favorable au retour thumb|Louis XVIII ne parvient pas à rassurer la totalité de la population française, poussant une partie de la population à espérer un retour de l'Empire.|alt=portrait de Louis XVIII Que Napoléon ait cherché à revenir en France ne tient guère de l'extraordinaire car il subsiste au début de 1815 dans le pays une masse d'opinion bonapartiste, connue des autorités et du roi lui-même dès son arrivée au pouvoir.. Cette masse se divise entre des militaires, anciens de la Grande Armée, insatisfaits par le nouveau régime., et des acquéreurs de biens nationaux de la Révolution, inquiets du sort qui leur serait réservé, même si le gouvernement royal ne donne pas de signes de menace à leur propos, l'heure étant à la réconciliation de tous les Français. Louis XVIII a d'ailleurs dit dans sa déclaration de Saint-Ouen que les acquéreurs de biens nationaux ne seraient jamais remis en cause par le régime ce qui n'avait pas manqué de décevoir le clan ultra-royaliste..

Louis XVIII, en revenant sur le trône, multiplie les décisions maladroites et s'aliène une partie de la population. Pendant que les autorités font construire une chapelle expiatoire en la mémoire de Louis XVI et Marie-Antoinette, la Grande Armée ne reçoit pas l'ombre d'un hommage car Louis XVIII considère qu'il est inutile d'encenser une armée vaincue. Louis XVIII continue de dénigrer l'action de l'armée et promulgue même une ordonnance le 12 mai 1814 réduisant les effectifs de l'armée et leur imposant le drapeau blanc du royaume de France, aux dépens du drapeau tricolore avec lequel l'armée s'est battue pendant plus de « Ordonnance sur l'organisation de l'infanterie », 1789 - 1815 Révolution et Empire. Consulté le 22 mars 2014. Ainsi, des soldats français sont morts pour leur pays en héros mais sont complètement oubliés par le nouveau régime. De plus, c'est parce qu'ils ont perdu en défendant la nation qu'ils sont relégués au ban de la société. Le concept de nationalisme échappe alors complètement au roi et à ses conseillers ce qui fait le jeu de Napoléon, qui se réclame de ce nationalisme. Nombre de soldats se rallient donc à l'empereur pour cette raison, considérant qu'ils servent un ingrat en la personne du roi..

La population, qui a par ailleurs eu à supporter par endroits l'occupation étrangère, souffre du chômage et vit difficilement, sans que le pouvoir n'y apporte de réponse claire ; en revanche, la politique fiscale du baron Louis renforce les touchant des produits d'usage populaire. L'inaction du pouvoir face aux difficultés qui touchent les classes populaires et le maintien des droits réunis, dont une très impopulaire taxe sur les boissons, contribuent également à la colère du peuple à l'égard du régime.. Le peuple craint également un retour à l'Ancien Régime, ainsi qu'à la domination de l’Église. Louis XVIII peine à rassurer la population, et les rumeurs de complot gagnent en ampleur tandis que les soldats et paysans se prennent de nostalgie pour le régime impérial, considéré comme une période prospère économiquement..

Vol de « l'Aigle » et réaction du gouvernement

thumb|left|Le départ de Napoléon de l'île d'Elbe marque le début des Cent-Jours.|alt=tableau représentant Napoléon s'embarquant pour quitter l'île d'Elbe thumb|Soult, ministre de la guerre et ancien maréchal d'Empire, est le parfait bouc-émissaire pour le Comte d'Artois.

Napoléon, qui se lasse vite de l'île d'Elbe et ne reçoit pas la rente à vie que lui avaient promise les Bourbons lors de son départ en exil, envisage de passer à l'acte.. Il commence par tromper tout le monde avec une lettre d'un de ses serviteurs, interceptée par les espions des puissances du Congrès de Vienne, disant qu'il retourne à Naples pour aider Murat : .. Ces lettres sont à l'origine d'une croyance d'un véritable complot bonapartiste, qui aurait placé Napoléon sur un trône d'une Italie réunifiée autour de sa personne.. Ce flou autour de la situation de Bonaparte pousse ce dernier à agir. Estimant que l'effet de surprise est la clef du succès, il quitte secrètement l'île d'Elbe le et débarque à Golfe Juan le avec quelques hommes..

Le pouvoir royal n'apprend le débarquement que le , par le télégraphe. Chappe, administrateur général du télégraphe, reçoit le message et le porte immédiatement au baron de Vitrolles, qui le transmet lui-même au souverain, sous enveloppe cachetée. Très vite, Louis XVIII convoque le maréchal Soult, qui le convainc de garder le silence au moins pendant vingt-quatre heures sur les événements. Au-delà de cette mesure, Louis XVIII se montre particulièrement serein, ce que Vitrolles pense être une attitude responsable. Les conseillers du roi ont joué un rôle dans son optimisme et sa confiance proches de l'aveuglement, notamment Beugnot et André mais, très vite, son entourage lui envoie des avertissements sérieux que le roi ne prend pas en compte. Dans la correspondance du souverain avec Talleyrand, il l'évoque en quelques lignes pour parler avant tout des affaires extérieures. En fait, Louis XVIII ne veut pas prendre conscience du danger. Napoléon continue son avancée triomphale sur la route qui porte désormais son nom, et rallie, étape par étape, les soldats censés venir pour l'arrêter, pendant que le pouvoir central se limite à promulguer une ordonnance déclarant Bonaparte comme traître le ..

