L'insigne ordre de la Toison d'or est fondé par le duc de Bourgogne Philippe le Bon le à l'occasion de son mariage avec Isabelle de Portugal. Il s'agit au départ d'un ordre de l'État bourguignon, ensemble de principautés féodales regroupant le duché de Bourgogne (fief français), le comté de Bourgogne (fief d'Empire) et plusieurs fiefs des Pays-Bas, notamment le comté de Flandre (fief français) et le duché de Brabant (fief d'Empire). Après la mort de Charles le Téméraire (1477), l'État bourguignon passe à la maison de Habsbourg, notamment à Charles Quint, puis à son fils Philippe II, roi d'Espagne. Après la mort de Charles II d'Espagne (1700), l'ordre est divisé entre une branche espagnole et une branche autrichienne (celle-ci non reconnue en FranceVoir infra, « Les ordres de la Toison d'Or au ».).

Le lieu de la fondation est Bruges, ville du comté de Flandre, et le premier chapitre de l'ordre est tenu en 1431 à Lille, aussi ville flamande. Le port du collier de la Toison d'or devient obligatoire le Une fête champêtre à la cour de Bourgogne..

Le nom de l'ordre est inspiré du mythe grec de la Toison d'orJean Germain, évêque de Chalon-sur-Saône s'offusqua que cet ordre fasse référence à un mythe païen. . Cité dans Jacques Marseille, Journal de Bourgogne des origines à nos jours, 2002, Larousse, 336 p., p. 120., complété un peu plus tard par l'histoire biblique de Gédéon, symbole de force spirituelle, comme l'indiquait la tapisserie ornant les lieux de réunion des chapitres à partir de 1456.

Une tradition perdure selon laquelle ce serait en hommage à sa maîtresse, Marie de Rumbrugge, dont la chevelure était d’or, que Philippe le Bon a créé l’ordre..

Il subsiste de nos jours deux ordres de la Toison d'or issus de l'ordre historique : l'ordre de la maison d'Autriche reconnu comme personne morale par la république d'Autriche depuis 2000 dont le grand maître est le chef de la maison de Habsbourg-Lorraine et l'ordre espagnol dont le grand-maître est le roi d'Espagne.

Débuts thumb|upright|left|Philippe le Bon qui institua l'ordre de la Toison d'or.

Contexte

État des ducs de Bourgogne En 1363, Le prince Philippe le Hardi (1342-1404), fils du roi de France Jean le Bon, devient duc de Bourgogne sous le nom de Philippe II. Il est à l'origine la maison de Valois-Bourgogne qui prend fin avec la mort de Charles le Téméraire en 1477, après avoir rassemblé autour du duché plusieurs fiefs, situés soit dans le royaume de France (comté d'Artois, comté de Flandre), soit dans l'Empire (comté de Bourgogne, duché de Brabant, comté de Hainaut).

Ducs de Bourgogne dans la guerre de Cent Ans Au début du , les ducs de Bourgogne, Philippe, puis son fils Jean sans Peur (1371-1419) disposent d'une grande puissance politique, profitant de l'affaiblissement de la monarchie française sous le règne de Charles VI (1368-1422), marqué par la reprise de la guerre contre les Anglais et par la défaite d'Azincourt (1415).

Philippe le Bon (1396-1467) est le troisième duc de la dynastie, à la suite de l'assassinat de Jean sans Peur en 1419. À la tête de la faction des Bourguignons, il est allié au roi d'Angleterre Henri V (1386-1422), qui impose à Charles VI le traité de Troyes (1420), déshéritant à son profit le dauphin Charles, obligé de se réfugier à Bourges. Henri V épouse la fille de Charles VI dont il a un fils, Henri, né en 1421. L'année suivante, Henri V et Charles VI meurent, alors que le prince Henri n'a qu'un an, devenant roi de France sous la régence de Jean de Lancastre, duc de Bedford.

En 1429, le dauphin reprend l'offensive grâce à l'intervention de Jeanne d'Arc, qui, après avoir obtenu la levée du siège d'Orléans, réussit à faire sacrer Charles VII à Reims (), alors que Henri VI sera seulement couronné à Paris, le .

