Reginald Heber, né à Malpas (Angleterre) le et décédé le à Trichinopoly (Inde), est un évêque anglican, voyageur, homme de lettres et auteur d'hymnes anglais. Après 16 ans comme curé de campagne, il est devenu le deuxième évêque anglican de Calcutta (pour tous les territoires de l'empire anglais), où il est mort subitement à 42 ans.

Fils d'un riche ecclésiastique et propriétaire terrien, Heber s'est fait une réputation comme poète dès ses études à l'Université d'Oxford. Après son diplôme, au plus fort des guerres napoléoniennes, il a entrepris un grand voyage en Scandinavie, en Russie et en Europe centrale. Il a été ordonné prêtre en 1807, et a repris la paroisse paternelle d'Hodnet, dans le Shropshire. Il a combiné ses devoirs pastoraux avec d'autres activités dans l'Église, l'écriture d'hymnes, et plus généralement une œuvre littéraire comprenant notamment une étude critique des œuvres complètes du théologien du Jeremy Taylor.

Heber a été consacré évêque anglican de Calcutta en . Durant son court épiscopat, il a voyagé dans tout son diocèse qui couvrait tout l'empire colonial anglais en Asie) et s'est attaché à améliorer les conditions matérielles et spirituelles de ses ouailles. Son dur travail, un climat hostile et son indifférence à sa santé ont provoqué sa mort au cours d'une visite à Trichinopoly (aujourd'hui Tiruchirappalli), après moins de trois ans en Inde. Des monuments à sa mémoire ont été élevés en Inde et dans la Cathédrale Saint-Paul de Londres. Un recueil de ses hymnes a été publié peu après sa mort ; un de ceux-ci, , est encore populaire et chanté le dimanche de la Trinité.

Jeunesse Origines et enfance vignette|gauche|Hodnet, où Heber a passé ses premières années.

Le nom « Heber » dérive probablement d'« Haybergh », une colline du district de Craven, dans le nord-est de l'Angleterre, d'où est originaire la famille Heber. Celle-ci était du hameau de ; elle avait obtenu un blason sous le règne d'Élisabeth IMontefiore, pp. 9–10. En 1752, un membre de la famille, Richard Heber, avait reçu en legs d'un cousin de sa femme le manoir et la propriété d'Hodnet Hall, dans le Shropshire. Ce legs comprenait le patronnage (droit de proposition) sur la paroisse d'Hodnet. À la mort de Richard Heber en 1766, son frère Reginald, qui était entré dans les ordres et était co-recteur de la paroisse de Malpas, dans le Cheshire, avait hérité de ses biens. Il devint alors recteur d'Hodnet, en plus de ses parts sur les bénéfices de MalpasHughes, p. 7. Ce Reginald fut marié deux fois. De sa première union, avec Mary Baylie, il eut un fils, Richard Heber, bibliophile et Membre du parlement pour l'Université d'Oxford (sur abonnement). Devenu veuf, il eut deux autres fils de sa seconde épouse, Mary Allanson ; le plus âgé, né à Malpas le , fut nommé Reginald comme son père.

À huit ans, le jeune Reginald est entré à l'école locale à Whitchurch, où il est resté cinq ans. En 1796, il a été envoyé à Bristow, une petite école privée à Neasden (aujourd'hui dans le district londonien de Brent. Cet établissement donnait des cours intensifs à une douzaine d'élèves pour les préparer à l'entrée à Oxford ou à Cambridge (sur abonnement). À Bristow, Reginald a fait la connaissance de John Thornton, avec lequel il est resté ami toute sa vieHughes, pp. 10–11. Ils avaient le même intérêt pour l'histoire de l'église et des croyances ; une longue lettre d'Heber à Thornton est décrite par le biographe Arthur Montefiore comme du niveau d'un bon théologienMontefiore, pp. 15–16. En , Heber est entré à Brasenose College à OxfordMontefiore, p. 16 (Hughes, p. 12, donne la date de novembre 1799) ; il a beaucoup regretté la décision de Thornton d'aller plutôt à CambridgeHughes, pp. 12–13.

