L'Avocette élégante (Recurvirostra avosetta) est une espèce d'oiseaux Charadriiformes de la famille des Recurvirostridae. Il s'agit de la seule espèce du genre Recurvirostra vivant en Europe.

Limicole caractéristique des lagunes et marais côtiers, elle se reconnaît aisément avec son long bec recourbé vers le haut, ses grandes pattes et son plumage bicolore. Pouvant mesurer de longueur et d'envergure, c'est une espèce d'assez grande taille, qui se nourrit de divers invertébrés présents dans l'eau et la vase, qu'elle capture grâce à son bec caractéristique. Elle niche le plus souvent en colonie de 10 à 70 couples sur des îlots ou des digues à proximité immédiate de l'eau et pond généralement quatre œufs au sol, dans une coupelle simple creusée dans le sable. Très territoriale lorsqu'elle défend ses poussins, que ce soit contre d'autres individus de la même espèce ou contre ses prédateurs , l'avocette a une longévité d'environ (record à ).

L'espèce couvre un vaste territoire, de l'Europe occidentale aux plaines du centre de l'Asie, en passant par la péninsule indienne et l'Afrique. Une partie de sa population est migratrice et effectue chaque année de longs voyages vers le sud de son aire de répartition, tandis qu'une autre partie est sédentaire. En France, l'espèce est présente sur le littoral de la Manche, sur la côte atlantique et en Méditerranée et reçoit en hiver le renfort de populations plus nordiques, tandis que certains individus hivernent en Europe du Sud ou en Afrique.

Décrite par Carl von Linné en 1758, l'avocette est l'une des quatre représentantes de son genre, les trois autres espèces occupant des continents différents. Considérée comme préoccupation mineure (LC) par l'UICN en raison de sa large répartition et de ses effectifs relativement importants, elle n'en est pas moins menacée par de nombreux facteurs anthropiques, tels que la destruction de son habitat, le réchauffement climatique ou la pollution. De nombreux programmes scientifiques tentent de mieux comprendre sa biologie, en particulier ses voies migratoires, pour mieux la protéger.

Description

Plumage vignette|gauche|Un individu de avec les ailes plus sombres que celles d'un adulte. |alt=Photo d'un oiseau immature posé au bord de l'eau avec de la végétatiton aquatique en arrière-plan Les adultes ont un plumage bigarré de noir et blanc, avec une capuche noire se prolongeant à l'arrière du cou. Les rémiges primaires sont noires, la base des internes est blanche, tandis que les rémiges cubitales sont gris foncé. Les rectrices médianes sont gris brun pâle et les autres sont blanches. L'espèce ne présente pas de variation saisonnière de plumage. La queue est blanche et les pattes bleutées. Le bec long est noir, fin et incurvé vers le haut.

Le dimorphisme sexuel, difficilement perceptible sur le terrain, se fait principalement au niveau du bec, qui est plus long et moins arqué chez le mâle, tandis qu'il est plus court et plus nettement arqué chez la femelle. Chez cette dernière, les motifs noirs sur la tête peuvent occasionnellement être plus bruns et flous que chez le mâle. Il y a également une différence de taille, les mâles étant plus grands que les femelles. Enfin, les mâles présentent un iris rouge ou brun rouge, tandis que les femelles ont un iris brun noisette.

En vol, la pointe des ailes et les épaules sont noires et les pattes dépassent de la queue.

Les poussins sont couverts d'un duvet gris brun pâle, finement pointillé de noir, avec des dessins noirs sur la tête, quatre rangées de taches noires sur le dos et le dessous blanc, teinté de jaunâtre au cou et au ventre. L'iris est brun foncé.

Les juvéniles ont des couvertures alaires gris sale, les plumes du dos et des scapulaires vermiculées de brun-roux et des pattes grisâtres. À partir du premier été, les rémiges primaires des jeunes apparaissent très usées et brunâtres. Après la première mue qui a lieu au plus tard à la fin septembre, les individus sont semblables aux adultes.

