L’affaire des caisses noires du CDU ou affaire des frais de campagne désigne la révélation, fin 1999, des pratiques de financement illégales de la CDU au cours des années 1990, sous le mandat du chancelier Helmut Kohl. Le scandale a éclaboussé plusieurs personnalités politiques : Wolfgang Schäuble, Roland Koch, Manfred Kanther, ainsi qu'un certain nombre d'entreprises, notamment le groupe italien Ferrero et le groupe sidérurgique Thyssen. Le renouvellement des institutions qui s'est ensuivi a permis un rajeunissement du comité central de la CDU, avec l'arrivée d’Angela Merkel et son équipe.

Déroulement vignette|Walther Leisler Kiep Cette affaire a éclaté le , alors que le d’Augsbourg émettait un à l'encontre de l'ex-trésorier de la CDU, Walther Leisler Kiep, pour soupçon d'évasion fiscale, sur lequel le procureur s'exprima le D'après ..

On reprochait à Kiep d'avoir perçu de commission du négociant en armement Karlheinz Schreiber en 1991 pour le compte de la CDU et de ne pas l'avoir déclaré. Cette commission n’aurait d'ailleurs pas été versée qu'à la CDU. Horst Weyrauch, le trésorier Kiep et son mandataire Uwe Lüthje avaient partagé l'argent entre eux. Comme cela fut établi par la suite, ce n'était là qu'un acompte des versements () de la compagnie Thyssen, versé en 1991 sur un parking en Suisse.

Le , l'ex-secrétaire général de la CDU Heiner Geißler finit par admettre que sous l'ère Kohl son parti avait ouvert des comptes occultes ; quant à ses prédécesseurs, ils déclarèrent n'avoir jamais eu vent de telles pratiques. L'ex-chancelier allemand et président du CDU Helmut Kohl, après de multiples dénégations, finit à son tour par reconnaître, le , l'existence de ces comptes lors d'une interview télévisée. Kohl endossa la responsabilité politique de fautes commises dans le financement de la CDU durant son mandat et avoua qu'il avait validé l'effacement de 2,1 millions de DM de frais de campagne occultes (et donc illégaux) dans les comptes de son partiCf. .

Kohl resta silencieux sur le nom des bailleurs de ces fonds secrets ; il leur avait donné sa parole d'honneur de ne pas les impliquer. Il estimait qu'en agissant ainsi, il n'était pas en infraction contre le droit allemand et encore moins contre la constitution.

Dans les jours qui suivirent, Kohl dut démissionner de son mandat de président d'honneur à la demande du comité directeur de la CDU. Il rejeta toutefois les accusations d'après lesquelles les ventes d'armes et la décision politique de revendre les raffineries de Leuna auraient été votées moyennant des pots-de-vin (cf. Affaire Leuna etc.).

Conséquence de ce scandale, le Bundestag nomma une , qui siégea de à , et vota divers amendements à la loi sur le financement des partis renforçant la transparence du financement des partis politiques.

Au cours de l'enquête, il apparut que la CDU disposait manifestement de nombreux comptes secrets (Schattenkonten), entre autres dans un établissement du nom de Norfolk en Suisse. Ces comptes n'étaient jamais mentionnés dans les comptes de campagne et servaient à masquer des versements illégaux au parti. Ces sommes étaient finalement employées au financement des campagnes électorales. Dans la mesure où Kohl seul choisissait quels candidats bénéficieraient de ces enveloppes, cette pratique en vint à être désignée comme le « système Kohl ».

Dans la mesure où l'existence de ces comptes secrets constituait une infraction à la législation en vigueur sur le financement des partis, le président du Bundestag Wolfgang Thierse fit annuler le remboursement de frais de campagne de la CDU pour un montant déclaré de 21 millions d'euros.

Plusieurs hommes politiques et un certain nombre d'institutions furent éclaboussés par le scandale, parmi lesquels Wolfgang Schäuble, Max Strauß, Roland Koch, Manfred Kanther, le groupe italien Ferrero et le groupe sidérurgique Thyssen.

