Les manifestations au Venezuela, aussi nommées « la Salida » (la sortie) par ses partisans, désignent une série de manifestations, parfois tournées vers l'émeute, survenues dans certains quartiers des grandes villes du Venezuela de à 2017. Les raisons en sont l'hyperinflation, la criminalité importante, et les pénuries à court terme de certains biens de première nécessité dues à la crise économique en cours depuis 2012, qui a réduit le PIB vénézuélien de 67 % entre 2012 et 2020. Elles visaient à obtenir la démission du gouvernement chaviste vénézuélien, au pouvoir de façon ininterrompue depuis 1998...

Deux protestations se déroulent de manière concomitante : des manifestations étudiantes spontanées et un appel à la manifestation de la part d'opposants au gouvernement socialiste vénézuélien dirigé par le président Nicolás Maduro. Rapidement les premières répressions ont lieu et des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, mais aussi entre manifestants pro ou anti Maduro, déchirent les rassemblements. Au cours des manifestations, l'accès à certains contenus de Twitter aurait été momentanément bloqué.

Les manifestations connaissent un regain de force et de violence à partir du ., qui continue les mois suivants.

Au , sont recensés après quatre mois de violence..

Contexte

Crise économique

La dégradation de la note de la dette du Venezuela par Moody's, au lendemain des , durant lesquelles la coalition gouvernementale devance nettement la coalition d'opposition, pointe du doigt les difficultés financières du pays. L'inflation rampante , le ralentissement de la croissance (1,3 % en 2013 contre 5,6 % l'année précédente), sont autant de facteurs d'incertitudes malgré les grandes réserves de pétrole du pays. Dans Le Monde, un investisseur anonyme explique ainsi que la situation n'est pas désespérée, sous réserve qu'il n'y ait pas d'..

Dans ce contexte, est abordée la question de l'augmentation du prix de l'essence, qui avait suscité, avec d'autres augmentations, le sanglant Caracazo de 1989. Les pénuries par ailleurs ajoutent aux tensions dans le pays, ainsi par exemple, le , une manifestation de journalistes a lieu pour dénoncer la pénurie de papier ayant déjà interrompu la publication de nombreux journaux.

Crise sanitaire Depuis la chute des cours du pétrole, les Vénézuéliens subissent une pénurie d’aliments et de médicamentsVenezuela : Nouveau ministre de la santé après une hausse de la mortalité infantile Le Parisien, 12 mai 2017.

La mortalité infantile est en augmentation au Venezuela, alors que celle-ci est en régression dans le monde. Une des raisons de cette situation est liée à la malnutrition des mèresVenezuela : la mortalité infantile dépasse celle de la Syrie La Tribune, 19 octobre 2016. Selon la Fédération médicale vénézuélienne, les .

Déroulements Premières mobilisations vignette|200px|gauche|Marche étudiante à Valencia.

Des appels de l'opposition, incarnée par Leopoldo López, chef du parti Voluntad popular, et la députée María Corina Machado, sont lancés fin janvier dans le but de changer de gouvernement. Un meeting, organisé le , rassemble plus d'une centaine de personnes alors que les chefs de l'opposition qui s'y expriment fixent une date pour une marche de lutte contre le pouvoir au .... Henrique Capriles, candidat de l'opposition aux élections présidentielles de 2012 et de 2013, refuse pour sa part de se joindre au mouvement.

L'origine de la contestation étudiante peut être retracée au , lorsqu'une première mobilisation spontanée a lieu à l'Université des Andes, à Mérida, ainsi que dans d'autres villes dont San Cristóbal, pour manifester contre l'insécurité, à la suite d'une tentative de viol dont aurait été victime une étudiante la veille. Cette attaque sur une étudiante fait par ailleurs suite à une série de violences, de vols et de cambriolages dans différentes universités du pays (Université Santa Maria, un des campus de l'Université catholique Andrés-Bello, ). Trois étudiants et un commerçant sont arrêtés., entraînant une nouvelle manifestation pour leur libération. Les protestations étudiantes continuent dans l'État de Táchira.. Elles sont également organisées dans l'Mérida.. Le , les manifestations s'intensifient après l'arrestation de plusieurs étudiants..

Le , les manifestations étudiantes s'étendent désormais aux États de Táchira, Zulia, Caracas et Coro pour la libération des étudiants arrêtés par les forces de l'ordre.. Le mouvement étudiant, même s'il se poursuit, est rapidement récupéré par les partis politiques. Le , les dirigeants politiques et étudiants sont appelés à marcher dans du pays pour manifester contre le gouvernement, notamment à cause du coût trop élevé de la vie, des répressions des précédentes manifestations et des pénuries qui frappent les biens de première nécessité. La manifestation à Caracas s'achève par une dispersion violente, des témoins journalistes, notamment de l'Agence France-Presse sur place, racontant que des civils à moto et des partisans du gouvernement s'en sont pris à la presse et aux manifestants. Un premier bilan fait état de 3 morts, et une trentaine d'arrestations., bilan alourdi plus tard lorsqu'une soixantaine de blessés sont dénombrés. Dans la soirée, le président Maduro dénonce une pendant que l'opposition accuse les chavistes d'avoir saboté les manifestations...

Les heurts sont compliqués par la présence d'individus violents, mais aussi d'un agent du Sebin, une unité de la police vénézuélienne, qui, repéré par le quotidien , a été vu tirant sur les manifestants d'opposition durant les protestations du 12, ce qui a entrainé la destitution du directeur de la Sebin par le gouvernement.

Mobilisations postérieures vignette|Protestation à São Paulo, Brésil. Le , les manifestations étudiantes continuent et gagnent de l'ampleur.. Sept universités vénézuéliennes, cinq publiques et deux privées, ont décidé de suspendre leurs activités..

