L'opération Anger est une opération militaire menée par les Alliés dans le but de libérer définitivement la ville néerlandaise d'Arnhem, alors aux mains des Allemands. Conduite dans les dernières semaines de la guerre sur le théâtre européen, elle se déroule du 12 au . Elle est également connue sous le nom de seconde bataille d'Arnhem ou de libération d'Arnhem.
Les Alliés ont déjà tenté de libérer Arnhem en , lors de l'opération Market Garden. Cependant, la résistance inattendue d'une armée allemande sous-estimée par le maréchal Montgomery déjoue les plans anglo-américains et repousse les Britanniques et les Canadiens au sud de la ville. Les Pays-Bas septentrionaux restent donc, au début de 1945, sous occupation allemande, d'autant plus qu'une contre-offensive allemande majeure, en , a contribué à ralentir la progression des armées alliées au nord-ouest de l'Allemagne. L'échec de cette dernière action de la Wehrmacht et l'effondrement progressif mais de plus en plus rapide des défenses allemandes peuvent permettre aux unités britanniques et canadiennes, postées dans le sud des Pays-Bas, de reprendre la conquête des grandes villes néerlandaises encore occupées. Parmi elles, Arnhem constitue l'un des objectifs.
La canadienne, appuyée par la d'infanterie britannique et la Royal Air Force, commence l'attaque le . Après quelques jours de combat, les Anglo-canadiens se rendent rapidement maîtres de la ville, en grande partie détruite. Presque trois semaines plus tard, le , les forces allemandes des Pays-Bas se rendent, trois jours avant que, le 8 mai 1945, l'Allemagne nazie, dans son ensemble, ne capitule sans condition.
Contexte La première bataille d'Arnhem
La première tentative alliée de libérer Arnhem a lieu en , lorsque le maréchal britannique Bernard Montgomery réussit à convaincre l'état-major américain de lancer une vaste opération aéroportée sur les Pays-Bas : l'opération Market Garden. Il s'agit alors, pour les troupes anglo-américano-canadiennes, de prendre possession de ponts stratégiques, dont l'un se trouve précisément à Arnhem, afin de contourner la ligne Siegfried défendant une partie de la frontière ouest du Troisième Reich. Bien que d'une grande ampleur ( alliés vont y prendre part), cette audacieuse offensive est néanmoins un échec pour les Alliés, qui, s'ils arrivent à prendre certains points importants du sud de la Hollande, ne peuvent franchir le Rhin au nord de la ligne Siegfried avant l'hiver. Montgomery a en effet grandement sous-estimé les capacités de résistance de la Wehrmacht, pensant que l'armée allemande était déjà au bord de la décomposition.
La aéroportée britannique ne peut garder le pont d'Arnhem plus de neuf jours, et, après d'intenses combats, une grande partie des parachutistes doit se rendre aux Allemands, qui se sont réinstallés dans la ville. Le même pont qu'a dû défendre les Britanniques, est détruit en par l'aviation alliée, afin d'empêcher les Allemands de l'utiliser. Pendant l'hiver, la ville même d'Arnhem est activement bombardée par les Alliés, tandis que les civils néerlandais subissent le mécontentement de l'occupant nazi qui se venge d'actions de Résistance supposées ou réelles: les SS bloquent l'arrivée de nourriture dans les grands centres urbains, provoquant des milliers de morts parmi les Hollandais. Ceux-ci nomment cette période particulièrement difficile Hongerwinter (soit hiver de famine).
Préparation de l'opération
Après l'échec de l'offensive allemande dans les Ardennes belges, la Wehrmacht doit se replier sur les frontières naturelles du Reich, et, à bout de souffle, d'hommes et de matériels, ne peut plus arrêter l'avancée alliée. Les Anglo-américains mettent en place deux grandes offensives d'envergure, les opérations Veritable et Grenade, qui permettent de prendre en tenaille de nombreuses troupes allemandes entre le Rhin et la Roer en février-mars 1945. Une fois la rive occidentale néerlandaise du Rhin nettoyée de toute présence importante allemande, les Alliés peuvent franchir le Rhin en , lors des opérations Plunder et Varsity. Pendant que les défenses frontalières allemandes sont enfoncées, la armée canadienne du général Harry Crerar décide d'achever la conquête du reste des Pays-Bas encore occupés, afin de s'élancer dans le nord de l'Allemagne. Arnhem, dans ce cadre, est l'un des objectifs.