Détail non exhaustif des « versements » Pots-de-vin de Bayerische Bitumen-Chemie () Pots-de-vin du groupe italien Ferrero à la CDU : () Fonds secrets du groupe parlementaire en 1990 () Versements avoués dans l'affaire Leisler Kiep : () Versements d'origine inconnue sur la période 1989–1992 () Versements de Schreiber au ministre SchäubleCf. notamment : ()

Fonds Ehlerding : (); les versements effectués par le couple d'entrepreneurs immobiliers Ehlerding, les plus élevés qu'un parti allemand ait jamais perçu en une seule fois, finirent par être reconnus comme légaux faute de preuve. Les Ehlerding avaient obtenu l'adjudication des logements de cheminots votés par la Fédération allemande ; aussi le soupçon d'une prise d'intérêt n'était-il pas mince. Transfert de de la CDU en 1982 par le groupe parlementaire au parti. Cette infraction, antérieure à 1984, était toutefois prescrite. Versements Dœrfert () : d'après les comptes de la CDU, l'ex-directeur de Caritas-Trèves, Hans-Joachim Doerfert aurait effectué en 1996 vingt-neuf versements de moins de chacun (pour éviter d’apparaître dans les comptes de campagne), pour un montant total de . Ces versements furent encaissés par la fédération de Rhénanie-Palatinat. Campagne publicitaire pour le livre de la tête de liste CDU aux élections de Hesse, Roland Koch (): les éditions „Hunzinger Public Relations“ injectèrent avec ces plus d'argent dans la campagne de presse que ce que le livre aurait jamais rapporté. La CDU plaida qu'un éditeur devait parfois accepter de perdre de l'argent au début avant que ses publications touchent leur public. Les autres dépenses de campagne non déclarées ou incomplètes furent rajoutées par la suite dans les comptes officiels de la CDU, si bien qu'elles furent formellement régularisées.

L'affaire Leuna et ses conséquences (1991-1999)

André Guelfi, un ex-collaborateur de la compagnie pétrolière Elf Aquitaine confirma que sous la présidence de Kohl, la CDU avait perçu des pots-de-vin dans le cadre de la cession à Elf Aquitaine des raffineries Leuna. D'après André Tarallo (proche de Jacques Chirac), les paiements auraient été effectués avec l'approbation du président la République française, François Mitterrand. Kohl démentit immédiatement tout rapport entre les versements d'Elf Aquitaine et le scandale des dépenses de campagne de la CDU ; mais faute de documents appuyant ses déclarations, Kohl ne put que donner sa parole.

De l'aveu même du président de la commission d'enquête du Bundestag, Volker Neumann, de nombreux aspects de l'affaire restaient dans l'ombre. De nouvelles révélations tombèrent avec l'intervention du substitut Winfried Maier et du procureur d'Augsbourg, Jörg Hillinger qui, contre l'avis du premier procureur de Bavière, Hermann Froschauer, relancèrent l'enquête.

En 1995, Hillinger était tombé un peu par hasard, via les commissions versées par l'homme d'affaires Schreiber, sur des versements d'argent blanchi aux leaders de la CDU et de la CSU pour des montants de plusieurs millionsD'après . Il déclara plusieurs fois publiquement qu'il était gêné dans son enquête par des ordres venus d'en haut. Il accusa en le responsable du ministère de la justice de Bavière, Wolfgang Held (CSU), d'avoir communiqué des pièces confidentielles aux membres du gouvernement bavarois.

Mais au mois d', le premier procureur Hillinger était tué dans un spectaculaire accident automobile. Les experts diligentés par le tribunal criminel de Bavière enquêtèrent sur les causes de cet accident mais ne trouvèrent aucun indice de conspiration. Un fait retint surtout l'attention : diverses notes du défunt magistrat avaient été rendues illisibles sur ordre de son successeur, comme le ministère public le laissa transpirer par voie de presse. Malgré cette machination, qui n'eut pas de suite judiciaire, la rumeur se répandant à Augsbourg que le procureur Hillinger avait été assassiné, il ne pouvait plus être question désormais d'une enquête sérieuse.

La commission d'enquête Le , le Bundestag nomma une chargée d'établir dans quelle mesure les subsides accordés à la CDU avaient influencé les décisions politiques du cabinet Kohl.