Le , les troupes bourguignonnes commandées par Jean de Luxembourg s'emparent de Jeanne d'Arc lors du siège de Compiègne ; elle est livrée au duc de Bedford pour 10 000 livres ().

Mariage avec Isabelle de Portugal (7 janvier 1430)

Philippe le Bon a déjà été deux fois veuf, en 1422 et en 1425, lorsqu'il épouse la fille du roi du Portugal.

Création de l'ordre (1430)

Cet ordre était destiné à rapprocher la noblesse des États bourguignons de Philippe le Bon et à permettre au duc d'honorer ses proches. Les premiers membres de l'ordre sont, chronologiquement, Philippe le Bon, Guillaume de Vienne, Régnier Pot et Jean de Roubaix.

Un manuscrit du , dont l'auteur est Guillaume Fillastre et l'artiste inconnu, montre les exigences de cet ordre et ouvre l'esprit aux prémices de la Renaissance artistiqueLa toison d'or : Allégorie de la magnanimité, BNF..

Collier de la Toison d'or (1431) thumb|upright|Insigne de la Toison d'or porté par Louis XV (détail du portrait par Maurice-Quentin de La Tour).

thumb|upright|Louis XVI (détail du tableau de Duplessis) portant d'insigne de la Toison d'or à travers une boutonnière.

Par les statuts, les chevaliers étaient obligés de porter en toutes circonstances et en particulier en public un collier d'or, composé d'une alternance de fusils et de pierres à feu auquel était suspendue la toison d'un bélier. Les deux premiers éléments formaient la devise du duc Philippe le Bon, ce qui dénotait le lien que créait l'appartenance à l'ordre : le chevalier qui en était membre faisait ainsi montre de sa proximité avec le prince bourguignon en portant ses emblèmes personnels. Inversement, la toison envahit totalement l'emblématique princière des souverains bourguignons, puis des Habsbourg.

Dans sa représentation, le fusil (terme d'époque pour désigner les « briquets » de l'époque, sortes de petites masses d'acier servant à produire des étincelles par friction avec des silex), avec ses flammèches, rappelait les rabots que le duc de Bourgogne Jean sans Peur avait adoptés comme devise dans son conflit contre les Armagnacs. Certains insistent sur le fait que les briquets sont représentés avec une poignée en forme de B évoquant le mot « Bourgogne ». En effet, les briquets peuvent avoir des formes différentes et le rapprochement avec la lettre B peut avoir fait pencher pour le choix comme emblème de cette forme particulière de briquet. C'est de cette devise ducale qu'on a tiré une des devises de l'ordre : Ante Ferit Quam Flamma Micet ().

Les colliers appartenaient au trésor de l'ordre et devaient être restitués à la mort du chevalier. En cas de perte sur le champ de bataille, le chef et souverain prenait à sa charge le remplacement des colliers. Les chevaliers particulièrement fortunés se faisaient également faire des décorations enrichies de pierreries à titre personnel. En raison du poids important des colliers, on prit l'habitude de porter le pendant de l'ordre au bout d'un ruban de soie rouge ou noire.

Sainte-Chapelle de Dijon

En 1432, Philippe le Bon fixe le siège de l'ordre dans la Sainte-Chapelle située dans son hôtel de Dijon, capitale du duché de BourgogneJules d’Arbaumont, « Essai historique sur la Sainte-Chapelle de Dijon. », Mémoires de la Commission des antiquités du département de la Côte-d'Or, t. 6, 1861-1864, p. 122-129..

Cette église doit contenir un armorial monumental de l'ordre : les armes de chaque chevalier sont peintes sur un tableau suspendu dans le chœur selon l'ordre de préséance. Quand un chevalier meurt, son tableau est retiré du chœur et placé dans la nef.

L'ordre fonctionne comme une confrérie : les chevaliers se réunissent chaque année pour prier le saint patron de l'ordre, André et la Vierge, ainsi que pour une messe solennelle dédiée aux chevaliers morts depuis le chapitre précédent. Chaque chevalier est informé du trépas d'un de ses pairs et doit personnellement faire dire une série de messes pour le salut de son âme.