Le , opposants et partisans du gouvernement rassemblent des manifestations séparées dans Caracas, plusieurs milliers de chaque côté. Les opposants s'amassent sur une place à l'est de la ville tandis que les partisans s'acheminent vers le centre. D'autres manifestations du même type sont organisées à San Cristobal, Mérida, Valencia et El Vigia. Le , les protestations continuent et s'intensifient encore plus.. Le ministre de la Justice Miguel Rodríguez Torres annonce des mesures pour , et note que les forces de l'ordre ne font désormais plus face uniquement qu'avec des étudiants. Il accuse également Ramón Muchacho, le maire de la municipalité de Chacao, de ne pas assumer ses responsabilités face à de telles violences.. Il critique également les mesures tardives prises par le gouverneur de Miranda, Henrique Capriles.. Rodríguez Torres déclare que, depuis le début des manifestations mercredi dernier, ont été appréhendées .. Lors d'une conférence de presse, la ministre de la Communication et de l'Information, Delcy Rodríguez, avertit que le gouvernement national mènera des actions en justice contre des médias internationaux.. Elle dénonce également de fausses photos qui ont été mises en ligne sur les réseaux sociaux dans le but d'intensifier encore plus la colère des citoyens.. La ministre Rodríguez affirme également que la chaîne NTN24 incite à la haine, et dénonce la demande d'intervention de forces étrangères au pays par María Corina Machado. En réplique aux manifestations des opposants, les partisans du gouvernement sont appelés par celui-ci à défiler le mardi . Alors que les manifestations pro et anti à Caracas se déroulent dans le calme, la répression face aux étudiants et aux manifestants continue dans la ville de Valencia ; 6 morts sont dénombrés..

Accusé par le gouvernement d'inciter à la sédition et à la révolte, Leopoldo Lopez s'est rendu calmement aux autorités dans la matinée du . L'opposant, qui avait appelé les vénézuéliens à amener la lutte dans la rue pour changer de gouvernement, est jugé le puis envoyé à la prison de Coro, une prison militaire où sont détenus d'autres manifestants. La manœuvre est délicate, l'opposition se rangeant en apparence uniformément derrière Lopez à l'annonce de son arrestation, et est rapidement dénoncée par Human Rights Watch qui pointe du doigt l'absence de chefs d'accusation sérieux à l'encontre de Lopez. Leopoldo Lopez est libéré de prison le . Il est ensuite placé en résidence surveillée dans le cadre de sa condamnation à de prison.

Le Monde diplomatique, citant le New York Times, observe que l'opposition à échouer à mobiliser en dehors des quartiers aisés des grandes villes, les habitants des quartiers populaires étant restés distant vis-à-vis du mouvement de protestation.

Reprise des manifestations à partir d'avril 2017 À la suite des élections législatives vénézuéliennes de 2015, l'opposition est majoritaire au Parlement du Venezuela. Le , le Tribunal suprême de justice (TSJ) - l'équivalent au Venezuela d'une cour suprême - lève l'immunité parlementaire des députés. Puis le , le TSJ, composé majoritairement de chavistes (pas tous maduristes) décide de dissoudre le Parlement et de s'arroger ses pouvoirs. Le président du Parlement, Julio Borges, accuse : «Au Venezuela, Nicolas Maduro vient de commettre un coup d’État», appelle la population à descendre dans la rue et demande des élections anticipées. Le chef des députés de l’opposition, Stalin Gonzalez, promet «Nous allons planifier des actions de protestation, lancer un immense mouvement de pression citoyenne et de résistance». Le , le TSJ annonce qu'il annule sa décision, et ne dissout pas le Parlement, spécialement pour ne pas provoquer les manifestations. Mais les manifestations ont quand-même lieu, et connaissent un regain de force et de violence à partir du , qui continue les mois suivants.

Le , l'opposition organise un "grand blocage de Caracas". Les manifestants bloquent les rues de la capitale vénézuélienne avec des barricades faites de cordes, de véhicules, d'arbres et de détritus, afin de protester contre le projet d'assemblée constituante de Maduro. Des manifestations ont également lieu dans d'autres villes du pays. Au niveau national, les affrontements avec la police ce jour-là débouchent sur la mort d'un manifestant de à La Isabelica (au nord du pays) et des dizaines de blessés. De plus, un candidat à la Constituante, José Luis Rivas, , a été tué par balle par des inconnus alors qu’il faisait campagne dans la ville de Maracay, mais malgré le contexte très tendu, l'hypothèse d'un règlement de comptes est privilégiée par rapport à celle d'un assassinat politique.

Le , la MUD nomme 33 magistrats afin de créer une cour suprême parallèle au Tribunal suprême de justice, dans lequel elle n'a pas confiance. L'un des magistrats nommés, Angel Zerpa Aponte, est arrêté le jour-même par le service de renseignement vénézuélien, le SEBIN. Le , une manifestation de soutien à la cour suprême parallèle a lieu à Caracas. Alors qu'elle essaye de passer devant le Tribunal suprême de justice, elle est stoppée avec des gaz lacrymogène par des militaires. Plusieurs dizaines de personnes sont blessées lors des heurts qui suivent. Parmi les blessés figure Wuilly Arteaga, un violoniste de devenu célèbre en jouant l'hymne national face aux policiers pendant que des heurts se déroulaient autour de lui ; il doit être transféré en centre de soin car il saignait très abondamment à la suite de blessures au visage provoquées par des plombs de chasse. Le , Angel Zerpa Aponte passe devant un tribunal militaire qui ordonne son placement en détention. Le , deux autres magistrats de la cour suprême parallèle, Jesus Rojas Torres et Zuleima Gonzalez, sont à leur tour arrêtés par le SEBIN.

Référendum symbolique du 16 juillet 2017