Oxford vignette|Brasenose College (2009). Heber avait déjà des attaches familiales à Brasenose : son demi-frère Richard y était à l'époque « » et leur père y avait lui-même été fellow. Le directeur de Brasenose était , un ami proche de leur père, qui venait souvent en visite à Hodnet Hall. Durant ses premières années à Oxford, Heber a gagné le prix de l'université en versification latineMontefiore, pp. 16–18. Il a commencé à devenir localement connu comme poète romantique et en 1803 son long poème Palestine a remporté le prix Newdigate. Il avait été aidé pour cette composition par Walter Scott, ami de la famille, qui n'était pas encore célèbre. Quand Heber a récité son poème lors de l' annuelle au Sheldonian Theatre, il a suscité l'enthousiasmeMontefiore, p. 19 (Hughes, p. 13, affirme à tort que le poème avait été présenté au , l'équivalent du Newdigate à Cambridge.). Ce poème a été publié par la suite, et mis en musique par le compositeur William Crotch, professeur de musique à Oxford depuis 1797 (sur abonnement). Montefiore le décrit en 1902 comme Un biographe plus tardif, Derrick Hughes, s'étonne de l'enthousiasme des contemporains :

En , Reginald père est mort, laissant vacant le bénéfice de la paroisse ; cela a pu hâter la décision de son fils de demander l'ordination, qu'il repoussait depuis quelques annéesHughes, p. 15. Il a obtenu son bachelor's degree à l'été 1804, avec des résultats simplement honorables ; Montefiore cite un contemporain qui estime que les contributions d'Heber à la vie de l'université se sont surtout situées en dehors du champ académique, comme penseur, poète et orateur : Il a été nommé fellow d'All Souls College. Il a aussi reçu le prix de l'université pour un essai en prose en anglaisHughes, p. 16.

Voyage en Europe Heber et Thornton avaient prévu de faire le Grand Tour après avoir obtenu leurs diplômes. Mais en 1804, les guerres napoléoniennes interdisaient la plus grande partie de l'Europe aux Britanniques, et ils ne sont partis qu'à l'été 1805, avec un trajet par la Suède, la Norvège, la Finlande et la Russie, au lieu du voyage traditionnel en France et en ItalieMontefiore, pp. 22–24Hughes, pp. 19–20. En , ils ont appareillé pour Göteborg en Suède, d'où ils sont partis en diligence vers le nord, par le Vänern et Uddevalla, jusqu'à Kristiania (aujourd'hui Oslo) en NorvègeMontefiore, pp. 25–29. Après un court séjour dans cette ville, ils se sont dirigés encore plus au nord, vers Trondheim, où ils ont observé la pratique du ski pour la première fois (Heber en parle comme de « patinage »)Heber and Heber Vol. I, pp. 72–73Montefiore, pp. 30–33.

Les deux voyageurs ont alors tourné vers le sud-ouest, sont rentrés en Suède et ont traversé Uppsala pour se rendre à Stockholm. Vers la fin septembre ils ont traversé le Golfe de Botnie jusqu'à Åbo (Turku), qui était alors sous souveraineté suédoiseMontefiore, pp. 38–40. Ils se sont dirigés vers la frontière russe à l'Est et sont arrivés à Saint-Pétersbourg à la fin du mois d'octobreMontefiore, pp. 42–43. Ils y ont passé deux mois ; des contacts influents à l'ambassade britannique leur ont permis de visiter des endroits généralement interdits au public, comme les appartements privés du tsar Alexandre I au Palais d'hiverMontefiore, pp. 49–50. Ils ont observé personnellement les pratiques de l'Islam, car l'importante population musulmane de la ville observait le Ramadan ; Heber a décrit la foule réunie pour la prière dans une mosquée improvisée comme

vignette|gauche|Gravure du Kremlin (milieu du ).