Jusqu'à la nomination de cette commission d'enquête, Kohl avait gardé le silence, avait renoncé à s'exprimer et n'avouait rien. Il refusait d'admettre qu'il était en infraction avec la loi sur le financement des partis et estimait être dans son bon droit ; et même il alla jusqu'à accuser les partis de la coalition rouge-verte d'enfreindre la Constitution ; le lieu du crime était la chancellerie. Il suggérait que le nouveau cabinet avait fait disparaître des documents. Lors de l'une de ses premières déclarations à la commission d'enquête, il avait formellement démenti avoir ordonné de détruire des documents. Il se disait convaincu d'une bonne chose : son gouvernement n'avait jamais été vénal.

Wolfgang Schäuble vignette|Wolfgang Schäuble Le , Schäuble annonça qu'il n'était plus candidat à la présidence du parti ni du groupe CDU au Parlement. Friedrich Merz fut donc élu nouveau chef du groupe parlementaire, Angela Merkel nouvelle présidente du parti. Schäuble conservait toutefois sa place au sein du comité directeur de la CDU.

Un peu plus tôt, le , Schäuble avait reconnu avoir touché en 1994 pour le compte de la CDU un pot-de-vin de plus de de la part du trafiquant d'armes Karlheinz Schreiber. Puis le , Schäuble avoua une autre remise d'argent avec Schreiber au cours de l'année 1995. La trésorerie de la CDU avait enregistré ces provisions sous la rubrique « versements divers ».

Schäuble reconnut qu'il avait reçu l'argent à son bureau de Bonn par un courrier de Schreiber qui lui était adressé personnellement ; mais qu'il avait remis l'enveloppe « encore scellée et intacte » à Brigitte Baumeister ; qu'il n’avait appris qu'ensuite que les versements n'avaient « pas suivi la voie régulière ». Dès qu'il apprit le lancement de poursuites contre Schreiber, il aurait demandé à la trésorière, Baumeister, d'émettre des reçus pour les donations, afin que personne ne vienne plus tard « faire des suppositions idiotes. »

Au cours de l'enquête, la trésorière de la CDU de l'époque, Brigitte Baumeister, se mit à contredire la version Schäuble à propos du circuit suivi par les versés par le lobby de l'armement. Baumeister expliqua qu'elle avait reçu le courrier de Schreiber et l'avait porté chez Schäuble, lequel lui aurait remis cet argent douteux ensuite.

Cette somme n'apparaissait dans aucun des bilans financiers de la CDU ; et Schreiber n'avait aucun reçu pour la remise de cet argent. Le Schäuble déclara devant la commission que ni la direction du CDU, ni le cabinet de Helmut Kohl n'avaient été corrompus. Au mois de Schreiber remboursa l'amende que Schäuble avait dû payer pour parjure. Les poursuites contre Schäuble et Brigitte Baumeister pour déclarations mensongères furent suspendues, ainsi que les investigations. Le procureur de Berlin n'avait pu réunir suffisamment d'indices pour les confondre.

D’après les accusations du Ministère Public, les n'auraient été versés qu'une seule fois. Le soupçon a existé que Schreiber ait versé deux fois : d'abord pour les fâcheux frais de campagne de la CDU, puis plus tard en « dessous de table » comme rétrocommission dans un marché d'armement.

On ignore d'ailleurs où les ont été placés. D’après les déclarations du commissaire aux comptes de la CDU, Horst Weyrauch, ils auraient été confiés au directeur d'un cabinet de maîtrise d’œuvre, Jürgen Schornack. Puis Weyrauch les aurait fait remettre au trésorier de l’époque, W. Leisler-Kiep. Cet argent aurait ensuite atterri dans les caisses de la CDU, ce que Kiep a toujours démenti.

L'homme à tout faire : Hans Terlinden Hans Terlinden est l'un de ceux qui connaissaient le mieux le système de financement du chancelier Kohl. En 1966, Kohl avait fait venir Terlinden à Mayence, pour en faire le directeur régional de la CDU. À ce poste, il représentait le nouveau chancelier à la CDU de Mayence. En 1989, Terlinden suivit Kohl au gouvernement à Bonn.