L'épibatidine est un alcaloïde naturellement présent dans la peau de plusieurs clades de grenouilles. Ses effets sont connus de longue date des Amérindiens d’Amazonie qui prélevaient ce mucus toxique pour en enduire les pointes de leurs flèches.

Biologie

Cette neurotoxine animale a été nommée et isolée en 1974 par John DalyMise au point de méthodes d'arylation des hydrates de carbone -application dans l'approche des synthèses énantiospécifiques de l'épibatidine ou de ses analogues, thèse d'Isabelle Hladezuk chez Epipedobates tricolor, une petite grenouille de la forêt amazonienne décrite pour la première fois en 1899 par le zoologiste belgo-britannique George Albert Boulenger.

Daly n'a cependant pu déterminer la structure de cette substance, en vue notamment de la synthétiser, qu'au début des années 1990 grâce aux progrès de la chimie analytiqueLe magasin du bon Dieu, par Pierre Potier..

C'est un agoniste des récepteurs de la nicotine, avec une action analgésique environ deux cents fois plus puissante que celle de la morphineLes substances agonistes du récepteur nicotinique. La dose létale de l’épibatidine est estimée à 5,1 milligrammes/kilo en ingestion orale et à 51 milligrammes/kilo par contact cutané, c'est-à-dire respectivement 380 milligrammes et 3,8 grammes pour un être humain de 75 kilos. La dose létale par injection est estimée à 0,75 milligramme par kg chez l'homme.

La résistance des grenouilles à leur propre venin est due à des mutations du gène codant le récepteur ordinairement sensible à la toxine.. L'épibatidine se fixe à certains récepteurs du système nerveux, les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, et provoque des crises d’hypertension ou d’épilepsie, entraînant parfois la mort. En analysant le génome de trois clades de grenouilles, les chercheurs ont montré que des mutations du gène codant ces récepteurs les rendent insensibles. La substitution d'un seul acide aminé, dans les trois clades, a réduit la sensibilité de ces grenouilles à la toxine, mais aussi à l'acétylcholine. La fonction première des récepteurs a été rétablie grâce à d'autres mutations, différentes dans les trois clades..

Synthèse et usage médical

Depuis la détermination de la structure de l'épibatidine en 1992 et en raison de sa rareté, de nombreuses synthèses totales de l'épibatidine ont vu le jour.

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L'épibatidine est inutilisable comme anesthésique en raison de sa forte toxicité, mais des dérivés moins toxiques ont été synthétisés avec un effet analgésique sur les mêmes récepteurs. L'un d'entre eux, ABT-594, est à la fois efficace contre la douleur (même celle qui résiste aux opiacés : cinquante fois plus efficace que la morphine) et d'une relative innocuitéLes nouveaux remèdes naturels : Quand la nature guérit…, par Jean-Marie Pelt. Un autre dérivé, l'épiboxidine, reste efficace tout en étant vingt fois moins toxique que l'épibatidineStructures des dérivés, figure 70 page 54 de la thèse de Carine Lévesque..

Usage criminel

Après avoir émis de forts soupçons en 2024., le Royaume-Uni, la Suède, la France, l'Allemagne et les Pays-Bas annoncent en dans un communiqué conjoint que l'opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, n'est pas mort de causes naturelles alors qu'il était en prison comme annoncé par le gouvernement russe, mais « a été empoisonné avec une toxine mortelle ». Des analyses ont en effet « confirmé de manière concluante la présence d'épibatidine » sur le corps de l'activiste.

Références

Catégorie:Alcaloïde halogéné Catégorie:Composé organochloré Catégorie:Analgésique Catégorie:Agoniste nicotinique Catégorie:Toxine de vertébré Catégorie:Azine