Heber et Thornton avaient eu l'intention de rester à Saint-Pétersbourg jusqu'après Noël, puis, si l'évolution de la guerre le permettait, de regagner leur pays en traversant l'Allemagne. La victoire de Napoléon à Austerlitz le et les traités qui suivirent les ont obligés à modifier leur projetMontefiore, pp. 43 and 47. Ils ont décidé de prolonger leur séjour en Russie, en visitant la capitale de l'ancienne grande-principauté de Moscou, avant de descendre dans le sud. Le , ils ont quitté Saint-Pétersbourg en traineau ; ils ont rapidement parcouru les du trajet et sont arrivés à Moscou le Montefiore, pp. 50–54. Ils ont fait partie des derniers voyageurs européens à voir la ville avant sa destruction par ses habitants, six ans plus tard, au moment de son occupation par la Grande ArméeMontefiore, p. 25. Dans une lettre envoyée en Angleterre, Heber la décrit comme ; c'était une ville hospitalière, où les deux voyageurs se sont fait beaucoup d'amis parmi les notables et le clergé. Ils l'ont quittée le en diligence pour la Crimée et la Mer NoireMontefiore, pp. 56–61. Cette partie du voyage les a conduits chez les Cosaques du Don. Heber a envoyé chez lui une description vivante de la fête nocturne de Pâques à Novotcherkassk, la capitale cosaque :

En Crimée, Heber a rencontré l'importante communauté musulmane et a observé pour la première fois les manières et les pratiques des orientaux. Il a exprimé un plaisir particulier à être accueilli par le traditionnel « salaam »Heber and Heber Vol. I, p. 267. Le cours de la guerre en Europe avait changé, ce qui a permis à Heber et Thornton de revenir en traversant la Pologne, la Hongrie, l'Autriche et l'Allemagne jusqu'au port de Hambourg. Sur leur chemin, ils ont visité le champ de bataille d'Austerlitz, où ils ont recueilli des récits de la population locale. Au cours de son enquête, qui comprenait la réalisation de croquis des lieux, Heber a été brièvement pris pour un espion français par les paysansHughes, p. 30. À Hambourg, les deux voyageurs ont embarqué sur le yacht de Lord Morpeth, qui faisait voile vers l'Angleterre : ils sont arrivés à Great Yarmouth le Montefiore, pp. 78–82.

Recteur d'Hodnet Curé de campagne vignette|, où Heber a été recteur de 1807 à 1823.

À son retour en Angleterre, Heber s'est préparé pour recevoir les ordres à Oxford, où il a encore eu le temps de se consacrer à la littérature, a été actif dans les politiques universitaire et a mené une vie sociale intenseMontefiore, pp. 84–86. Il a été ordonné diacre à la fin du mois de et a reçu l'ordination complète du l'évêque d'Oxford le . Il a alors été nommé au poste familial, comme recteur d'HodnetHughes, pp. 33–34 ; il devait décrire plus tard son rôle comme Au début, il divisait son temps entre sa paroisse et Oxford, où il a continué à travailler à son Master of Arts et exerçait ses fonctions à All Souls College. Il n'avait pas encore déterminé sa propre position doctrinale ; dans une lettre à Thornton, il admettait qu'il s'interrogeait encore : D'orientation Haute Église par éducation, Heber était un farouche opposant de la rivalité entre les factions ; il a finalement trouvé sa place vers le milieu du spectre anglican, entre la Haute Église et l'évangélisme, avec peut-être une légère inclinations vers celui-ci.

Le , Heber a épousé Amelia Shipley, la plus jeune fille du doyen de la Cathédrale de St Asaph. Ayant fini son Master of Arts, il se retira d'Oxford et s'installa à demeure au rectorat d'Hodnet ; comme il était trop petit au goût de sa femme, il l'a fait démolir et remplacer par un bâtiment plus grandMontefiore, pp. 88–93. En , Heber a prêché à Shrewsbury devant la British and Foreign Bible Society, une organisation missionnaire dont il était membre depuis l'époque de ses études. Son sermon se terminait par ce que Hughes décrit comme sa première déclaration publique en faveur des missions étrangèresHughes, p. 44. Il a refusé le poste de prébendier à la Cathédrale de Durham, préférant rester à Hodnet. Il y a été assisté après 1814 par son jeune frère, Thomas Heber, qui y a servi comme vicaire jusqu'à sa mort en 1816, à l'âge de 31 ansMontefiore, pp. 94–96Hughes, p. 49. La présence d'un vicaire a permis à Heber de consacrer plus de temps à ses travaux littéraires et d'accepter en 1815 une invitation aux Conférences de Bampton à Oxford. Il a choisi comme sujet « »; cette conférence a été publiée en 1822.