Deux mues ont lieu : une mue partielle en février - mars, avant la reproduction, et une mue complète après la reproduction, entre les mois de juillet et d'octobre.

Mensurations L'Avocette élégante est un oiseau mesurant entre de longueur, pour une envergure allant de , voire . L'aile du mâle adulte mesure entre , tandis que celle de la femelle mesure entre .

Son bec mesure entre chez le mâle et est légèrement plus court chez la femelle, entre . Ses pattes dépassent les , pour un tarse de chez le mâle et de pour la femelle. Sa queue mesure entre chez le mâle adulte et entre chez la femelle adulte.

Son poids varie de , pour une moyenne de .

+Caractéristiques physiques des juvénilesMâle juvénileFemelle juvénileAileQueueBecTarse

Espèces proches L'Avocette élégante est la seule espèce de son genre à être présente en Europe, en Afrique et en Asie.

Les autres espèces du genre Recurvirostra, qui possèdent des motifs différents, ont toutes des zones de répartition qui ne se chevauchent pas. Elles se rencontrent en Amérique du Nord pour l'Avocette d'Amérique (Recurvirostra americana), en Amérique du Sud pour l'Avocette des Andes (Recurvirostra andina) et en Australie pour l'Avocette d'Australie (Recurvirostra novaehollandiae).

La silhouette et le plumage caractéristiques de l'Avocette élégante empêchent toute confusion de près ou dans de bonnes conditions d'observation ; de loin ou dans de mauvaises conditions d'observation, elle pourrait être confondue avec la Mouette rieuse, qui présente également un plumage bicolore, et en vol avec le Tadorne de Belon ou le Harle bièvre.

Écologie Comportement Au repos, l'espèce se tient volontiers sur une seule patte comme beaucoup de limicoles. Elle peut également se poser sur ses tarses, et même se coucher à terre, en particulier lorsqu'il y a du vent. Lors des périodes de marée haute, des groupes de centaines, voire de milliers d'individus, peuvent se regrouper sur des îlots ou des berges. Elle peut aussi dormir en pleine eau, se laissant flotter. Les vols groupés sont courants. L'espèce est particulièrement grégaire, en dehors de la période de reproduction, en partie en raison du peu de sites d'alimentation disponibles localement.

Voix

Le cri de contact et le cri d'alarme de l'espèce, notamment émis par les adultes lors d'un danger affectant les poussins, correspond à un sifflement flûté, quelquefois plaintif, s'apparentant à un plut-plut-plutt ou encore à un klup-klup-klup. Paul Géroudet indique également des kvit-kvit-kvit lorsque les oiseaux sont excités, voire des krit-krit ou des kvèt. Lors du passage de prédateurs près des poussins, l'avocette peut aussi émettre des kriyu. Enfin, elle peut aussi produire des buk-buk doux lors de l'élevage des jeunes ou des glouglou... grrugrrugrru avec son partenaire lors de la période de reproduction.

Régime alimentaire et techniques de chasse vignette|gauche|Avocette se nourrissant de petits invertébrés grâce à son bec courbé.|alt=Photo d'un oiseau nageant dans l'eau et mangeant un petit invertébré avec son bec. L'Avocette élégante se nourrit principalement de petits invertébrés benthiques, tels que des annélides, de petits crustacés, par exemple du genre Corophium, des vers oligochètes et polychètes (comme Hediste diversicolor ou des espèces du genre Polydora), des mollusques bivalves, ainsi que de petits insectes (moucherons, coléoptères) mesurant entre de longueur. Les besoins alimentaires de l'espèce sont évalués à en moyenne par jour par individu.

Les larves de chironomes constituent une ressource majeure de nourriture lors de la période de reproduction, mais également lors de l'hivernage dans les marais salants.

Elle peut également se nourrir occasionnellement de petits poissons, ainsi que de graines et de petites racines.