Louis XVIII est sûr de son destin tout comme ses ministres, qui paraissent sûrs de la déchéance annoncée de Napoléon puisque l'Europe entière est liguée contre lui. Jaucourt, qui occupe l'intérim des affaires étrangères en l'absence de Talleyrand, parti au Congrès de Vienne, ne s'exprime pas sur le sujet. Dambray, ministre de la justice, est un fervent royaliste. C'est lui qui avait suggéré à Louis XVIII de dater la charte de sa dix-neuvième année de règne.. De manière générale, la quasi-totalité des ministres de Louis XVIII et des royalistes pensent que les circonstances sont favorables pour écarter définitivement Bonaparte. Vitrolles, quant à lui, pensait qu'une armée dirigée par des princes serait fidèle à la Restauration, mais il n'en est rien. La monarchie se rend progressivement compte qu'un régime qui n'a pas une police efficace (Beugnot supprime les espions politiques, empêchant les comploteurs bonapartistes d'être arrêtés) et qui ne peut compter sur son armée ne peut pas s'imposer dans la durée..

Le gouvernement, devant la gravité de la situation, multiplie les erreurs. Ainsi, les préfets, représentants du pouvoir central dans les provinces, reçoivent des consignes extrêmement floues.. Le , le comte d'Artois dénonce un complot de Soult et de l'armée en général. Ce dernier remet aussitôt sa démission au roi et prive le régime de ses talents. Il est remplacé par Clarke. Louis XVIII se pose en garant des libertés. Suivant les conseils de Louis et de Montesquiou, le roi déclare le qu'il défend , sans résultat.. Le , dans un baroud d'honneur, le roi essaie de convaincre les chambres de sa détermination à rester au pouvoir et ainsi défendre la charte libérale : . Les chambres l'applaudissent, mais le discours n'a guère plus d'effet..

Réaction internationale

thumb|Klemens Wenzel von Metternich, ambassadeur de l'empire d'Autriche

Les pays participants au congrès de Vienne observent et espionnent attentivement Napoléon. Lorsqu'ils ont vent des ambitions de retour sur le continent de Napoléon, ces derniers menacent le souverain de l'île d'Elbe d'un exil forcé sur une île beaucoup plus éloignée des côtes européennes, l'île de Sainte-Hélène. Cette menace, Napoléon ne l'a jamais cru du fait du soutien indéfectible de sa garde mais aussi de l'adoration qu'avaient les elbois pour lui, rendant tout exil impossible sans une résistance préalable..

Le , alors que la nouvelle du débarquement de Bonaparte vient d'être officialisée par le Moniteur., les ambassadeurs étrangers sont réunis aux Tuileries et Louis XVIII leur déclare : C'est ce jour-là que la monarchie bourbonienne perd le soutien des autres puissances étrangères européennes qui l'avaient placée sur le trône et qui comprennent que seule l'Europe peut freiner Bonaparte.. Le , les puissances européennes proposent une aide militaire à Louis XVIII que celui-ci s'empresse de refuser. Cette décision maladroite fait basculer les autres puissances dans une position attentiste. Le 18, Louis XVIII supplie l'armée de lui être fidèle afin . Par cette déclaration, Louis XVIII dénigre les armées étrangères et veut rétablir lui-même la situation, ce qui s'avère être une erreur politique majeure car il bloque les renforts qu'auraient pu lui fournir les armées étrangères pour défendre sa couronne.

Les souverains étrangers sont avertis successivement du débarquement de Bonaparte, l'empereur d'Autriche l'apprenant le , le roi de Prusse le 9 et le roi du Royaume-Uni le 10. Le 11, le Times titre : « Le retour de l'aventurier misérable ».. La méfiance mutuelle entre les souverains européens de la Sixième Coalition ralentit les projets de Metternich, voulant stopper l'empereur dès le . C'est finalement le 13 que les puissances ayant signé le premier traité de Paris se retrouvent à Vienne, dans le congrès qui se tient depuis 1814. Il doit réorganiser l'Europe mais traîne en longueur à cause des contentieux territoriaux et idéologiques et de l'enjeu pour l'Europe d'un éventuel accord. Le retour de Napoléon remet en question la longueur du congrès et son incapacité à décider et c'est ce retour qui permet d'unir les puissances européennes derrière un ennemi commun, l'empereur d'Autriche dit d'ailleurs qu'. Sans surprise, le congrès déplore l'action de Bonaparte, considérée comme illégale car violant le traité de 1814 : .