Après la réussite de l'opération Plunder, le corps d'armée canadien, sous les ordres du lieutenant-général Guy Simonds, avance vers l'ouest et prend la ville d'Emmerich, s'approchant toujours plus de la rivière IJssel par l'est. Crerar voit en cette manœuvre une occasion de reprendre Arnhem et d'ouvrir ainsi une route entre la ville et Zutphen au nord. Il ordonne donc aux deux commandants de Corps de coordonner leur avancée. Cependant, il se montre également prudent dans la conduite des opérations à tenir, ne sachant s'il faut libérer Arnhem avant l'établissement, sur le IJssel plus au nord, d'une tête de pont.
En , la britannique (surnommée « The Polar Bears »), qui est sur l'île de Nimègue depuis le mois de novembre, est placée sous le commandement du Corps Canadien. Le , la division, appuyée par des unités canadiennes, déclenche l'opération Destroyer afin de nettoyer l'île. Le , des éléments du Corps franchissent le Nederrijn (Rhin inférieur), à l'est de l'IJssel, et font leur jonction avec des unités du Corps dans la ville de Westervoort, en face d'Arnhem. Le reste de l'île est sécurisée les jours suivants, et les Alliés occupent la côte sud du Nederrijn en préparation de l'assaut sur Arnhem.
Le plan original de l'Opération Anger (conçu en février) supposait la traversée immédiate du Nederrijn près d'Oosterbeek dès que la rivière serait atteinte, si la situation le permettait (Opération Quick Anger). Alternativement, si les défenses allemandes se montraient trop fortes, il était prévu une autre traversée mieux préparée en aval, à Renkum (Opération Anger). Cependant, Crerar juge que ces opérations ne peuvent se réaliser pour prendre Arnhem avant que le Corps ne traverse l'IJssel et avance sur Apeldoorn. L'opération Anger ne peut donc encore débuter fin mars-début avril. Des patrouilles de reconnaissance les 3 et déterminent en outre que les positions et postes d'observation allemands au niveau des hauteurs de Westerbouwing peuvent rendre la traversée du Nederrijn dangereuse. Des tentatives de provoquer un écran de fumée épais obscurcissant la rive sud du Nederrijn afin de détourner l'attention des Allemands puis de les aveugler ont lieu, les Anglo-canadiens reprenant là une tactique qui a fait ses preuves avec succès lors de l'Opération Plunder. L'écran s'étire depuis la ville de Randwijk, à l'ouest d'Arnhem, le long de la rive sud de la rivière jusqu'à Huissen, au sud d'Arnhem. Mais de forts vents et l'absence de générateurs appropriés réduisent son efficacité. De plus, le sol de l'île en est détérioré. Finalement, le , après avoir étudié plusieurs autres solutions, Foulkes décide de mener l'attaque contre Arnhem depuis l'est et l'IJssel.
Forces en présence Chez les Alliés L'attaque sur Arnhem doit se dérouler en trois phases. L'assaut initial doit être effectué par la Brigade d'infanterie britannique qui a pour mission de traverser l'IJssel la nuit, à bord de Buffalo IV de l'Ontario Regiment, avant de nettoyer les quartiers est et sud de la ville. La phase 2 doit voir intervenir la Brigade d'infanterie britannique: elle a pour objectif d'attaquer les hauteurs nord d'Arnhem. Lors de la phase 3, la Brigade d'infanterie britannique doit avancer au travers les positions de la Brigade et sécuriser les hauteurs et la rive nord du Nederrijn, à l'ouest de la ville. Après la sécurité des hauteurs environnantes d'Arnhem assurée, la blindée canadienne doit alors investir l'ensemble de la ville et le Corps progresser à l'ouest. Une grande partie de la d'infanterie canadienne et de la Division blindée canadienne est utilisée en appui, et un groupement composite connue sous le nom de « Murphyforce » fait diversion au sud du Nederrijn.
thumb|alt=A tracked armoured vehicle drives up the bank of a river. In the background lies the wrecked frame of a metal bridge.|Un Buffalo traverse l'IJssel le 13 avril. Notons le pont de chemin de fer détruit en arrière-plan.