Elle utilise son bec pour fouiller la surface du sédiment, dans lequel elle donne des coups de bec latéraux pour trouver ses proies, mais peut également les capturer à vue. Lors des périodes d'alimentation en groupe, les coups de becs latéraux sont plus rapides et sabrent de manière presque continue. Les adultes s'alimentent dans des couches d'eau d'une profondeur de . Il lui arrive également de se nourrir en picorant sur les plages et elle peut nager dans des eaux plus profondes et basculer sa tête dans l'eau à la recherche de nourriture à la manière d'un canard. D'autres techniques de chasse sont recensées, par exemple, en groupe, l'avocette peut, le cou tendu, lancer en avant son bec à la surface de la vase puis revenir en arrière pour cueillir ses proies et répéter ce mouvement.

Localement, l'espèce peut superposer son mode de vie circadien à celui des marées et se nourrir de nuit dans les marais salants, par exemple dans la presqu'île guérandaise.

Philopatrie L'Avocette élégante est considérée comme une espèce philopatrique, c'est-à-dire que les individus ont tendance à instinctivement revenir à l'endroit où ils sont nés, pour se reproduire. Cela a pu être démontré par l'identification d'oiseaux bagués sur des sites de reproduction en Atlantique, notamment dans le golfe du Morbihan, dans les marais de Guérande et dans les marais de Müllembourg sur l'île de Noirmoutier, où une partie des oiseaux bagués est revenue nicher sur le même site. En Atlantique, le taux de survie et de retour d'oiseaux sur leur lieu de naissance varie entre 48 et 75 % pour la première année (avec une moyenne de 58 %) et va de 78 à 100 % (avec une moyenne de 90 %) pour les individus adultes, selon les années.

La philopatrie pourrait expliquer l'augmentation des effectifs d'oiseaux nicheurs sur certains de leurs sites de reproduction, une grande partie des nouveaux nicheurs à chaque nouvelle saison de reproduction étant alors issue des oiseaux nés précédemment sur le site. Dans le cas où la capacité d'accueil maximale est atteinte à la suite de la philopatrie, de nouvelles colonies se forment ailleurs, entraînant une hausse des populations.

Parasites L'espèce est connue pour abriter une espèce de parasite du genre Giardia, ainsi que l'espèce Eurycestus avoceti, d'abord observée sur l'Avocette d'Amérique puis sur des individus camarguais de l'espèce européenne et qui a pour hôte intermédiaire le crustacé Artemia salina.

Reproduction Nid et ponte vignette|droite|Œuf d'Avocette élégante issu de la collection du Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse.|alt=Photo d'un œuf de couleur beige tacheté de noir L'espèce est considérée comme semi-coloniale. Elle peut nicher en colonies denses, allant de 10 à 70 couples, voire 200 en plusieurs groupements (en Algérie, des îlots ont été observés avec un total de 798 nids), mais peut également nicher en couple isolé. L'avocette est monogame et les couples se forment peu après l'arrivée sur le site de nidification. L'avocette est souvent associée à d'autres espèces de laro-limicoles sur des colonies mixtes, en particulier avec les sternes.

Les couples se forment après avoir effectué plusieurs rituels scellant leur accord, comme projeter des débris, faire semblant de boire ou encore en faisant des révérences côte à côte. L'accouplement est précédé d'un rite, qui consiste à faire semblant de se nettoyer la poitrine après avoir trempé la pointe du bec dans l'eau. Ensuite, la femelle se penche en avant tandis que le mâle poursuit sa toilette plus activement. Ce dernier passe plusieurs fois à gauche et à droite de la femelle et trempe son bec dans l'eau de manière de plus en plus répétée. Lors de l'accouplement, la femelle balance son cou latéralement. Après l'accouplement, les deux individus tiennent leurs becs croisés et le mâle couvre la femelle avec son aile avant qu'ils se séparent.

Plusieurs cas de tentative d'accouplement de mâles sur des objets inanimés ont été recensés.

Le nid est un simple creux d'environ de diamètre intérieur moyen, pour un minimum à et un maximum à et de de profondeur.