thumb|Brochure publicitaire de la société de la Maison à cuisine unique de Berlin, 1908 La maison à cuisine unique est un modèle réformiste de logements urbains, où une cuisine centrale gérée centralement au sein d'un immeuble à plusieurs logements remplace les cuisines particulières de chaque logement. Le concept remonte aux idées de la juriste des droits des femmes et de la démocrate sociale Lily Braun. Sur l'idée de base de la libération de la femme des tâches ménagères, c'est au début du un contre-projet explicite à l'installation planifiée de familles nucléaires séparées dans des immeubles d'habitation de masse.
Les maisons à cuisine unique, ou parfois maisons à cuisine centrale, trouvent des réalisations isolées, de tonalités différentes, dans diverses grandes villes européennes, jusque dans les années 1950. Comme ouvrages-clefs d'une idée de l'habitat moderne, certains de ces immeubles sont proposés en 2009 pour la nomination au titre du label du patrimoine européen, explicitement comme un réseau réparti sur divers États d'une architecture européenne commune.
Le concept de la maison à cuisine unique
thumb|Cuisine centrale dans une maison à cuisine unique, Copenhague, 1907
L'idée fondamentale derrière les maisons à cuisine unique est l'installation d'une cuisine centrale au sein d'un immeuble d'habitation pour plusieurs familles, ou d'un complexe de maisons, avec la suppression corrélative de cuisines privées dans les appartements séparés. Au lieu de cela, les appartements sont reliés au moyen d'un monte-plats et d'un téléphone interne avec l'installation de cuisine, située généralement au sous-sol ou au rez-de-chaussée. Dans bien des cas, l'équipement consiste en appareils de cuisine modernes pour l'époque. La cuisine commune est faite par un personnel payé, auprès duquel on peut commander les repas et les menus. Beaucoup de maisons disposent en plus de salles à manger communes, et, selon les concepts de base, les appartements disposent aussi de buffets et de réchauds à gaz simples pour les urgences.
thumb|upright|left|Livraison du repas au monte-plats, Copenhague, 1907
Dans presque toutes les réalisations de maison à cuisine unique, il y a en plus d'autres offres communautaires et de services, comme des terrasses de toit, des buanderies, dans bien des cas aussi des boutiques, des bibliothèques et des jardins d'enfants. Les nouvelles installations du début du comprennent notamment le chauffage central, la distribution d'eau chaude, les vide-ordures et une aspiration centralisée avec système de flexibles pour l'utilisation ; divers autres services sont souvent offerts aux habitants..
Diverses formes de propriété et d'organisation sont à la base des projets réalisés, basées à l'origine comme idées réformatrices pour le logement des travailleurs, les coûts des installations communes étant compensés par les économies sur les dimensions des appartements et l'exploitation centralisée. Les maisons à cuisine unique offrent, tant sur une base privée que sur une base coopérative, à la bourgeoisie aisée un mode de vie alternatif au sein de la ville. Contrairement aux autres concepts réformateurs sur le mode de vie de la fin du , comme le mouvement de la cité-jardin, la cohésion entre les habitants n'est pas obtenue par un espace vital, mais par un échange social avec l'environnement urbain environnant..
Les quelques maisons à cuisine unique pratiquement réalisées sont accompagnées d'une histoire discursive tant dans le domaine politique que dans celui de l'architecture, cependant, dans la réalité, ces projets d'économie centralisée ont la plupart du temps échoué au bout de peu de temps. Les appartements ont alors été équipés de cuisines individuelles, les espaces communs partiellement occupés pour d'autres buts, mais certaines installations, comme les buanderies centrales ont été conservées et reprises dans l'immeuble coopératif. Extérieurement, elles ne se distinguent pas dans le paysage urbain des autres immeubles, si bien qu'elles passent pour des expériences révolutionnaires inabouties et oubliées.
Conditions historiques
La question du logement au
À l'époque de l'industrialisation dans la deuxième moitié du , et de l'afflux massif des populations dans les villes, il se produit une rupture radicale avec le type de logement préindustriel. La population agraire qui va vers les centres industriels abandonne ses structures d'habitation et d'approvisionnement centrées sur la famille élargie. Dans les villes, elle se heurte à des problèmes croissants d'espace, de niveau social et sanitaire, qui ont été regroupés sous le concept de difficulté de logement. Les agrandissements urbains et les immeubles de logement collectif sont soumis à un marché spéculatif, car les bouleversements de la société sont insérés dans une libéralisation de l'économie.. La rareté et la misère des logements touche presque tous les habitants des villes, mais elle paraît particulièrement insoluble pour les travailleurs mal payés, sans contrat permanent, et changeant donc de lieu de travail, ainsi que pour leurs familles. Ces problèmes font l'objet de constantes critiques de la part des organisations du mouvement ouvrier, mais aussi de la part d'unions engagées en politique sociale, de scientifiques et de réformateurs du logement. La question du logement devient un des thèmes centraux de la fin du .