L'ordre de bataille allié est le suivant :
20px d'infanterie britannique dite « The Polar Bears » sous les ordres du Major-général Stuart Rawlins
d'infanterie britannique, commandée par le général de brigade R.H. Senior Bataillon, « The Essex Regiment » Bataillon, « The Gloucestershire Regiment » Bataillon, « The South Wales Borderers »
d'infanterie britannique, commandée par le général de brigade D.S. Gordon Bataillon, « The Lincolnshire Regiment » 1/ Bataillon, « Kings Own Yorkshire Light Infantry » « The Hallamshire Battalion », « The York and Lancaster Regiment »
d'infanterie britannique, commandée par le général de brigade H. Wood Bataillon, « The Leicestershire Regiment » 1/ Bataillon, « Duke of Wellington's Regiment » Bataillon, Fusiliers royaux écossais
On compte également:
20px Des unités de la blindée canadienne
Chez les Allemands Les forces allemandes présentes aux Pays-Bas (sous les ordres du Generaloberst Johannes Blaskowitz) ont été récemment redésignée sous l'appellation de « Forteresse de Hollande » (en allemand : Festung Holland), bien que ce changement de nom a eu peu d'effets pour les unités sur le terrain.
Approximativement, de troupe du Corps allemand se trouve dans les quartiers d'Arnhem–Apeldoorn, sous le commandement du Général Philipp Kleffel. Il y a plus précisément de la d'infanterie allemande, des éléments du de grenadiers et d'autres unités diverses occupant Arnhem, incluant une division d'apprentis, des parachutistes et des SS hollandais. Après l'opération Market Garden, Arnhem a été transformée en solide position défensive par l'occupant, travail facilité par les défenses naturelles de la zone, comme les rivières alentour et les hauteurs entourant la ville. En outre, le jour du commencement de l'opération Anger, Heinrich Himmler publie un décret ordonnant que toute ville allemande ou encore occupée devait être défendue à tout prix, jusqu'au dernier homme.
Bataille thumb|alt=Un soldat marche en s'éloignant de la caméra, au long d'une rue jonchée de with debris. Plus loin, un petit véhicule blindé.|Troupes d'infanterie et Humber Scout Car progressant dans Arnhem, 14 avril. Le , le Corps déclenche l'opération Cannonshot – la traversée de l'IJssel au nord, à Deventer – avant de se rabattre vers Apeldoorn, à l'ouest. Au matin du , Foulkes est informé que l'opération se déroule bien, après quoi il ordonne à la de commencer l'attaque en soirée. La journée entière est consacrée à bombarder les positions ennemies d'Arnhem à l'aide de tirs d'artillerie et d'attaques au sol aériennes. 36 sorties de Spitfire et 83 de Typhoon munis de roquettes RP-3 sont effectuées afin d'affaiblir les lignes de défense allemandes. Quant à l'attaque terrestre, elle est précédée d'un des plus intenses barrages d'artillerie sans doute encore jamais fournis par le Corps canadien. À titre d'exemple, l'une des batteries de campagne (de huit canons) tire 640 fois en dix minutes (soit une moyenne de huit tirs par canon par minute), et le « Pioneer Corps » utilise fumigènes au cours de la bataille. Des tirs de diversion depuis le sud du Nederrijn provoquent une puissante réplique allemande, suggérant que ces derniers pensent que l'attaque alliée vient du sud, et non de l'est.
Première phase