Après la reprise du duché par le roi de France en 1477, le siège de l'ordre est transféré à la chapelle palatine du palais du Coudenberg, à Bruxelles, qui sera agrandie et embellie par Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint, gouvernante des Pays-Bas de 1530 à 1555. La Sainte-Chapelle de Dijon garde une place particulière, puisque Charles Quint comme son fils Philippe II lui offrent des ornements de messe, parfois tirés des tissus utilisés pour orner les stalles des chevaliers lors des chapitres de l'ordre.

Les panneaux peints aux armes des premiers chevaliers sont conservés jusqu'à la Révolution française dans la Sainte-Chapelle, qui a été détruite en 1802.

Organisation de l'ordre thumb|left|Origine de la Toison d'Or, illustration de l’Histoire des ducs de Bourgogne. thumb|right|180px|Assemblée de l'ordre de la Toison d'or, présidée par Charles le Téméraire, à Valenciennes en 1473.

Ordonnances et statuts Philippe le Bon ne fixa l'organisation de l'ordre qu'un an après sa fondation. Elle est fixée par deux textes. Les statuts tout d'abord, texte juridique prenant la forme d'une lettre patente ou d'une ordonnance, qui règlent les buts de l'ordre, sa discipline, le nombre de ses chevaliers, le mode de leur élection, les cérémonies de l'ordre et même le mode de dévolution de sa grand maîtrise. Ils comprennent 67 articles. Les ordonnances, ensuite, qui prennent la forme d'une simple instruction fixant les devoirs des officiers de l'ordre. Elles comptent 22 articles.

L'ordre de la Toison d'or est défini comme une confraternité visant à défendre la foi chrétienne et la chevalerie. Elle compte 25 chevaliers lors de la première rédaction en 1432. Très vite, ce nombre est porté à 31. Sous Charles Quint (1516), pour tenir compte de l'extension nouvelle des terres soumises au grand maître de l'ordre, ce nombre est augmenté de vingt pour atteindre 51 chevaliers, inchangé depuis. Les chevaliers sont élus par leurs confrères à mesure que les places se libèrent. Afin de procéder à ces élections et pour donner à l'ordre un lustre digne de son souverain, une réunion annuelle de tous les chevaliers est prévue : c'est le chapitre général, qui se divise en deux parties, trois jours de fête publique où la cour se donne en spectacle et une série de réunions secrètes qui permettent l'administration de l'ordre. Cette fête doit avoir lieu à date fixe, le , jour de la Saint André, patron de la maison de Bourgogne et de l'ordre.

Ce caractère très rigide est assoupli sous le règne de Philippe le Bon : pour des raisons climatiques, le mois de novembre peu propice aux festivités en extérieur est abandonné, la date de réunion devenant libre, en outre, l'intervalle entre les chapitres passe de un à trois ans. En compensation, une fête simplifiée et moins formelle est instaurée pour la Saint André.

Au , les chapitres s'espacèrent de façon importante : il s'écoula douze ans du chapitre de Barcelone à celui de Tournai, puis quinze ans jusqu'à celui d'Utrecht et encore dix ans avant celui d'Anvers. Peu enclin au voyage, Philippe II d'Espagne rechigna à faire tenir de nouveaux chapitres, d'autant qu'à partir de 1568, les troubles aux Pays-Bas rendaient difficiles une visite du souverain. Devant trouver un moyen de remplacer les chevaliers morts, il obtint en 1578 un bref pontifical lui permettant de passer outre aux statuts et de nommer directement les chevaliers sans passer par une élection en chapitre général. Le chapitre de Gand en 1559 devint ainsi le dernier chapitre général et mit fin à l'organisation voulue par son fondateur.

Officiers

Afin d'assurer l'administration de l'ordre et de préparer les chapitres, quatre offices sont créésFortuné Koller, Au service de la Toison d'or (Les officiers), Imprimerie G. Lelotte, Dison, 1971, 190 p. : un chancelier, chargé de garder les sceaux de l'ordre, et de prononcer les discours aux chapitres un trésorier, qui doit garder le trésor de l'ordre (manteaux de cérémonies, ornements de messe) et gérer les prébendes attachées à l'ordre. un greffier, qui doit tenir les registres de l'ordre