Le problème fondamental est de diminuer la discordance entre les coûts des logements et les revenus des travailleurs. Si l'on réduit les aspects de la question des logements à un étiquetage socialiste ou bourgeois, on réduit les positions à un a-priori. Pour le mouvement ouvrier, le manque de logements est une question de classes, que l'on ne pourra pas résoudre dans le cadre du capitalisme, mais seulement dans celui de la dictature du prolétariat dans des formes de logement collectives. Contre cette position, il y a celle des réformateurs du logement et de la société, qui considèrent la misère des logements comme un problème comportemental, sanitaire et moral. Pour eux, il faut créer des petits logements à un prix abordable, refermés sur eux-mêmes, et où une division du travail familial peut se former sur le modèle bourgeois, avec l'homme qui va gagner la vie du couple, tandis que la femme s'occupe des travaux de la maison et de la famille. Il faut aussi donner à l'appartement la fonction d'un programme d'éducation pour le prolétariat : Il faut prendre le mal à la racine, et réconcilier le travailleur de la mine, au sort brutal, sourd et lourd en lui permettant un foyer. Mais comment peut-on demander à des jeunes femmes, qui ont passé les plus belles années de leur développement dans les mines, et subi sous le vêtement masculin l'indélicatesse et la rudesse des mœurs des ouvriers, de fonder un foyer domestique et de l'enjoliver autant qu'il faut pour qu'il attire plus volontiers que le cabaret le mari, le père ou le frère sortant du sein de la terre ?
Des solutions sont envisagées, comme la subvention pour les coûts de la construction, la formation de coopératives, jusqu'à des solutions de location-vente de logements individuels. La démocratie sociale, par contre, ne met au point jusque bien après le début du siècle aucun concept propre d'habitation, en rejetant les modèles proposés par les mouvements féministes et en particulier par Lily Braun. Après l'évolution au parti réformateur démocrate-socialiste, elle se rallie aux modèles déjà existants, modifiés par l'exigence d'une politique étatique du logement.. Pratiquement, c'est l'appartement clos pour la famille nucléaire qui s'impose, la meilleure forme pour le travailleur en provenance de la campagne, et pour le prolétariat, avec sa sphère privée, et l'aménagement et l'organisation définis par les intéressés..
Les idéaux des socialistes utopistes
thumb|Phalanstère rêvé, aquarelle de Laurent Pelletier d'après des dessins de Charles Fourier.
Un modèle pour le concept de maisons à cuisine unique est créé par l'idéal utopique d'une communauté, que le théoricien sociologiste du socialisme naissant Charles Fourier (1772–1837) invente avec le modèle du phalanstère. Le mot a été forgé par Fourier sur les mots grec (unité de combat) et latin (communauté monacale), ces communautés économiques et de vie devant dominer la division du travail et la césure entre production et consommation, à l'encontre du système économique capitaliste. Les ménages familiaux seraient dissous au sein d'immeubles coopératifs munis d'une infrastructure collective : il y aurait pour tous des cuisines, des salles à manger, des écoles, des salles des fêtes, des salles de repos, des boutiques, des bibliothèques, des salons de musique et des zones pour enfants et vieillards. Dans le modèle sont incorporés la parité des femmes et l'amour libre.
L'industriel français Jean-Baptiste Godin (1817–1889), aussi partisan de ce socialisme précoce, prend au sérieux le projet de Fourier et réalise à partir de 1859 avec son familistère dans la commune française de Guise, à proximité de sa fonderie et de sa fabrique de poêles, une installation d'habitation coopérative. Elle offre de la place pour et est composée de trois complexes d'habitation, d'écoles, d'une crèche, d'une piscine et d'un théâtre. En plus il y a les bâtiments de lÉconomat, un centre commercial avec des cuisines, des salles, des restaurants, des bars, des boutiques, une porcherie et une basse-cour. Contrairement à Fourier, Godin ne cherche pas à dissoudre la famille, comme il l'a souligné en donnant le nom à son organisation. En théorie, les femmes sont mises au même niveau que les hommes, mais comme on ne leur confie pas les travaux pénibles et sales de la fabrique, beaucoup d'entre elles restent sans travail. Par la suite, des cuisines individuelles sont bientôt installées dans les appartements. En 1880, Godin cède l'ensemble du complexe y compris la fabrique à une coopérative, qui subsiste jusqu'à 1960..
Dès 1816 l'entrepreneur britannique Robert Owen (1771–1858) crée près de son tissage de coton à New Lanark (Écosse) une institution pédagogique pour l'amélioration de ses employés, l'''Institution pour la formation du caractère. Il y met au point un concept modèle pour les villages industriels, dans lesquels les logements sont construits sans cuisine. À la place, la préparation des mets et même la prise des repas sont organisés centralement et collectivement. En 1825, Owen vend la fabrique d'Écosse et va aux États-Unis pour développer ses idées sur un plan plus vaste. Il fonde la colonie dans l'État d'Indiana, qui offre de la place pour environ . Mais cette réalisation est un échec tant à cause de difficultés économiques que de problèmes personnels : À New Harmony se réunit un tas très bigarré de réformateurs de la vie, qui, au lieu de faire une société idéale, font un club de discussion, et l'abandonnent vite.
Trois ans après, Owen revend la colonie. Les opposants à l'utopie du socialisme précoce y voient la confirmation de l'impossibilité de le faire. Karl Marx analyse l'échec des systèmes socialistes précoces comme à la fois pas assez radicaux et trop radicaux, en ce sens qu'ils exigent le saut vers un état final idéal, mais en le concevant en petites îles, au lieu de le voir concerner l'ensemble de la société.
La collectivisation de l'économie domestique